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Quand le management fait appel aux mathématiques quantiques

Par Léonard | chercheur (errer humanum est) | 13/03/2008 | 11H10

Beaucoup de réactions à l'article « Suicides au travail : la banque peine à briser le silence ». Parmi elles, le témoignage de Léonard.

Malgré tout l'intérêt que je porte à cet article et tout le respect dû à son auteur, je pense qu'il sous-évalue encore, et de beaucoup, l'âpreté de la condition du travail.

Voici plusieurs arguments :

  1. Le faible taux de syndicalisation implique que la souffrance dans le monde du travail est une donnée qui reste aujourd'hui strictement individuelle, « compartimentalisée ». Les psychologues peuvent en parler et disserter longuement sur le sujet : le fond du problème est social, pas psychologique. Tant que des droits seront acquis à des multinationales qui seront déniés à des hommes et des femmes de chair et de sang, le problème n'aura pas avancé d'un iota vers sa résolution.
  2. Le terme couramment utilisé « stress au travail » est une récupération des écoles de management.
  3. Pratiquement toute étude de management et de psychologie sur le sujet est un cheval de Troie pour les adeptes du management.
  4. Tout argument de management est retravaillé pour masquer une réalité verticale indiscutée : le fait que les employés de banque tournent tous les deux ou trois ans est bien entendu stupide au regard de la nullité des rapports humains avec leur clientèle. C'est évident. Nous préférons connaître notre interlocuteur et réciproquement.

    Et pourtant, comme le montre très bien l'article, cette réalité est allègrement niée. Au nom de quoi ? Sinon au nom des critères de profit accru établis par ses « supérieurs ». En termes de management, on dit « renouveler le travail ».

Allons plus loin : il n'y a pas de limite a priori à ce que peut être le management, mes amis. Et pour cela je vais donner un exemple récent. Je suis chercheur scientifique de profession. J'ai été contacté par une grosse société qui vend des systèmes de gestion pour de grandes sociétés. Je précise que je n'ai jamais travaillé pour ce genre de multinationales.

Je travaille sur des théories de physique et de mathématiques théoriques, appelées théories topologiques quantiques des champs. Ce sont des
théories complexes qui sont elles-mêmes des cas particuliers de théories encore plus complexes (non topologiques).

Mais elles ont un intérêt pour les physiciens dans la mesure où les énergies impliquées dans de tels modèles sont au-delà de tout ce qui se réalise actuellement et dans un futur assez distant ; aussi les théories topologiques, indépendantes de la métrique, qui correspondent à des théories mathématiques en principe calculables, deviennent intéressantes. On pourrait penser que tout ceci est très éloigné des considérations d'une multinationale. Eh bien détrompez-vous.

J'ai d'abord été approché par des gens me disant que ce type de théories pourrait être utile pour gérer des systèmes extrêmement complexes ; par exemple, un réseau d'hôpitaux qui gère un grand nombre de lits doit pouvoir le faire et évaluer les risques, y compris quand cela repose sur des questions de vie et de mort ; pourquoi ne pas le faire mieux qu'avec les procédés statistiques existants ? C'est le premier exemple que l'on m'a donné. Cela ne m'a pas choqué a priori. Il faut bien gérer des systèmes très complexes, y compris ou même précisément quand il s'agit de vie et de mort, me suis-je dit en me souvenant avoir fréquenté des centres de traitement du cancer par exemple.

La question d'avoir un lit ou non peut être décisive, la gestion du service de réanimation n'est pas la même que celle du service d'hospitalisation, etc. Donc cela ne m'a pas choqué a priori.

L'idée, pour simplifier, était que certains gros systèmes peuvent être évalués topologiquement quand les méthodes numériques échouent à prédire quelque chose d'utile. Puis j'ai découvert ce sur quoi un des gros numéros de la boîte travaillait, un problème effectivement très complexe : supposons que vous êtes PDG d'une multinationale et que pour différentes raisons, vous aimeriez savoir quelles seraient les réactions de vos employés et cadres si vous imposez une augmentation -globale- de tel objectif de rendement ou une diminution d'une certain pourcentage de leur salaire.

Pour une PME, ce n'est pas très difficile en général, parce que la question est essentiellement locale. Mais pour une multinationale, pouvez-vous prédire ce qui va se passer ? Une question très complexe en effet, qui affecte, par de multiples conséquences, l'économie de plusieurs pays, que les modèles statistiques ne décrivent que très imparfaitement.

Au bout du compte : pouvez-vous faire mieux avec les théories topologiques quantiques des champs ? En conclusion, l'art des 1% des vrais possédants, c'est bel et bien de réussir à faire se battre les 99% restants entre eux. La responsabilité des 10% qui entourent et protègent les possédants (ceci inclut non seulement les cadres supérieurs mais aussi les politiques à leur service, les intellectuels et les universitaires) n'en est que plus cruciale.

Faut-il préciser que j'ai refusé. Combien ont accepté ?

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Portrait de Francis Mizio

De Francis Mizio

Ecrivain | 11H30 | 13/03/2008 | Permalien

Remarquable… On aimerait lire davantage de telles choses issues d'experts. Merci.

Portrait de karlM

De karlM

11H34 | 13/03/2008 | Permalien

« Le monde se divise en trois catégories de gens : un très petit nombre qui fait se produire les événements, un groupe un peu plus important qui veille à leur exécution et les regarde s'accomplir, et enfin une vaste majorité qui ne sait jamais ce qui s'est produit en réalité. » Nicholas Murray Butler Président de la Pilgrim Society, membre de la Carnegie, membre du CFR (Council on Foreign Relations).

Portrait de peuapeu

De peuapeu

11H37 | 13/03/2008 | Permalien

Science sans conscience n´est que ruine de l´âme

Portrait de peuapeu

à peuapeu Portrait de peuapeu De peuapeu

11H38 | 13/03/2008 | Permalien

(Rabelais)

Portrait de sigmundfrit

De sigmundfrit

11H39 | 13/03/2008 | Permalien

Bravo pour votre refus, même si on peut penser que d'autres seront moins regardants.
Ce qui est très inquiétant, mais qui se manifeste depuis plusieurs décennies, c'est la déshumanisation complète des rapports entre les possédants (le capital) et le restant de l'humanité. Quand le propriétaire fermait une filature dans le nord de la France il y a 50 ans, il en subissait directement les conséquences, puisqu'il avait devant lui les conséquences sociales de ses actes. Aujourd'hui quand des actionnaires isolés dans leurs îles des Bermudes (une image) décident de supprimer 15 000 emplois, les conséquences humaines sont pour les plus compatissants seulement un concept. De même quand des technocrates décident de fermer des hôpitaux ce sont des concepts qu'ils gèrent et non des êtres humains.
De ce que vous décrivez, il s'ensuit que du concept qu'on pourrait définir comme socio-économique, on bascule progressivement vers la pure abstraction, la formule mathématique. La gestion de l'humain (comme source de profit) enfermée dans une formule mathématique, voilà le rêve du capitaliste contemporain.
Du point de vue psychologique, on pourrait définir ce type de relation sociale comme psychotique, l'autre que l'on ne peut plus supporter devient une pure abstraction à qui l'on dénie toute humanité.
C'est un monde de fous.

Portrait de Léonard

à sigmundfrit Portrait de sigmundfrit De Léonard (auteur)

chercheur (errer humanum est) | 15H57 | 14/03/2008 | Permalien

Je prends ici le risque de vous décevoir un peu, mais il le faut, ne serait-ce que pour démystifier ce que j'ai écrit.

J'ai refusé la proposition qui m'a été faite, mais la vérité est que je n'ai pas refusé pour des raisons « morales ».

La cause première de mon refus est que je ne voyais pas vraiment comment appliquer les TQFTs aux problèmes de gestion qui occupaient cette société. Ce qui ne paraissait certes pas un obstacle a priori à la société en question. La raison seconde de mon refus est probablement que contrairement à la majorité des scientifiques aujourd'hui, j'ai un poste permanent.

Un vrai test moral aurait été qu'effectivement, je VOIE tout de suite un moyen d'appliquer ces théories. Or avec le recul, je pense que c'est possible - et loin d'être inintéressant. Les problèmes complexes ne manquent pas et on ne peut pas s'en désintéresser. (L'exemple de la gestion des lits d'hôpitaux en est un.)

Le fait est que je n'arrivais pas à traiter ces questions comme de purs sujets de mathématiques appliquées et à m'y projeter ainsi.

De plus en plus de scientifiques - qui, je le dis souvent à mes collègues incrédules ou qui feignent de l'être, sont les ouvriers aujourd'hui du monde de demain - sont sensibles à l'argument selon lequel leur contribution est insuffisamment reconnue et prêts à appliquer leur intelligence à divers intérêts privés. Mais l'argument de reconnaissance n'est pertinent qu'en rapport à une situation sociale donnée.

On ne peut donc pas faire abstraction des conditions sociales dans lequel le travail des scientifiques est produit. Car si les questions dans leur aspect scientifique sont en général passionnantes (comme la gestion de lits dans un hôpital ou dans un centre palliatif, la chaîne de production de DVD), les décisions, elles, ne sont pas le fait de la science (c'est votre choix d'investir ou non dans une chaîne de production de DVD ou dans l'accroissement du nombre de lits d'hôpitaux ou de centres palliatifs ou au contraire d'en fermer). La responsabilité de ces choix repose entièrement sur les épaules de ceux qui ont le pouvoir de décision. Les experts peuvent garantir que telle chose est possible sous telle condition ou affirmer par exemple que l'innocuité des ogm chez le rat n'est pas démontrée. Il n'en demeure pas moins que la décision de réaliser ou non la chose en question ou de permettre l'agriculture ogm plein champ n'est pas du ressort de la science. Un excellent petit livre sur ce sujet est celui du regretté Prof. Y. Leibowitz : « Sciences et Valeurs ».

Une manière plus optimiste de dire la même chose est que ce que la science défait, elle peut le refaire. Tout dépend de ce que l'on veut. La science peut être l'instrument d'une gestion déshumanisée comme vous l'indiquez, mais elle peut être aussi celui d'une humanité plus responsable. Nous profitons tous de la science et nous en payons, d'une certaine manière, le prix. L'utilisation bonne de la science demande un surcroît de responsabilité qui, pour le meilleur et pour le pire, ne dépend pas de la science.

Portrait de re-belle

De re-belle

mère au foyer | 11H46 | 13/03/2008 | Permalien

« supposons que vous etes PDG d'une multinationale et que pour différentes raisons (PROFITS), vous aimeriez savoir quelles seraient les réactions de vos employés et cadres si vous imposez une augmentation -globale- de tel objectif et de rendement (MAUVAISES CONDITIONS DE TRAVAIL)ou d'un certain pourcentage de leur salaire (PRECARITE DU TRAVAIL) ».

EN FINALITE UNE THEORIE DU CHAOS ? ? ? ! ! ! …

Portrait de re-belle

à re-belle Portrait de re-belle De re-belle

mère au foyer | 12H52 | 13/03/2008 | Permalien

…ou d'une diminution d'un certain poucentage de leur salaire(PRECARITE DU TRAVAIL)

EN FINALITE UNE THEORIE DU CHAOS ? ? ? ! ! ! …

(correction de mon texte en oubliant « diminution »)

Portrait de Gringo

à re-belle Portrait de re-belle De Gringo

| 10H26 | 14/03/2008 | Permalien

« une diminution d'une certain pourcentage de leur salaire. “
Il me semblait que cela était formellement interdit par le code du travail en France ?

Portrait de Caius

De Caius

Expert en management | 11H46 | 13/03/2008 | Permalien

Votre intervention est intéressante à plus d'un titre.

Mais pour commencer, je voudrais corriger, si vous me le permettez, votre tendance à opposer management et relations humaines. Cela est vrai d'un certain style de management, que personnellement je m'efforce de combattre.

Mais il existe aussi un autre style de management, celui qui met l'être humain, en tant qu'individu doté de qualités spécifiques, au coeur de la problématique du management.

Car manager, ou plutôt bien manager,ce n'est pas (seulement) s'intéresser à des indicateurs généraux, à des statistiques. Certes, l'on en a besoin pour comprendre les tendances générales. Mais il convient de se souvenir que le management repose avant tout sur la communication entre individus, et cela selon trois modalités :
- communication descendante : donner des consignes - et quant à moi j'insiste sur un point crucial : s'assurer que les consignes seront comprises sans ambiguïté (effort d'explication) et acceptées.
- communication ascendante : faire remonter l'information sur la réalité du « terrain » ; et là aussi j'insiste pour que cette information ne se limite pas à des indicateurs, mais qu'elle intègre, autant que possible, le « vécu » des personnes qui, sur le terrain, affrontent la réalité, parfois plus dure qu'on ne l'imagine dans les hautes sphères
- communication transversale : permettre aux intervenants situés à un même niveau, sur des branches différentes de l'organisation, d'échanger des idées.

Le paradoxe de la société dite « de l'information » est que l'explosion des moyens technologiques, au lieu de promouvoir un développement de cette communication riche de sens, a plutôt tendance (par manque d'attention ou par conformisme) à l'appauvrir en la cantonnant dans un cadre formel qui étouffe les possibilités d'expression. Cette situation engendre de l'incommunicabilité dans les organisations, source de frustration et de stress.

Et contrairement à ce que vous semblez penser, ce n'est pas forcément plus facile dans une PME que dans une multinationale. La complexité d'une organisation, il existe des moyens de la « démêler », de la rendre lisible. Ce n'est pas ici le lieu de parler de ma méthodologie, mais disons seulement que c'est exactement l'objectif qu'elle poursuit. Encore faut-il - condition incontournable - que les managers - de PME comme de multinationale - prennent conscience de l'importance cruciale d'une communication de qualité, de l'aspect primordial que revêt la personnalité des individus qui, chacun à leur place, jouent une partition commune.

Mon rêve serait d'arriver à promouvoir des organisations flexibles, bâties AUTOUR des individus et sachant tirer le meilleur parti de leurs qualités propres, et remplaçant les organisations rigides dans lesquelles on « enfiche » de force des individus qui, peut-être, ne sont pas faits pour travailler selon un schéma rigide, standardisé. Non, ce n'est pas un rêve inaccessible, mais le chemin est encore long…

Portrait de Tophee

à Caius Portrait de Caius De Tophee

en haut a gauche | 13H01 | 13/03/2008 | Permalien

Votre contribution aussi est interessante. Vous esperier contredire les theories explicitees dans la reaction de Leonard. Pour moi, vous ne faite que les confirmer.

Oui, biensur, les theories de management prennent en compte le facteur humain. Mais le font-elle d'une facon humaine ?

Quel est l'interet de ces theorie si ce n'est d'amener les intervenant humains, employes ou clients, a la limite du point de rupture, sans toutefois declencher cette rupture. Le seul beneficiaire est l'entreprise, aucun humain ne beneficie de ces theorie. Prenez l'example des centres da'appels : Les employes y subissent une pression enorme et le client n'obtient le service qu'il attend que rarement. Par contre, l'entreprise economise enormement.

Je voudrais apporter un autre temoiniage. Je travaille dans la finance. et depuis longtemps, des chercheur ayant moins de scrupules que Leonard on batit une theorie de gestion de portefeuille dite « moderne ». ( http://en.wikipedia.org/wiki/Modern_portfolio_theory ) Grace a eux, les ordinateur sont capable de determinee si l'action d'une societe est situee sur la « frontiere d'efficacitee », c'est a dire si elle permet le moindre risque pour un rendement donnes. Cela permet au banque de maximiser le rendement tout en reduisant le risque. La aussi, on peut se dire que l'on est dans le monde virtuel de la finance, ou la realite des marches et deconectes de la realite des gens. Malheuresement, ces theorie d'optimisation sont sans pitie, elle sont al loriginique de la course effrenee au rendement que ce livrent les multinationales et dont les employes font trop souvent les frais.

Portrait de Servais-Jean

à Caius Portrait de Caius De Servais-Jean 4591

alpha-béta | 14H56 | 13/03/2008 | Permalien

@ caius

C'est bien de défendre son fond de commerce mais ce serait encore mieux de se poser la question de savoir s'il s'agit d'un commerce équitable !

Portrait de sccber

à Caius Portrait de Caius De sccber

20H48 | 13/03/2008 | Permalien

« Mon rêve serait d'arriver à promouvoir des organisations flexibles, bâties AUTOUR des individus et sachant tirer le meilleur parti de leurs qualités propres »
Excusez, j'ai eu une vision fantasmatique, une réaction épidermique, pas du tout objective : celle de la dualité maitre/esclave, très peu rigide puisque passionnelle, et le fouet, très flexible le fouet. Vous l'avez dit, c'est ça le management, tirer le meilleur parti des salariés, le fouet ou a défaut le fromage (quand on ne peut pas faire autrement).

Portrait de Azza

à Caius Portrait de Caius De Azza

Ingénieur en informatique scientifi... | 11H35 | 14/03/2008 | Permalien

A tout ceux qui ont répondu à Caïus : je vous trouve un peu raides !

Je m'explique : à moins (et encore) d'opter pour un système libertaire intégral, ce n'est pas demain la veille que les activités humaines se passeront intégralement de structures hierarchiques : qu'il s'agisse d'une mairie, d'une ONG, de l'armée, ou d'une entreprise capitaliste, il y a toujours d'une façon ou d'une autre une autorité et des humains qui y sont subordonnés. Même au sein d'un groupe autogéré, chacun est subordonné à l'autorité émanant des membres réunis. Les cas où des groupes autogérés, en tant qu'entité dirigeante, ont été en mesure de se comporter avec violence vis à vis de l'un ou l'autre de ses membres (alors dans la peau du subordonné) ne sont pas rare dans l'histoire (et même dans mon histoire personnelle d'ailleurs), et n'ont rien à envier aux violences du capitalisme.

Le problème du « Management » se pose donc de manière tout aussi aigüe dans une entreprise capitaliste que dans une crêche parentale autogérée. On pourrait en fait le résumer au problème de la communication entre les individus et de la relation de chacun à l'autorité, que l'on soit dans la peau de celui qui l'exerce ou dans celle de celui qui la subit. Ce n'est pas simple et Caïus a simplement voulu montrer que ce qui prime avant tout, c'est l'intelligence des acteurs et la façon d'utiliser la violence dans ses rapports avec l'autre.

Alors calmez vous et relisez le post de Caïus avant de lui faire un procès.

Sinon, je suis assez amusé par les questions de gestion informatique des systèmes financiers. La finance et le commerce international sont grossièrment une sorte de partie d'échec géante. Certains joueurs ont vite compris qu'ils pouvaient augmenter leurs gains en faisant jouer un ordinateur à leur place. Ils paient des sommes folles pour s'offrir les matheux géniaux qui vont leur concocter un logiciel capable de supplanter leur adversaire (qui, lui aussi, a depuis longtemps délégué la prise de décision à ses machines).

Londres est ainsi devenu la Mecque de l'informatique financière… et nous sommes arrivés à une situation où l'économie mondiale n'est plus qu'un gigantesque MATCH D'ORDINATEURS !

En fait, cette situation me fait penser à une autre problématique rigolote. J'ai un ami qui a monté une boîte vendant des logiciels capables de simuler un humain dans une discution internet (Chat). Ces programmes sont très utilisés pour jouer le rôle d'hotes(ses) sur les sites internet et pour aider les visiteurs à trouver ce qu'ils cherchent.

Certains de ces programmes peuvent être également utilisés pour faire du Chat automatique sur les sites comme Meetic : sur ces sites, le plus dur est souvent d'accrocher un début de conversation. Le dialogue initial se résume souvent à « Bonjour », « Salut », etc…

Le petit malin qui fait effectuer ces approches en parallèle par 80 robots a plus de chance de décrocher un dialogue approfondi que le naif qui fait tout cela à la main et passe tout son temps à se prendre des rateaux dès le premier « Bjr ».

Il est donc évident que le recours aux robots va se multiplier, avec pour conséquence inévitable que les sites auront une bonne partie de leur trafic généré par des conversations ENTRE ROBOTS ! ! !

On peut s'interroger sur l'utilité d'un tel système (à part de gaspiller de l'életricité). Mais on peut s'interroger également sur l'utilité d'un système financier contrôlé par une poignée de superordinateurs cherchant à se battre aux échecs. C'est encore plus drôle si on imagine que leurs logiciels sont quasiment semblables et appliquent les mêmes modèles ! Peut-on encore croire que ce qui sort de ces affrontements correspond encore au « juste prix du marché » ? Que le système hautement cahotique constitué par ces programmes informatiques connectés en boucle sur eux même peut encore être gouverné par « l'équilibre » de la « main invisible » dont on sait depuis longtemps qu'il est une notion totalement bidon ?

Mais c'est peut être là la raison du pourquoi : un système entièrement géré par des ordinateurs est peut être moins cahotique qu'un système faisant intervenir des humains.

Après tout : la base de la théorie libérale de l'équilibre économique, c'est le comportement rationnel des acteurs d'une part et leur comportement statistique identique d'autre part. On sait depuis longtemps que les humains n'obéissent pas à ces lois et qu'ils sont trop imprévisibles et émotifs pour agir de manière rationnelle. Un groupe d'ordinateurs équipés d'un logiciel quasi semblable est finalement beaucoup plus proche de la définition des « acteurs économiques » : un troupeau de moutons agissant tous de la même manière…

En remplaçant les humains par des machines, les libéraux ont réussi l'exploit d'amener l'économie à valider leurs théories obselolètes, plutôt que d'adapter leurs théories à la réalité de l'économie !

Finalement, l'économie est une chose trop sérieuse pour ne pas la laisser diriger par des machines (rappelez vous du film « Wargames » dans les années 80).

Portrait de sushi_destroy

à Caius Portrait de Caius De sushi_destroy

18H21 | 19/03/2008 | Permalien

C'est bien d'avoir un rève (même si j'y comprend que dalle)

En tout cas c'est mieux que le cynisme quasi généralisé des commentaires de ton message.

Bonne chance et bon courage.

Portrait de Britaï

De Britaï

Où qu'ont est? | 12H50 | 13/03/2008 | Permalien

Très intéressant billet effectivement, qui montre à quel point « le système » (il faudrait un jour faire une étude pour voir un peu qui précisément compose cette oligarchie) cherche à nous manager via les politiques. Alors que selon le droit, c'est encore la Nation, le peuple quoi, qui est le souverain. Mais pour combien de temps encore ? On est en présence d'un volonté de « démontrer » la soumission, ce qui est plus élégant que la simple imposition.

On aura donc droit bientôt à François Fillon qui fait reporter l'impôt sur la fortune sur la TVA parce que se serait une conséquence logique de la théorie des cordes…

Portrait de sigmundfrit

De sigmundfrit

13H45 | 13/03/2008 | Permalien

Toutes ces théories, management, modèlisation mathématique, psycho-sociale, partent du principe que la finalité de l'homme c'est l'entreprise, c'est à dire pour la majorité de suer de la plus-value jusqu'au point de rupture pour une minorité qui se moquent des effets sur les êtres humains et la planète.
Il est vrai que l'on aura beau faire le management repose uniquement sur cette absurdité : l'entreprise au centre du monde.
Si on remet les choses dans le bon sens on s'apercevra que la plupart des gens qui travaillent sont dans l'entreprise parce que forcés et contraints (y compris les cadres) et que s'ils en avaient la possibilité ils feraient autre chose.
Toutes ces méthodes (qui encouragent au passage la désyndicalisation) n'ont qu'un but : persuader les salariés du contraire.

Portrait de Servais-Jean

De Servais-Jean 4591

alpha-béta | 14H13 | 13/03/2008 | Permalien

Article trés intéressant qui permet de comprendre la logique du management.
Rien d'étonnant à ce que cet article soit fait par un mathématicien, nombre de penseurs sont issus de cette discipline.

Tous les outils sont bons pour extraire du capital humain le maximum de ce qu'il peut fournir et ce au mépris des êtres qui composent ce capital.
« L'Afrique de papa c'est fini » disait une célèbre ministre. Oui l'Afrique de papa c'est fini, maintenant le terrain de jeu c'est agrandit, c'est le monde entier.

Au Congo aprés 1830 Léopold 1er faisait couper les mains des indigènes qui ne remplissaient pas leur quota de récolte de caoutchouc et pour celà il avait ses « managers » à lui. Et lorsque le scandale a éclaté Léopold a refilé le bébé à la Belgique.
Mais ne soyons pas naîfs, les techniques se sont affinées, sont moins voyantes, apparemment plus soft mais en fait aussi dévastatrices sinon plus car elles touchent à l'essence des êtres et non plus seulement à leurs mains.

Que des mathématiciens, à la suite des psychanalystes refusent de participer à cette mise en coupe réglée de la planète nous permet de garder encore un peu d'espoir.

Il faut savoir que des psychiatres se sont mis au service de grandes entreprises dont TF1. Quant aux politiques, vu qu'ils sont copieusement arrosés, promenés en jet privé ou en yacht …mais à ce niveau là (politique) nous avons encore, mais de moins en moins et pour combien de temps, la parole.
Sachons nous en servir.

Portrait de bozio

De bozio

barbatrucmuche | 14H28 | 13/03/2008 | Permalien

ce soir sur france 2 à 23h10….un reportage qui vaut son pesant de discours…une fois n'est pas coutume, allumons nos TV ! ! !

Portrait de Les Chats

à bozio Portrait de bozio De Les Chats

En grève du zèle contre le nettoyeu... | 18H11 | 13/03/2008 | Permalien

A 23h10 … bien sûr, les gens qui pourraient se révolter seront couchés car ils se lèvent tôt pour travailler.

Portrait de bozio

De bozio

barbatrucmuche | 14H30 | 13/03/2008 | Permalien

au fait le titre dudit reportage : « Travailler à en mourir »

Portrait de re-belle

à bozio Portrait de bozio De re-belle

mère au foyer | 01H44 | 14/03/2008 | Permalien

je suis encore là, car j'ai vu ce documentaire ! ! ! …
j'avais les larmes aux yeux, de regarder ces gens broyés par ce systhème « du profit avant tout meme au prix de la vie » ! ! ! …
de cette femme au coté de son mari qui par des cadences de travail (21 heures non-stop,une journée en compte 24)est totalement handicapé sur son lit d'hopital, tout cela pour décrocher un CDI et c'est sa femme qui la signé car à ce momment son époux etait dans le comas ! ! ! …au total sa famille ne perçoit rien de l'entreprise ! ! ! …

c'est un très grand dommage que cette émmission est si tardive ! ! ! …
une tranche horaire où il y a un faible taux d'écoute ! ! ! …
on se demande si cela est fait exprès ? ? ? ! ! ! …

Portrait de Révolutiona

à re-belle Portrait de re-belle De Révolutiona

Hawwah | 00H18 | 15/03/2008 | Permalien

C'est le sommet de l'horreur, cette veuve à qui l'on fait signer le CDI que son mari voulait tant, et qui finalement la prive, elle, de tous ses droits !
La société d'intérim devrait pouvoir être mise en cause, elle connaît les lois (deux ans de contrat d'intérim sans interruption équivaut à un CDI, elle doit protéger ses intérimaires, même contre eux-mêmes, de même que tous les autres employeurs en matière de santé et l'utilisateur qui dit qu'il n'y a pas de loi qui empêche de ne pas prendre de vacances, le summum de la monstruosité)… et cette société qui utilise la faiblesse de cette femme et son chagrin : aucun respect !
Ce cas doit être signalé !

Portrait de Lairderien

De Lairderien

15H14 | 13/03/2008 | Permalien

Bel article qui fait froid dans le dos, mais qui rappelle simplement que nous ne sommes bien que des numéros…. donc des chiffres ! ! !

Il me (re)confirme à postériori, mon propre sentiment qui m'a conduit à quitter le monde du travail, en profitant (lâchement) d'une compression de personnel (quel euphémisme ! )et d'un plan de licenciement relativement avantageux, après 38 ans de bons et (trop) loyaux services, dans un très grand groupe sidérurgique, encore une nouvelle fois à la une de l'actualité, pour de nouvelles suppressions de postes, seulement justifiées par l'apreté au gain des actionnaires (mondialisés).

Portrait de moguerou

De moguerou

15H17 | 13/03/2008 | Permalien

Mathématiques quantiques , qu'est ce que c'est ? J'ai entendu parler de la physique quantique mais jamais des des mathématiques

Portrait de Léonard

à moguerou Portrait de moguerou De Léonard (auteur)

chercheur (errer humanum est) | 13H31 | 14/03/2008 | Permalien

La physique quantique est basée sur les mathématiques : notamment l'équation de Schrödinger, les espaces de Hilbert. Par exemple, la transformation de Fourier permet de résoudre l'équation de Schrödinger. Tous ces outils mathématiques précédaient les découvertes de la mécanique quantique. (Il en est de même pour la théorie de la relativité : l'espace-temps de Minkowski et la géométrie riemannienne précèdent la découverte de la relativité.)

En revanche, c'est moins clair pour le formalisme de la théorie quantique des champs. Les intégrales de chemin existaient avant, mais Feynman et d'autres les ont développées dans un sens perturbatif qui ne rentrait dans aucun cadre mathématique antérieur.

La spécificité des théories topologiques quantiques des champs est l'indépendance de la métrique, sorte de curiosité pour les physiciens, mais qui a surpris les mathématiciens, car elles produisent des invariants topologiques de variétés. En simplifiant un peu, on peut dire que dans les années 90, les mathématiciens et physiciens se sont retrouvés dans la situation inédite suivante : les physiciens attendaient et anticipaient une justification topologique de leurs théories, alors que pour les mathématiciens les invariants topologiques qui résultaient de ces théories étaient nouveaux. En un certain sens, les topologues étaient devenus les « expérimentateurs » des physiciens, non pas bien sûr au sens des expériences physiques, mais au sens où les théories topologiques étaient sensées confirmer la validité des théories physiques générales plus spéculatives - pour le moment invérifiables par l'expérience du fait par exemple des énergies qu'elles mettent en jeu.

Portrait de Servais-Jean

à Léonard Portrait de Léonard De Servais-Jean 4591

alpha-béta | 01H45 | 15/03/2008 | Permalien

Comme j'ai rien compris j'ai mis un « top », ça doit bien valoir ça vu que j'ai pas compris.
Signé :
Le douanier de Fernand Reynaud.

Portrait de marc44

à Léonard Portrait de Léonard De marc44

16H20 | 15/03/2008 | Permalien

Léonard,

merci de votre papier,
on l'accepte même en version étendue pour un numéro spécial…

Sautons d'un Fourier à l'autre,
et tirons pour conséquence qu'il faut tous s'engager en politique, pour débattre entre nous, pour aller éteindre les télés des victimes du mieux disant culturel (« j'ai privatisé TF1 et depuis, je dors mal ») et les impliquer dans la démocratie participative communale pour commencer. Les municipes qui démarrent sont l'occasion de cette évolution forte. Construisons avec les gens de bonne volonté la gauche !

Biblio du jour : J.Généreux, « la dissociété », maintenant en édition de poche.

Portrait de déluge

De déluge

menuisier | 15H28 | 13/03/2008 | Permalien

Juste une question disons technique pour l'auteur de ce billet très interressant. Je crois comprendre plus ou moins le champ de vos recherches et l'intérêt qu'elles sucitent pour les patrons des grosses boites, mais je ne saisis pas comment on peut faire « rentrer » les carractéristiques humaines et matérielles spécifiques de ces groupes dans une chaîne mathématique. En informatique on dirait « saisir les données » pour les faire tourner dans le logiciel….

Portrait de Léonard

à déluge Portrait de déluge De Léonard (auteur)

chercheur (errer humanum est) | 12H26 | 14/03/2008 | Permalien

A vrai dire, je me pose sincèrement la même question que vous.

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