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Pour Sarkozy, la crise financière marque « la fin d'un monde »

Par Rue89 | 25/09/2008 | 16H25

Tourmente sur les marchés, inflation, menace de récession, déficits publics : Sarkozy est sorti du silence en meeting à Toulon.

Discours de Nicolas Sarkozy à Nice (Rémi Leroux/Rue89).

Les points-clés du discours de Sarkozy
  • Il faut s'attendre à de nouvelles baisses du pouvoir d'achat et de la croissance, et à une hausse du chômage.
  • La rémunération des dirigeants des grandes entreprises doit être encadrée, soit par un accord professionnel, soit par une loi qui serait présentée d'ici la fin de l'année.
  • Une réunion internationale pour réorganiser le système monétaire sera proposée.
  • L'Etat apportera son aide financière aux particuliers et aux entreprises en cas de faillite de leur banque.
  • Pas de hausse des impôts, des taxes ou des charges envisagée.
  • La fonction publique supprimera 30 600 postes en 2009.
  • Le bonus-malus écologique sera étendu à de nouveaux produits, et toutes les décisions issues du Grenelle de l'environnement seront appliquées.
Les réactions en direct

23h03. Rémi Leroux, de Rue89 Marseille, était dans le public. Parmi les militants et sympathisants présents, Alain, un Toulonais plutôt séduit par les paroles du Président. (Ecoutez le son.)

Rassurer les Français, c'était sans doute le principal objectif du Président, resté silencieux depuis le début de la tourmente sur les marchés financiers. Mission accomplie pour Gisèle, que les sombres perspectives économiques inquiétaient. (Ecoutez le son.)

Et si l'hôte de l'Elysée est à la peine dans les sondages, il conserve des inconditionnels, comme ces deux spectactrices, pour qui « il n'y a pas de prob's ». (Ecoutez le son).

19h24. Nous sommes entrés dans le « monde de la rareté » dit le Président. Cela implique que la finalité même des entreprises -qui ne connaissent pas de freins- soit repensée. Ici, ce n'est pas le capitalisme qui est à réinventer, c'est le système de marché lui-même. Le système de marché est un système prédateur par nature : il est fondé sur la domination et l'élimination des concurrents, l'accaparement des ressources et la recherche du pouvoir illimité.Paul Jorion

19h17. La fiscalité environnementale est mise en avant pour traiter les problèmes d'épuisement des ressources et des effets négatifs de l'activité économique. Mais à lui seul, le signal prix n'est pas suffisant pour changer profondément et durablement les préférences et les habitudes.

Il doit être accompagné de l'émergence d'une nouvelle offre de produits, de nouvelles technologies, de nouveaux usages. Et pas seulement dans l'énergie et les transports. Mais dans l'ensemble des activités économiques. Et des actions publiques sont utiles pour accélérer et inciter à cette évolution. Gilles Le Blanc

19h12. Sarkozy prend la défense du bonus-malus écologique et promet que toutes les décisions issues du Grenelle de l'environnement seront appliquées. Le week-end dernier, Sarkozy et Fillon avaient pourtant décidé de désavouer le ministre de l'Environnement, Jean-Louis Borloo, partisan d'une « taxe pique-nique ».

En matière d'énergie, la construction de centrales nucléaires de nouvelle génération sera accélérée. Selon Sarkozy, l'Etat soutiendra aussi le développement des véhicules électriques. François Krug

19h10. Sur la crise financière, le Président ne livre pas d'analyse sérieuse des causes : elle n'est évidemment pas la conséquence des régles comptables, ou des rémunérations des dirigeants, aussi scandaleuses soient-elles. Il reste dans le même registre : l'incantation.

Quels gages le gouvernement a-t-il donné pour pouvoir dire qu'il est celui de tous les Français ? Sur « le capitalisme de l'industrie » que prône Sarkozy, le problème, c'est qu'une grosse partie de la richesse surtout de l'occident anglo-saxon est celui de l'industrie financière.

« Nous allons, nous allons… » : déclarations d'intention ! Quelle est réellement la marge d'action budgétaire de l'Etat ? Mr Greed

19h05. Refonder le système monétaire, c'est bien davantage que réprimander les Chinois sur le yuan ou les Américains sur le dollar : c'est repenser entièrement le rôle des Banques Centrales au sein du système économique. C'est repenser le rapport entre les états et leurs banques centrales, c'est repenser le rapport entre le système bancaire et les citoyens.

La Federal Reserve gérait jusqu'ici les États–Unis dans les coulisses, son pouvoir s'étend sans cesse et ce qui a changé, c'est qu'elle le fera désormais en plein jour. La mission et le fonctionnement de la Banque centrale européenne doivent être réévalués : le fait que ses décisions soient prises par des « experts » n'empêche pas celles-ci d'être éminemment politiques : la BCE a pris délibérément le parti des investisseurs, parfois contre les patrons mais toujours contre les salariés. Paul Jorion

19h03. L'approche morale de la crise économique sur le critère de la justice est délicate et périlleuse : les délocalisations sauvages, les pollutions irresponsables, les restructurations massives suite à d'erreurs manifestes de gestion peuvent être considérées comme autant d'injustices. Elle n'ont pas provoqué par le passé le même jugement sévère exigeant sanction des responsables et nouvelles mesures. Qu'est ce qui justifie sur le fond cette différence de traitement ? Gilles Le Blanc

19h02. Annoncer une lutte vigoureuse contre les paradis fiscaux intervient fort tard et a été repoussé par tous les gouvernements passés. Un rapport parlementaire (Montebourg) avait il y dix ans justement analysé l'ampleur du problème et suggéré des réponses… sans suite ! Gilles Le Blanc

19h01. L'Etat devra se serrer la ceinture, annonce le Président. Sarkozy annonce 30 600 suppressions de postes l'an prochain, une réforme de l'hôpital et la « simplification » des échelons administratifs locaux, ce qui devrait relancer le débat sur la disparition des départements. Mais Sarkozy assure que les impôts, les taxes et les charges sur les entreprises n'augmenteront pas. François Krug

18h57. Question qu'on pourrait poser au Président, qui part en guerre contre les rémunérations indécentes : pourquoi alors accepter des débats sur la suppressions de l'ISF et surtout, pourquoi refuser de remettre en cause le bouclier fiscal ? Mr Greed

18h53. L'Etat interviendra, annonce le Président pour que les épargnants ne perdent « pas un seul euro » dans la crise du système bancaire. Et il interviendra pour garantir le financement des entreprises, en se portant caution de leurs emprunts ou en apportant directement des capitaux. François Krug

18h52. Les paradis fiscaux, ce sera effectivement l'un des tests cruciaux du sérieux d'une remise à plat du système financier. Rien n'a jamais été fait de ce point de vue. Paul Jorion

18h51. Sarkozy réclame une remise à plat du système monétaire mondial. Il souhaite une réunion internationale d'ici la fin de l'année, et indique avoir déjà obtenu l'accord de la chancelière allemande, Angela Merkel. Il avait déjà annoncé ce projet de réunion mardi, à l'ONU.

Sarkozy, qui est actuellement président du conseil de l'Union européenne, estime que l'Europe doit imposer sa propre vision de l'économie. Il promet « des initiatives en ce sens » pour le 15 octobre, lors du conseil des ministres de l'Economie européens. François Krug

18h46. La législation sur les crimes commis par les cadres, les « cols blancs », n'a-t-elle pas été délibérément édulcorée ? Envisage-t-on aussi de punir les « crimes passifs » ?

Je pense en particulier aux régulateurs du secteur financier, assoupis au volant, sur instruction expresse de l'administration Bush, mais aussi à l'échelle mondiale : la responsabilité de la crise leur incombe à 80%, or personne ne songe à les mettre en question -sinon John McCain quand il réclame le départ de Chris Cox, le patron de la Securities & Exchange Commission (SEC) qui supervise les marchés boursiers américains. Paul Jorion

18h45. Fin d'un monde, espoir déçu de la mondialisation, logique financière devenue folle : lecture rassurante d'une dérive destructrice, mais qui oublie que les racines sont anciennes et souvent internes au dispositif. Chercher des responsables et des causes simples risque de manquer le coeur du problème. Gilles Le Blanc

18h44.La crise actuelle n'est peut-être pas la crise ultime du système économique fondé sur le marché, mais c'est très certainement une crise du capitalisme : le « capitaliste », c'est celui qui apporte le capital, c'est-à-dire l'investisseur. La spéculation est en train de tuer l'économie et également le système des marchés, mais elle est malheureusement au cœur-même du capitalisme : la spéculation, c'est la méthode-même du capitaliste. Paul Jorion

18h41. Sarkozy reprend certains de ses thèmes favoris lors de la campagne présidentielle : il veut « refonder le capitalisme sur une éthique, celle de l'effort, celle du travail ». Il défend « la mise en chantier de nouvelles réglementations » pour établir de nouveaux liens entre l'économie et la politique. « Le marché tout-puissant, c'est fini. »

Le gouvernement présentera une loi sur la rémunération des dirigeants d'ici la fin de l'année si ceux-ci ne se chargent pas eux-mêmes de réorganiser le système. Pour Sarkozy, les dirigeants ne doivent pas recevoir de parachutes dorés « lorsqu'ils ont commis des fautes ». Les salariés doivent eux aussi bénéficier de stock-options ou d'un système d'intéressement. François Krug

18h38.Quelques précisions sur les dérives du capitalisme dénoncées par Nicolas Sarkozy : les « parachutes dorés » font partie d'un ensemble de moyens utilisés par les dirigeants d'entreprises pour contourner en leur faveur le partage traditionnel du surplus entre eux-mêmes, les investisseurs et les salariés.

Les « stock options » en sont un autre, qui aligne les gains des patrons sur ceux des investisseurs et les attaque une seconde fois en diluant les actions déjà en circulation. Les « parachutes dorés », dans les pires des cas, permettent à leurs bénéficiaires de « vider la caisse » avant de prendre leur retraite, laissant en plan investisseurs et salariés. Paul Jorion

18h36. Le Président a des accents « besancenotistes » dans sa description de la crise financière actuelle : « L'idée de la toute-puissance du marché est une idée folle », assure Sarkozy. Il dénonce le rôle des banques, des agences de notation et des fonds spéculatifs. Avant de se reprendre et de refuser de basculer dans « l'anticapitalisme ». François Krug

18h32. « La vérité, les Français la veulent », déclare Nicolas Sarkozy en ouverture de son discours. Les conséquences de la crise « seront durables » et la France « n'est pas à l'abri ». Des conséquences sur la croissance, le chômage (dont les derniers chiffres s'annoncent très mauvais), le pouvoir d'achat. C'est « la fin d'un monde » construit sur la fin de la guerre froide et sur l'idéal d'une « mondialisation heureuse », ajoute le Président. François Krug

L'intégralité du discours en vidéo

Voici le discours de Nicolas Sarkozy à Toulon, diffusé en intégralité par Public Sénat :



Avant le discours

Trois de nos blogueurs nous apporteront leur analyse :

Gilles Le Blanc est chercheur au centre d'économie industrielle de l'école des Mines et bientôt auteur d'un blog sur Eco89, « Dans le bazar des entreprises » ;

Mr Greed, trader, a rédigé pour Rue89 plusieurs explicateurs sur la crise financière ;

Paul Jorion, anthropologue, est l'auteur de « Vers la crise du capitalisme américain ? » (La Découverte, 2007) et « L'Implosion. La finance contre l'économie : ce que révèle et annonce la crise des subprimes » (Fayard, 2008).

Notre journaliste Rémi Leroux sera, lui, à Toulon. Il nous fera vivre de l'intérieur ce meeting. Selon l'Elysée, près de quatre mille participants devraient y assister.

Mardi, lors du sommet de l'ONU à New York, Nicolas Sarkozy a réclamé un sommet international sur la crise financière, et des sanctions contre les responsables. Il a également laissé entendre qu'il prendrait une initiative contre les parachutes dorés.

Il devrait revenir sur le sujet ce soir, mais aussi préciser la politique économique du gouvernement. Celui-ci doit justement présenter demain son projet de budget pour 2009.

Rendez-vous à 18h30.

A lire aussi : Le candidat Nicolas Sarkozy est reparti en campagne

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5 commentaires sélectionnés

Portrait de Charles Mouloud

De Charles Mouloud

Bras gauche de la Vénus de Millau | 16H41 | 25/09/2008 | Permalien

Nevermind !

Portrait de Jonas2

De Jonas2

Les mouches ne me trouveront pas as... | 17H04 | 25/09/2008 | Permalien

Un autre très mauvais coup de projecteur pour Sarko dans le numéro exceptionnel de « Convergences » du SPF daté du 25 septembre 2008.

A lire absolument pour ceux qui auraient encore des doutes :
« La médecine ne guérit pas les inégalités sociales comme le constatent les anthropologues, sociologues, médecins, avec à l'appui le baromètre Ipsos/SPF dont les résultats montrent que 39% des français ont déjà renoncé à un soin ou l'ont retardé en raison de son coût tandis que 30% d'entre eux ont le sentiment de ne pas avoir les moyens financiers pour disposer d'une alimentation saine et équilibrée.
Les soins mis de côté en priorité sont : l'achat de prothèses dentaires (31% des personnes interrogées), l'achat de lunettes ou de lentilles de contact (29%), une consultation chez un spécialiste (24%), un dentiste (23%), un ophtalmologiste (19%), l'achat de médicaments (18%), des radios ou analyses en laboratoire (16%), une consultation chez un généraliste (14%), chez un psychiatre ou psychologue (11%). »

http://www.secourspopulaire.fr/actualite.

Portrait de Lapin Bleu

De Lapin Bleu

Journaliste n°89910 | 18H15 | 25/09/2008 | Permalien

J'avais pas vu l'intitulé de la légende TV…

Attention accrochez-vous bien…
Il y avait eu « America under attack » le 11/09/2001.
Il y a maintenant « Nicolas Sarkozy face à la crise » le 25/09/2008.

Portrait de denis.moulin

De denis.moulin

Abonné au gaz | 18H44 | 25/09/2008 | Permalien

« Je veux développer le crédit hypothécaire en France. C'est ce qui a permis de soutenir la croissance économique aux Etats-Unis »

Nicolas Sarkozy, les Echos, 9 Novembre 2006

Sarko à la mémoire courte, ou alors c'est nous …

Ce mec a basé sa campagne sur l'apologie d » ultra liberalisme à l'americaine, il prône la régulation de la finance et des lois sur les parachutes dorés quand le bateau coule.

Je trouve cela riducule et honteux

dm

Portrait de A.V.

De A.V.

tamagotchi89 | 21H45 | 25/09/2008 | Permalien

La première moitié du discours, consacrée à l'analyse de la crise, m'a laissé sur le cul. J'entendais Sarkozy le néolibéral nous réciter du Besancenot dans le texte en fustigeant les dérives de l'économie de marché, la sacrosainte autorégulation et la spéculation boursière, et en prônant l'intervention massive de l'état. C'était tellement surréaliste que je m'attendais à ce qu'il finisse par faire tomber le tabou de la décroissance. Mais bon, faut quand même pas rêver.
Dans la seconde partie, manifestement écrite par une autre main (Henri Guaino ? ), le soufflé retombe avec les dernières réformettes du gouvernement refourguées pour l'occasion en solutions-miracle à la crise structurelle d'un modèle économique agonisant (RSA, taxe écologique, diminution du nombre de fonctionnaires, etc…). Sans parler du baratin sur l'énergie dont l'inflation galopante serait due à la raréfaction des ressources naturelles (tiens donc, on ne parle plus de spéculation).
Bref, Sarkozy dresse un tableau assez réaliste de la crise financière, pour s'en servir ensuite comme d'un paravent pour expliquer tous nos problèmes franco-français et justifier la politique à contrario ultra-libérale de son gouvernement. Beau travail de VRP, comme d'hab.

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