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LesEchos.fr13/11/09 | 11h47
Quotidien sur les chantiers : un sociologue clandestin témoigne
Par Lise Barcellini | Journaliste | 26/07/2008 | 17H18
Ethnicisation des tâches, précarité, transgression des règles : la réalité crue du BTP racontée par un chercheur « infiltré ».
Pendant douze mois, Nicolas Jounin a mené une double vie : intérimaire du bâtiment le jour, sociologue la nuit. Sans qualification, il sera tour à tour manœuvre (tout en bas de l'échelle sociale), aide-coffreur et ferrailleur.
Hiérarchisation des tâches, entre classe et race
Il commence son enquête sans véritable hypothèse de départ, mais avec une piste de réflexion : « articuler les relations inter-ethniques aux relations de travail ».
Au-delà de ce qu'il appelle » l'humour ethnicisant » , il constate une construction ethnicisée des postes :
« A chaque origine on assigne une place et on présume un comportement. »
Les Africains subsahariens sont manœuvres, les Maghrébins ferrailleurs ou coffreurs, les Portugais chefs d'équipe, les « Blancs » (nés en France, de nationalité française et parlant sans accent) sont tout en haut de la pyramide.
Illustration troublante : lors d'une pause déjeuner, des manœuvres chassent deux ouvriers qualifiés blancs venus s'attabler à leurs côtés. Pourtant, un gardien, que les convives ne connaissent pas, et qui lui aussi est noir, est accueilli à bras ouverts. Le chercheur s'interroge :
« Faut-il l'interpréter comme une recherche d'un entre soi-ethnique, ou plutôt racial (le gardien n'est pas malien) ? Non, si l'on se souvient que c'est moi qui rapporte la scène, que je suis blanc, et que, bien qu'ayant intrigué les autres manœuvres au début, ma présence dans ce vestiaire n'a jamais été remise en cause dès qu'on a su mon niveau de qualification. Il s'agit donc plutôt d'un entre-soi hiérarchique, qui ne prend forme que parce que, en amont, les logiques du bâtiment ont conduit à confondre origine et poste. »
Sous-traitance et intérim : « l'externalisation des illégalités »
Thèse centrale du livre : le recours à la sous-traitance et à l'intérim constitue le pivot de l'organisation des chantiers. Pour faire des économies, les entreprises font appel aux sous-traitants. Lesquels, pour être plus compétitifs, ont recours à l'intérim (cette « fourniture non temporaire mais durable d'une main d'œuvre précaire »).
Jusque-là, rien de très nouveau. Mais le sociologue démontre que ces employeurs intermédiaires jouent un autre rôle : ils permettent aux entreprises de transgresser les règles (sans-papiers, licenciements, sécurité) sans être responsables : c'est « externalisation des illégalités ».
Cette grille de lecture permet au sociologue de donner un nouvel éclairage à plusieurs dossiers chauds du BTP. Notamment les sans-papiers :
« Dans le ferraillage, les agences d'intérim endossent un rôle de fourniture de sans-papiers. Par conséquent, les utilisateurs n'ont pas à se soucier de qui ils utilisent. Même si elles voulaient veiller à ne pas utiliser de sans-papiers sur leurs chantiers, les entreprises de ferraillage ne le pourraient peut-être pas. En tout cas, pas dans le cadre décentralisé de gestion des intérimaires qu'elles ont institué. Ce sont les chefs de chantier qui s'occupent de commander et de renvoyer les intérimaires, au jour le jour. L'intérim n'est rentable qu'à ce prix, celui d'une gestion au plus juste et au plus court que seul un cadre présent sur le chantier peut assurer. Or ces chefs acceptent difficilement qu'on exige d'eux de contrôler les papiers de leurs ouvriers. »
Le chercheur décrit la précarité non pas seulement comme une « instabilité », mais aussi comme une « incertitude », clé de la docilité des intérimaires. Certains travaillent depuis plusieurs années pour la même boîte de sous-traitance ou la même agence d'intérim avec, en permanence, la crainte d'être viré du jour au lendemain.
Le risque corporel plutôt que celui de perdre son emploi
Autre trouvaille : si les règles de sécurité ne sont pas respectées, c'est parce que les ouvriers intérimaires sont pris entre deux exigences contradictoires (les prescriptions de sécurité et la cadence imposée). Ils en viennent à frauder les règles de sécurité dans le dos de leur chef :
Pour les intérimaires, la précarité de l'emploi incite à prendre des risques qu'ils éviteraient autrement : se trouve mis en balance un risque contre un autre, le risque corporel contre le risque de perdre son emploi. »
Plus troublant encore : ne pas suivre les règles de sécurité devient une forme de résistance. Bemba, ouvrier intérimaire :
« Tu vois, s'il y a un inspecteur qui vient, ils donnent des masques à tout le monde. Moi, l'autre jour, j'ai refusé de prendre le masque. J'ai dit : “Moi non, je prends pas. Parce que l'autre jour, j'en ai demandé et vous m'avez dit qu'il y avait plus de masques'.” (Voir la vidéo)
Conclusion du chercheur :
“Illégalement et par le biais des agences d'intérim, les entreprises du bâtiment ont déjà fait en sorte de pouvoir se séparer à tout moment de leurs salariés, du moins de certains d'entre eux. (…) Laboratoire semi-clandestin des nouvelles relations de travail, le bâtiment révèle certaines de ses implications. (…) Les agences d'intérim du bâtiment [ont] anticipé sur le CPE et le CPE, en ne faisant signer de contrat qu'en fin de mission afin de pouvoir renvoyer leurs salariés du jour au lendemain.”
Français sur un chantier, » on est pris soit pour un chef soit pour un con »
Pour sa thèse, le jeune chercheur aurait pu se contenter de mener des entretiens avec les différents acteurs du BTP. Il a préféré s'impliquer, découvrir la pénibilité et les dangers des métiers du bâtiment, pour en comprendre les mécanismes. Un moyen pour lui d'être au plus près de la réalité :
« Une fois sur le chantier, l'on en vient à comprendre et éprouver des choses inimaginables auparavant. Cependant, on ne peut pas avoir la prétention de ressentir et décrire les émotions, le vécu subjectif » du » travailleur en bâtiment (qui lui-même n'existe pas). »
Outre la contradiction entre la posture du sociologue et celle de l'ouvrier, le chercheur est confronté à une difficulté supplémentaire : il est « blanc » et de nationalité française. (Voir la vidéo)
» Le livre est lu sur les chantiers »
Etonnamment, depuis la sortie du livre, Nicolas Jounin n'a eu que peu de retours de la profession, mais tous plutôt positifs. « Parce que les gens s'y retrouvent », dit-il. Sans doute aussi parce que « ceux à qui le livre a déplu ne le [lui] disent pas ». (Voir la vidéo)
► Chantier interdit au public : enquête parmi les travailleurs du bâtiment par Nicolas Jounin - 274 p., 23€.
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De Phil2922
Retraite invalidité | 18H04 | 26/07/2008 |
En fait, le sociologue a fait le boulot qu'un journaliste d'investigation devrait faire. Il paraît que Patrick de Carolis aurait l'intention de demander à ses journalistes de faire ce genre de boulot quand il n'y aura plus de pub après 20h…. Quand à la sous-traitance, elle n'est pas que dans le bâtiment…elle existe aussi pour l'entretien des centrales nucléaires en France. Je comprends pourquoi, Sarko se dépêche d'en vendre un maximum, même dans des pays dangereux, comme ça il y en aura bien une qui pètera avant celles se trouvant sur les 20 sites français… ! !
http://phil195829.overblog.com
à Phil2922
De el Chiquito
en promenade | 10H58 | 27/07/2008 |
Non ! ! ! ! le sociologue fait un travail scientifique, dans ce cas il est très bien fait. Le journaliste fait de l'info, même s'il peut faire de l'investigation, mais il ne met généralement pas en eouvre les outils du sociologue, par manque de temps, et ce n'est pas sa formation ni son métier.
La sous traitance n'existe pas que dans la maintenance des centrales nucléaires, mais partout, dans les postes, à la SNCF, dans la construction automobile…partout ! ! ! Elle permet de transferer les risques aux entreprises sous traitantes, tous les types de risques.
à Phil2922
De Lise Barcellini
(auteur)
Journaliste | 15H37 | 27/07/2008 |
Phil2922,
Tout à fait d'accord avec vous : le journalisme d'investigation est trop peu représenté pour ne pas se priver de parler des enquêtes qui existent :
je vous recommande donc vivement (comme je viens de l'indiquer à Ferdinand.Bardamu) la lecture de « Bilal, sur la route des clandestins » de Fabrizio Gatti. Un journaliste italien (et non un sociologue) qui se glisse dans la peau d'un immigré africain, et fait avec eux le trajet du Sénégal à l'Italie. A mettre dans toutes les mains !
De hagalma
18H09 | 26/07/2008 |
L'étonnant est que le livre semble avoir été bien accueilli par la profession. Se reconnaître dans une narration, une écriture, est-ce pour elle l'occasion de faire tomber des murs trop épais, de briser une chape de plomb ?
Je pense à un immeuble qui a été construit dans un quartier, immeuble cossu sur un territoire au mètre carré mirobolant. Je revois les ouvriers montant dans les camionnettes après la journée de travail. Devait pas y avoir beaucoup de français. Des gens payés probablement au lance-pierre, main-d'oeuvre très bon marché de la spéculation…
Merci pour ce reportage
De Utilisateur désinscrit 2
nc | 18H28 | 26/07/2008 |
Les métiers du bâtiment sont sans doute les plus pénibles quant aux conditions de travail. Facile de faire pression, de créer de la précarité face à des personnes qui n'ont pas d'autre choix. Si ce corps de métier comporte en majorité des travailleurs immigrés, parfois en situation irrégulière, la manipulation est encore plus aisée. Qui rêve de se briser physiquement par tous les temps sur un chantier ? Depuis le siècle dernier, ces corvées ont été refilées aux immigrés. Un jour, il faudra penser à les en remercier.
à Utilisateur désinscrit 2
De mechante langue
11H31 | 27/07/2008 |
Sauf que les grandes compagnies de construction n'ont aucun probléme pour trouver des maçons autochtones , tout comme les municipalités pour les éboueurs .
Quand les postes de travail sont correctement renumérés il n'y a aucun probléme de recrutement .
Et on fait appal a l'immigration , non pas pour faire faire des taches que les méchants français (de souche ou d'origine immigrés ) ne veulent pas faire mais pour ne pas a avoir a payer pour ces emplois des salaires corrects en fonction de la dureté des taches .
à mechante langue
De Utilisateur désinscrit 2
nc | 12H02 | 27/07/2008 |
« Sauf que les grandes compagnies de construction n'ont aucun probléme pour trouver des maçons autochtones “
Ha bon ? Je croyais que le BTP était le secteur qui avait le plus de difficultés à recruter, grandes compagnies ou pas d'ailleurs.
‘Et on fait appal a l'immigration , non pas pour faire faire des taches que les méchants français (de souche ou d'origine immigrés ) ne veulent pas faire mais pour ne pas a avoir a payer pour ces emplois des salaires corrects en fonction de la dureté des taches .’
Nous sommes d'accord, c'est purement et simplement de l'exploitation. La rémunération n'est pas à la hauteur du labeur.
‘les méchants français’… ? ? ? Pas besoin d'être méchant pour ne pas vouloir faire un boulot de dingue pour peanut's… C'est surtout une question de choix, que l'on a ou pas.
à Utilisateur désinscrit 2
De mechante langue
14H13 | 27/07/2008 |
« Ha bon ? Je croyais que le BTP était le secteur qui avait le plus de difficultés à recruter, grandes compagnies ou pas d'ailleurs. »
Je peux vous assurez que quand Bouyghes embauche il y a 10 candidats par poste de maçon proposé .
Idem pour tous les postes d'éboueurs proposé par des municipalités .
Quand vous donnez un salaire correct , une bonne mutuelle une bonne convention collective… vous n'avez aucun prob de recrutement .
Ce n'est pas parce que les français ne veulent pas faire ces métiers qu'on embauche des immigrés , mais on embauche des immigrés parce qu'on ne veut pas embaucher des gens aux conditions demandées par les français
De Mobile
18H43 | 26/07/2008 |
@ PB2N. Cherchez le ∆.
De actimem
18H44 | 26/07/2008 |
Cela se passe en France et non en Chine !
Merci au sociologue explorateur qui a le grand mérite de dénoncer ce que tout le monde sait mais surtout de le faire au nez des journalistes qui ne vont que là où c'est permis( ! ) et que là où les lobbies leur disent d'aller.
On ne peut pas se cacher derrière son doigt trop longtemps. Nous somme tous complices dans cet esclavagisme new-age.
Alors où sont les belles âmes ? silence radio
De Leprivilégié
Serf de la World Company | 19H03 | 26/07/2008 |
Déjà en 1998, quant à la construction du Stade de France, le Canard enchaîné d'alors relatait des faits similaires.
Mais c'est pas grave, La France a gagné…..
C'est le principal ! Non ?
et un et deux et trois …reculs du social dans l'eden libéral
De layote
19H15 | 26/07/2008 |
Merci à vous.Beau travail.Belle étude.La réhabilitation du travail si cher à notre président en prend un sacré coup.
De laplote
hello | 19H32 | 26/07/2008 |
Bravo…
De yapadebug
19H38 | 26/07/2008 |
Très bon article.
Et une fois que la sans-papiers a construit votre appartement, Hortefeux l'expulse.
Ca se passe comme ça, chez Sarkozy…
à yapadebug
De mao-tse-toung
grand démocrate réformateur | 22H32 | 26/07/2008 |
« Et une fois que la sans-papiers a construit votre appartement, Hortefeux l'expulse. »
Le clandestin, je ne vais pas le plaindre, il est sur le teritoire en situation illégale, c'est son choix ! ! !
IL fait ce boulot, personne ne l'y oblige, c'est son choix .
Si ça ne lui convient pas il rentre chez lui, et au lieu de construire le pays des esclavagiste , il construit SON pays, ça c'est le vrai courage, mais il préfère fuir …
Et, là, je ne vais pas le plaindre, il l'a voulu, il l'a, grand bien lui fasse .
à mao-tse-toung
De yapadebug
10H15 | 27/07/2008 |
AH oui, pourquoi plaindre un type qui a le choix entre crever de faim et venir faire l'esclave en France…
Moi c'est vous que je plains…
à mao-tse-toung
De Compté supprimé 2
Compte supprimé 2 | 12H45 | 27/07/2008 |
monsieur, vous seriez en train de mourrire de faim quel choix auriez vous ?
celui de survivre en faisant le sales besognes.
Ils ne viennent pas de leur plein gré vider les poubelles à Paris (cf PIERRE PERRET).
Le vrai courage Monsieur c'est d'essayer de ne pas mourrire de faim .
Leurs pays : mais d'autres les exploitent (la chine , la france les etats unis ).
S'ils viennent ici c'est qu'aucune autres solution n'est possible sinon ils resteraient dans un pays où ils ont leurs attaches.
Je vous colle un an en Afrique, seul, sans pognon vous faites quoi ?
vous etes né du bon coté : gardez vos leçons pour vous !
à yapadebug
De Augustus
Globe-trotteur en quête de dromadai... | 06H47 | 27/07/2008 |
Attendez, y'a encore ma terrasse et un petit muret…
De Francesco1976
19H46 | 26/07/2008 |
Bonjour à tous.
Je suis responsable de programme chez un promoteur indépendant et ce poste me donne le statut de « client » chez ces nombreuses entreprises qui travaillent « à mon service ».
Je trouve cet article intéressante même si j'ai quelques objections à formuler :
Concernant le contrôle que peuvent réaliser les promoteurs sur la sous-traitance seules une attestation sur l'honneur du sous traitant atteste qu'il n'emploi pas de main d'œuvre illégale…
Nous n'avons pas le pouvoir (contrairement à la police) de demander les papiers des ouvriers travaillant sur les chantiers.(et je dois dire que me substituer à Sarko ne m'enchante guère)
D'autre part sur le sujet de la sécurité j'ai une petite objection : nous mandatons (comme le demande la loi) des coordonnateurs de l'hygiène, de la santé et de la sécurité (CSPS)
Ces CSPS convoquent sur les chantiers des CISSCT (assemblées spécifique sur les problème de sécurité pour les chantiers) ou un membre de l'encadrement (chef de chantier) ET un représentant du personnel est présent.
Le rôle du CSPS est de faire passer la sécurité sur un chantier AVANT toutes considération de délais et/ou de coûts.Alors bien sûr le chantier est une affaire d'hommes (et de femmes je vous rassure).
certains font très bien leur travaille d'autre sont beaucoup plus « influençables » par leur client (et oui se sont les maître d'ouvrage qui finance les missions des CSPS comme le demande la loi)
Personnellement je suis très attentif à la sécurité sur mes chantiers mais je suppose que cette préoccupation n'anime pas l'ensemble des décideurs…
Enfin je confirme que les tâches sont pénibles et que les vocations dans ce métier se raréfient.
Peu de Français s'engagent sur cette voie et ce depuis longtemps.
Pour finir Je trouve effectivement scandaleux qu'une entreprise est recours à la même personne pendant X années via l'intérim sans pour autant l'embaucher mais c'est la loi et ce n'est pas notre gouvernement qui risque de la changée sur ce point.Cela pourrait s'appeler sur travail dissimulé.
nota pour pablico et marina : les métiers manuels ne sont pas de l'esclavage…c'est un travail rude et difficile mais pleins de bonne vibes et de réalisations concrète qui donne une certaine fierté à tous les participants à l'acte de construire.
Je précise que je ne suis pas un ingénieur sorti tout frais moulu d'une haute école mais que je suis passé par tous les stades d'une chantier : manœuvre, conducteur de travaux, chargé d'affaire, responsable de programme…aussi bien chez des entreprises,maîtres d'œuvre,investisseurs que des promoteurs.
Je vais bien entendu acheter ce livre et le lire avec intérêt.
à Francesco1976
De hagalma
11H11 | 27/07/2008 |
Merci de votre intervention. Je réagis sur : « Peu de Français s'engagent sur cette voie et ce depuis longtemps ». Que pensez-vous du fait que le système scolaire n'encourage guère cette voie, perçue plutôt comme une des voies assurées…de l'échec dans les études ?
Toutefois, je connais beaucoup de jeunes travaillant dans le BTP. Plusieurs sont français. Beaucoup y ont trouvé un salut après une errance sociale débutée à l'adolescence. Quelques uns s'appuie sur leur expérience pour tenter l'aventure de la libre-entreprise (« fonder une boîte »).
Mais ce qu'il y a de sûr, c'est que la dimension travail intérimaire fausse pas mal les choses. Les salaires y sont meilleures (les jeunes en échec scolaire sont très sensibles à ce point) que dans le cadre d'un CDD ou d'un CDI ; mais l'intérim entretient la précarisation…
à Francesco1976
De Lise Barcellini
(auteur)
Journaliste | 13H25 | 27/07/2008 |
Bonjour Francesco1976,
Merci pour votre témoignage et ces précisions sur votre métier.
La question de la sécurité sur les chantiers est complexe, et je n'avais pas la place de détailler davantage les contradictions mises au jour par Nicolas Jounin. Il note par exemple, témoignages à l'appui, que les ouvriers ne voient pas les contrôleurs comme des « sauveurs », bien au contraire :
« Ce qui frappe, c'est l'union qui prévaut entre ouvriers et cadres dans la tentative de masquer toutes les carences en matière de sécurité.“(p.176)
Il explique un peu plus loin : ‘Ce sont indissociablement l'équipement et l'organisation du travail qui créent l'insécurité -indissocialblement, car il faudrait plus de temps donc modifier l'organisation du travail pour ajuster le matériel (par exemple, pour la pose des poutres, ajouter des garde-corps et les enlever ensuite.)’
Cordialement.
à Francesco1976
De pablico
18H35 | 27/07/2008 |
vous m'avez mal lu, ou je me suis mal exprimé, c'est le processus qui est de l'esclavage.
ce processus peut se passer et se passe à tous les niveaux
à Francesco1976
De noftal
08H11 | 28/07/2008 |
J'ai travaillé aussi dans la maîtrise d'ouvrage et ai une objection à ton propos. Les coordonnateurs SPS ont pour mission de gérer la sécurité du point de vue de la coactivité des différentes entreprises sur le terrain. Leur rôle n'est pas d'être un surveillant sécurité pour chaque individu, la sécurité individuelle relevant de l'individu et de son encadrement direct.
Si l'on rajoute à cela, comme tu l'as souligné, le fait que, même dans sa tâche principale, la plupart des coordonnateurs sont « influencés » par leur client et la priorité qui est donnée à la rentabilité, on voit bien que la coordination SPS n'a qu'un rôle très mineur dans la prévention des accidents qui sont souvent dûs à des erreurs dans le geste professionnel individuel.
De ysengrimus
12H13 | 27/07/2008 |
La perpétuation de racisme exploiteur dans l'habitacle foncier et industriel. Terrible et convaincante description. Et pourtant, le racisme est foutu.
http://ysengrimus.wordpress.com/2008/05/01/la-fin-historique-du-racisme/
Cela va flancher quelquepart…
Paul Laurendeau
De delalo
citoyen outragé | 20H44 | 26/07/2008 |
l'ennemie du profit c'est le plein emploi….il est donc trés important que ces condittions de travaille moyenâgeuse soient reunies pour que le profit soit maximum et perpetuelle, le propre du capitalisme c'est de considerer tout ce qui « est » comme objet ( ces grands hommes y comprit) c'est ce qu'on appelle la réification. nous sommes dans un monde qui crée la « richesse » sur de la pauvreté.la terre nous rappelle ces derniers temps que le profit infini dans un monde « fini » (ressource limité)n'est pas viable. nous vivons la fin d'une utopie (réel celle là) ,la preuve, la vie humaine n'a plus aucune importance…un autre monde indispensable .reveillons-nous
http://www.sachonsle.canalblog.com/
à delalo
De mechante langue
14H17 | 27/07/2008 |
« l'ennemie du profit c'est le plein emploi…. »
Exact puisce que lorsqu'il y a plein emploi , les patron sont obligé d'attirer et de fidéliser la main d'oeuvre en augmentant les salaires et en améliorant les conditions de travail .
C'est pourquoi on fait appel a l'immigration pour déséquilibrer ce marché du travail en faveur du patronat
De N.MARECHAL
20H46 | 26/07/2008 |
Votre article est très intéressant.
L'ethnicisation des tâches est malheureusement connu dans différents métiers. Le problème concerne l'équilibre voire l'impossibilité de passer d'une tâche à l'autre (emploi réservé un peu comme une caste, c'est assez incroyable ! ).
La sécurité :
Là, je ne peux pas être d'accord. Jamais un inspecteur du travail vous tendra un casque de protection pour vous protéger. Ceci n'est pas son travail, par contre il mettra un joli PV à l'entreprise si les règles ne sont appliquées. La raison en est simple : l'inspecteur du travail n'a pas de budget pour payer des casques… ok
Mais jusque là, tout va bien…Un petit PV ne fait pas mal.
Si votre intérimaire subit un accident du travail, l'entreprise est pénalisée. Pourquoi ?
Son indice d'accident (un calcul basé sur une variable des accidents annuelle) va être plombé.
Et donc l'entreprise va payer la différence à la sécurité sociale.
Alors est ce que ça coûte cher ? la réponse est oui ! ! ! Et ca coûte très cher.
Pour une idée : 9000 personnes = 5 millions d'euros de pénalité.
Oups, mais si on fait des efforts alors pas de pénalité = 0 euro.
Comprendre, que chaussures de sécurité et casque sont obligatoires, il n'est pas question de voir les choses autrement.
C'est tout le travail du CHST et probablement que dans le bâtiment l'intitulé est différent mais le fond reste le même.
Le plus important … et là où je vous rejoints complètement, c'est l'importance de communiquer auprès des personnes qui s « exposent à des risques et qui par ailleurs se trouvent dans le cadre d'un sous statut salarial.
MALGRE TOUT, CES PERSONNES ONT DES DROITS
à N.MARECHAL
De Lise Barcellini
(auteur)
Journaliste | 13H43 | 27/07/2008 |
@ N.MARECHAL,
Merci pour votre intervention.
Je crains d'avoir été mal comprise : à aucun moment Nicolas Jounin n'indique que les inspecteurs du travail tendent des casques aux ouvriers. Dans la citation de Bemba, le « ILS » renvoit aux chefs du chantier : « Tu vois, s'il y a un inspecteur qui vient, ILS donnent des masques à tout le monde. Moi, l'autre jour, j'ai refusé de prendre le masque. J'ai dit : “Moi non, je prends pas. Parce que l'autre jour, j'en ai demandé et vous m'avez dit qu'il y avait plus de masques.”
De plus, Nicolas Jounin raconte avoir rencontré des ouvriers intérimaires qui n'osaient pas déclarer un accident du travail.
Je me permets aussi d'attirer votre attention sur ce passage, situé en fin de chapitre sur la sécurité. Le sociologue tire des conclusions, déduites de plusieurs pages d'anecdotes et de témoignages :
“Pris entre les exigences de cadence et les prescriptions de sécurité, les ouvriers n'ont plus le choix que de prendre des risques, et de cacher qu'ils prennent des risques. La réglementation de l'entreprise en matière de sécurité n'a donc pas pour unique effet la protection de l'intégrité physique des ouvriers. A la limite, elle est même susceptible d'avoir l'effet inverse : sans éliminer les conduites à risque, elle impose le silence à leur sujet et fait ainsi obstacle aux tentatives de reprise en main de leur sécurité par les salariés.” (p.198)
à Lise Barcellini
De N.MARECHAL
18H59 | 27/07/2008 |
je vous remercie pour votre réponse et pour ces precisions.
Effectivement si la pression est telle, que les ouvriers n'osent plus déclarer un accident du travail. Alors il y a un problème dans la mesure ou l'entreprise passe la ligne jaune.
Et ca, ce n'est pas une bonne idée car matériellement, l'entreprise diminera sensiblement son indice d'accident. Cela se verra… car la caisse primaire d'assurance maladie ne veut pas payer les accidents du travail. Elle assure seulement une avance que l'entreprise à terme devra régulariser auprès de la SS.
Pour baisser son indice d'accident, il n'y a pas de miracle. L'entreprise doit investir (dépenser de l'argent) en formation, en expertise, en matériel de protection. Ces mesures de prévention sont parfaitement tracables dans l'entreprise.
On a tendance à penser qu'en France on peut faire tout et n'importe quoi. Non non, même pas en rêve. Cacher un accident du travail, c'est illégal.
Ces questions nous concernent tous, il ne faut pas se laisser faire. Ce genre de chantage doit être rapporté à vos représentants du personnel. Ils sont la pour ça, et surtout, ils ont les moyens d'intervenir immédiatement. Cela ne veut pas dire que vous êtes syndiqué, cela ne veut pas dire que vous êtes contre l'entreprise. Cela veut simplement dire que l'entreprise doit respecter le droit.
Encore merci Lise.
à N.MARECHAL
De Adarshini
Idéaliste | 11H38 | 29/07/2008 |
Le problème, c'est qu'avec l'intérim, « on » peut quasiment tout faire et n'importe quoi ! car c'est aussi à ça que sert l'intérim : un contrat par semaine, et un chantage au non-renouvellement, et l'intérimaire, qui n'a pas forcément le temps de connaître les représentants du personnel, ferme sa gueule…