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En crise, l'industrie du disque opte pour la méthode Coué

Par Clotilde Monteiro | Journaliste | 01/02/2008 | 16H14

Nouvelle année noire pour un marché du disque en pleine mutation, qui, malgré un chiffre d'affaires total en chute de 17,4 %, à 713 millions d'euros, veut croire en un avenir numérique. Telle était l'ambiance au 42e Midem, qui vient de fermer ses portes à Cannes.

Mika aux MTV Awards, à Munich, en novembre (Michael Dalder/Reuters)

Hâtivement qualifiée d'embellie, la hausse des téléchargements est loin de compenser les pertes importantes et la déstructuration subies par le marché du disque depuis cinq ans. Pour André Nicolas, responsable de l'Observatoire de la musique :

« Cette progression très minime ne permet pas encore à la profession de reconstituer, via le téléchargement payant, une rentabilité qu'elle a perdue sur le marché physique. »

40 millions d'euros de téléchargement en France

A l'ère d'Internet, de la téléphonie mobile et de la musique numérisée sur baladeur, le marché du disque déjà sinistré continue donc d'accuser le coup. Les chiffres de vente de l'année écoulée, révélés à l'ouverture du Midem par le Syndicat national de l'édition phonographique (Snep), confirment une certaine progression des ventes par téléchargement. Mais la partie est loin d'être gagnée.

Ces ventes via les ordinateurs et mobiles ont en effet connu une progression de chiffre d'affaires de 65,8% par rapport à l'année 2006. atteignant les 40,2 millions d'euros. Pour André Nicolas, à l'initiative d'une étude sur les marchés du disque en 2007, cette augmentation est loin de compenser les pertes du marché physique (CD audio et DVD musical), dont les bénéfices ont été divisés par deux ces dernières années :

« Si l'on compare les 40 millions d'euros générés par le téléchargement au chiffre d'affaires 2007 du marché physique français, qui est de 1,176 milliard, on constate que ça ne fait même pas 4%. Ce qui est une goutte d'eau au regard de la perte de valeur enregistrée ces dernières années. »

Les résultats des ventes de singles sont emblématiques de ce phénomène. Le format enregistre une perte spectaculaire de 52,1% en volume et de 52,5% en valeur, concurrencé par le téléchargement au titre. Il ne représente plus que 10,5% des ventes de CD audio en volume pour 3% du chiffre d'affaires en 2007. Les ventes d'albums qui, elles, résistent à l'hécatombe, enregistrent une baisse de 11,2% en volume et de 15,2% en valeur.

L'industrie française peut, malgré tout, trouver une consolation dans le Top10 des ventes d'albums (en CD audio) car, derrière Mika, en tête, 8 des 10 meilleures ventes concernent des productions françaises :

La licence globale, « fausse piste » définitivement enterrée

Si les producteurs sont encore loin de leur Nirvana, les différentes mesures décidées par des pouvoirs publics attentifs aux difficultés rencontrées par ce secteur les encouragent à croire à la fin du marasme.

L'annonce par la ministre de la Culture, en ouverture du Midem, de l'examen, dès le printemps, d'un projet de loi antipiratage et le fait que celui-ci reprenne les conclusions de la mission Olivennes, avec à la clé la création d'une Haute autorité de régulation, sont des facteurs qui contribuent à rassurer la profession. Grâce à la « riposte graduée » préconisée par le rapport du dirigeant de la Fnac, la société civile des producteurs de phonogrammes en France (SPPF) table sur une réduction du piratage d'environ 50% d'ici un an.

L'autre annonce de Christine Albanel, l'abandon définitif de la licence globale (resurgie dans les préconisations du rapport Attali), que cette dernière a qualifiée de « fausse piste », est un élément supplémentaire de satisfaction pour l'industrie.

Comme Hervé Rony, directeur général du Snep, les producteurs espèrent que 2008 sera « l'année de basculement vers des usages légaux ». La bouffée d'oxygène que devraient représenter la réduction annoncée du taux de TVA du disque ainsi que l'instauration d'une aide publique à la création française pour les labels indépendants -via une enveloppe d'une trentaine de millions d'euros- sont d'autres raisons suffisantes pour la profession de considérer que son verre est à demi-plein.

Un marché « dangereusement atomisé »

Mais selon André Nicolas, le problème du téléchargement illégal, « qu'il faut impérativement régler », n'est que l'un des freins au décollage du marché numérique en France, bloqué par des « causes plus structurelles » dont la filière ne parle pas. La concurrence acharnée qui se joue entre la filière musicale et l'ensemble des nouveaux opérateurs, dont les internautes et les communautés d'internautes, enrichissent sans cesse l'offre en ligne dans une prolifération hétéroclite de propositions qui « atomisent dangereusement le marché du disque » :

« Sur la Toile, l'utilisateur est sursollicité. Il a le choix entre environ 400 propositions commerciales, dont certaines sont payantes et d'autres gratuites pour lui, lorsque des accords ont été passés entre le distributeur et le FAI […]. Autre problème, le bradage de fonds de catalogue. Pourquoi l'utilisateur irait télécharger à 9,99 euros ce qu'il peut trouver en magasin à 5,95 ou 6,95 euros ? “

Reste donc à savoir comment augmenter les bénéfices du secteur sans dissuader l'utilisateur habitué à la gratuité, légale ou non ? Pour André Nicolas, une autre question essentielle reste à poser dans ce contexte : qui financera la création ?

‘Avec Internet, l'atomisation de l'audience entraîne une érosion des ventes. Le temps où Michael Jakson vendait d'emblée deux millions d'albums est révolu. Dès lors que vous n'avez plus l'effet d'entraînement des hits en volume, et donc en valeur, vous ne pouvez qu'être plus regardant envers les artistes que vous soutenez.’

Vincent Frèrebeau, le fondateur du label Tôt ou tard, créé en 1996 dans le girond de la Warner et devenu indépendant, en sait quelque chose. Il sait combien le soutien à la création est vital pour l'industrie du disque. Lui qui vient de terminer 2007 au bord du gouffre et qui commence, contre toute attente, 2008 sur un petit nuage. A la fin de l'année, les pertes enregistrées par sa maison de disques étaient telles que Vincent Frèrebeau a redouté de devoir mettre la clé sous la porte.

Mais ‘ce qui ne tient pas du miracle’ et qui ‘correspond à trois ans de travail acharné a fini par porter ses fruits à ce moment crucial’. Cet artisan du disque ne regrette pas d'avoir poussé et soutenu la chanteuse Yael Naïm, bien avant que sa chanson ‘New Soul’ ne devienne un tube et son album disque d'or, alors qu'elle était encore une inconnue. Cette jeune artiste vient de signer, via la Warner, un contrat de distribution pour l'international avec la mythique Atlantic Records qui devrait lui conférer dans les mois à venir une notoriété mondiale.

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de Classics

De Classics

16H34 | 01/02/2008 | Permalien

Je pense que le problème que connaît aujourd'hui l'industrie du disque n'est que transitoire.
De plus en plus, la musique se dématérialise. Aujourd'hui, tout le monde possède des MP3. Mais je pense que le futur n'est pas aux MP3 que l'on possède sur son ordinateur mais à la musique en ligne.

Deezer, radio blog et lastfm seront bientôt les nouveaux supports. Plus besoin de posséder la musique, elle est partie sur le net. Et avec l'internet mobile, on se déplace avec la musique.

Sur lastfm, chaque écouté rapporte de l'argent à l'artiste. Désolé, les majors, mais je pense que l'avenir est là…

Enfin, je pense aussi que la musique est un art qui se pratique non pas sur un bout de plastique circulaire mais sur une scène. Voir : http://www.dynamictic.info/une-industrie-du-disque-en-danger/

Et puis, si on arrêtait avec ces pseudos musiciens faiseur de tubes ? Non ?

Portrait de stephanemot

De stephanemot

Author & Chief AtoZ Officer | 18H04 | 01/02/2008 | Permalien

Peut-être irons-nous vers un système de droits facilitant la gestion de catalogues vus du client.

Je détiens un certain nombre de titres sous format vinyl, cassette, CD ou fichier MP3, WMA, M4P & Co, certains sous plusieurs formats. A partir du moment où j'achète un titre, je souhaite pouvoir l'upgrader de façon la plus fluide possible en fonction des évolutions technologiques.

Tout un chacun peut convertir et archiver, mais je pense que les services à l'avenir proposeront un véritable suivi avec stockage des droits sur une plateforme multiprovider (comme des titres de propriété). La musique et les autres biens culturels immatériels seront réellement monétisés avec des échanges interbancaires transparents et des comparatifs facilités entre service providers.

Pas très réjouissant…

Portrait de adg58

De adg58

20H18 | 01/02/2008 | Permalien

Vincent Frèrebeau est un découvreur de talents, certes, mais tous les ans avec son équipe qui ne dépasse pas la dizaine, ils se demandent s'ils pourront continuer ou mettre la clé sous la porte, alors qu'ils font un travail de qualité et qu'ils ont un rapport privilégié avec leurs artistes, loin de l'image que les gens ont souvent du « vilain producteur ».
Combien d'indé sont dans la même situation économique ? Tous…

Et le soupçonnez-vous : combien de majors sont en sous effectifs et demandent à leurs salariés de faire des semaines de plus de 50 heures car elles ont subi un plan social voire en préparent un deuxième : toutes (une seule est encore épargnée, celle qui détient actuellement plus de 40% de parts de marché, devinez laquelle).

Cette crise est quasiment entièrement liée à l'arrivée du téléchargement illégal massif (et pour les majors, effectivement aussi à des investisseurs peu soucieux de l'état du marché).

Mais quand vous voyez l'étalage d'un commerçant, vous viendrait-il à l'esprit de saisir cette belle orange qui se trouve à votre disposition ? Non car il s'agirait de vol.
Alors quoi : juste parce qu'une oeuvre se trouverait à votre disposition sur internet, vous trouvez que cela est normal de la faire sienne sans rien devoir à personne ?

On m'objectera que le commerçant, s'il n'a pas créé l'orange, l'a acheté et doit donc rentrer dans ses frais…. Mais pourquoi pensez-vous que l'industrie du disque est en difficulté ? Savez-vous combien se paye une page de publicité, les musiciens studios, les avances des artistes, les graphistes qui créent les pochettes, les salariés qui vont s'occuper de faire connaître ce clip, de signer les contrats, de récupérer et répartir les royautés, d'organiser des campagnes commerciales, de placer le titre sur d'éventuelles compilations ou synchronisations (= sur des pubs, des films, des documentaires), afin de lui faire vivre une seconde vie, sans même parler des coûts d'un éventuel clip et des pages de pub télés… ?

Et je suis pourtant d'accord avec vous quand j'entends dire que le prix du disque est trop élevé, que le marché ne s'est pas adapté assez vite à la demande, que l'offre de téléchargement légal peut encore être largement améliorée, ses techniques et prix également, que la survie du CD n'est pas la seule solution, ou encore que les maisons de disques vendent beaucoup de merde, mais s'il vous plaît ne dites pas que les artistes pourront survivre seulement avec la scène et les revenus liés à la diffusion radio ou internet, car ce n'est pas la vérité, à moins qu'ils ne soient déjà célèbres.

Et comment devient-on célèbre déjà ? Je veux dire, vraiment célèbre, pas juste se faire connaître sur internet….1/ en se faisant signer 2/en accédant à la télévision et la radio, bref aux médias qui sont susceptibles d'orienter l'avis et l'intérêt du plus grand nombre.

Alors oui trouvez, si vous le voulez que je suis réac. ou anti libérale, mais je ne trouve cela ni juste ni équitable (que ce soit pour les artistes ou pour les gens qui travaillent pour eux) que la concurrence entre eux deviennent plus rude, et que mener une vie de bohème, constamment sur les routes pour se faire connaître et vivre de leur art, soit la seule option face au monopole de la multinationale qui dans 10 ans sera la seule à subsister mais ne sortira que des produits commerciaux et aura les moyens de communiquer partout.

Je suis triste de voir que par simple égoïsme et radinerie, vous préfériez voir ce milieu dévasté. Que les fervents partisans des réseaux P2P se rassurent : la fin de la diversité des intermittents inconnus et indigents face à la merde commerciale et télévisée du futur monopole, c'est pas pour tout de suite…

Une ex-salariée de major et désormais salariée d'indé, pessimiste….

Portrait de keumar

De keumar

Indé | 00H14 | 02/02/2008 | Permalien

Cher Classics,

Vous portez tellement bien votre pseudo…

Force est de constater que vous parlez de quelque chose dont vous ne connaissez rien.
Vous commencez déjà par faire l'amalgame entre les majors et des petits producteurs indépendants, dont je suis.
C'est à peu près comme mettre dans le même panier Mc Donald's et un petit restaurateur de local.

Ensuite, parce que vous ne connaissez pas les métiers de la musique, vous nous servez la tarte à la crème habituelle : ben ils n'ont qu'à faire des concerts pour gagner leur vie.
Bah voyons !

Je suis sûr que vous auriez été extrêmement pertinent pour expliquer tout cela à notre regretté Étienne Roda-Gil, symbole de cette immense communauté d'artistes auteurs et/ou compositeurs, mais qui ne mettrons jamais les pieds sur une scène car n'étant pas interprètes.

Enfin, qu'avez vous déjà fait personnellement ou pris comme risque pour défendre de jeunes artistes inconnus ?
Quand vous êtes-vous mis en danger pour l'amour de la musique ?

Les producteurs indépendants le font.

Allez… je vous laisse à vos certitudes de petit consommateur cherchant à gratter quelques Euros en dissertant sur l'argent des autres.

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