Décryptage

Un long congé de maternité n'égale pas plus de bébés

Par Isabelle Germain | Journaliste | 06/10/2008 | 11H37

Concours de “body painting” à Haïkou en Chine (China Daily/Reuters).

Comment rendre plus fécond le ventre des Européennes ? En renforçant le congé de maternité, répond Vladimir Spidla, commissaire européen à l'Emploi et aux Affaires sociales. Le projet de directive qu'il vient de présenter à la Commission veut augmenter la durée de ce congé de quatorze à dix-huit semaines avec un paiement du salaire plein pendant toute la période d'arrêt.

Pourtant la corrélation entre la durée du congé maternité et la prodigalité des femmes n'a rien d'évident. C'est même l'inverse : plus les femmes sont incitées à s'éloigner de l'emploi pour s'occuper des enfants, moins elles procréent. L'observation des taux de fécondité de différents pays et de la durée des congés de maternité le prouve.

En France, ce congé est de seize semaines. Et son taux de fécondité est un des plus élevés d'Europe. En Italie, les femmes ont droit à vingt semaines mais ce pays est la lanterne rouge de la procréation. Le secret de la fécondité est ailleurs. Les femmes font plus volontiers des enfants lorsqu'elles ne sont pas dans l'obligation de choisir entre maternité et travail. Les politiques natalistes qui sortent durablement les femmes de l'emploi sont contre-productives. Explications de Dominique Méda, sociologue et chercheuse au Centre d'Etudes sur l'Emploi :

« C'est parce qu'il n'y a pas de dispositif permettant aux femmes de continuer à travailler en ayant des enfants que les taux de natalité de l'Europe du Sud sont très bas. Au Japon ou en Allemagne, il est difficile et mal vu pour une femme de continuer à travailler avec de jeunes enfants. Ces pays présentent également des taux de fécondité faibles. Désormais les jeunes femmes, au niveau de formation plus élevé et soucieuses de leur autonomie, veulent travailler. Lorsque les dispositifs leur permettent de continuer à le faire tout en ayant des enfants, comme dans les pays nordiques ou en France, elles en font. Dans le cas contraire, elles arbitrent en faveur de l'activité professionnelle. »

Manque de structures d'accueil et sacrifices professionnels des femmes

Mais un bon taux de fécondité ne veut pas dire que la politique de conciliation vie privée/vie professionnelle est parfaite. En France, les femmes qui ont le plus d'enfants ne sont pas celles qui concilient, mais celles qui s'arrêtent de travailler. Selon les chiffres de l'enquête « Mode de garde et d'accueil des enfants de moins de sept ans » menée par la DREES, 8% seulement des enfants de moins de trois ans ont une place en crèche et 18% sont gardés par une assistante maternelle.

Pour les autres, c'est système D. Les mères s'arrêtent de travailler. 64% des enfants de moins de trois ans sont gardés par leurs parents (plus de 50% par leur mère seulement toute la semaine). Ces chiffres s'expliquent par le manque de structures d'accueil et par des politiques mises au point dans les années 90.

En 1994, l'Allocation parentale d'éducation est élargie et permet aux parents de deux enfants de moins de trois ans ayant travaillé plus de deux ans de cesser leur activité professionnelle et d'obtenir une allocation équivalente à la moitié d'un smic. Cette allocation est faible, mais suffisamment élevée pour persuader nombre de femmes de se retirer d'un marché de l'emploi de plus en plus difficile.

Le taux d'activité des femmes ayant deux enfants dont un de moins de 3 ans tombe de 69 à 52,7 % entre 1994 et 1999. Dans le même temps, la proportion de femmes salariées à temps partiel a plus que doublé depuis le début des années 90, notamment parce que les politiques publiques le rendent attractif.

On est très loin d'un « libre choix ». Si les femmes renoncent à leur métier ou adoptent des temps partiels, c'est avant tout, par manque de structures d'accueil. 50% d'entre elles déclarent qu'elles auraient préféré continuer à travailler. La France doit avant tout son bon taux de fécondité aux sacrifices professionnels des femmes.

Quid du droit opposable à la garde d'enfants ?

En dépit de chiffres montrant que la natalité trouve sa vigueur avec l'augmentation des structures d'accueil des jeunes enfants et des politiques d'égalité entre hommes et femmes, les politiques natalistes se concentrent sur la présence des femmes au foyer et non sur l'amélioration des conditions d'accueil des jeunes enfants. La proposition de directive européenne en est un nouvel exemple.

Où en sommes-nous aujourd'hui en France ? Nicolas Sarkozy s'est engagé, pendant sa campagne électorale, à créer un « droit opposable à la garde d'enfants ». Mais il ne s'est pas empressé d'honorer cette promesse. Il a fallu attendre le mois de septembre pour que la députée UMP Michèle Tabarot présente un rapport sur les moyens de développer l'offre d'accueil de la petite enfance.

Ce document préconise la création d'un nombre très conséquent de modes de garde. Mais il veut assouplir les normes d'encadrement et les qualifications requises pour le personnel. Ce qui ne va pas dans le bon sens. Quand les modes de gardes ne sont pas dignes de très haute confiance, les femmes préfèrent cesser leur activité professionnelle ou renoncer à avoir des enfants. C'est le cas en Allemagne. C'était aussi le cas en France dans les années 60.

Le modèle suédois favorise l'égalité des sexes devant l'emploi

La création d'une politique qui favoriserait la conciliation vie privée / vie professionnelle et l'égalité des sexes n'est manifestement pas à l'ordre du jour, ni en France ni en Europe. Il suffirait pourtant de s'inspirer du modèle suédois comme le font Dominique Méda et Hélène Périvier dans « Le Deuxième âge de l'émancipation » (Seuil).

Elles préconisent de substituer à l'allocation parentale un congé parental court, de 42 semaines, bien rémunéré (80% du salaire) avec un plafond élevé et partagé entièrement entre le père et la mère. L'ensemble de ce dispositif, coûterait 0,32% de PIB supplémentaire par an en fonctionnement, ont-elles calculé.

Ce congé inciterait les hommes à s'investir davantage dans l'éducation des enfants et favoriserait l'égalité entre les sexes devant l'emploi : si hommes et femmes sont susceptibles de prendre un congé parental, il n'y a pas de raison d'embaucher moins de femmes. On n'en prend pas le chemin.

Une trop forte protection des femmes pourrait avoir des effets boomerang, à l'image de la « contribution Delalande », contribution qui rendait très coûteux pour un employeur le licenciement des plus de cinquante ans et avait eu pour conséquence de freiner drastiquement l'embauche de salariés proches de la cinquantaine. Pour dynamiser la natalité, mieux vaut créer les conditions de la conciliation et non le retour des femmes au foyer. La liberté est toujours plus féconde que l'enfermement.

Lire aussi le blog d'Isabelle Germain Du rose dans le gris.

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De Docteur Panel

Sondologue | 12H35 | 06/10/2008 | Permalien

Très intéressant cet article. Mais les structures d'accueil ou l'égalité hommes-femmes devant le temps de congé vs travail ne me semblent pas suffire dans la réflexion sur la conciliation entre travail féminin et fécondité. Aujourd'hui le choix reste trop binaire entre rester à la maison et élever ses enfants, ou travailler et presque « sous-traiter » leur éducation, quelle que soit l'irréprochabilité des structures d'accueil.

Quand bien même il y aurait assez de crèches et d'aides pour accueillir 100% enfants à un faible prix, les parents n'ont pas forcément envie que leurs enfants soient élevés par d'autres dans une trop grande mesure. C'est donc non pas uniquement le non-travail (les congés) qui doit être adapté au projet d'être parent, mais aussi, et sans doute surtout, le travail lui-même. Par exemple :
Faire qu'un père ou une mère ne se sente pas coupable de voler du temps à son employeur quand son enfant l'appelle plus ou moins fréquemment au téléphone au travail, ou quand dans la foulée de la rentrée scolaire s'enchaînent les rendez-vous chez les médecins, les associations sportives, les réunions à l'école. Ni quand pullulent les spectacles de fin d'année en juin.
Faire que le parent cadre ne se sente pas minable quand il tient à rentrer à 18h pétantes (plutôt que de rester rôder autour de la machine à café jusqu'à 20h pour témoigner de son implication), pour avoir une tranche de vrai temps éveillé avec ses enfants le soir.
Etc., etc.
Ceci suppose un contingent de temps flexible alloué à ces choses-là. Un cadre légal ou contractuel qui fasse que se préoccuper de ses enfants quand on est au travail ne soit pas seulement une « tolérance » de « gentil patron très humain », mais un fait normal, pris en compte et bien sûr encadré, mais surtout pleinement assumé par l'entreprise comme le salarié.

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Journaliste | 18H38 | 06/10/2008 | Permalien

Merci pour votre commentaire. Connaissez-vous des associations, des partis politiques, des syndicats qui défendent les idées que vous présentez ? En réalisant cette enquête, j'ai entendu des citoyens tenant le même discours que vous, mais, manifestement, ce discours n'est pas audible par les pouvoirs publics.

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Sondologue | 23H12 | 06/10/2008 | Permalien

Vous pourriez interroger des gens du GRAPE, qui abordent ces choses sous l'angle du parent et de l'enfant, plus que du travail. C'est une association qui oeuvre en recherche et en formation depuis 20 ans dans les métiers de l'enfance. Ils éditent la Lettre du Grape aux éditions érès, une revue trimestrielle de grande qualité.

A part eux je n'en connais pas tellement. Je n'ai pas la fibre très militante (je devrais sûrement).

 

Mais ce qui me frappe dans ce type de débat c'est que ceux qui s'expriment sont souvent les extrêmes : les tout-congés - un peu réacs - contre les tout-structures d'accueil - empreintes d'un féminisme qui pave des meilleures intentions un enfer qui ressemblerait à « 1984 » ou à « bienvenue à Gattaca » s'il était appliqué à la lettre.

 

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équilibriste | 06H50 | 08/10/2008 | Permalien

Le congé parental (allocation parentale d'éducation) est un faux choix pour beaucoup de parents, de mamans surtout.
J'ai 3 enfants, je gagne le smic, si j'avais voulu reprendre le travail à l'issue de mon congé maternité, avec les frais de garde de cantine, garderie, centre aéré, plus un peu de système D, mon budget aurait été plus maigre encore que celui que j'ai avec le congé parental.
Donc me voilà en congé pour 3 ans, avec le bonheur de voir grandir mes enfants et d'être là pour eux, mais avec aussi ce sentiment de réclusion qui est celui des mères au foyer, mé,age, courses, repas, devoirs, jeux, ah un soir on souffle au club de gym, et pendant ce temps la vie continue au boulot.
Je ne regrette pas, je trouverais débile de perdre de l'argent pour faire garder mes enfants alors que je peux les garder moi-même, mais c'est clair que d'il y avait des modes de garde dignes de ce nom et un aménagement du temps de travail compatible avec des jeunes enfants, j'aurais mille fois preferé travailler..

Et juste un commentaire HS, votre pub pour le film de Karl Zero, ok, mais là c'est une vraie croisade pour pouvoir paginer….

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De deecurl

| 12H58 | 06/10/2008 | Permalien

article très intéressant.

en apprenant il y a quelques jours que le congé maternité était susceptible d'être rallongé, j'ai pensé la même chose : « ils sont idiots, ça pénalise encore plus les mamans. »

Pourquoi ne pas augmenter le congé paternité ?
le congé parental partagé en deux me paraît une piste très intéressante à creuser. mais il faudrait encore changer les mentalités, des hommes comme des femmes, pour pouvoir espérer adopter une telle mesure…

Portrait de dt_ytsejam_dt

De dt_ytsejam_dt

Frouze en Suisse. | 17H34 | 07/10/2008 | Permalien

Bravo pour votre article. Effectivement, l'accroissement de la durée du congé maternité, s'il peut satisfaire certaines mamans individuellement, me parait la pire des solutions s'il a pour but une augmentation de la natalité. Tout d'abord parce qu'effectivement il résulterait encore en un accroissement des inégalités hommes/femmes et surtout parce que justement il ne serait en rien efficace. Les solutions sont a chercher vers les conditions d'amélioration de l'équilibre Vie Familiale / Vie professionnelle et doivent être orientées tant vers les femmes que vers les hommes. Il s'agit donc de travailler, au niveau de la collectivité d'une part, afin de développer les structures et moyens permettant aux parents de concilier les deux et notamment en :
- développant les structures d'accueils pour jeunes enfants,
- assouplissant les possibilités d'inscription dans les établissements scolaires du choix des parents (proximité du lieu de travail plutôt que du lieu du domicile par ex.)
- améliorations des transports scolaires.
- Etc…
On doit aussi d'autre part travailler au niveau des entreprises pour :
- faciliter un aménagement des horaires,
- améliorer le travail à distance,
- développer (incitation fiscale ? ) les structures d'accueil (crèches d'entreprises) dans les grandes entreprises…
Toutes mesures qui demandent une politique vraiment volontariste des gouvernants et ne sont pas sans présenter un cout certain pour la communauté.

Portrait de Pierrrrre

De Pierrrrre

16H02 | 06/10/2008 | Permalien

Jouons au Misstress-mind :

fille - fille - garçon - fille+fille - garçon

☻☻☺☺☺

heu, fille - garçon - garçon+fille - fille - fille

☻☺☺☺☺

trop dur.. garçon - fille - garçon - garçon - garçon

☻☻☺☺☺

bon, ma langue au chat.

Portrait de paradoxe

De paradoxe 14804

16H24 | 06/10/2008 | Permalien

la densité demographique française est de 94 habitants par km2, ça vous suffit pas ?

Portrait de deecurl

à paradoxe Portrait de paradoxe De deecurl

| 16H49 | 06/10/2008 | Permalien

s'il ne faut pas forcément chercher à se multiplier, on peut espérer se renouveler non ?
ce serait triste une société sans enfants du tout…
sans compter qu'une pyramide des âges déséquilibrée n'augure rien de très bon…

Portrait de YMB

à deecurl Portrait de deecurl De YMB

| 10H02 | 07/10/2008 | Permalien

Le renouvellement de la population est autant un dogme que l'augmentation ou la diminution de la population. Si l'on raisonne rationnellement, vouloir se renouveler, c'est supposer que la démographie française a atteint un optimum et qu'avoir plus ou moins d'habitants soit nocif. Or, l'empreinte environnementale globale de la population française étant largement supérieure à la superficie française, la population française est probablement trop importante de ce point de vue là ; et une diminution s'impose.

Portrait de deecurl

à YMB Portrait de YMB De deecurl

| 12H42 | 07/10/2008 | Permalien

au vu de ces données mon sentiment premier aurait été de changer notre mode de vie plutôt que de diminuer la population.

on imagine aisément les problèmes que posera une population vieillissante sans enfants…retraite, Sécu, lien social, etc.

Portrait de YMB

à deecurl Portrait de deecurl De YMB

| 15H28 | 07/10/2008 | Permalien

De même que la démographie (on ne parle pas ici d'une société avec 0 enfant, mais avec significativement moins d'enfants), les habitudes ne changeront pas du tout au tout. La pensée écologique est largement partagée par la population française, mais la consommation électrique bat des records chaque hiver. Progressivement, moins de population et moins de consommation et on évitera la catastrophe malthusienne.

Pour les problèmes cités, au moins deux fois non.
* Retraite : la mise en place de comptes notionnels (http://www.ecopublix.eu/2008/04/le-problme-des-retraites-540-une.html) garantie la stabilité financière du système.
* Santé : des prélèvements tout le long de la vie (simili TVA), idem.
* Lien social : je ne vois pas clairement le rapport, ai plus l'impression que c'est un problème culturel qu'autre chose, mais peut-être. Toutefois, je ne perçois pas une disparition plus importante du lien social en Italie qu'en France.

Il est facile (biais culturel, quand tu nous tiens), de se focaliser sur les défauts, mais éviter les qualités :
* Criminalité : les agressions sont principalement le fait d'hommes entre 15 et 30 ans. Un diminution de leur proportion dans la société fait mécaniquement baisser la criminalité.

Portrait de deecurl

à YMB Portrait de YMB De deecurl

| 12H42 | 07/10/2008 | Permalien

au vu de ces données mon sentiment premier aurait été de changer notre mode de vie plutôt que de diminuer la population.

on imagine aisément les problèmes que posera une population vieillissante sans enfants…retraite, Sécu, lien social, etc.

Portrait de deecurl

à YMB Portrait de YMB De deecurl

| 12H42 | 07/10/2008 | Permalien

au vu de ces données mon sentiment premier aurait été de changer notre mode de vie plutôt que de diminuer la population.

on imagine aisément les problèmes que posera une population vieillissante sans enfants…retraite, Sécu, lien social, etc.

Portrait de LETSGONICE1

à YMB Portrait de YMB De LETSGONICE1

() | 20H29 | 07/10/2008 | Permalien

Hélas, il existe trop peu d'enseignement sur un tel sujet pourtant si nécessaire…

Portrait de paradoxe

De paradoxe 14804

17H14 | 06/10/2008 | Permalien

on y est déja dans la pyramide des âges deséquilibrée, grâce à la politique nataliste des 30 dernières années
faudrait peut être arreter un jour ? ; -)

Portrait de olympe blogueuse

De olympe blogueuse

blogueuse | 17H45 | 06/10/2008 | Permalien

bravo Isabelle pour cette analyse. la chose la plus importante à mon avis, celle qui fera avancer l'égalité c'est le partage d'un congé long entre le père et la mère.
ceci dit, étant militante de l'allaitement (ce qui n'est pas incompatible avec le fait d'être féministe) je pense que l'allongement du congé maternité est une bonne chose

http://blog.plafonddeverre.fr/

Portrait de paconform

De paconform

parent | 18H07 | 06/10/2008 | Permalien

Bonjour vous,
J'ai deux ( ! ) idées :
1 - ne pourrait-on pas se demander ce qui est bon pour les enfants ?
2 - serait-il possible de remettre en cause les idées reçues ?
Ouf !

Portrait de paconform

De paconform

parent | 18H07 | 06/10/2008 | Permalien

Bonjour vous,
J'ai deux ( ! ) idées :
1 - ne pourrait-on pas se demander ce qui est bon pour les enfants ?
2 - serait-il possible de remettre en cause les idées reçues ?
Ouf !

Portrait de Isabelle Germain

à paconform Portrait de paconform De Isabelle Germain (auteur)

Journaliste | 20H39 | 06/10/2008 | Permalien

Qu'est-ce qui est bon pour les enfants ? Bonne question, mais la réponse est toujours teintée d'idéologie. Et la difficulté est d'entendre tout le monde et pas seulement quelques pédopsychiatres paternalistes.

Pour ce qui est de remettre en cause les idées reçues, on y travaille…

Portrait de Tanta Ju

à paconform Portrait de paconform De Tanta Ju

Matheuse au pays des saucisses | 12H08 | 07/10/2008 | Permalien

Ce qui est bon pour les enfants, c'est que les parents soient detendus par rapport a leur choix de la prise en charge de leur bambins pendant les heures de travail. Les mouflets sont bien plus flexibles qu'on l'imagine, et quand ils ne se sentent pas bien en creche ou chez la nourrice, c'est souvent (oui, je sais pas toujours) parce qu'un des parents est crispe ou a mauvaise conscience.

Puisque dans l'article il est surtout question de la France, je peux apporter mon temoignage de Berlinoise.
D'abord en ce qui concerne le conge parental. Ici, le conge obligatoire pour la mere est de huit semaines apres la naissance. Il y a aussi six semaines avant le terme qui sont possibles et la plupart des meres les prennent. Mais apres, il y a un conge parental finance a 60% du salaire, avec un plancher a 600 Euro et un plafond de 1800 Euro ( ? dites-moi si je me trompe) sur une duree de 14 mois si le deuxieme parent prend au moins deux mois (sinon 12 mois). Nous on a partage, c'est mon mari qui a pris le conge parental le plus long, et il me semble que ca a ete benefique pour tout le monde. J'ai plus allaiter tranquillement et mon mari est tres content d'avoir pouponne et de ne pas avoir a assumer tout seul la charge d'une famille. On connait pas mal de familles qui ont fait le meme choix, y compris avec des papas cadres dans des entreprises privees : ils ne sont pas encore faits vires ; -)
Je pense que c'est la solution ideale : prendre le temps qu'on estime necessaire pour accueillir le bout de chou dans notre monde de brutes et partager ca pour que personne n'ait l'impression d'abandonner son ancienne vie.

Par contre la solution mi-temps boulot/mouflet pour les cadres, ca marche mal car la boite empiete peu a peu et se saisit du bras quand on lui tend un doigt. La il y a sans doute un gros changement de mentalites a effectuer, et ce serait bien si les hommes prenaient leur part de responsabilite ! ! ! !

Ici, on a plutot de la chance avec les creches : il y a de la place et il y a le choix (pas comme en Baviere, par exemple, ou en general dans les Laender de l'ancienne Allemagne de l'ouest). Par contre les horaires sont souvent assez restrictifs et refletent bien qu'en effet, il est mieux vu ici de ne mettre ses enfants qu'a mi-temps a la creche.
Beaucoup de creches mises en place par des associations ou des regroupement de parents ferment a 15h - ce qui n'est pas faisable si les deux parents bossent a temps plein. Ces creches-la sont souvent celles qui ont un super concept pedagogique (bilinguisme, bio, et je ne sais quoi encore), donc qui vont s'adresser aux parents exigeants voire bobo. Mais elles sont souvent dans des locaux trop etroits (anciens appartements ou magazin, pas de jardin), et avec peu d'educatrices de sorte que si l'une et malade, ca manque enormement. Et il y a deux choses qui me choquent : il n'y a pas de liste d'attente. Pour qu'un gamin soit pris, c'est copinage et tetes des parents. De plus, ils exigent en general 50 Euro par mois supplementaires (en dehors des tarifs bases sur les revenus des parents et subventiones) et meme parfois des tours de menage une fois par mois.
Il y a aussi des creches financees par la ville et qui sont elles vraiment ouvertes a tous. C'est la que va notre fille et on en est tres contents. Les horaires sont normaux, les locaux parfaits,… Bon apres, il faut assumer les discussions avec les connaissances qui trouvent que les gamins de deux ans des familles d'immigres, tres presentes dans ces creches vue la selection dans les autres, se comportent deja en petits machos. Il faut leur faire comprendre (aux connaissances ! ) que 1) Le melange des enfants et des parents, il n'y a rien de tel pour ouvrir l'esprit (des machos et des autres) et changer ses mauvaises habitudes ;
2) c'est toujours nous qui eduquons notre fille, meme si elle va a la creche. On lui transmet donc des valeurs qui, j'espere, lui permettront d'etre capable de vivre dans une societe ou il y a des tas de cretins sans devenir cretine elle-meme.

Portrait de jyeden

De jyeden

khmer vert ( age des caverne, pierr... | 18H30 | 06/10/2008 | Permalien

l'augmentation des congés maternités, parentales etc (pour la mère) dissimule l'idée cochone de droite de retirer les femmes du marché du travail pour qu'elles élèvent des enfants
en France le taux de fécondité bien supérieur a celui de l'allemange ou des pays de l'europe du sud est du pour une partie aux 35h
les 35 sont villipendées par la droite au pouvoir parce qu'elles représentent du TEMPS LIBRE pour les prolos
et ça les possédants ne le supportent pas
mais ces memes possédants ne voient pas l'importance des 35 dans l'evolution demographique
vive les 35h
vive les 32h
vive les 30h
et moi je n'en fais que 28 ! ! ! temps partiel choisi

Portrait de Chivapiano

De Chivapiano

00H54 | 07/10/2008 | Permalien

Parole de professionnel de la Petite Enfance, la crèche pour un petit être humain de deux mois et demi, ce n'est pas une sinécure ! « Irréprochables », les structures d'accueil ? A voir ! (Cf. Crèches en lutte, livre édité par Les points sur les i) Les enfants sont loin d'être dorlotés dans ces lieux. Sur 8 à 10 heures de présence, j'en ai vu plus d'un pleurer sa détresse les ¾ de son temps de présence, sans se voir consoler (surtout cachons-le aux parents, déjà culpabilisés de confier leur enfant, c'est-à-dire de ne pas s'en occuper…). C'est vrai que lorsque l'on a 5, 8, 10 bébés dont il faut prendre soin en même temps, il est difficile de prêter attention aux sentiments que chacun de ces petits êtres éprouvent… Heureusement que doudous et tétines pallient la négligence.
S'il faut « un village pour élever un enfant » (proverbe africain), gardons à l'esprit qu'il faut partager cette éducation dans le seul intérêt de l'enfant. Il DOIT pouvoir compter sur nous.

Portrait de Sustainable_Gupta

à Chivapiano Portrait de Chivapiano De Sustainable_Gupta

Reparti | 04H16 | 07/10/2008 | Permalien

Merci pour cet excellent commentaire, mais comment trouver « un village » dans nos sociétés occidentales où les voisins ont exactement le même mode de vie que nous, et ou ne pouvons donc pas nous compléter, où les grands-parents sont éloignés ou préfèrent leurs loisirs à la famille ?

C'est impossible, et donc l'ensemble des contraintes échoit au couple : être présent pour ses enfants, subvenir à leurs besoins culturels et financiers, financer le retraite des plus âgés. Dans cette situation, le revenu de la famille est essentiel, et comme l'homme est encore statistiquement mieux rémunéré que sa femme, le couple n'a aucun intérêt à ce que l'homme prenne le congé parental.

Portrait de Xoloscuintle

De Xoloscuintle

Secrétariat | 08H35 | 07/10/2008 | Permalien

Je suis d'accord accord avec jyden j'ai pensé la même chose on veux « expurger » les femmes ayant des petits enfants, du monde du travail, c'est toujours la « solution “ pour les gouvernements en cas de chômage, mais aussi l'idée que les femmes ne font ‘jamais assez d'enfants qui date de l'après guerre 14/18 : il faut assez d'hommes en cas de conflit et c'est le combat de certains natalistes, et ils ne désarment pas ! La réalité est qu'il est de plus en plus dur de vivre avec un salaire, et que la femme qui travaille est presque une obligation quand on voit les salaires qui sont souvent plus bas que le SMIC ! Et de plus il n'y a jamais assez de crêches, déjà il y 25 ans il fallait se battre pour avoir une place en crêche’ et on m'a souvent dit : il fallait ‘faire la demande AVANT la naissance de votre enfant ! véridique ! donc rien n'a changé depuis, l'Etat veux des enfants mais ne fait pas de crêches’ c'est toujours aussi dur pour les femmes d'assumer travail et famille ! Mais qu'il arrête de faire la réclame pour la natalité nous sommes suffisamment nombreux le remplacement des générations se fait a partir du 2 ème enfant et surtout vue la crise importante et la dureté de la vie les jeunes ‘responsables ne vont pas se mettre a faire des enfants alors qu'ils ont tant de mal a survivre’ avec la précarité, les bas salaires, le manque de logements adéquats, la cherté de ses logements qui ‘mangent la moitié de leurs salaires et les APL assez faibles ! Ma fille est avec son ami et n'est pas pressée d'en faire surtout en ce moment et mon fils qui enchaine CDD sur CDD il n'est pas prêt a fonder une famille même à 28 ans ! Donc si l'Etat rendez les choses moins dures’ celà serait plus facile et ce n'est pas quelques semaines de plus qui vont ‘faire changer les choses’ ! Oui mais l'Etat veux le beurre et l'argent du beurre : il veut ‘pas donner du pouvoir d'achat et ne plus faire de logements sociaux, pas de crêches, moins d'écoles, La sécu en berne, donc il assume le fait que il y aura moins d'enfants dans les années a venir c'est normal ! La natalité ne doit pas être une question d'argent soit mais pourquoi donner des sous’ pour la favoriser et arrêter d'aider les familles après l'âge de 3 ans ou 11 ans là ou ils ‘coutent le plus’ ? ? ? ? NOs enfants ne sont pas dupes, et comme ils veulent être des parents responsables, ils attendent le meilleurs moment pour en faire au moins un !

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Portrait de dt_ytsejam_dt

De dt_ytsejam_dt

Frouze en Suisse. | 09H41 | 07/10/2008 | Permalien

Je suis toujours atterré par ceux qui prônent une « dénatalisation » à outrance en fustigeant de plus les soi-disant politiques natalistes. D'une part parce qu'il n'y a selon moi pas de plus grande atteinte aux droits de l'homme et à sa nature même que de vouloir l'empêcher d'avoir les enfants qu'il désire, d'autre part parce que les tenants du « ne faites pas d'enfant » doivent certainement regretter que leurs propres parents n'aient pas suivi leur adage. Je respecte le choix de ceux qui, bien que le pouvant, ont délibérément choisi de ne pas faire d'enfant mais j'ai aussi la plus grande méfiance vis-à-vis de ceux qui voudraient empêcher les autres d'en avoir. Surtout quand, dans d'autres contributions, ces mêmes personnes se font les apôtres de la solidarité…Les enfants qui naissent aujourd'hui contribueront à l'économie de demain, sans parler qu'ils payeront nos retraites…. L'accroissement de l'espérance de vie fait que le renouvellement des générations demandent plus d'enfants puisque de plus en plus de générations cohabitent. Alors oui, je crois qu'il faut mettre en place les conditions pour que les personnes, qu'elles soient seules ou en couple, qui ont décidé d'avoir un enfant puissent l'élever dans les meilleurs conditions et sans être trop pénalisés dans leur vie quotidienne et professionnelle. Pour les solutions qui me semblent valables voir mon précédent mail.

Portrait de Hervé de Strasbourg

De Hervé de Strasbourg

10H06 | 07/10/2008 | Permalien

J'ai des enfants et j'en suis bien content, mais les politiques natalistes n'ont pas pour but le bonheur des gens mais partent d'une vision partielle des problèmes d'emplois et de retraite.

Portrait de paconform

De paconform

parent | 14H36 | 07/10/2008 | Permalien

Pour Chivapiano (et pour la terre entière) :
ESSENTIEL votre témoignage ! ! et il n'y a pas que les crèches qui pourraient faire l'objet d'un texte du même ordre…mais on préfère dire que les structures d'accueil sont « irréprochables », que c'est l'angoisse de la mère qui est la cause du malaise de l'enfant, que la crèche « socialise » l'enfant, que l'école à deux ans apprend à « parler » et qu'elle apprend à « vivre en société » etc,…etc,…etc…
Là est la cause essentielle des 20/25% d'adultes en grande difficulté psychique (que nous côtoyons tous les jours mais qui ne figurent dans aucune statistique).
On comprend bien que si l'on prenait nos dispositions à partir des besoins de l'enfant et non plus avec priorité absolue aux besoins des adultes comme c'est le cas, cela obligerait à opérer une véritable révolution (dans nos mentalités et dans notre civilisation)
P.S. j'aimerais entrer en relation avec le/la journaliste qui « s'occupe des idées fausses » ; merci (soyouz1@wanadoo.fr)

Portrait de deecurl

à paconform Portrait de paconform De deecurl

| 15H59 | 07/10/2008 | Permalien

dans ce cas vous allez me prendre pour un monstre…

je suis fermement convaincue que le temps passé en famille est très important et devrait être plus long, mais je sais aussi, en tant que femme, que je n'aimerai pas mettre ma carrière entre parenthèses pour élever un enfant. je suis sans doute pleines d'utopies mais j'aimerais pouvoir mener cela de front, ça passe par des horaires aménagés, un investissement accru des pères, et des changements de mentalités en entreprise. Mais certainement pas par des mères à la maison plus longtemps après la naissance.

Portrait de paconform

à deecurl Portrait de deecurl De paconform

parent | 20H09 | 07/10/2008 | Permalien

Bonsoir le monstre,
Activer la natalité en Europe n'a de justification que si on a peur de la natalité ailleurs, sinon, nous sommes déjà bien assez de pollueurs sur notre continent (ne le dites pas mais j'ai eu cinq enfants). C'est là un problème de Parlement Européen/Conseil de l'Europe, (je pense qu'il est rare qu'un particulier en soit influencé).
Cet aparté étant écrit, chacun est libre (heureusement et malgré l'Europe) d'avoir des enfants ou de ne pas en avoir ; pour les monstres le problème est ailleurs, c'est à peu près : « comment obtenir les moyens qui fassent que l'enfant perturbe le moins possible la vie de l'adulte », question tout à fait acceptable si on l'a fait précéder d'un engagement ferme et définitif de faire passer les besoins de l'enfant en priorité absolue. Malheureusement cet engagement est très rarement pris, ce qui est aveuglant.
En ce qui concerne la sempiternelle justification féminine (ou plutôt féministe) le « sacrifice » de la mère, il faudrait que le plus vite possible celle-ci n'ait plus de fondement ; pour cela l'habitude devrait être prise de décider, avant de faire un enfant, qui de la mère ou du père s'occupera de l'enfant (l'idéal étant que l'enfant bénéficie de ses deux parents grâce au travail à mi-temps) mais il faut aussi que ces parents connaissent les besoins des enfants, ce qui suppose qu'ils aient échappé à la pression sociale, aux idéologies, à l'hypocrisie généralisée etc…
Une situation sociale favorable pour l'enfance ne pourra être acquise qu'au prix de changements très importants, dans les esprits et dans la cité, car en effet, « il faut un village pour élever un enfant » ; il y a un sens pofond dans cette phrase, il faut un village mais pas seulement…
Sachons cependant que bien des améliorations peuvent être apportées dès maintenant et sans révolution tant sont grands les besoins.
Bonne soirée à tous (et prenez votre bébé dans votre lit ou mettez-le tout à côté, à portée de voix et de main).

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