Decryptage

Sarkozy va-t-il nationaliser votre banque ?

Par François Krug | Eco89 | 07/10/2008 | 22H24

Discours de Toulon de Sarkozy sur des écrans à Paris (Charles Platiau/Reuters).

Quand rien ne va, il reste l'Etat. Nicolas Sarkozy envisage de faire passer sous contrôle public les banques qui feraient faillite. Pas de rupture idéologique pour autant : ce choix est avant tout pragmatique.

Selon Luc Chatel, le porte-parole du gouvernement, Nicolas Sarkozy a assuré au conseil des ministres que « nous ne laisserons pas tomber nos banques ». Avant de préciser sa pensée : « L'idée est de soutenir nos établissements bancaires par une participation au capital , et non pas à travers le soutien des produits financiers. On ne doit pas faire le métier des banquiers à leur place. »

C'est pourtant ce que l'Etat avait fait lors du dernier sauvetage d'une banque en France, celui du Crédit lyonnais, en 1995. Un organisme public, le Consortium de réalisation, avait apuré les comptes en prenant à sa charge 28,3 milliards d'euros d'actifs douteux. C'est aussi la méthode choisie par le gouvernement américain. Le plan du secrétaire au Trésor, Henry Paulson, prévoit d'alléger les banques de leurs « crédits toxiques », pour un montant de 700 milliards de dollars.

Les banquiers français feront donc eux-mêmes leur métier, mais ils ne le feront pas seuls. Nicolas Sarkozy a déjà fourni une démonstration de sa méthode la semaine dernière, avec le sauvetage du groupe Dexia, présent en France (avec, notamment, le Crédit local), mais aussi en Belgique et au Luxembourg.

Le jackpot de la nationalisation express

Les trois gouvernements ont apporté 6,4 milliards d'euros dans le cadre d'une augmentation de capital. Dont 3 milliards pour la France, versés par l'Etat et la Caisse des dépôts et consignations. Ceux-ci détiennent désormais près d'un quart du capital de Dexia. Leur première décision : pousser les patrons vers la sortie et les priver de leurs parachutes dorés.

Mais ce type d'opération est autant financière que symbolique, estime Jean-Christophe Tavanti, maître de conférence à l'Ecole normale supérieure de Cachan et spécialiste des marchés financiers :

« Si on ne peut pas laisser le secteur privé se restructurer lui-même, c'est la solution de dernier recours. La question est de savoir s'il s'agit de nationalisations idéologiques ou d'un soutien à court terme. Dans l'optique de Sarkozy, il s'agit d'abord de rassurer les marchés et l'opinion publique, en montrant que la puissance étatique est là pour sauver le système, puis de revoir le management des banques et de les revendre. »

Une nationalisation-express peut en effet rapporter gros. Et Nicolas Sarkozy le sait bien. En 2004, alors qu'il était ministre de l'Economie, il avait décidé d'apporter 720 millions d'euros au groupe Alstom. Deux ans plus tard, l'Etat avait revendu ses 20% à Bouygues, en réalisant au passage une jolie plus-value : 1,26 milliard d'euros.

Quelle banque est si menacée qu'elle nécessite l'intervention de l'Etat ?

Malgré son efficacité, le stratagème fait tiquer les économistes libéraux. Michel Didier, directeur général de Coe-Rexecode, regrette qu'une autre voie ait été « peu explorée » pour solidifier le système bancaire :

« Il y a des solutions sans que l'Etat intervienne au capital. On peut faire en sorte d'allonger la dette des banques avec une garantie publique, pour qu'elles aient deux, trois ou quatre ans devant elles pour faire les réorganisations nécessaires. Ces dettes seraient souscrites par le service privé et pas par l'Etat. Mais pour que le service privé participe, il faut que l'Etat garantisse les dettes. Et il y aurait la queue pour souscrire. »

La méthode choisie est désormais connue, mais la principale interrogation demeure. Quelles banques sont aujourd'hui assez menacées pour nécessiter l'intervention de l'Etat ? Pour Jean-Christophe Tavanti, aucune n'est à l'abri :

« Personne ne sait exactement ce qu'on va trouver dans les portefeuilles des banques. Il n'est plus seulement question de produits “toxiques”. Même des banques a priori saines ont du mal à financer leurs activités basiques. »

Et la restructuration du système bancaire passera peut-être plus par la concentration que par la nationalisation. BNP Paribas a profité de la débâcle pour racheter Fortis au Benelux, et devenir ainsi la première banque de dépôt européenne. De leur côté, la Caisse d'Epargne et les Banques populaires, fragilisées par leur banque d'affaires commune Natixis, envisagent de se marier.

« Le marché tout-puissant, c'est fini », avait asséné Nicolas Sarkozy dans son discours de Toulon. Mais l'Etat tout-puissant, ce n'est pas vraiment commencé.

Photo : discours de Toulon de Sarkozy sur des écrans à Paris (Charles Platiau/Reuters).

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6 commentaires sélectionnés

Portrait de thierry reboud

De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 22H52 | 07/10/2008 | Permalien

Alors là, je suis vraiment plié de rire ! Mon problème, actuellement, c'est plutôt de savoir si Sarkozy ne va pas privatiser ma banque : je suis à La Poste !
(Cela dit, j'ai l'impression qu'il va y regarder à deux fois, maintenant…)

Portrait de Alex Engwete

De Alex Engwete

Consultant | 00H31 | 08/10/2008 | Permalien

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Portrait de Argos

De Argos

06H03 | 08/10/2008 | Permalien

Renault a bien été nationalisé après la guerre pour le punir de son activité « malsaine ».

idem pour les banques. Des entreprises stratégiques, et les banques en font partie, ne doivent pas déposer le bilan au risque de pénaliser les épargnants qui n'ont rien demandé ni mal agi.
Par contre, que les dirigeants et les actionnaires perdent leurs avoirs pour faute extrèmement grave me parait tout à fait normal.

S'ils veulent jouer, qu'ils le fassent mais qu'ils ne viennent pas pleurer quand ils se prennent le ballon dans la figure.

Portrait de Carmagnole

De Carmagnole

retraité de l'Education Nationale | 07H07 | 08/10/2008 | Permalien

Il faut arrêter de « jouer “ sur les mots…Les libéraux n'ont pas changé de politique ! ! Sarkozy (et les autres)ne vont pas rendre au peuple la gestion des des banques ; ils nous préparent psychologiquement à la ‘nationalisation’ des pertes pour sauver le système et à un plan de rigueur au nom de ‘l'intérêt national’ ! ! ! Un plan Paulson à l'Européenne.
C'est cela la réalité et le concret qui nous attend si nous laissons faire et ‘avalons leurs boniments’ ! ! !

Portrait de lancienz

De lancienz

libre penseur | 08H35 | 08/10/2008 | Permalien

De la com….toujours de la com ! !
Une caractéristique de notre démocratie LE MENSONGE enrobé par la com !
Il nous est dit que la crise est essentiellement finançiére FOUTAISES !
S'il y a crise finançiere déclenchée par les escroquries (subprime) et des pratiques rendues malhonnêtes (titrisation), c'est que nous sommes en crise économique latente depuis plusieurs mois.
Tous les indicateurs économiques sont au rouge depuis plusieurs mois, je parle de l'économie réelle, et virent maintenant au noir.
Tout cela a étè soigneusement caché.L'économie mondiale vivait à crédit, uniquement pour alimenter un moteur, la consommation, pour créer artificiellement de la croissance.
Le taux d'endettement des américains est de 135 à 140% ! !
Celui des français de 65%
Comment voulez-vous que dans ces conditions, avec une dépréciation du pouvoir d'achat, l'individu puisse faire face à ses obligations ! Il paye ses crédits et en le faisant il réduit sa consommation,thésaurise, et crée ainsi un élément dépréciatif pour l'économie.
Demain sera noir avec tous les problemes géo-politiques qui naitront de cette situation.

Portrait de dokogo

De dokogo

10H43 | 08/10/2008 | Permalien

Je me demande comment monsieur Sarkosy pourrais annoncer la nationalisation d'une grande banque Française, avec le contexte budgétaire actuel français ? Et pendant ce temps là on réduit l'aide aux logement des communes pauvres…..

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