A la Une

Cinéma français : le rapport alarmant du Club des 13

Par Olivier de Bruyn | Journaliste | 27/03/2008 | 13H02

Treize personnalités ont planché sur les problèmes de financement, qui touchent de plein fouet les films à moyen budget.


Cinéma UGC Les Halles, à Paris (Olivier Culmann).

Production, distribution, exploitation : à toutes les étapes, la diversité cinématographique serait-elle menacée ? Un rapport inquiétant rédigé par un groupe de treize personnalités (dont Pascale Ferran, Jacques Audiard et Claude Miller) met les pieds dans le plat parfois nauséabond de l'économie du cinéma français.

Nous avons pu lire en intégralité ce document confidentiel, dont les auteurs ont dévoilé les principaux enjeux jeudi lors d'une conférence de presse.

Marina Hands et Pascale Ferran aux Césars 2007 (V. Tonelli/Reuters).Retour en arrière. Février 2007 : Pascale Ferran reçoit une pelletée de Césars pour son « Lady Chatterley », film plébiscité par la critique, le public et salué, lors de la cérémonie annuelle, par les professionnels. Dans la salle, on applaudit à tout rompre, y compris du côté des responsables des chaînes de télévision, pourtant peu enclins (euphémisme) à financer des films qui, comme celui de Ferran, ne respectent en rien les conformismes cathodiques…

Sur scène, la réalisatrice tire vigoureusement la sonnette d'alarme. Elle déplore notamment que les « films du milieu » -en gros ceux qui conjuguent exigence esthétique et vocation populaire (aux antipodes des produits formatés et de l'élitisme abscons)- soient aujourd'hui de plus en plus difficiles à produire. Et de s'interroger à haute voix sur la possibilité pour les descendants de Truffaut, Demy ou Resnais de donner naissance à leurs projets…

On s'en doutait : les déclarations de Pascale Ferran ne resteraient pas sans suite. Un an plus tard, à l'initiative d'un groupe de travail baptisé le Club des 13 (composé de cinéastes, scénaristes, distributeurs et exploitants, voir liste ci-dessous), un volumineux rapport de 190 pages, rédigé sans complaisance ni parti-pris, dresse un tableau quasi-exhaustif des difficultés rencontrées par les forces vives du cinéma hexagonal.

Alarmant ? Assurément. Défaitiste ? Certainement pas. La preuve : le Club des 13 propose des solutions concrètes pour que notre système de financement (longtemps considéré comme un modèle) puisse survivre.

Un paysage cinématographique bouleversé

Intitulé « Le Milieu n'est plus un pont mais une faille » (en référence à la position éminemment délicate des dits films du « milieu »), le rapport de synthèse met en lumière les modifications considérables apparues ces dernières années dans l'ensemble du paysage du cinéma français :

« On continue à vivre sur l'idée que le cinéma est à la fois un art et une industrie (puissance de la pensée de Malraux), alors qu'entre temps, il est devenu essentiellement un commerce. La marchandisation actuelle du cinéma vient de la prise de pouvoir, en tenaille, du petit et des grands écrans. C'est-à-dire la substitution du pouvoir des producteurs par celui des diffuseurs : la télévision d'un côté, les grandes groupes d'exploitation de l'autre.

“Et si, d'un côté, les directeurs d'antenne ont intérêt à ce que leurs filiales produisent des films profilés pour la télévision ; de l'autre, les multiplexes ont intérêt à une offre surabondante de films fortement médiatisés. La qualité des films compte moins alors que leur visibilité ou leur budget de promotion.” (p.7)

Le rapport (qui se garde d'opposer caricaturalement les “bons” films d'auteur aux “mauvais” films commerciaux) démonte le mécanisme redoutable et pervers qui entraîne une uniformisation de l'offre. Conséquence inéluctable : un appauvrissement de la qualité moyenne des films proposés aux spectateurs, même si, les auteurs le rappellent à juste titre, les fictions singulières et stimulantes demeurent nombreuses en France. Mais pour combien de temps ? Parmi les principaux motifs d'inquiétude :

  • La perte d'influence du producteur, au profit, notamment, des chaînes de télévision. Ces dernières financent en partie le cinéma (la loi les y contraint) mais privilégient des “produits” susceptibles de satisfaire l'audimat (et de rafler les recettes publicitaires afférentes) lors de leur diffusion cathodique. A la limite, peu importe la qualité du film et son destin commercial lors de son exploitation en salles…
  • La bipolarisation dramatique dans la production. D'un côté d'énormes budgets, en constante augmentation, alloués à des films la plupart du temps ultra-prévisibles. De l'autre des financements minimaux pour des fictions vouées de ce fait à la ghettoïsation. Au “milieu” -là où se niche la diversité- des films ambitieux à vocation populaire qui souffrent (pour les budgets moyens -4 à 7 millions d'euros- seulement 19 films produits en 2006, contre 49 en 2004).
  • Le formatage des scénarios, lié aux diktats télévisuels et à l'autocensure qui en découle :
    “Il faut écrire des films qui puissent être financés par les télévisions si l'on ne veut pas prendre le risque de devoir soit abandonner son projet, soit le tourner dans des conditions qui le mettent en péril.

    ‘D'une certaine façon, les télévisions n'ont même plus à intervenir frontalement sur le scénario. La beauté du système, sa puissance, réside même en cela : dans la majorité des cas, les réalisateurs et leurs producteurs, ont intégré tout ou partie de leurs demandes implicites dès la conception du film.’ (p.35)

  • Selon le même principe de l'uniformisation, la prédominance sur les écrans d'une poignée de comédiens jugés ‘incontournables’ par les décideurs et donc systématiquement privilégiés. (‘La liberté totale de casting est devenue en France une exception.’, p.41). Corollaire : le rôle prépondérant des agents (‘plus difficiles à joindre que les artistes qu'ils représentent’), faisant parfois la pluie et le mauvais temps dans le métier.
  • La précarisation (voire la paupérisation) dont souffrent de très nombreux scénaristes, maillons pourtant essentiels dans la fabrication des films.

Les ‘13’ ne se contentent pas d'évoquer les difficultés rencontrées par les auteurs et producteurs en amont et pendant le montage financier des films. Ils rendent compte, avec la même précision glaçante, des problèmes parfois insurmontables rencontrés par les distributeurs et exploitants indépendants.

Ces derniers ont subi de plein fouet (entre autres) l'apparition des filiales de chaînes cathodiques dans la distribution, l'essor des multiplexes (boostant incontestablement les entrées en salles, mais ne favorisant pas la diversité de l'offre), la rotation frénétique des films proposés sur les écrans (objectif avoué, selon les règles commerciales élémentaires : faire le maximum de chiffres en un minimum de temps), l'explosion des ‘marges arrière’ (tout ce qui produit des bénéfices dans les salles, mais n'est soumis à aucune taxe, contrairement au billet d'entrée), les frais de publicité (multipliés par vingt en moins de dix ans ! )… On en passe.

Treize mesures pour rénover les systèmes d'aide existant

Le Club des 13, d'ores et déjà élargi à une quarantaine de membres actifs, entend faire circuler le plus largement possible son rapport (il sera publié intégralement à la mi-avril aux éditions Stock) et va prochainement interpeller les pouvoirs publics.

Il propose dès aujourd'hui treize mesures concrètes, certaines revisitant les systèmes d'aide existants, histoire de renouer avec une philosophie originelle depuis longtemps pervertie. Parmi ces propositions :

  • Le doublement de la dotation de l'avance sur recettes (stable depuis 15 ans -enveloppe moyenne : 400 000 euros par film- alors que les budgets de production ont explosé).
  • Le versement du Fonds de soutien automatique production généré par un film au seul producteur délégué (c'est-à-dire au réel initiateur du projet et non aux multiples ayant-droits).
  • 7,5% de ce fond de soutien réservé à l'écriture.
  • Une majoration de 25% de ce fonds de soutien pour les distributeurs investissant dans des films produits sans les chaînes de télévision.
  • La suppression de ce fonds de soutien pour les sociétés adossées à un diffuseur (chaînes cathodiques et groupes de télécommunications).
  • La création d'une taxe de 5,5% sur toutes les marges arrière, ‘venant abonder l'assiette du CNC et financer l'équipement numérique des salles indépendantes et la dotation de l'avance sur recettes’.

Sur le grand écran comme ailleurs, la diversité a un prix :

‘L'idée même du film comme prototype, comme objet singulier et non-reproductible, est condamnée à sa disparition dès lors qu'il est inféodé à un médium dont la logique est celle du flux, de la répétition, du déjà-vu, du produit de série.’ (p.35)

Si le cinéma français, contrairement à ce qui s'est produit ailleurs en Europe, continue d'exister, il le doit à son système original de financement, gravement mis à mal ces dernières années. Le Club des 13 tient le pari qu'il n'est pas trop tard pour ‘tout remettre à plat’ et repenser en profondeur l'économie des films. A suivre de près…

Composition du club des 13 : Cécile Vargaftig (scénariste), Jacques Audiard, Pascale Ferran, Claude Miller (cinéastes), Denis Freyd, Arnaud Louvet, Patrick Sobelman, Edouard Weil (producteurs), Fabienne Vonier (distributrice), Stéphane Goudet, Claude-Eric Poiroux, Jean-Jacques Ruttner (exploitants), François Yon (exportateur).

26 votes

25906 visites  |  58 réactions

58 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

  • Téléchargez votre photo sur votre page perso. Elle apparaitra à côté de vos réactions.
  • Merci de respecter la charte des commentaires, sans quoi nous nous réservons le droit de supprimer votre réaction.
  • Les commentaires sont fermés après quatre jours.
Portrait de déluge

De déluge

menuisier | 13H35 | 27/03/2008 | Permalien

Que l'on fasse en sorte que les films « autres » soient produits dans de bonnes conditions financières est indispensable, bien sûr, pour tout le monde.

Mais il ne faudrait pas oublier de réformer le système de l'avance sur recette qui fait la part trop belle à UN certain type de cinéma (pour faire court les héritiers de la Nouvelle Vague), laissant systématiquement de coté tout ce qui ne relève pas d'un cinéma litéraire. Il serait bon que ces différentes aides soient alouées dans une meilleur transparence comme on dit maintenant, pour que l'on ne puisse soupçonner de copinage leur attribution…

De plus, une fois le film produit et tourné, on en fait quoi ?

En absence de la création d'un système de distribution autre que les majors à multiplexes, le film restera condamné à une diffusion confidentielle.
Et c'est là où ça coince car subventionner un réseau de type art et essai est preque impossible : Les majors veillent jalousement à ce que l'on ne « fausse pas le jeu de la concurence », voir les procès fait aux municipalités qui aident une salle A et E.

Je crois que le cinéma « autre » en salle est d'ores et déjà mourant et condamné définitivement. On ne s'en sortira pas.
Reste la possibilité de numériser les salles de manière à pouvoir programmer plus facilement, pour un cout moindre (on économise sur les copies), mais de là à s'adosser sur un réseau suffisant pour assurer la rentabilité…
Malheureusement l'avenir de ces films est sur le dvd, nulle part ailleurs je pense.

Portrait de joker

à déluge Portrait de déluge De joker

14H27 | 27/03/2008 | Permalien

Un bon point serait d'interdire aux multiplex de diffuser le même film dans plusieurs salles d'un même cinéma. En effet, lorqu'on voit que dans un cinéma de 15 salles 7 ou 8 salles sont occupées par 3 films (Harry Potter, Spiderman et Pirates des caraïbes), il y a forcement des films sacrifiés et qui manquent l'occasion de trouver leur public.

Portrait de La Grenouille

à joker Portrait de joker De La Grenouille

16H09 | 27/03/2008 | Permalien

Très juste.
Les mutliplex (ou plutôt ces supermarchés du cinéma où on y boit, on y mange, on y papotte, on y pisse et occasionnellement on y regarde un film ; humour je précise) ont tendance à parier sur les blockbusters (normal ça fait recette) avec 2 voire 3 salles pr un même film (parfois plus) : Spiderman 3 en VO, 2 salles pour la VF, ou 4 salles pour Bienvenue chez les chtis.

A côté, on a des films comme There Will Be Blood (certes US) qui se trimballe 120 copies ds tte la France.

Portrait de joker

à La Grenouille Portrait de La Grenouille De joker

16H18 | 27/03/2008 | Permalien

Où des films qui sont déprogrammés au bout de une ou deux semaines… En ce qui concerne « There will be blood » malgré ses oscars, n'était projeté que dans une salle dans ma ville ; les chtis, dans 4 ou 5. Alors vive le cinéma Français mais que les Etats Unis comprennent que lon n'est plus prêts à se contenter des daubes prémachées et sans saveur qu'il nous servent me semble primordial également !

Portrait de joker

à La Grenouille Portrait de La Grenouille De joker

16H18 | 27/03/2008 | Permalien

Où des films qui sont déprogrammés au bout de une ou deux semaines… En ce qui concerne « There will be blood » malgré ses oscars, n'était projeté que dans une salle dans ma ville ; les chtis, dans 4 ou 5. Alors vive le cinéma Français mais que les Etats Unis comprennent que lon n'est plus prêts à se contenter des daubes prémachées et sans saveur qu'il nous servent me semble primordial également !

Portrait de Kereven

à joker Portrait de joker De Kereven

17H26 | 27/03/2008 | Permalien

« There will be blood » c'est français comme son nom l'indique : -)

Portrait de joker

à Kereven Portrait de Kereven De joker

17H39 | 27/03/2008 | Permalien

Justement non, c'est pour ça que j'ai précisé que même si j'aimais le cinéma français et que je me réjouis de ses succés, il ne faut pas négliger les oeuvres intéressantes venant de l'étranger et se contenter des « blockbusters ». Je me suis peut-être mal exprimé.

Portrait de hogan

à La Grenouille Portrait de La Grenouille De hogan

actif | 17H34 | 27/03/2008 | Permalien

Peut-on aller au cinéma comme on va au parc d'attractions ?

Portrait de impasse89

à déluge Portrait de déluge De impasse89

23H37 | 27/03/2008 | Permalien

Le DVD présente lui aussi ses problèmes de distribution et ses couts. La fabrication d'un stock, sont référencement dans des points de ventes, son réapprovisionnement, la reprise des invendus, etc. Autans de raisons qui font que seul une partie (la majorité mais pas la totalité) des films sont édités en DVD. La VoD (vidéo à la demande) représente, selon moi, une solution parfaite pour une distribution simple et adaptée. Faible cout de « mise en linéaire » et surtout, pas de réapprovisionnement, pas de « date limite de vente » pour cause de volume faible.
Maintenant, quand on voit que une petite minorité de ces films sont proposés par ce biais, on ne peut que le regretter, pour eux comme pour ceux qui pourrait contribuer au financement en aval de la création (vulgairement, les clients ; ) ). Un jour, peut être que les ayants droits verront les choses différemment…

Portrait de C. Creseveur

à déluge Portrait de déluge De C. Creseveur

D'actualité | 09H55 | 28/03/2008 | Permalien

Le problème de l'attribution est tout de même difficile à résoudre dans la mesure où l'audiovisuel et le cinéma sont de toutes petites économies et qu'ils font logiquement travailler peu de monde. Ainsi en quelques années on arrive assez vite à connaître des gens, qui vous connaissent en retour, etc.
Aussi dès qu'un projet arrive en commission il est fréquent qu'il puisse exister un rapport au moins indirect entre un ou des membres et l'auteur.
Pour autant il existe des modérations non négligeables :
la première c'est qu'on se fait assez vite dans ce milieu des amis et des ennemis, souvent très francs. Du même coup vous pouvez aussi bien être servi que desservi dans un comité lambda.
La deuxième c'est que les comités au CNC en particulier sont recomposés chaque année, ce qui évite des collusions répétées d'une part, et de se heurter au même mur d'autre part. (Je note ici que personne ne fera le reproche du peu de mobilité dans les comités de lecture des grands groupes cinéma ou audiovisuel).
La troisième c'est que la sélection dans certains fonds est anonyme (Fonds d'aide à l'innovation, notamment), ce qui évite tout soupçon de connivence.

Maintenant toutes ces mesures ne sauraient en aucun cas être des gages de qualité. Et il serait assez absurde de reprocher au système la qualité des sujets qu'il reçoit.

Portrait de ex-riverain

De ex-riverain

x | 13H45 | 27/03/2008 | Permalien

c´était le premier volet de notre série « l´industrie de la culture », ou la « poterrisation » des esprits..la culture étant devenue un produit, elle se prête aussi bien aux processus de standardisation, normalisation, etc.

Portrait de marigae

à ex-riverain Portrait de ex-riverain De marigae

15H12 | 27/03/2008 | Permalien

Quand on voit ce qui s'est passé avec les « tomates » et autres « maîs » en terme de « standardisation », il faut se dépecher de faire des AMAP-cinéma ! -)

Portrait de A.V.

De A.V.

tamagotchi89 | 14H06 | 27/03/2008 | Permalien

Le cinéma français est d'abord une grande famille consanguine, chasse gardée d'une certaine élite sociale. Et comme toute société consanguine, elle montre des signes de tares.
L'âge du numérique aurait dû mettre le cinéma à la portée de beaucoup plus de créateurs. Malheureusement, c'est tout l'inverse. Dans le cinéma comme dans le reste, la mondialisation apporte la réponse : la part des blockbusters dans la production française continue à augmenter ; et quand on veut un film d'auteur, on pioche dans les films du tiers-monde, et toute la jet-set parisienne crie au génie.

Portrait de La Grenouille

à A.V. Portrait de A.V. De La Grenouille

16H12 | 27/03/2008 | Permalien

Oui avec tte la clique de C+ qui recycle les gens passés chez eux : Robin des Bois, Omar & Fred, Les Nuls, Ramzy plus les potes Depardieu, De Caunes et cie.

Toujours les mm tronches dans les mm films.

Portrait de C. Creseveur

à La Grenouille Portrait de La Grenouille De C. Creseveur

D'actualité | 10H02 | 28/03/2008 | Permalien

Les Robins des bois ne sortent pas spécialement de la grande famille. Ils viennent du café théâtre. Eric, Ramzy et Jamel idem. Ils n'étaient absolument pas connus du grand public quand ils ont commencé dans « H ».
J'ai un peu le sentiment que vous leur reprochez leur réussite.

Portrait de A.V.

à C. Creseveur Portrait de C. Creseveur De A.V.

tamagotchi89 | 13H53 | 28/03/2008 | Permalien

Entièrement d'accord avec vous. Les comiques, c'est un cas à part. L'humour Bobo-bling-bling-coton, c'est un peu fade. Alors, le peuple est le bienvenu pour faire rire.

Portrait de batila

De batila

entrepreneur international | 14H42 | 27/03/2008 | Permalien

Excellent article.
Je doute cependant que ces propositions soient adoptées. Comme toute activité générant de l'argent, le cinéma attire de nombreuses personnes qui ne sont interessées que par cela. Le cinéma est devenu un bout de viande sur lequel un nombre trop important de personnes -qui n'ont rien à voir avec la création de films proprement dite (ni scénariste, ni dir de prod, ni réalisateur, ni monteur, ni mixeur ; bref pas impliquées dans la prépa, le tournage et la post prod)- se nourissent allégrement. Et cette utilisation du cinéma à des fins mércantiles a des conséquence sur la place des techniciens et artistes dans le processus de création. Elle a des conséquences aussi sur les rapports entre les tenants des différentes façons de travailler l'image, soutenues par des visions extrèmes du cinéma.
Un exemple : Il y a 10 ans, les chefs monteurs avaient droit à un assistant (parfois stagiaire) mais le passage au numérique a considérablement dévalorisé leur travail : il se contente aujourd'hui de traitement d'image à l'aide de logiciels (avide, final fck, etc…)représentants une considérable avancée technique. Et les productions leurs payent rarement un assistant, de ce fait. Mais qu'en est-il du travail essentiel de tout cinéaste : comment raconter une histoire ?
Alors qu'un chef monteur pouvait autrefois se concentrer sur l'histoire, en laissant tout le travail technique de traitement d'image ( qu'il a lui même fait pour un chef au début de sa carrière) à son assistant, il est obligé de tout faire lui même, au détriment de sa sensibilité et de sa compréhension de l'histoire.
Alors même que le défi estétique et l'exigence de fiction devraient être en harmonie, ils se confrontent car ils « utilisent » une seule personne qui fait donc le choix de répondre plutôt à l'un qu'à l'autre.
Comme une belle image est plus « vendeuse » qu'une belle histoire (pour les mêmes raisons exposées par le club des 13 : pub et diffusion télé) on choisit souvent de favoriser la première. Et on se retrouve avec deux camps : ceux qui font des films genre « clip Msix » et ceux qui ne font que raconter une histoire sans trop se prendre la tête sur la qualité de l'image. Les premiers taxent les seconds de non-professionalisme et en tirent un grand avantage puisque leurs discours offensifs dénués du doute intrinsèque à tout oeuvre artistique sont plus convaincants (aux yeux des décideurs d'aujourd'hui) que ceux des seconds beaucoup plus réservés et conscient de la difficulté d'être fidèle à la fois aux réalisateurs et aux distributeurs. Les exigences des uns se confrontent aux exigences des autres, en laissant une partie(souvent les « historiques ») sur le carreau.
Combien de chef monteur ayant appris à monter en découpant des bandes pour un autre chef monteur, par exemple, se sont faits doubler par des jeunes connaissant les logiciels sur le bout des doigts, mais n'ayant ni une véritable formation artistique ni un réel vécu ?
Ce clivage effrayant n'est, on le voit, pas présent chez la plupart des réalisateurs étrangers qui conjuguent les deux exigences sans en préférer une !
Mais ceux qui tentent de faire face aux deux exigences, en france, sont pris entre les feux des deux camps opposés et sommés de choisir le leur…
Comment a-t-on pu entrer dans une telle guerre ?
D'autant que l'argent du cinéma a parfois des origines (blanchîment) et des destins (partis politiques) troublants…

Portrait de C. Creseveur

à batila Portrait de batila De C. Creseveur

D'actualité | 16H16 | 27/03/2008 | Permalien

Dites-nous en plus !

Portrait de batila

à C. Creseveur Portrait de C. Creseveur De batila

entrepreneur international | 16H58 | 27/03/2008 | Permalien

J'aimerai bien pouvoir !

Portrait de Prolo du livre

De Prolo du livre

14H35 | 27/03/2008 | Permalien

Je ne fais pas parti du monde du cinéma, mais de celui des livres.
Peut être de manière naïve, j'ai l'impression que les constatations du Club des treize, sont évidentes.
Qu'il y ait une autocensure dans la création à fins de formatages, une main mise de la diffusion/distribution, tout ça me parait évident. On peut constater ces phénomènes dans toutes les industries artistiques comme la radio et la musique, le livre et ses points de ventes, etc.
Peut être cette évidence parce que ces réflexions sont évidentes dans mon secteur d'activité.
Là où cette réflexion est pertinente, c'est lorsqu'elle apporte des solutions.
Solutions qui dans le livre ont été (en majeure partie) apportées par la loi Lang sur le prix unique du Livre.
Mais je pense pas que ça soit sur ce gouvernement qu'il faille compter pour ça ! ! !
La culture un produit ? On a l'impression que les différents professionnels ne s'en rendent compte qu'à l'instant. Après s'être bien gavé.

Portrait de joker

De joker

14H39 | 27/03/2008 | Permalien

Olivier,
Je ne savais pas que vous officiez sur RUE89 ! Vous avez abandonné Première ?

Portrait de déluge

à joker Portrait de joker De déluge

menuisier | 15H43 | 27/03/2008 | Permalien

Si il est réelemnt journaliste, il avait pas le choix.

Portrait de joker

à déluge Portrait de déluge De joker

15H50 | 27/03/2008 | Permalien

C'est vrai que « Première », magazine auquel je suis très attaché ; je lui dois mes plus grandes découvertes cinéphiles ; n'est plus à la hauteur (il m'en coûte de dire ça) de celui que je lisais il ya quinze ans, et loin de là ! Cela devient malheureusement n'importe quoi.

Portrait de guyome

De guyome

14H42 | 27/03/2008 | Permalien

Si les propositions me semblent répondre aux problèmes de finacements du « cinéma du milieu », il ne me paraît pas apporter de réponses pour sa diffusion. Les multiplexes monopolistiques, où les télé, ne favorisent pas le diversité des productions, des films comme « la vie des autres », « la graîne et le mulet », n'ont pas eu le public qu'ils meritaient…
Réformer - en supposant que ça fasse - la porduction mais pas la diffusion, cela a-t-il un sens ?

Portrait de P. Martin

De P. Martin

14H58 | 27/03/2008 | Permalien

Des actions comme celle d'Olivier Martinez à l'encontre de plusieurs site web, et de Fuzz en particulier, vont surement arranger la situation du cinéma…

Portrait de marigae

De marigae

15H01 | 27/03/2008 | Permalien

Je souhaite longue vie à ces propositions qui ont trouvé des portes paroles, mais les obstacles seront encore nombreux. Alors pour qu'elles grandissent et se multiplient il leur faut d'autres terrains, supports, engrais.
Proposition (hasardeuse) :
Les 13 fondent une coopérative/asso/société.., ils rachètent des « roulottes » et des « video proj » et se lancent dans une énorme campagne estivale de projections de plein-air, festival qui pourrait s'appeler « En plein milieu » : objectif : sensibiliser et relancer d'autres lieux de diffusion.
En effet, si il faut inverser le « rapport de force », il faut de l'énergie, du monde, des essais.

Bref…RDV à l'apero avec vos chaises pliantes, dans le jardin d'à côté, pour un film du milieu.

Portrait de ClaireChar

De ClaireChar

15H01 | 27/03/2008 | Permalien

Je ne suis absolumment pas de ce milieu mais mon ami a récemment aidé un ami producteur (tout petit producteur) de films à produire un film
Ce film a été filmé et terminé, il est passé au festival de l'Alpe d'Huez a été visionné plein de fois par plein de « spécialistes », en gros les critiques sont dithyrambiques, toutefois aucun distributeur n'a voulu le distrtibuer car trop original, trop compliqué à promouvoir, pas de tête d'affiche.
J'ai du coup réalisé à cet instant à quel point on nous servait que de la soupe avec des gros noms (sachant que un dany boon ou un michael young sont des gros noms par ex)
C'est vraiment tristoune

Portrait de parousnik

De parousnik

15H48 | 27/03/2008 | Permalien

Ce n'est pas seulement le cinéma qui est touché par l'imbécilité et l'appauvrissement intellectuel c'est toute la culture.
La censure de l'information et donc des informations culturelles ont des conséquences sur le cinéma mais sur toutes les filières des arts…
La propagande déversée par PPDA, Poudejudas et tant d'autres surpayés, uniquement pour essayer de nous faire avaler les couleuvres , sans même ciller en mentants pourtant ils savent que d'un clic aujourd'hui encore, nous pouvons et nous contrôlons la véracité de ce qu'ils répétent des prompteurs… Ce sont de mauvais acteurs qui jouent speackerins/journalistes et la baisse de fréquentation de ses à jt et aussi un problème pour la désinformation…
Aujourd'hui les ploutocrates ne font plus bruler les livres ou interdire d'apprendre à lire ou à écrire comme naguère avant l'industrialisation, c'est plus subtile et des sites analyses les méthodes et les raisons comme : http://www.syti.net/index.php
Les premières évolution qu'on réclamé les peuples des qu'ils ont été « autorisé » à se cultiver c'est la démocratie et le communisme, horreur…le partage et la solidarité, alors les dictateurs et les ploutocrates savent que « seul l'intelligence » peut leur faire mordre la poussière et c'est pour cela que presque tout ce que stardisé et mis en évidence sous les projecteurs et nul…intellectuellement parlant.
Les auteurs commerciaux font « fortune » car après tout devenir idiot, c'est plus facile que de se battre pour ses idées,ses réves et ceux des autres…et même l'avenir de ses enfants…

Portrait de C. Creseveur

De C. Creseveur

D'actualité | 16H23 | 27/03/2008 | Permalien

Le phénomène est terrible et inquiétant, parce qu'il semble que la marchandisation de la culture comme elle a lieu aux US est désormais concrète aussi chez nous : on le voit pour le livre avec des sorties massives et courtes où seuls surnagent des blockbusters lancés à grands renforts de pub. Les petits n'ont que quelques semaines devant eux dans les librairies pour se faire une place. C'est exactement là où nous en arrivons pour le cinéma. C'est triste.

Portrait de G.

De G.

16H25 | 27/03/2008 | Permalien

Difficile de croire que les propositions (ni très originales, ni très audacieuses) du groupe des 13 qu'on pourrait résumer par « plus de fric » soient payées de retour par l'actuel gouvernement qui, par ailleurs, s'apprête à faire un gros cadeau fiscal aux productions étrangères qui tournent en France (crédit d'impôt international). Cette mesure actuellement en discussion risque de profiter plus à ceux qui profitent déjà plus : les majors américaines et les industries techniques. Ainsi les producteurs français pourront devenir des exécutants des studios US et enfin produire de « bons » films, c'est-à-dire : des films mieux calibrés que des poulets de batterie et produisant le temps de cerveau disponible nécessaire à la consommation desdits poulets.

Le cinéma ne fait évidemment pas exception au royaume pourri des industries culturelles (livre, musique) et plus largement, dans les périphéries du pouvoir. Et oui ! L'art est le fait du prince, c'est comme ça, et le prince n'est apparemment pas le peuple comme on voudrait le faire croire, mais plutôt un trader hyperactif cocaïné muni d'un parachute en or massif et d'un passeport du Lichtenstein, de Monaco ou des Bahamas.

Il n'y aura pas de salut dans la culture, sans lutte commune pour la défense des autres biens communs : la santé, l'éducation, la justice, qui eux aussi voient attaqués les principes de liberté d'égalité et de solidarité qui en fondent les institutions.

Alors que le Festival de Connes s'apprête à célébrer les 40 ans de son annulation en 1968, je souhaite que les 13 et les autres, sauront, comme les cinéastes qui avaient annulé l'édition de 68, montrer leur solidarité avec les autres secteurs du bien commun, ou le cinéma français mourra et je changerai de métier, mais c'est pas grave…

Je rappelle le message laissé « avec toute [leur] affection » par ceux qui ont permis à la France de ne pas être dans le camp des vaincus après la seconde guerre mondiale :

http://www.dailymotion.com/relevance/search/appel%2Br%25C3%25A9sistance/…

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code