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Krach : « Les fous ont pris le contrôle de l'asile »
Par Eco89 | | 06/10/2008 | 18H17

Au terme d'une nouvelle journée éprouvante/épouvante pour tous les boursiers et les banquiers de la planète, le CAC40 a subi lundi la plus forte chute depuis sa création : -9.04%. Un vrai « lundi noir », avec des seuils psychologiques qui craquent l'un après l'autre : les 10 000 points pour le Dow Jones, les 3800 points pour le CAC40… Ce nouveau krach a eu lieu dans des volumes d'échange très réduits, signe que la Bourse est aujourd'hui complètement tétanisée.
Mr Greed, l'expert-trader de Rue89, décrit ainsi l'ambiance dans sa salle de marché :
« Le pessimisme et la peur sont palpables partout autour de moi. L'univers bancaire est sinistré et tout le monde commence à prendre conscience de l'ampleur de la catastrophe. »
En VF ou en VO, toutes les petites phrases qu'il entend pointent dans la même direction : « Ça sent le sapin », « on a bouffé notre pain blanc », « the lunatics have taken over the asylum » (« les fous ont pris le contrôle de l'asile »)… De très nombreux traders, dit-il, sont « comme des lapins pris dans les phares d'une voiture », affolés de prendre conscience que les réactions des autorités américaines et européennes n'ont pas réussi à restaurer la confiance.
Le plan Paulson, destiné à sauver le système bancaire américain, a enfin été voté… mais il est déjà considéré comme complètement dépassé par l'ampleur de la crise. René Defossez stratégiste chez Natixis, commente :
« Récupérer tous les actifs dits toxiques, c'est bien ce qu'il faut faire. Mais 700 milliards de dollars, c'est bien trop peu, il faudrait mettre beaucoup plus sur la table, les estimations du FMI parlent de 2000 milliards, en tous cas des milliers de milliards. »
Cette fois-ci, pourtant, c'est aussi en Europe que les mauvais vents de la crise tourbillonnent. Alors que les banques jurent, d'une main, qu'on peut avoir tout à fait confiance en leur solidité, elles coupent, de l'autre, les robinets à crédits dirigés vers leurs consoeurs, dont elles se méfient.
Résultat : le marché interbancaire, où les banques s'échangent chaque jour des crédits à court terme, est complètement grippé. Mr Greed parle d'un « gigantesque “credit freeze'” : “il devient très difficile pour les banques de se refinancer autrement qu'auprès de la banque centrale européenne”. Dans ce climat, les établissements les plus fragiles sont menacés.
“Personne ne sait exactement quelle banque dispose de quels actifs, qui a encore des subprimes en portefeuille, qui va afficher des pertes, qui va devoir recapitaliser”, constate Jean-Christophe Tavanti, maître de conférence à l'Ecole normale supérieure (ENS) de Cachan, spécialisé dans les marchés financiers.
Le problème est que maintenant ce sont les entreprises qui vont devoir faire face à des problèmes de refinancement à court terme. Le marché du crédit à court terme est en “ arrêt cardiaque ” selon les termes de Nouriel Roubini (professeur à la New York University et rédacteur en chef du blog économique rgemonitor.com), que tout le monde cite maintenant pour son effrayante clairvoyance.
La noria des sauvetages financiers s'est poursuivie ce week-end, avec le rachat des activités belges et luxembourgeoises de la banque Fortis (fraîchement nationalisée) par BNP-Baribas, l'injection de 13.5 milliards de dollars par l'Islande dans le capital de ses banques, et surtout le plan de renflouement massif de la banque Hypo Real Estate par le gouvernement allemand : ce dernier a finalement annoncé une garantie-record de 50 milliards d'euros pour cette banque très dépendante du marché interbancaire.
Pour ne rien arranger, les gouvernements européens s'agitent dans la confusion la plus complète. Après l'Irlande, les pays européens doivent promettre à leurs citoyens que leurs dépôts (évalués à 700 milliards d'euros) resteront garantis. Une nouvelle initiative non-coordonnée, qui a eu le don d'agacer Londres.
Samedi encore, à l'Elysée, les dirigeants européens juraient la main sur le coeur qu'ils allaient désormais agir de conserve. Dans les heures qui ont suivi la décision allemande, le Danemark et l'Autriche l'ont imité, pour éviter que les capitaux s'enfuient des coffres de leur banque pour aller se réfugier dans ceux des banques allemandes… Commentaire fataliste de René Defossez : “Le mini-sommet de ce week-end, c'est du pipeau pour les marchés”.
Au Royaume-Uni, terrible ironie, la banque Northern Rock, après avoir été la toute première à mordre la poussière, voit affluer de nouveaux clients maintenant qu'elle est officiellement nationalisée.
Pascal Riché, Augustin Scalbert et Sophie Verney.
► Addendum le 06/07/2008 à 23h30 : Nicolas Sarkozy, depuis le perron de l'Elysée, a lu ce lundi soir le texte d'une déclaration commune des “27 pays de l'UE” assurant que ceux-ci sont “unis, solidaires et déterminés” face à la crise et que “chacun d'entre nous prendra toutes mesures nécessaires pour assurer la stabilité du système financier”.
Photo : un trader devant l'indice DAX à la bourse de Francfort (Kai Pfaffenbach/Reuters).
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De Zorro est arrivé
Lecteur | 18H46 | 06/10/2008 |
Ça tangue au Portugal et en Italie. Le yen au plus haut, les banques ne prêtent plus d'argent, etc., etc. C'est mort !
Trouvé sur une liste de discussion le texte suivant. Il est plus que temps que Rue89 s'empare de ce sujet de réflexion. Ça devient urgentissime :
« Attention : déclinologie en barre
Une remarque :
la capacité de résistance d'une société à une crise se mesure essentiellement à 2 choses que ne prennent pas en compte tous ces stupides graphiques économistico-centrés :
- le niveau de civilisation (éducation, technologies, culture)
- la solidité de la structure sociale
Le néo-libéralisme s'est largement chargé de fracasser les 2 mon capitaine, sous couvert de libertés de principe.
Quant aux émergents, ni le niveau de civilisation, ni la structure sociale ne peuvent leur permettre d'éviter la vague.
Je pense qu'en Europe, on peut limiter un peu les dégâts, parce qu'on a su préserver un peu des 2.
Pour ce qui est de “l'après” ou de la sortie de crise, c'est flou, parce que les facteurs météo sont innombrables (démographie, pyramides des âges, puissances militaires, puissances technologiques et surtout ressources…)
Mais je ferais quand même une autre remarque : la quasi majorité de vos analyses considèrent que le modèle économique et social de base ne sera pas changé. Or rien ne dit qu'on ne soit pas en train de vivre le retour de l'Histoire, dont on avait annoncé la fin à la chute du bloc soviétique. Je veux dire par là, rien ne dit qu'on ne soit pas en train de vivre le chant du cygne des sociétés individualistes capitalistes.
Il est tout à fait possible que cet hiver de Kondratieff soit le dernier soubresaut d'un système, qui semble devoir être remis en cause, non seulement sur le principe, mais aussi sur ses effets visiblement néfastes (réchauffement planétaire & co) dangereux à très court terme. C'est l'idée même de la croissance libérale qui a trouvé sa fin dans la crise que nous vivons, quand, pour l'entretenir, nous avons dû la faire reposer sur du vent qu'on a appelé la société des services.
Après, l'âge de pierre, l'âge du bronze, l'âge du fer, l'âge de l'or, nous vivons l'âge du pétrole. C'est en train de se terminer, et ce n'est pas un saut technologique qui permettra de franchir (ou pas) le pas, c'est un saut culturel ; de civilisation d'ampleur à peu près aussi grande que ce qu'on a appelé la transition démographique.
C'est pour ça que je suis persuadé qu'on va se ramasser. »
De BrunoC
( ° ) ( ° ) | 19H22 | 06/10/2008 |
Moi j'aime bien l'idée de service public de la banque à but non lucratif. Je ne comprends pas bien la justification du fait que le service fourni par une banque à savoir « décider qui a droit à des crédits » génère les profits colossaux de 2007.
De sinclair
20H24 | 06/10/2008 |
On ne peut que constater la pertinence redoutable des économistes qui tous avaient bien sur tout prévu et sont capable de dire quand et comment on va pouvoir arranger la chose.
Quelle belle science exacte que la science économique ! ! aussi bien que la psychologie et la psychiatrie. On explique a postériori on ne prévoit que grâce a la voyante du coin.
Ceci dit pourrait on avancer que les capitaux flottant continuent a jouer au monopoly et que le grand jeu actuel est faire récupérer les actifs pourri par les états et racheter le concurrent à bas prix. On joue l'euro a la baisse et on abandonne les matières premières sur lesquels on avait bien spéculer pour s'intéresser au rachat d'affaires juteuses a bon compte avaec aide de l'etat. Fantastique.
De ledzepforever
curieux | 20H39 | 06/10/2008 |
La crise actuelle, cela signifie qu'il n'y aura plus de crédit pour les entreprises. Est-ce qu'on s'en fout ? Pas vraiment parce si les entreprises font faillite faute de liquidités, ce sont tous les employés, cadres, fournisseurs qui sont touchés et qui peuvent tout perdre. Donc pas vraiment de quoi se réjouir. La crise de 1929 n'a rien apporté de positif, qu'un énorme malheur pour l'humanité toute entière.
De mao-tse-toung
grand démocrate réformateur | 21H02 | 06/10/2008 |
Il y a longtemps que les fous ont pris le contrôle de l'asile, mais cela ne se voyait pas .
Jusqu'à ce que le roi des fous arrive (G. W. Bush), et leur dise « allez-y vous pouvez vous amuser, on verra bien après “
Maintenant on voit ….
Le capitalisme sauvage s'effondre de lui même, comme le communisme vingt ans auparavant .
Et après, quoi ? ? ?
C'est ça la vraie question à se poser, le système actuel est mort, et même avec l'acharnement thérapeutique actuel, on voit bien que le malade ne s'en sortira pas .
De tevamana
Consultant Informatique | 21H04 | 06/10/2008 |
Avant de changer un système, il faudrait changer l'homme…
Et si chant du cygne il y a, es-tu sûr que ce soit celui « des sociétés individualistes capitalistes » ou de notre mode de vie de surconsommation basée sur le surendettement ?
Quel dommage que ton exposé soit pollué par des holismes : est-ce le néo-libéralisme qui s'endette et consomme à outrance sans se soucier des conséquences sur l'environnement ? est-ce le néo-libéralisme qui a accordé des crédits hypothécaires (sub-primes) à des ménages américains déja surendettés ?
Le problème de ton raisonnement holiste est qu'il néglige l'essentiel, ce sont des individus qui consomment et s'endettent, le néo-libéralisme est une philosophie…
A t'on déja vu une philosophie « fracasser » quoique ce soit…
P.S. les services ce ne sont pas du vent, les services à la personne ont explosé et reposent sur des besoins, services aux personnes âgées ou qui ont une mobilité restreinte, dépannage informatique à domicile, etc…