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Les pièces détachées, le très bon filon des constructeurs auto
Par François Mazet | Journaliste | 22/07/2008 | 10H50
En France, les constructeurs ont le monopole du marché des pièces de carrosserie, que les consommateurs payent au prix fort.

En France, le marché des pièces de carrosserie est le monopole des constructeurs d'automobiles, qui bénéficient d'une protection juridique pour ces pièces considérées comme des « dessins » industriels. Conséquence : ils sont seuls habilités à distribuer les pièces de rechange que les consommateurs payent souvent au prix fort.
Pare-chocs, pare-brise, rétroviseurs ou phares sont considérés comme des biens industriels protégés. Les constructeurs fixent donc, sans contraintes de concurrence, le prix de ces pièces de rechange. Du côté des distributeurs non affiliés, on se plaint bruyamment de cette distorsion de concurrence.
Yves Riou, le délégué général de la Fédération des syndicats de la distribution automobile (Feda), qui regroupe cette branche et ses 180 000 employés, souhaite pouvoir proposer à ses clients des pièces de remplacement « de même qualité mais à moindre coût », en s'approvisionnant directement chez les producteurs, tels Valeo, Bosch, Magneti Marelli ou des PMI françaises et européennes. Pour lui, c'est le monopole qui explique le boom du prix de certaines pièces détachées :
« Les constructeurs ont vu leurs bénéfices chuter l'an dernier : résultat, ils augmentent le prix des pièces détachées pour maintenir leurs bilans et satisfaire leurs actionnaires. »
615% de hausse pour un garde-boue de Twingo entre 2006 et 2008
Selon un relevé effectué par la Feda entre décembre 2006 et avril 2008, ce sont plus de 1 300 références pour lesquelles le prix a augmenté plus que l'inflation, en moyenne de 12,1%. Pour 150 produits, le prix de vente a même bondi de plus de 30%. Cas extrême, un garde-boue de Renault Twingo, qui coûtait 4,95 euros en décembre 2006, était vendu 30,45 euros en avril 2008, soit une hausse de 615% que la hausse des matières premières ne saurait pleinement justifier.
Et les exemples de dérapage sont légions : + 420% pour une charnière de porte arrière de Clio III, + 225% pour une grille de calandre d'une Citroën C8 ou encore + 94% pour un capot de C3, etc.
La libéralisation, soutenue par Bruxelles mais bloquée par Christine Lagarde
De leur côté, les constructeurs automobiles emploient l'argument de la sécurité pour s'opposer à la mesure, estimant que l'ouverture à la concurrence « abaisserait la qualité des produits ». Un argument battu en brèche par Yves Riou, qui rappelle qu'une libéralisation se traduirait par une baisse immédiate des tarifs :
« La concurrence s'applique déjà aux composants de sécurité des automobiles, comme les freins, les suspensions, les pneus ou la direction. Libéraliser les pièces visibles réduira les prix de 20 à 30%, et induira inévitablement une baisse d'au moins 10% des primes d'assurances, puisque les pièces représentent la moitié des coûts de réparation après collision. »
Du côté de la Fédération française des sociétés d'assurances, on se contente de dire que l'explosion du prix des pièces a contribué à « freiner la baisse des primes ». Sans s'engager à les diminuer en cas d'ouverture du marché.
Ce monopole des constructeurs semble toutefois voué à disparaître. Le 12 décembre 2007, le Parlement européen a adopté un projet de directive de la Commission, la « clause de réparation », visant à libéraliser le marché de la rechange, dont l'Union estime la valeur entre 9 et 11 milliards d'euros par an.
Le texte est en suspens au Conseil des ministres de l'Union européenne, actuellement présidé par la France, ce qui assure un blocage de l'initiative jusqu'à nouvel ordre. La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, fait siennes les prescriptions promonopole de Renault et de PSA, qui voient dans ce projet une remise en cause de la propriété intellectuelle et une incitation à la contrefaçon.
Ainsi qu'une menace sur une partie de leurs profits. Les bénéfices 2007 de Renault étaient de 2,7 milliards d'euros, et ceux de PSA de 885 millions. En 2005, ces deux constructeurs se partageaient 1,7 milliard d'euros de pièces de carrosserie.
Les constructeurs vendent 23% plus cher en France qu'en Allemagne
Jusqu'à présent, neuf pays ont libéralisé ce marché des pièces de rechange. L'Ecar, le lobby européen prolibéralisation, a comparé les prix entre la France et des pays où le marché est ouvert : il ressort de leur étude de 2004 qu'un panel de pièces détachées Renault vendues par l'un des détaillants de la marque est 27,4% plus cher en France qu'en Belgique, et 25,6% plus coûteux qu'en Italie. Plus récemment, en mai 2007, la Feda a fait un comparatif de prix entre la France et l'Allemagne, pour une différence de prix de 23% en moyenne en défaveur du consommateur français. Un gouffre qui s'est creusé puisque le différentiel n'était que de 6,30% en février 2006.
L'Allemagne, où le monopole est toujours officiellement dans la loi, a vu ses constructeurs nationaux abandonner la revendication de cette protection en 1988, au profit d'un marché ouvert. Ce qui n'échappe pas aux distributeurs indépendants, c'est que les bénéfices 2007 de BMW (3,1 milliard d'euros), Daimler-Mercedes (4 milliards) ou Volkswagen (6,15 milliards) n'ont pas l'air pénalisé par la concurrence des indépendants d'outre-Rhin.
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De Seccotine
09H55 | 22/07/2008 |
France, présidence de l'UE pendant 6 mois : une bonne occasion de penser au pouvoir d'achat et de casser les monopoles. D'ici là, reste toujours la solution de s'approvisonner à la casse quand c'est possible. Le système D a de beaux jours devant lui.
De hagalma
10H42 | 22/07/2008 |
Il y a quelques années, une enquête avait fait apparaître qu'en achetant sa voiture en pièces détachées, elle coûtait… 7 fois plus cher ! Bien sûr, il faut rémunérer le stockage, etc. Mais comme beaucoup de choses qui concerne l'automobile, c'est la poule aux oeufs d'or. Par exemple, la fameuse Renault pas chère, la Dacia, eh bien faites un tour du côté des sites de pièces détachées, elles ne sont pas moins chères, voire même …
De guerzit
Incomprenant majeur | 11H16 | 22/07/2008 |
Le message est sur le fond comme sur la forme d'une naiveté désolante. Le ton même du reportage me fait sourire. C'est du niveau Julien Courbet ou Pernault.
Vous avez entendu parler des ententes entre groupes privés, non ? Vous pouvez constater que les discours humanistes des teneurs de la libéralisation maximum et des hérauts de l'intérêt du consommateur sont hypocrites et mensongers.
Dire sans bémol que la libéralisation est bonne pour le consommateur est digne des plus stupide message de propagande en vogue actuellement. C'est idoit ou criminel au choix.
En fait je me demande pourquoi un tel sujet est abordé. Les pièces détachées des bagnoles…
On assiste de toute façon à une régression massive et gloable de la qualité des produits de consommation courants - éléctroménager ou autre. Se réjouir de payer 25% de moins sur des objets concus pour peter régulièrement, c'est simplement idiot selon moi.
C'est comme se faire entuber contre son gré, mais avec de la vaseline.
De I.P
Flat4 | 12H28 | 22/07/2008 |
Vous avez entendu parler des ententes entre groupes privés, non ? Vous pouvez constater que les discours humanistes des teneurs de la libéralisation maximum et des hérauts de l'intérêt du consommateur sont hypocrites et mensongers
Ben oui, le but des groupes privés est de faire un maximum d'argent tout le monde le sait ça.
Si on en lache trois ou quatre face au revendeur en situation de monopole certes ils s'entendront entre eux pour proposer le même tarif, mais un peu plus bas que celui qui avait le monopole histoire de gagner des clients (sinon pourquoi aller chez eux ? ).
Évidemment ça ne marche que s'il y a vraiment possibilité de concurrence, prenez par exemple l'accès à Internet où tous les opérateurs alternatifs sont (comme par hasard) à 30 euros par mois alors qu'en 2000 on payait le double à FT pour avoir beaucoup moins. Alors oui il y a entente entre eux et on se fait sans doute arnaquer, il n'empêche que FT nous arnaquait au moins deux fois plus. Ceux qui se souviennent du Netissimo 512 payé à France Telecom avec abonnement obligatoire (payant évidemment) au FAI « Wanadoo » en situation de monopole comprendront de quoi je parle.
Dans d'autres domaines par contre ça marche pas du tout (l'eau par exemple).
En fait je me demande pourquoi un tel sujet est abordé. Les pièces détachées des bagnoles…
Parceque des millions de gens se font plumer tous les ans ?
On assiste de toute façon à une régression massive et gloable de la qualité des produits de consommation courants - éléctroménager ou autre. Se réjouir de payer 25% de moins sur des objets concus pour peter régulièrement, c'est simplement idiot selon moi.
Donc vous proposez quoi ?
Enfin si la situation actuelle ne vous dérange pas je m'en fiche royalement, ma voiture a 38 ans et je la répare moi même avec des pièces de récup.
De hagalma
12H31 | 22/07/2008 |
Remarquez, j'y pense d'un coup, le prix des pièces détachées auto, c'est comme le parti Socialiste : assemblées, ça vaut (presque) pas tripette, mais chacune séparément vaut son pesant d'or, enfin faut croire, vu ce qu'elles se permettent dans la surenchère…
De Dohny
| 13H14 | 22/07/2008 |
Les coûts sont répartis sur les pièces équipant les véhicules + les pièces de rechange, c'est évident.
Tout ça pour dire, que ces prix sur les pièces de rechange permettent d'annoncer des prix sur les véhicules neufs qui restent attrayants pour les clients. Tous les constructeurs pratiquent cette politique, car le client n'est pas prêt à payer sa 308 25% plus chère qu'une 307, même si les prestations sont bien meilleures (sécurité, respect de l'environnement, confort etc…)
Quoi qu'il en soit, l'industrie automobile n'est pas une industrie qui fait de gros profits : marge opérationnelle de 5% et quelques en moyenne ; valeur qui est loin de satisfaire les actionnaires si on en croit l'évolution des cours des constructeurs.
Si une loi impose aux constructeurs de réduire les prix des pièces de rechange, il n'y a pas de secret, cela va se ressentir sur le prix des véhicules neufs. Et là devinez quoi ? Bah ça va gueuler sur Rue89 sous prétexte que ces gros porcs de constructeurs se gavent.