Pourquoi l'Inde refuse les décisions du G8 sur le climat
Par Thomas Pekish | Aujourd'hui l'Inde.com | 09/07/2008 | 13H38
(De Dehli) A l'heure où les pays du G8 viennent de trouver un consensus sur une réduction de 50% de l'émission des gaz à effet de serre d'ici 2050, y compris pour les « principales économies émergentes », le Dr Rajendra Pachauri, prix Nobel de la paix indien, répète que la priorité indienne reste le développement économique.
« Il faut que les pays du G8 arrêtent d'exiger que les pays émergents partagent le fardeau de la réduction des gaz à effet de serre. L'Inde est une économie en pleine expansion, comment peut-on vouloir nous imposer cet effort quand des millions de personnes vivent encore dans la pauvreté absolue ? “.
Un avis de poids, puisque cet économiste indien préside depuis 2002 le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), et a reçu à ce titre le prix Nobel de la paix en 2007, avec l'ancien vice-président américain Al Gore.
Mardi, les chefs d'Etats des pays les plus industrialisés du monde se sont engagés à ce que les émissions mondiales de gaz à effet de serre soient réduites de moitié d'ici 2050.
Sous l'impulsion du gouvernement américain, la formulation finale de l'accord, qui devrait ouvrir la voie au futur traité international devant remplacer le protocole de Kyoto en 2012, vise à enrôler les grands pays émergents dans ces efforts, en faisant appel à la « contribution de toutes les principales économies », y compris l'Inde et la Chine.
Un accord a minima a finalement été trouvé, sans objectif chiffré
Un accord inacceptable pour l'Inde, et pour ses confrères du « G5 », groupe qui rassemble les principales économies émergentes (Afrique du sud, Brésil, Chine, Inde et Mexique). Invités au sommet, ces pays ont participé mercredi aux discussions afin de parvenir à un consensus, qui semble pourtant introuvable.
Les pays en voie de développement exigent en effet que les pays occidentaux assument la plus grande part de la réduction des émissions de gaz polluants.
La rencontre a abouti à un accord a minima : les pays émergents ont accepté une réduction à long terme des émissions polluantes, sans autre précision. Le Premier ministre indien, Manhoman Singh, explique :
« Aucun accord international significatif sur la lutte contre le réchauffement climatique ne pourra être conclu si l'on ne tient pas compte de la sécurité alimentaire et énergétique. Notre première priorité est l'éradication de la pauvreté, qui requiert une croissance économique rapide »,
L'Inde est le quatrième pollueur de la planète
Singh justifie de facto la croissance des émissions. L'Inde est en effet le quatrième pollueur de la planète et n'envisage au mieux qu'une réduction des émissions de gaz polluants par tête d'habitants. Dans le Plan d'Action National contre le changement climatique, dévoilé le 1er juillet dernier, il n'est ainsi pas question de s'attaquer à la réduction des émissions, mais de développer parallèlement les énergies renouvelables.
Le Dr Pachauri, qui a participé à sa rédaction, explique :
« Ce n'est que quand l'Inde sera sortie de la pauvreté que nous pourrons établir un plan concret de réduction ».
La lutte contre le réchauffement climatique ne doit donc pas empiéter sur le développement économique, mais faciliter la « transition vers le développement durable », précise le président du GIEC. Selon lui, l'Inde pourrait même rapidement devenir le « leader mondial des énergies renouvelables ». Pour l'heure, 400 millions de personnes n'ont encore pas accès à l'électricité dans le pays. « Les pays riches doivent affronter leurs responsabilités », conclue-t-il.
11008 visites | 101 réactions
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 82557 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque































5
De V.B.
Doctorant | 15H25 | 09/07/2008 |
La question n'est pas tant de savoir qui a fait les conneries le premier (quoique…) que de savoir qui est responsable de la pollution la plus importante.
Tant que les pays du G8 continueront à avoir un ratio énergétique/habitant 10x supérieur à celui des indiens, nos arguments seront bien faibles… et pourtant, la chine est bien en passe de devenir le 1er emetteur mondial de gaz à effets de serre, le 1er importateur de pétrole, etc. L'inde ne va pas tarder à suivre.
Si ni l'un ni l'autre de ces deux pays ne fait d'effort pour essayer de se développer en utilisant un autre modèle écono-énergétique que le « vieux » modèle tout-hydrocarbures, nous allons droit vers le gouffre climatique. Ce sont les plus pauvres qui en souffriront en premier. Et pour le moment, les plus pauvres, ce sont encore eux.
De Infofar
Technophile citoyen | 14H48 | 09/07/2008 |
Si le G8 voulait vraiment faire des efforts pour réduire ses émissions, il se fixerait des objectifs, peut être plus modestes mais à horizon 10 ans max. Quelle valeur à cette déclaration d'objectif à 40 ans ? Quel dirigeant du G8 sera encore là pour rendre compte des résultats ? Le G8 existera-t-il seulement encore en 2050 ?
Une nouvelle fois le G8 renonce de fait à agir, mais cette fois en plus ils se foutent du monde ! et des indiens en particulier…
De pablico
14H58 | 09/07/2008 |
le Dr Rajendra Pachauri, prix Nobel de la paix indien, répète que la priorité indienne reste le développement économique.
Il a raison, à condition de le faire de façon intelligente et quelque peu propre. Sinon une fois développé, il va falloir tout revoir pour la pollution.
De toute façon, le problème « pétrole » va vite régler une partie du problème. reste les autres énergies polluantes…
le développement économique : une fuite en avant vers un gouffre ?
De guerzit
Incomprenant majeur | 15H30 | 09/07/2008 |
Tout le monde semble trouver normal ici que les modes de développement qui ont montré leurs limites et faiblesses continuent à être les modes dominants.
Tout le monde semble penser qu'on ne peut rien dire à la Chine ou à l'Inde.
Deux remarques :
- si les experiences et leurs retours ne servent à rien, taisons nous définitivement et fermons les yeux.
- si nous pensons que ce mode de développement est le seul, etr apparemment c'est le acs ici, allons y.
- si nous croyions que le développement de 250 millions de personnes sur deux siècles équivaut à celui de 2,5 milliards de personnes sur 20 ans, alors allons y, donnons notre absolution aux indiens et chinois.
Je trouve ces discours stupides et dangereux. Qu'un prix nobel les relaie est encore plus hallucinant. Mais il l'aura mérité son nobel quand 80% de ses compatriotes seront en train de barboter dans l'eau et de pourrir tranquillement.
Ce discours est aussi con que celui de Bush à Kyoto disant que le confort des américains ne se négociait pas.
De Exether
22H19 | 09/07/2008 |
Effectivement, la position du Dr Rajendra Pachauri semble peu pragmatique, quand le réchauffement commencera vraiment à perturber l'économie je ne vois pas très bien quels développement sera encore possible pour l'Inde.
Cela, je comprends aussi que les pays émergents attendent des mesures fortes et concrètes de la part des pays développés, c'est encore dans nos économies où l'on fait un gâchis incroyable de ressource que les réductions sont les plus faciles à faire. Or pour l'instant, les mesures proposées relèvent plus du sparadrap sur une jambe de bois.
Il va falloir qu'on intègre un jour que de vraies mesures doivent passer par une diminution de la consommation. On y perdra certainement un peu de notre confort insouciant, mais je suis sur qu'on peut aussi y gagner beaucoup en confort de vie.