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Pendant tout le mois d'août, je vois la vie en bio
Par Zineb Dryef | Rue89 | 24/08/2008 | 16H57
Au péril de mon portefeuille, je ne consomme que des produits bios. Plus qu'une alimentation différente, un nouveau mode de vie.

Depuis le 1er août et jusqu'à la fin du mois, je consomme bio pour « comprendre » ce mode d'alimentation, de consommation et de vie. J'ai le profil parfait pour m'y coller : je n'y connais strictement rien, je ne cuisine pas beaucoup, je mange dehors et j'ai un emploi du temps chaotique.
J'ai un petit avantage : en plein mois d'août, à Paris, les copains sont en vacances et mon agenda de sorties est très, très léger, ce qui évite certains dilemmes -j'y reviendrai.
Commencer à manger bio met tout de suite face à une évidence : on passe notre vie à manger (j'inclus la boisson) ou à s'organiser pour le faire. « On prend un verre ? “, ‘On passe à table’, ‘Je vais chercher du café, qui en veut ? , Vous (re)prendrez bien un peu de…’ OK. Comment fait-on quand on mange bio et que près de 99% des commerces, bars et restaus ne le sont pas ? On s'organise.
A commencer par les courses. Direction le supermarché bio. Une copine m'avait prévenu : ‘C'est comme les commerces en Norvège ; tu ne reconnais aucun produit.’ Bon, elle a un peu exagéré. On reconnaît des formes, mais le dépaysement est total. Les emballages sont globalement tristounes. Certains affichent d'ailleurs ostensiblement la mention ‘l'emballage ne compte pas’.
Pour la consumériste sans âme que je suis -société, tu m'as eue- un emballage blanc-vert, ça veut dire médicament ou régime. Je fais un effort, je remplis mon panier de promesses de goût et d'équilibre, en prenant garde à n'acheter que ceux sur lesquels je vois le fameux label vert pommme AB (Agriculture biologique) :
- Deux épis de maïs sous vide : 2,90 euros
- Quatre pêches : 3,37 euros
- Cinq litres d'eau : 3,70 euros
- Deux yaourts à l'abricot : 1,73 euros
- 250g de beurre demi-sel : 2,90 euros
- 250g de café moulu : 3,58 euros
- Deux croque tofu : 2,35 euros
- Six jus de raisin (20 cl) : 6,42 euros
- Une boîte de cookies : 2,58 euros
- 160g de taboulé : 2,85 euros
Pour 700 g de pain de mie, il faut débourser 4 euros en moyenne. Astuce : le pain de la veille est en promotion. Un internaute nous a fait parvenir un mail : ‘Chez Carrefour la boule bio de 500 grammes vient de passer de 1,10 euros à 1,80 euros, soit 63,64 % d'augmentation.’ Un copain, ex-bio et fort de son expérience, se montre critique : ‘T'as qu'à le fabriquer, ton pain.’ Evidemment. Pour ceux qui veulent se lancer, c'est par là.
Au supermarché bio, on trouve aussi pizzas, frites et poisson pané surgelés. Pire, du foie gras, alors qu'il est impossible d'en produire de façon bio (mais les canards sont gavés au maïs bio, ce qui est un moindre mal, m'explique-t-on). Evidemment, ces produits ne sont pas tous certifiés AB mais sont ‘naturels’. On y reviendra.

Direction un supermarché pas bio. Certaines grandes surfaces casent tout ce qui est bio dans un coin ‘santé/diététique’ et proposent une toute petite gamme de produits largement à base de soja. D'autres (E. Leclerc, Monoprix) développent leur propre gamme bio, dispersée un peu partout.
Au Monoprix justement, les produits bios sont supercolorés. Jaune ou bleu pétant, ils sautent aux yeux. Des petites affichettes ‘bio’ alertent les consommateurs peu attentifs. Nouveau passage en caisse :
- Deux croque-tofu Monop : 2,65 euros
- 500 g spaghettis Monop : 1,45 euros
- Deux yaourts à la vanille : 1,89 euros
- 250g de blé/quinoa/riz rouge : 2,45 euros
- 150g de taboulé : 1,95 euros
- 75 cl d'huile de colza : 3,21 euros
- 125g de sel : 2,84 euros
Autour de moi, les critiques fusent :
‘Mais c'est n'importe quoi, ton mois bio ! Tu vis seule, et tu ne cuisines pas. Tu ne peux être représentative que de toi-même. Les gens vont au marché, achètent des légumes et de la viande.’
Ca fait du bien d'avoir des amis. Je vais aussi au marché, et j'essaie de savoir combien ça coûte d'acheter des légumes.
A Paris, il y a plusieurs marchés bios. On y trouve des fruits et légumes de saison, produits le plus souvent en France. Les prix :
- 1 kg de tomates : 2,95 euros
- 1 kg de carottes : 2,20 euros
- 1 kg de pommes de terre : 2,50 euros
- 1 gros melon : 2,70 euros
- 1 kg de pêches jaunes : 7,30 euros
Au marché bio d'Auchan :
- 1 kg de carottes : 3,95 euros
- 1 kg de pommes de terre : 4,05 euros
- 1 kg d'oranges : 4,05 euros
- 1 kg de pêches jaunes : 9,80 euros
Il y a peu de restaurants et de bars bios (une quinzaine à Paris), et aucune réglementation n'impose aux restaurateurs d'être certifiés pour proposer une carte bio. Mais Ecocert, un organismes certificateur, a mis au point un système de contrôle de la restauration, de la carte et des plats. Selon le ‘Guide La Plage des restaurants bio’, un plat dit bio ‘doit contenir au minimum 70% d'ingrédients issus de l'agriculture biologique.’
Dans ma nouvelle vie bio, il me faut préparer mon pique-nique la veille. Autour de la rédaction de Rue89, il n'y a guère de restaurant ou de supérette bio. Tous les jours, j'ai mon pique-nique glissé dans un écolobag en plastique maïs (0,60 euros/pièce), lui-même glissé dans mon nouveau cabas en coton bio (5 euros). Cinq fois par semaine, je débourse environ 10 euros pour déjeuner bio :
- 1 jus de myrtille ou de raisin (2,55 euros le pack de trois)
- Petite salade à l'ananas, aux carottes ou au quinoa (de 3,05 à 3,60 euros)
- Tarte salée aux champignons ou courgettes ou carottes (de 3,20 à 3,60 euros)
Dix euros pour déjeuner bio, c'est dans la moyenne. Les ticket-restaurants atteignent, le plus souvent, de 6 à 8 euros et les salariés peuvent en utiliser jusqu'à deux pour un seul repas. Certains me font à nouveau observer que les prix pour de ‘si petites portions’ leur semblent élevés : ‘T'as qu'à râper tes carottes toi-même.’ Les petites portions sont meilleures que leurs sandwiches pas bio et sont nourrissantes [oui, mais moi, ça me fait même pas une entrée, tes mini-gamelles, note du webmaster].
Mon quotidien se complique. La machine à café ne propose pas de café bio. Motivée, je vais acheter du café soluble bio (125g, 5,45 euros). La boite ronde est jolie, il y a même une petite tasse. Las. C'est une fois que j'ai préparé ma boisson chaude que je me rends compte de mon erreur : c'est de l'orge. Et je n'aime pas ça du tout.

J'organise une dégustation bio à Rue89. J'achète exactement la même chose que pour un pot pas bio et je sors une bouteille de rosé bio qui traine dans le frigo :
- 1 bouteille de champagne : 35 euros
- 1 bière : 1,70 euros
- 150g de bretzels d'épeautre : 1,55 euros
- 150g de chips : 1,76 euros
- 200g de biscottes : 3,40 euros
- 200g de fromage de chèvre : 6,10 euros
- 125 g de tofu à tartiner : 3,30 euros
S'en est suivi un débat passionné : ‘Les bretzels bio, c'est vraiment dégueulasse’, ‘mais non, ça a le même goût’, ‘non, c'est dégueulasse’, ‘et ton champagne bio, à ce prix là, c'est pas sérieux’. Succès pour le chèvre et le tofu à tartiner. Et l'unique buveur de bière est ravi : ‘Elle est excellente’ [je confirme, c'était vraiment de la bonne gueuze, note du webmaster].
Manger bio n'est pas particulièrement contraignant. Les aliments sont même meilleurs. Mais il n'y a pas de Coca light bio. Ca n'existe pas et ça me rend malade. Pour me soutenir, Claire me rapporte une bouteille d'un litre de Cola bio (2,25 euros) trouvé dans une épicerie bio du Vigan (Gard). C'est dégueulasse.
Et l'alcool ? Les bio-mangeurs ne boivent pas de la vodka au réveil. Manger bio, ce n'est pas que manger, c'est aussi adopter un mode de vie plutôt sain. Il existe donc un large choix de bières, vins et champagnes, mais pas d'alcools forts. La vodka bio existe ; les Etats-Unis innovent.
Au chapitre des boissons, il y a l'eau. Et c'est quoi l'‘eau bio’ ? J'ai d'abord acheté les bouteilles d'eau vendue dans les magasins bios -elles sont très peu minéralisées. Puis j'ai arrêté. Le mieux, c'est de boire l'eau de son robinet. C'est simple et écolo. Les méfiants peuvent acheter pour pas très cher un purificateur.
Après ces semaines de consommation bio, voici quelques erreurs à ne reproduire.
- Manger bio ce n'est pas simplement consommer des aliments labellisés. Il ne s'agit pas d'un régime alimentaire mais d'un mode de vie. Les surgelés bios existent, certes mais il vaut mieux cuisiner davantage, en évitant micro-ondes et congélation. Sans aller jusqu'à fabriquer son pain, on s'intéresse à ce qu'il y a dans son assiette.
- Eviter de reproduire son alimentation dite classique. Acheter des chips et des bretzels pour un apéro revient à dépenser plus qu'en se creusant un peu les méninges. On peut redécouvrir des produits. Plus ludique et moins cher.
- Ne pas être intégriste, sinon vous ne fréquenterez plus grand monde. Par exemple, en Suisse où les produits bios sont plus courants, les restaurants servant bio servent aussi du coca.
- Etre conscient que manger bio, c'est manger des produits de saison. Hors saison, ne pas se scandaliser de l'absence de melon.
- Alterner les achats en supérette bio et achats en grande distribution (on trouve des produits bon marché).
- Pour les fruits/légumes, privilégier les coopératives de consommateurs. Moins coûteuse, la démarche est plus conforme aux principes du ‘developpement durable’.
La semaine prochaine, nous vous proposons une visite guidée dans une ferme bio et un éclairage sur la distribution et la certification des produits bio. Avec Camille, du blog Rue69, nous essaierons de savoir si l'érotisme peut être bio.
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De jean-claude touvois
oh | 17H34 | 24/08/2008 |
Le bio et les incohérences du bio….
C'est toujours quelque peu dérangeant de trouver dans un magasin bio des cerises « bio » en provenance du Chili, des citrons « bio » en provenance d'Israël, des tomates « bio » de l'autre bout du monde….
Je ne pense pas que l'énergie dépensée pour le transport soit particuliérement bio. Et si la pollution que l'on ne souhaite pas dans notre alimentation a pour corollaire la pollution que l'on déverse dans le ciel des autres, le manger bio n'a aucun sens quand à la préservation de la « planète » et n'est plus que le privilége de quelques bourses assez bien remplies .
Alors, vive le bio de proximité, celui qui s'incrit dans un développement durable, et non au bio énergivore qui ne sert que l'estomac délicat de quelques uns.
De Agatigha quien vive no sur da frança
17H41 | 24/08/2008 |
Le prix et le gout compte quand même beaucoup.
J'ajouterai qu'il y a une chaine de magasins bio qui favorise les producteurs français et établi des coopérations avec eux afin de leur garantir un prix honnête. Ils viennent de mettre en place une politique qui consiste à ne proposer que les légumes et fruits de saison, fini les transports en avion pour avoir quand même. Là aussi, il y a une démarche militante.
On remarquera que dans votre inventaire, les produits en supérette bio sont souvent moins chers que ceux des grandes enseignes… Le vrac est aussi moins cher que ce qui est vendu en paquet bariolé ou pas ; -)
Par contre acheter ses fruits en supérette bio, c'est de l'arnaque, 7.30 ou 9.80 € le kg de pêches, ben y peuvent se les garder… J'ai remarqué que les fruits et légumes en supérette et supermarché quand ils sont « AB » sont à des prix complètement hallucinants. Au marché, l'étal du producteur bio affiche des prix équivalents à ceux du « conventionnel » et les pêches, la dernière fois que j'en ai acheté étaient à 2,80 € !
Bien sûr, il y a le privilège de vivre à Paris, tout est plus cher et surtout le bio pour qu'on continue avec la légende du bio trop cher pour le commun des mortels.
Ceci dit, étant de plus en plus « intégriste » bio, je regarde les prix des choses et si c'est trop cher par rapport à mon ressenti, j'achète pas. Je ne dis pas que je vais au supermarché pour en trouver, parce que là, je ne mets plus les pieds sauf pour le vinaigre blanc et le PQ ; -).
Je n'aurais qu'un mot : COMPAREZ et informez vous de l'origine de ce que vous achetez.
De Rvicier
Con-Trôleur | 19H07 | 24/08/2008 |
Passer à la bio est une action citoyenne.
Cependant, acheter son bio chez Auchan ou Carrefour est une hérésie. Les grandes chaines de distribution se sont mises au bio non pour le bien de la planète mais pour le bien du porte feuille des actionnaires.
Agriculte biologique signifie : sans insecticides, pesticides et engrais de synthèse ( chimie ).
AB ne signifie pas « produit bon ».
On peut acheter un vin issu de l'agriculture biologique et boire de la piquette.
Il existe une chaine de magasin bio : Biocoop.
Ce sont des superettes de 100 à 200 m2 le plus souvent.
Il existe une association :
www.bioconsomacteurs.org
Je vous recommande la lecture de l'exellent ouvrage du Dr Laurent Chevalier :
Imposture et vérités sur les aliments - Fayard- 20 €
Rue89 pourrait faire une enquête sur la future loi régressive sur l'agriculture biologique qui nous propose de l'alimentation bio pouvant potentiellement contenir des OGM à hauteur de 0,9%.
Ca aura la couleur du bio, ça aura le goût du bio mais, … ça ne sera plus du bio !
http://www.dailymotion.com/video/x4fhgh_we-feed-the-world-le-marche-de-l…
De Red-Sky
Battant abattu | 13H52 | 25/08/2008 |
Longue liste de commentaires passionnants, avec des liens très intéressants.
1- La bio c'est à la fois bon pour soi et bon pour la planète, il n'y a pas de raison d'opposer les deux (quand je me douche, c'est pour moi ET pour les autres ! ).
2- l'économie de la bio est en train de changer. Réservée à un élite d'initiés pendant plusieurs années, son expansion va permettre des économies d'échelle et les prix vont continuer à baisser ; en restauration collective, la différence entre bio et non-bio est minime, certaines cantines scolaires produisent des repas bio pour des prix très étonnants.
3 - L'expansion de la bio permettra en sus la diminution de certaines externalités négatives, comme le coût de « fabrication » de l'eau potable, diminution des frais médicaux etc…
4 - chacun doit évoluer à son rythme, et il ne faut pas être dogmatique. Personnellement, il m'a fallu plusieurs années pour passer au « tout bio », ça se fait petit à petit, on commence par les œufs, puis un autre produit etc… Financièrement, ça me reviens moins cher , bien qu'habitant à Paris : j'achète les légumes sur le marché bio Raspail le dimanche matin (un p'tit coup de Vélib'), je n« achète plus de truc tout faits genre pizzas, salade javellisée en sachet et autres horreurs qui m'ont rendu malade et maintenant je fais mon pain avec ma machine (prix de reviens avec des farines multi-céréales bio : 1.38 € le kilo)… Je vais mieux et c'est super bon ! (mon médecin n'est pas content, la sécu si…).
5- tuyaux : j'ai lu plus haut que le dentifrice bio est hors de prix. Je vous recommande le dentifrice en poudre bio VS (vecteur Santé) chez Naturalia. Pour quelques euros, il vous fera 5 ou 6 mois pour une personne.). Même remarque pour les crèmes à raser bio : retour au blaireau avec un savon à barbe bio vendu chez consomacteur 15 € = 1 an ou plus ou alors utiliser du savon d'Alep (avec blaireau, le rasage au blaireau est un truc vraiment extra, je me demande pourquoi on l'a abandonné… la publicité probablement…).
http://www.consomacteurs.com/