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De chefs de gang à chefs d'entreprise : pari tenu

Par Andrea Paracchini | Reporters d'espoir | 08/07/2008 | 23H55

Former des gangsters : c'est l'idée de deux businessmen qui ont monté une école de commerce à la prison de Bryan, au Texas.

Détenus à La Nouvelle Orléans (Shannon Stapleton/Reuters).

Considérer qu'un chef de gang a d'excellentes capacités managériales, c'est l'idée de Catherine et Steve Rorh, qui ont lancé un programme de formation entrepreneuriale pour les détenus en fin de peine d'une prison texane.

Habituellement, si un cadre de la finance franchit les portes d'une prison, c'est parce que il a été pris en flagrant délit, en train de détourner des fonds ou de falsifier des bilans. Mais quand en 2004, Catherine Rohr et son mari Steve, jeune couple de professionnels du business, entrent dans la Hamilton Unit de Bryan (Texas), c'est pour une toute autre raison : le lancement d'une école de commerce pour détenus en fin de peine.

Fini les soirées foot à la télé et les séances de musculation

L'idée est venue à Catherine après un constat à la fois surprenant et typiquement américain. Avec une désarmante simplicité, elle explique :

« Qui, mieux qu'un chef de gang ou un dealer rompu, sait prendre des risques, gérer des employés, faire tourner les affaires ? “

A la croire, maints criminels posséderaient toutes les capacités managériales qui font d'un individu un ‘successful businessman.’ Comme dans toutes les écoles de commerce, la sélection des candidats désireux de participer au programme est rude : le Pep (‘Prison entrepreneurship program’) est une chance que les détenus doivent mériter.

Pour y participer, il leur faut remplir un formulaire d'admission très pointu de quinze pages avant de passer quatre tests et onze entretiens visant à mesurer leur motivation et leurs capacités entrepreneuriales. Les candidats admis suivent en suite trois cent cinquante heures de cours pendant quatre mois. Tenir le rythme pour ne pas se faire expulser du programme les oblige à renoncer aux soirées football à la télé, aux séances de musculation et à tant d'autres activités.

En échange, la formation à laquelle ils accèdent est de très haut niveau, basée sur les cursus des universités les plus prestigieuses. Des rencontres hebdomadaires sont organisées avec des PDG, professionnels du capital-risque et directeurs de banque qui interviennent bénévolement dans le Pep. A tout cela s'ajoute l'accompagnement proposé par les étudiants de plusieurs MBA, dont celui de Harvard et de Stanford.

Une floraison de PME pour de rares retours en prison

Au terme de la formation, les détenus-élèves présentent leur plan de création d'entreprise et participent à une vraie cérémonie de remise de diplôme ‘à l'américaine’. Entre 2004 et 2007, 370 d'entre eux ont pu jeter leur chapeau en l'air et 41 ont même réussi à lancer leur propre entreprise, en ouvrant des petits commerces ou en se lançant dans l'artisanat. Ces créateurs sont accompagnés dans le cadre des réunions de travail à la Rice University de Houston ou à l'université de Dallas, organisées par le Pep après la sortie de prison. Le Pep a également noué des relations avec des spécialistes des petites et moyennes entreprises (PME) et des bailleurs de fonds agréés à Houston, Dallas et Fort Worth.

Si tous les diplômés ne montent pas leur entreprise, la plupart (288 diplômés, soit 78%) trouve tout de même un emploi. Une réinsertion réussie : alors que le Legislative budget board de l'Etat du Texas indique un taux de récidive proche de 30%, seulement une dizaine d'élèves du Pep sont retournés derrière les barreaux. Des résultats non négligeables qui ont valu au programme le prix du ‘Most Innovative Program’ (‘le programme le plus innovant’), remis en 2007 par le Texas department of criminal justice (Département de justice du Texas).

Quant à ses financements, le programme n'a jamais touché la moindre subvention publique. Son budget (2,6 milions d'euros en 2008) est assuré par des fondations (49%), des particuliers (37%), et des entreprises (14%). ‘Et parmi les donateurs, il y a même des anciens diplômés du programme’, tient à rappeler Catherine Rohr, qui aujourd'hui, partage sa vie entre les cours du Pep et les séminaires et conférences qui l'amènent à sillonner le pays pour présenter son projet à des chefs d'entreprises, des associations de bénévolat, ou des philanthropes.

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5 commentaires sélectionnés

Portrait de pierrejcallard

De pierrejcallard

www.nouvellesociete.org | 00H12 | 09/07/2008 | Permalien

J'ai souvent remarqué que des entrepreneurs avaient le profil et le comportement de chefs de gangs ; la réciproque est sans doute vrai. Dans la même veine, l'armée américaine pourrait recruter directement en prison - ils sont deux millions aux USA - et pourrait ainsi envoyer au front des troupes qui résisteraient mieux au stress inhérents aux opérations contre les civils. Le pourcentage de meurtriers en série qui se suicident est négligeable. Un bassin de compétences trop négligé…

Pierre JC Allard

http://nouvellesociete.org/5142.html

Portrait de stephanemot

De stephanemot

Author & Chief AtoZ Officer | 00H30 | 09/07/2008 | Permalien

Sup de Co…rruption a de l'avenir.

Fondamentalement, le criminel et l'entrepreneur partagent une certaine relation au risque d'une part, a l'autre d'autre part (ex scrupules).

Les deux sont mieux armes pour evoluer dans des environnements hostiles et concurrentiels, ou les decisions cruciales doivent etre prises rapidement. Ils n'hesitent pas a faire des sacrifices pour gagner en efficacite ou en securite.

Le chef de gang a une dimension « manager » qui manque au simple criminel.

Mais il s'agit souvent d'un mode de management et de partenariats archaique, peu adapte a une societe en reseau, justement puisqu'il s'agit en priorite de proteger les points d'entree du premier cercle.

Rappelons enfin que les entreprises criminelles sont avant tout des societes a but lucratif et que ce sont elles qui se calquent sur des best practices entrepreneuriales et manageriales. Un chef de gang doit choisir son directeur financier, son DRH, son directeur technique ou son directeur commercial aussi soigneusement que son responsable de la securite.

L'initiative presentee dans l'article n'est donc qu'un juste retour d'ascenseur… social ou pour l'echafaud ?

Portrait de igneus

De igneus

igneusignition.blogspot.com | 03H00 | 09/07/2008 | Permalien

Ah oui, nous avons un cas récent qui a fait exemple, au Québec :

http://www.ledevoir.com/2008/05/26/191353.html

Portrait de Machiavel

De Machiavel

voisin oisif | 07H44 | 09/07/2008 | Permalien

« Un criminel est une personne avec des instincts de prédateur et qui n'a pas assez de capital pour fonder une société. » (Alphonse Allais)

Citation fort à propos de cet humoriste, attrapée sur http://rezo.net ><(((°>

Portrait de JeFaisPeurALaFoule

De JeFaisPeurALaFoule

09H45 | 09/07/2008 | Permalien

Rien de très surprenant. Le « gang » a pour but commun de s'enrichir, de prendre les parts de marché (quel qu'il soit) des concurrents et par voie de conséquence nécessite tant une autorité supérieure qu'une organisation bien ficelée.

De fait, utiliser les « dons » des détenus pour leur offrir des perspectives n'a rien de bien nouveau si ce n'est le fait que cela puisse déboucher sur une formation diplômante. En tout état de cause la situation carcérale américaine impose des changements radicaux dont une nécessité absolue de réinsérer efficacement ceux qui quittent le système pénitentiaire. On aura par exemple à l'esprit les taux de récidive qui sont le symptôme même d'une société qui sanctionnent sans réfléchir, qui use de la trique plus que de la psychologie pour traiter ses maux.

Après, ce qui me rend plus circonspect c'est l'abord des entreprises vis-à-vis de ces détenus fraîchement « reformatés » car d'un point de vue image un ancien détenu n'aura jamais l'aura d'un jeune sortant d'une grande école, même si ce dernier n'a pas le niveau ni l'expérience du premier. Questionnons nous donc sur le recrutement : en tant que DRH prendriez-vous un ex taulard pour gérer les finances de votre société ? La France est encore à un stade où le prisonnier est marqué du sceau du désaveu de la société et une personne ayant fraudé le fisc est vue au même niveau qu'un violeur… Donc c'est un système à observer, à réfléchir mais pas nécessairement à réutiliser tel quel.

Dernier point : ce que tait l'article c'est aussi la proportion d'illétrisme chez les détenus. C'est une population majoritairement défavorisée, peu éduquée et ne connaissant pour ainsi dire que la loi de la jungle. Sans une prise en charge des lacunes élémentaires en lecture et en écriture, difficile aujourd'hui d'envisager un retour à un emploi stable. Pour faire un parallèle, celui qui sort à 16 ans de l'école tout comme l'ex détenu aura toutes les peines du monde à être embauché pour autre chose qu'un emploi sous qualifié, payé au minimum légal, avec bien entendu tous les aspects dévalorisants que cela peut avoir (même si je désapprouve fermement ce regard malsain qui fait qu'un ouvrier manuel est moins bien perçu qu'un bureaucrate). Par voie de conséquence il est donc vital de commencer par relever le niveau d'éducation des prisonniers pour alors suggérer une formation supérieure. On ne fait pas d'une illettré un ingénieur commercial ou un manager en trois mois, loin de là.

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