Michel Wieviorka

L'Etat guerrier, l'Etat financier… à quand l'Etat social ?

Par Michel Wieviorka | Sociologue, EHESS | 01/10/2008 | 17H08

Dans les années 90, après la chute du Mur de Berlin, une représentation du monde dominait, l'idée que la globalisation, avec une puissance inouïe, balaye tout sur son passage, les Etats, les sociétés, qu'elle se joue des frontières et des Nations. Cette vision d'une planète soumise aux forces du tout économique a commencé à battre de l'aile avec les attentats du 11 septembre 2001.

Car l'entrée dans l'ère du terrorisme global a eu aussi pour effet de rendre possible, ou visible le retour politique des Etats et des Nations –du moins aux yeux de ceux qui les négligeaient ou en proclamaient le déclin inéluctable. Les Etats-Unis, avec des alliances dont la configuration s'est révélée à géométrie variable, sont entrés en guerre, contre le terrorisme, en Afghanistan, en Irak surtout, et de bons esprits ont commencé à évoquer la centralité de l'Etat ou la vitalité de la Nation, y compris pour affirmer l'existence d'un lien, et non d'une opposition, entre les progrès de la globalisation, et le dynamisme des Etats-nations. Par ailleurs, de nombreux pays sont engagés dans des opérations militaires, dont les fins déclarées sont civiles, voire humanitaires. En matière internationale, la politique, et en l'occurrence la géo-politique a repris ses droits.

Le retour de l'Etat dans l'économie

Puis sont venus les signes avant-coureurs de la crise financière actuelle, et cette crise elle-même. Avec une première conséquence, spectaculaire : le retour de l'Etat, là aussi, mais cette fois, dans ses dimensions économiques. Tout le monde le constate, l'Etat se présente comme le sauveur suprême, le seul recours capable, peut-être, d'enrayer les logiques de la catastrophe qui se profile. Le discours néo-libéral, de fait déjà bien affaibli depuis l'éclatement des premières « bulles » ou les scandales comme celui d'Enron, n'est plus seulement critiqué par l'altermondialisme, le gauchisme ou des pans entiers de la pensée de gauche (sauf quand elle se dit « libérale ») : il est rejeté de toutes parts.

Mais ce retour en grâce de l'Etat ne devrait être qu'une étape, la deuxième, financière, après la phase géo-politique, dans la grande mutation qui s'est ébauchée à partir du début de ce siècle. Car il laisse de côté une dimension fondamentale de la crise actuelle, qui est la quasi-disparition du social dans l'univers idéologique et politique du néo-libéralisme.

Le capitalisme, au départ, se joue d'abord dans des rapports de production, dans l'usine, dans l'atelier, là où les maîtres du travail imposent leur domination aux travailleurs qu'ils dirigent et exploitent. Au tournant des années 80, il était encore possible, avec Michel Albert notamment (dans son livre Capitalisme contre capitalisme, Paris, Seuil, 1991), d'opposer au modèle néo-libéral, anglo-saxon si l'on préfère, confiant dans le marché, ouvert à la flexibilité maximale, fermé à l'idée d'un fort interventionnisme de l« Etat, individualiste, et méfiant face à d'éventuels acteurs collectifs, l'image d'un modèle social-démocrate (rhénan disait Albert).

Dans ce dernier cas, le capitalisme demeurait un rapport social, ancré dans des relations denses entre dirigeants et dirigés, dans l'institutionnalisation de leurs conflits, sous la forme de négociations et d'accords, et confiant dans l'Etat-providence. Mais ce modèle a perdu de son importance, y compris dans les hauts lieux de la social-démocratie, en Scandinavie, et le capitalisme est apparu comme un non-rapport social, comme le pouvoir pur de l'argent sans frontières, et sans liens avec le social, si ce n'est par l'intermédiaire d'actionnaires soucieux non pas d'investissement productif, mais d'un taux élevé de rentabilité pour leurs placements. L'économie a semblé alors pouvoir être dissociée de la société, et nous avons tous pu constater que des entreprises voient leur côte monter en bourse lorsqu'elles licencient à tour de bras.

Dès lors, on était bien loin du capitalisme de Karl Marx, lorsqu'il analyse des rapports de production, ou de celui de Max Weber, qui en associe l'essor à l'éthique protestante.

Le monde de l'argent n'est pas dans une bulle

La crise actuelle est venue mettre fin à cette image d'une dissociation totale du capitalisme et des réalités sociales. Elle nous indique, sans que nous sachions vraiment très bien ce qui est en jeu, que le monde de l'argent ne peut plus continuer à fonctionner comme en vase clos, sous la forme de “ bulles ”. Nous le savons plus ou moins confusément : quand les milliards se dissipent, c'est aussi le futur qui se délite, les retraites pour les vieux, les ressources dont elles disposeront pour les jeunes générations, c'est aussi le logement, l'emploi, l'épargne populaire qui sont affectés. La crise financière n'a rien de salutaire, c'est une catastrophe individuelle, pour beaucoup, et collective, même si elle permet une sorte de purge idéologique.

Pour l'instant, les seuls espoirs sont du côté des Etats et de ceux qui les dirigent.

Peut-on envisager d'autres acteurs pour redonner à nos sociétés confiance dans l'avenir ? La réponse est en fait politique : sont crédibles, aujourd'hui, ceux qui ont toujours manifesté leur attachement à l'Etat, bien plus que ceux qui, soudain, se tournent vers lui après l'avoir éreinté. De ce point de vue, la balle est dans le camp de la gauche, plus que de la droite. En France, le PS pourrait mettre fin à la crise de son leadership à l'occasion de son 74ème Congrès, à Reims en novembre prochain, et on peut penser que son avenir passe par sa capacité à incarner des valeurs “ de gauche ” (ce qui ne veut pas dire : à gauche de la gauche). Mais la gauche, au niveau national, ne retournera pas aux affaires avant trois ans et demi, et elle ne peut espérer se faire entendre que si elle relaie les attentes populaires, en les transformant en projets politiques constructifs, et pas seulement défensifs. Or pour l'instant, ce qui domine au sein de la société civile est plutôt l'inquiétude, l'angoisse, et le sentiment d'impuissance que l'expression de demandes claires et précises.

Après le retour de l'Etat guerrier et géo-politique, puis celui de l'Etat financier, nous n'entrerons dans la troisième phase de la grande transformation actuelle, celle où l'Etat est légitime dans son rôle social, que si d'importants changements politiques se cristallisent, et viennent transformer en pressions revendicatrices et en demandes réalistes ce qui pour l'instant revêt plutôt l'allure de l'émotion et de la peur.

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De zénon denon 84

Bonne | 17H29 | 01/10/2008 | Permalien

Apres la globalisation généralisée,
_ c'est du moins ce qui se dit_
Nous voici donc ,
en ce début de XXI siècle
dans l'ère du « terrorisme global » !
dites donc ,c'est gai tout ça …
les colonnes du temple commencent
à trembler « sec » .
Sauve qui peut ! ! !

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21H52 | 01/10/2008 | Permalien

Wieviorka décrit bien les choses mais son horizon d'attentes politiques s'arrête toujours au PS. Il est vrai que la gauche aujourd'hui ne peut pas exister sans ce parti, mais ce parti justement existera-t-il toujours ? il y a d'autres forces à gauche capables de former une fédération en tout cas d'imaginer un autre pôle politique, écologiste par exemple - pour une économie sociale et solidaire.

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17H52 | 01/10/2008 | Permalien

L'Etat Social ? Allons, Monsieur Wievorka, quand un pays prélève 55% des richesses du pays chaque année, pour les redistribuer ( c'est la tournée du chef ! ), ce pays est un pays soviétique et ses problèmes viennent du fait qu'il rackette le pays de manière éhontée. Evidemment ce ne sont pas tous les élus PS qui s'en plaindront : regardez-les comme ils ont le teint fleuri, comme ils sont grassouillets, comme ils rient à gorge déployée à l'Assemblée quand on parle des difficultés des français ! Pour eux, la crise n'existe pas !

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18H01 | 01/10/2008 | Permalien

« quand j'entends le mot social, je sors mon browning », dixit Gaétan…
J'espère bien que t'as des actions chez Natixis, tu passeras une moins bonne soirée…

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dir com | 19H45 | 02/10/2008 | Permalien

Il pleurera pour que l'état « régule » et lui rachète le tout…

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Bêcheur de fond en Bourbonnais | 20H11 | 01/10/2008 | Permalien

Gaétan, au fil de vos posts, vous vous révélez comme un imprécateur, et rien qu'un imprécateur :

en l'occurrence nul, puisque vos imprécations évitent soigneusement de frapper ceux qu'elles devraient atteindre du côté de chez Bilderberg ,notamment.

Mais ceux-là sont puissants, et vous aimez sans doute plier l'échine ?
La prochaine fois qu'il y a tempête, mettez-vous face au vent ça vous redressera

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Back in the USSR | 11H44 | 02/10/2008 | Permalien

Relis la définition de soviétique avant de parler.

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fasciné | 20H11 | 02/10/2008 | Permalien

65 milliards de subventions aux entreprises en année normale. Clair que nous sommes dans une sorte de welfare state pour les well off. Bien entendu ce chiffre ne tient pas compte des dizaines de milliards de subventions déguisées aux industriles de l'armement ou des BTP. Clair que les pékins de base à travers la TVA subventionnent l'oligarchie. On ne saurait que vous remercier pour votre cri de révolte.

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De pablico

20H22 | 01/10/2008 | Permalien

A force de faire croire au bon peuple, au communisme qui a raté, à l'état guerrier, à l'état financier, à l'Etat social, à l'état gaulliste, au marché roi, au libéralisme, à la mondialisation, en fait à tout et n'importe quoi, le bon peuple n'est plus prêt à croire à quelque chose, il devient l'athée des formes diverses de l'état et de l'économie.
Rien n'est parfait, mais comme même à chaque essai, le petit peuple boit la tasse jusqu'à la lie et est déçu.

Mais comme il n'y peut rien, il va faire encore confiance au premier bonimenteur venu, le sauveur auto-proclamé qui va nous promettre une mode de fonctionnement parfait….pendant 10 , 20, 30 ans (regardons l'histoire moderne)

pôvre de nous…., on va repartir pour une nouvelle aventure, si on arrive à survivre et surmonter cette crise

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à pablico Portrait de pablico De marsman

esprit critique | 00H37 | 02/10/2008 | Permalien

D'accord avec vous sur la désorientation du peuple. C'est une arme dont les néo-libéraux ont appris tous les secrets depuis quelques décennies. (La CIA et le complexe financier US en tete). La seule arme du citoyen, s'informer ! ! ! Encore faudrait-il avoir des journalistes à jour…

Je ne suis ni d'accord avec l'introduction de l'article, ni avec sa conclusion.

L'introduction donne un goût amer dès les premières phrases ou l'amalgame de la guerre préventive de Bush contre le terrorisme est assimilée à la guerre en Afghanistan et en Irak. (Non la guerre en Irak n'a rien a voir avec le terrorisme, les armes de destruction massives c'était pas vrai ! Irak=Pétrole. Afghanistan=Gaz+Pétrole+Héroine La production d'opium a pris un bon essor en 2007 +34% =8200 tonnes). Ensuite j'ai failli sortir une larme quand vous évoquiez les « opérations militaires dont les fins déclarées sont civiles voire humanitaires »… (Ah bon ? on fait des guerres humanitaires en ce moment ? Ou ca ? ? ? )

Sur la conclusion, l'état va venir au secours des banques, OUI, mais c'est pas pour ça qu'il va reprendre une place importante de régulation. On apprenait aujourd'hui que le LivretA allait peut-être être utilisé pour sauver des banques a la place de remplir sa fonction de financer la construction de logements sociaux…

Je défends comme l'auteur des valeurs de gauche, mais il ne faut pas s'y tromper, la gauche française est aujourd'hui complètement larguée. Elle n'a pas de modèle. Elle n'a pas non plus fait le bilan de ses erreurs passées (privatisations/scandales tel que le Rwanda…). Le vrai soucis aujourd'hui pour avancer, crise ou pas crise, c'est :
1- la corruption des élites (Bilderberg/Le Siècle/ainsi que toutes les perméabilité des Etats et Industriels/Médias). (Ex : Martine Aubry fait partie du Siècle et retrouve les chefs de file des industriels/médias français tous les mois dans des réunions privées. Comment peut on être de gauche et agir de façon aussi paradoxale ? ? ? ).
2- le fait qu'il n'y ait plus de modèle de fonctionnement, plus d'idéologie (le communisme est mort, le libéralisme néo-colonial n'est plus un modèle depuis qu'on a appris les centaines de milliers de morts qu'il a généré) Quel est le modèle clair de la gauche dans un système globalisé ?
3- le désintérêt massif du peuple pour la politique et l'Histoire et son ignorance dégueulasse…

Portrait de nemo3637

De nemo3637

Déchoukeur | 18H04 | 01/10/2008 | Permalien

Contrairement à ce que pensent beaucoup, nombre de gauchistes, et certains néo-sociaux-démocrates, l'alternative n'est pas dans le renforcement de l'Etat que l'on chercherait à rendre plus démocratique. Ce vieux schéma marxiste-léniniste fait l'économie d'une analyse du fonctionnement de la société dans les régimes dits « socialistes » comme le feu régime soviétique.La désorganisation, la gabegie, la corruption vient aussi du centralisme.
Certes il n'existe aucune baguette magique pour dissoudre l'Etat et lui subsister d'un seul coup la société de l'Age d'Or. Et surtout si une telle dissolution se produisait - ce que veulent aussi les requins du libéralisme - on courrait aussi le risque de voir une dissidence partisane de l'ancien ordre, prendre le pouvoir de fait, ou tout désorganiser systèmatiquement.
L'Etat est une cage, certes, mais une cage qui nous protège aussi contre les requins, pour paraphraser Chomsky.
Il faut certes le réformer et déterminer son champ d'action mais miser plutôt sur des initiatives concrètes sur le terrain, une gestion des ressources locale d'abord mais liée fédéralement à l'échelon régionale, nationale, internationale. Il faut faire confiance à ceux qui travaillent et connaissent leur métier pour réorganiser la société et non pas à des bureaucrates ou des politiciens queLqu'ils soient.

Portrait de Network 23

à nemo3637 Portrait de nemo3637 De Network 23

identité perdue dans mes papiers | 18H16 | 01/10/2008 | Permalien

Faire le simple constat que le discours néo-libéral est en berne, que le consensus de Washington a pris l'eau, et que même l'Etat fédéral américain accepte cet état de fait, n'a strictement rien avoir avec un « vieux schéma marxiste-léniniste ».

Votre appel à « faire confiance à ceux qui travaillent et connaissent leur métier », plutôt qu'aux « bureaucrates ou aux politiciens », semble sympathique, mais peut tout aussi faire bien penser - pardonnez-moi l'offense - au poujadisme qu'au Que se vayan todos ! de l'Argentine de 2002.

Aujourd'hui la crise financière n'est plus restreinte à l'Amérique latine.

Pour autant, si le néo-libéralisme est en berne, les offensives ne cessent pas pour autant. Preuve en est : la négociation de l'ACAC (Accord commercial anti-contrefaçons) qui va nuire au développement technologique et à l'innovation intellectuelle, en restreignant les droits de création intellectuelle, sous le fallacieux prétexte de protection des « droits de propriété intellectuelle » (prétexte qui permet, par exemple, la brevetabilité du vivant et la non-utilisation de rétroviraux dans des pays durement touchés par la pandémie du SIDA).

Je suis curieux de voir ce que Rocard conte dire à ce Congrès du PS à ce sujet.

Portrait de nemo3637

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Déchoukeur | 18H51 | 01/10/2008 | Permalien

Il y a peu de relation ici entre le discours qui évoque un néo-libéralisme « en berne » et les alternatives qui peuvent nous être offertes.
Il semble pour le coup intéressant d'évoquer le cas de l'Argentine en crise en 2002. En fait, comme souvent en cas de crise, c'est l'Etat qui s'est désagrégé et nombre de patrons qui ont donc mis la clef sous la porte ou qui ont fait faillite. Que fallait-il faire alors que l'on commençait à manquer de tout ? Attendre les prochaines élections ? Nombre de travailleurs sont simplement retournés dans leurs entreprises et, sans le patron, ont recommencé à faire tourner les machines pour produire et diffuser des biens de consommation. Etaient-ils poujadistes ? Ils semblaient plutôt poussés par la néceessité. C'est ici un exemple concret de ce que pourrait être la grève gestionnaire et expropriatrice. TouT ce que l'on peut regretter c'est qu'ils ne soient pas allés plus loin.
Plus qu'être « en berne » la société néo-libérale, c'est-à-dire , pour appeler un chat un chat, le capitalisme apparait à bout se souffle, ne produisant plus de biens mais des fonds spéculatifs. Pour préserver le profit, on économise bien sûr sur les coût du travail, mais aussi sur tout ce qui n'est pas rentable à court terme.

Portrait de Network 23

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identité perdue dans mes papiers | 19H21 | 01/10/2008 | Permalien

Salut Nemo !

Ne pouvant lire dans tes pensées, mais seulement dans tes écrits, j'ai bien pris la précaution de dire que cela pouvait faire penser tout aussi bien « au poujadisme qu'au Que se vayan todos !  ».

Pour ma part, si j'ai davantage confiance aux mouvements sociaux qu'à la seule prise du pouvoir pour changer la société, je ne vois pas comment on peut faire l'économie d'une réflexion sur les processus institutionnels et ses acteurs.

Or je ne crois pas que mettre tous les « politiciens et bureaucrates » dans le même sac soit très pertinent, et j'y vois un risque pouvant faire vite basculer dans l'antiparlementarisme, celui des ligues des années 1930.

Peut-être que cet article de B. Cassen et Ch. Ventura t'intéresseras, à défaut d'y souscrire à toutes les thèses soutenues :

Quel altermondialisme après la « fin du néolibéralisme » ? , 15 septembre 2008.

http://www.cetri.be/spip.php ? article833&lang=en

Il y cite les mots de Joseph Stiglitz, ex-président de la Banque mondiale, qui résonnent avec ceux de Michel Wievorka :

« le fondamentalisme néolibéral de marché a toujours été une doctrine politique qui a servi certains intérêts. Il n'a jamais été soutenu par une théorie économique. Nous pouvons dire aujourd'hui qu'il ne le sera pas non plus par l'expérience historique »

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Déchoukeur | 04H40 | 02/10/2008 | Permalien

Si l'on regarde l'histoire du mouvement ouvrier, on se rend compte que celui-ci refusait traditionnellement les institutions bourgeoises. C'était d'ailleurs des rapports que l'on pourrait dire convenus : d'une part il y avait un camp ouvrier, avec ses modes, ses organisations, sa culture, sa fierté. De l'autre il y avait les bourgeois qui élisaient leurs représentants et qui gouvernaient un Etat qui leur appartenait claiement. Jusqu'à la prise du pouvoir en Russie par les bolchéviks, les ouvriers étaient ant-étatistes, ne participant que de loin aux joutes électorales.
L'anti parlementarisme faisait partie, à juste raison, de la culture ouvrière.
L'intégration des travailleurs dans la société bourgeoise, l'adoption de ses valeurs, s'est fait lorsque après s'être équipé lui-même, le Capital a équipé le Travail. C'est ce que l'on a appelé le fordisme. Parallèlement au fordisme, le complétant par les revendications qu'elle mettait en avant, s'est constituée la sociale-démocratie (PC et PS),dominante dans le monde ouvrier, devenant acceptable en participant au parlementarisme bourgeois.
On aurait pu croire que la boucle était bouclée.
La recrudescence de luttes plus modernes, dans les années 60, ont amené à un regard plus critique sur la nature de l'Etat qu'il soit libéral ou socialiste (Socialisme ou Barbarie, Internationale Situationniste…) et à des souvenirs comme ceux des collectivisations de l'Espagne libertaire.
Aujourd'hui, plus que jamais, dans toutes les luttes, c'est la démocratie et l'action directes qui sont mises en avant. Toute décision est prise en assemblée générale. Quand c'est important on veut participer aux décisions et les délégués doivent être révocables. La sociale démocratie ne peut suivre un tel développement car sa vision est au contraire hierachisée, centralisé et étatique - c'est ce qui produit la bureaucratie.
Une Révolution supposerait dans un premier temps, au niveau de l'Etat, la neutralisation des forces de répression, de façons à ce que puissent s'organiser librement des comités, des conseils ou des syndicats sur les lieux de travail . Parallèllement sont constitués des fédérations de consommateurs. Les travailleurs, tout comme les consommateurs sont fédérés à l'échelon local,régional, international. Un conseil,de la production et de la consommation à différents échelons, collecte les informations, les offres et les demandes. Il n'a qu'un caractère consultatif. L'important est d'obtenir une production suffisante pour satisfaire les besoins, et être le plus en adéquation avec ceux-ci sans les lois du marché. Les échanges doivent être progressivement démonétarisés. Il faut se méfier des ruptures trop radicales en voulant « tout casser ». Il faut garder des institutions comme la Sécurité Sociale, les Caisses de retraites, les caisses d'allocations familiales etc. Il suffit de les adapter vraiment aux besoins, de les renforcer parfois, de les améliorer. Une telle organisation, aussi incroyable que cela puisse paraitre, nait naturellement, quand les prolétaires - il faudrait définir ce que l'on entend par là - ont la possibilité de s'organiser, comme cela aurait pu être le cas en Argentine en 2002. Dans un tel schéma où est la place des politiciens et des bureaucrates ? Dans le bac à sable, avec leurs copains, au fond du jardin…

Portrait de ToRDReLoRDRE

à nemo3637 Portrait de nemo3637 De ToRDReLoRDRE

chien de talus | 08H33 | 02/10/2008 | Permalien

Je souscris à ce principe de confiscation des décisions économiques à un pouvoir central / réapropriation de la production et de la distribution à taille humaine, à échelles locales qui a la qualité de restituer sa colonne vertébrale au travailleur (restitution de la nature de la production et de la finalité des profits, de l'organisation du travail) devenant ainsi corps individuel et décidant aux sein du collectif et non organe sollicité/relégué d'un corps économique flou. En outre ce type d'organisation à le mérite, par l'application directe, de donner une pragmatique à l'écologie franchissant le seuil de l'unique réglementation (contournable, marchandable ) pour devenir acte local, défendue par et pour les acteurs d'un lieu.
Je souscris également à l'idée de l'état vu comme la « cage qui nous protège » tant en matière de protection sociale, de santé, d'enseignement et de recherche scientifique ; devant nous contenter de cela, à notre époque, faute de pouvoir, dès maintenant, considérer la planète comme étant la réelle « cage qui nous protège ».
Je souscris inconditionnellement à désigner le bac à sable (et autre équipements ludo-pédagogique) comme devant être les lieux défoulatoires de l'irresponsabilité et de l'égocentrisme infantile et non les postes de commande de la société.

Portrait de nemo3637

à ToRDReLoRDRE Portrait de ToRDReLoRDRE De nemo3637

Déchoukeur | 13H31 | 03/10/2008 | Permalien

ToRDReLoRDRE | chien de talus |

Ben mon pote, t'es prêt pour la Sociale !

Portrait de karlM

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18H35 | 01/10/2008 | Permalien

EXTRAITS : les indigènes du Chiapas.
Une autre voie, sans parti ni Etat, pour changer le monde
Cette expérience étonnante offre une critique en acte des traditions révolutionnaires du XXe siècle, qui considéraient l'Etat comme l'instrument déterminant de la transformation sociale. C'est une autre voie, non étatique, que suggèrent les zapatistes, en prétendant que l'on peut changer le monde sans prendre le pouvoir et en refusant toute idée d'un parti ou d'une organisation d'avant-garde.
Or, le binôme parti d'avant-garde et pouvoir d'Etat est probablement à la source des dérives dictatoriales des révolutions manquées du XXè siècle. Il y a par conséquent quelque sagesse, si l'on veut raviver le projet d'un monde libéré de la tyrannie de la marchandise, sans retomber dans un asservissement tout aussi barbare, à rechercher la voie d'une transformation sociale non pas imposée d'en haut, mais s'organisant par en bas.
Il faut pour cela -principe aussi simple que scandaleux- admettre que les gens ordinaires sont capables de se gouverner eux-mêmes. Quelle ingénuité ! , dira-t-on, au temps de la confiscation professionnelle de la politique et de la fossilisation de la démocratie représentative. Au temps où le supposé bon sens s'ingénie à nous convaincre de l'irrémédiable écart entre l'incapacité du tout venant (vous et moi) et la science éclairée des « experts » et autres « spécialistes ».
Ni volonté d'éclater le Mexique, ni rejet de toute autorité
L'autonomie revendiquée par les indigènes du Chiapas n'a aucun caractère séparatiste ; elle s'appuie sur le droit à la libre-détermination reconnue par la Convention 169 de l'OIT et la Déclaration des droits des peuples indigènes, récemment approuvée par l'ONU.
Quiconque s'est frotté au vigoureux patriotisme des zapatistes ne saurait, de bonne foi, les accuser de vouloir balkaniser le Mexique. Il s'agit bien plutôt pour eux de refonder la nation. Par ailleurs, la pratique politique des zapatistes ne postule nullement la négation de toute autorité.
Les indigènes du Chiapas ont une haute idée de la fonction de ceux qu'ils nomment justement « les autorités » ; mais leur charge est conçue comme un service rendu. Ils doivent « commander en obéissant », en respectant les accords nés des assemblées, en se soumettant à la volonté collective et sous son contrôle effectif.
Bien sûr, il ne s'agit pas de succomber à une idéalisation du peuple en soi, car on observe d'abondance, de par le monde, les effets du manque d'éducation, du consentement à l'ordre existant et à sa propre oppression. Il s'agit seulement d'admettre que les gens ordinaires, s'ils rompent avec la passivité et le conformisme, peuvent aisément faire l'apprentissage des tâches de gouvernement, avec tous les tâtonnements que cela suppose.
Les zapatistes ont ouvert une petite fenêtre. Absolument modeste, terriblement imparfaite
La commune de Paris a résisté deux mois et demi ; les communes rurales du Chiapas émanent d'une rébellion qui fête son quatorzième anniversaire. Au milieu d'un désastre planétaire de plus en plus difficile à occulter (crise financière latente, désastres militaires et humanitaires, changement climatique et destructions écologiques, pathologies intimes de la marchandisation de la vie), certains ont l'audace de croire qu'un autre monde est possible.
Ce qui est plus sûr encore, c'est que le monde existant, qui met en péril la survie de l'humanité ou du moins la condamne à survivre en niant sa dignité, n'est plus possible.
Les zapatistes ont ouvert une petite fenêtre. Absolument modeste, terriblement imparfaite. On peut l'ignorer, s'en gausser, ou savoir gré aux indigènes du Chiapas de leur humble héroïsme. Et porter au crédit des zapatistes le mérite d'une pensée politique neuve, où se mêlent la poésie et le goût de la fête, l'humour et l'auto-dérision.
Une pratique rebelle, qui sait que les choses les plus sérieuses exigent qu'on se défie de l'esprit de sérieux, qui aime à inventer des récits où s'entrelacent le quotidien et l'imaginaire. Parce qu'elle en appelle aux énergies vitales et créatrices des individualités. « Si ta révolution ne sait pas danser, ne m'invite pas à ta révolution », disent-ils… Jerôme Baschet (chercheur à l'EHESS)

Portrait de Network 23

à karlM Portrait de karlM De Network 23

identité perdue dans mes papiers | 19H24 | 01/10/2008 | Permalien

Oui.

N'empêche que le Chiapas était un Etat délaissé du Mexique, où les seules infrastructures publiques étaient celles qui pouvaient profiter à des firmes privées (classique dans l'aménagement du territoire colonial).

Bref, nous ne vivons pas dans une société comparable à celle des Zapatistes, bien que nous partageons sans doute des enjeux mondiaux.

Portrait de survivant

à karlM Portrait de karlM De survivant

20H50 | 01/10/2008 | Permalien

Le veau d'or est bannit histoire d'après la bible épisode de l'exode (EX32)dans la société judéo-chrétienne. Pas de place pour la liberté et l'indépendance. Mauvaise piste pour l'état social sondé par l'article. @karIm

Portrait de Thucydide

à nemo3637 Portrait de nemo3637 De Thucydide

Bêcheur de fond en Bourbonnais | 20H53 | 01/10/2008 | Permalien

Exact : on ne dira jamais assez que l'ultra-libéralisme est une expression égoïste et dominatrice de l'anarchie.

Cette crise aura au moins eu le mérite de mettre en évidence une évolution indéniable des sociétés vers un type féodal dont l'argument principal de pouvoir n'est plus un territoire comme au bon vieux temps, mais un secteur économique.

Ainsi les barons comtes et ducs moderne se livrent bataille sur bataille pour savoir qui est le plus puissant, leur OPA ou OPE font office de pillages des domaines, avec un état central faible et purement symbolique.
Nous sommes à l'age Capétien de la finance.

Avec une différence : nous le savons, et nous savons qu'il y a des moyens d'arrêter cette marche à reculons.
Il suffit d'avoir le courage de mettre ces moyens en oeuvre.

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05H25 | 02/10/2008 | Permalien

« expression dominatrice de l'anarchie » est un oxymoron puisque l'anarchie se définie comme l'absence de domination.

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Bêcheur de fond en Bourbonnais | 08H46 | 02/10/2008 | Permalien

absolument, vous connaissez bien votre rhétorique.

C'est ce que fait le capitalisme actuel, en réclamant l'affaiblissement de l'État, et pour qui la simple présence d'une règle est insoutenable, mais qui ne supporte aucune remise en question de la domination de la finance sur les sociétés.

Tout est question d'échelle.

Le féodalisme, c'était cela : à l'échelle du royaume, il n'y avait plus aucune autorité, c'était l'anarchie.
Mais chaque fief était écrasé sous la férule d'un seigneur impitoyable.

C'est cet oxymore qui nous fait vivre dans cette impression désagréable que les sociétés modernes sont schizophrènes, vivant simultanément des options contradictoires sans aucun rapport entre elles.

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03H23 | 03/10/2008 | Permalien

L'anarchie n'est pas l'absence de règles, mais l'absence de hiérarchie. Je pense que réaliser un monde où il n'y a pas de domination, d'exploitation, d'aliénation, demanderait au contraire beaucoup de règles entre les hommes.
Pour moi l'anarchie est un système d'avenir.
A noter que même pour Marx, l'Etat était un moyen et non une fin (la fin étant le marxisme). Au XIXe siècle, compte tenu de « l'état de l'art », comme on dit, il n'y avait pas d'autre moyen. Aujourd'hui, peut être que Marx s'intéresserait à d'autres moyens que le centralisme étatique, les réseaux sociaux, l'intelligence collective non pyramidale, l'open money etc…Tout ça est balbutiant mais j'aimerais bien que Eco89 commence à s'y intéresser.

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18H13 | 01/10/2008 | Permalien

Un état social en période de crise relève presque d'un appel à la guerre civile Alors que le péquin épargnant cherche à planquer ses 3 ou 4 noisettes récoltées, que les menaces pèsent sur les banques avec quand même à la clef la promesse d'un président que l'état(en somme les contribuables) ne laisserait pas tomber les copains boursicoteurs en injectant de l'argent trouvé dans les poches de tout le monde euh ! tout le monde, ? enfin sauf les pirates qui viennent de dévaliser les économies mondiales. Que les menaces de faillites pèsent sur les entreprises faute de commandes sonne le tocsin aux salariés ! Demander de faire du social c'est demander d'adhérer directement au F.N. Pour les nationalistes c'est tout bénef « la crise provient de l'étranger évidemment ».

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18H23 | 01/10/2008 | Permalien

Ce qui est curieux, c'est que quand les choses vont mal, on voit se mobiliser l'armée de sociologues que la France « entretient », et venir pérorer dans les media comme s'ils avaient réponse à tout, alors qu'ils ne cessent pas de se tromper. La Sociologie est une pseudo-science, une forme de charlatanisme, mais une vraie source de revenus…

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18H34 | 01/10/2008 | Permalien

et si les « choses » vont mal, ça serait pas a cause de l'ultra-libéralisme par hasard ?
Mais Gaétan et ses potes, eux, ne se trompent jamais, la preuve à Wall Street !

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Bêcheur de fond en Bourbonnais | 21H32 | 01/10/2008 | Permalien

Car bien entendu, les économistes ne se trompent jamais…
Ils nous le prouvent chaque jour

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Enseignant | 21H36 | 01/10/2008 | Permalien

Quand les choses vont mal, nous avons la preuve flagrante que vous vous trompez lourdement quand pour vous les choses vont bien.

Les milliers de morts de faim chaque jour devrait vous suffire pour comprendre que le libéralisme est une guerre continue contre l'humanité.

Si ça ne vous suffit pas songez aux guerres qui engloutissent les ressources et les vies au profit de quelques marchands d'armes et d'intérêts économiques cachés derrière les troupes et la chair à canons.

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21H57 | 02/10/2008 | Permalien

@ Gaétan

C'est l'économie dans sa version néo-libérale qui est une pseudo-science, pour ne pas dire une pseudo-métaphysique.

Elle s'abrite derrière des abstractions fumeuses (le Marché, la Main Invisible, l'Offre, la Demande) en évitant soigneusement d'évoquer les acteurs réels de l'économie : producteurs et consommateurs, acheteurs et vendeurs, patrons, investisseurs et salariés, etc.

Évidemment, s'en tenir prudemment au Marché, à l'Offre et à la Demande, ça permet de substituer une espèce de jeu abstrait à la réalité très concrète de l'opposition des classes, des rapports de domination et autres choses extrêmement gênantes…

Quant à la sociologie, la vraie, celle de Durkheim et de Bourdieu, elle est, comme le disait justement ce dernier, « un sport de combat ». C'est-à-dire une autodéfense mentale, un moyen de ne pas se laisser enfumer par les (fumeuses) abstractions des économistes néo-libéraux (ou néo-conservateurs, c'est la même chose).

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