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Plans anti-crise de l'Etat : d'où vient l'argent ?
Par Augustin Scalbert | Rue89 | 13/10/2008 | 18H55
Les milliards valsent, passant des poches de l'Etat à celles des entreprises touchées par la crise. Nicolas Sarkozy a annoncé lundi un engagement « considérable » de l'Etat, « de l'ordre de 360 milliards d'euros au total », qui suivent les 22 milliards promis aux PME, le milliard apporté à Dexia, les 2 milliards alloués au secteur du logement… D'où vient tout cet argent ?
L'Etat encaisse moins
Pour trouver les 22 milliards d'euros alloués aux PME, l'Etat a choisi de toucher moins sur ce que devraient lui rapporter les produits d'épargne destinés au financement des PME. Avant le plan, les banques devaient redistribuer à l'Etat 85% de l'argent des Livrets d'épargne populaire ; aujourd'hui, elles en conservent 30% dont elles donnent la moitié aux PME. Idem pour les Codevi : les 9% auparavant alloués à l'Etat partent désormais pour les PME. « Le problème, c'est qu'aucun moyen de contrôle n'est prévu pour vérifier que ces sommes sont bien allouées aux PME », note Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).
L'Etat puise dans son bas de laine
Pour renflouer Dexia dans des délais très courts, l'Etat a puisé dans les fonds de l'Agence France Trésor, dont la mission est de « gérer la dette et la trésorerie de l'Etat au mieux des intérêts du contribuable ». Ce « compte en banque » de l'Etat fédère en fait les 6700 comptes de différentes institutions publiques (musées, hôpitaux, trésoreries départementales…). L'argent est placé sur les marchés monétaires, avec des mouvements quotidiens de l'ordre de 25 milliards d'euros. En moyenne annuelle, le solde de ce compte est positif, à 100 millions d'euros.
L'Etat emprunte
L'emprunt par émission d'obligations ou de bons du Trésor est la principale source de financement des plans anti-crise. C'est d'ailleurs le cas, en temps « normal », de la plupart des dépenses imprévues, ce qui explique que 88% de la dette de l'Etat (soit 984 milliards d'euros) est de la dette négociable.
C'est par ce biais que l'Etat finance les 2 milliards alloués au secteur du logement, et c'est là aussi qu'il trouvera la partie des 360 milliards d'euros nécessaire aux éventuelles recapitalisation d'une banque ou à la réalisation de garantie d'un prêt sur le marché interbancaire.
Actuellement, le contexte est favorable aux emprunts d'Etat : les acteurs privés refusant de se prêter entre eux par crainte de garanties insuffisantes, ils se ruent sur les émetteurs d'emprunt public. « Tout le monde veut du papier public », résume l'économiste Agnès Bénassy-Quéré, professeur à Paris-X-Nanterre :
« Contrairement à un individu, l'Etat ne meurt pas et peut donc continuellement rembourser ses dettes à l'aide d'emprunts nouveaux ; contrairement à une entreprise, l'Etat peut rembourser ses dettes en levant des impôts. »
Les taux d'intérêts des dettes d'Etat, fixés par le marché, sont donc plutôt favorables. Ainsi, pour ses bons du Trésor à trois mois, l'Etat français versait 2,05% d'intérêts au 3 octobre, contre 3,9% début octobre 2007.
Les souscripteurs de ces emprunts sont surtout des fonds souverains, des fonds de pension, des banques centrales, des banques commerciales, des compagnies d'assurance… Au deuxième trimestre 2008, 57% des obligations assimilables au Trésor étaient détenues par des non-résidents, venus de pays en forme financièrement. Ces dernières années, il s'agit principalement de la Chine, de la Russie et des pays pétroliers.
Qu'est-ce que tout cela coûtera au contribuable ?
En présentant lundi le plan français de soutien au secteur bancaire, Nicolas Sarkozy a parlé de « pari raisonnable » : « En apportant cette garantie, nous n'aurons pas à la faire jouer. » Un pari effectivement « raisonnable », puisqu'il s'agit de lutter contre une crise de confiance sur le marché interbancaire. Maintenant que les transactions sont garanties, elles devraient donc repartir de plus belle et, dans la foulée, la valorisation boursière des banques, et ainsi de suite, ce qui rendrait moindre leur risque de défaillir.
« La seule ombre au tableau, c'est que la garantie porte en partie sur des actifs douteux, et qu'on a toujours aucune idée de leur ampleur, relève Agnès Bénassy-Quéré. S'il y a un seul défaut d'une banque, l'Etat perdra de l'argent. » Selon elle, le contribuable prend donc un risque avec ce plan :
« Mais le risque est bien moindre qu'aux Etats-Unis, où l'Etat a nationalisé les actifs toxiques, ce qui avantage les actionnaires au détriment du contribuable. En Europe, c'est l'inverse, puisqu'on nationalise les banques et pas les actifs. »
Le risque de défaut de garantie d'une banque est a priori faible, puisqu'elle aura auparavant sollicité l'Etat, qui sera entré dans son capital. Pour Mathieu Plane, « le seul risque de perte de l'Etat, c'est qu'il y ait un gros taux de défaut des ménages et des entreprises auprès des banques ».
Dans tous les autres cas, le contribuable ne perdra pas, ou gagnera si l'Etat revend ses parts achetées au plus bas dans une banque.

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De wiztricks
20H57 | 13/10/2008 |
Les Etats de la planète sont confrontés à un des chantages les plus pervers qui soit : ne pas supporter leurs banques et déclencher la panique (regarder les effets de Lehman Brother ou de l'Islande), ou se porter garants de ces dettes en espérant que ce ne soit pas qu'un sparadrap.
La situation est aussi grave qu'une guerre et ces mesures d'urgences sont prises avec la hate que requiert une telle situation.
Ceci dit, souvenons nous qu'avant la crise financière qui attire tous les feux ces jours ci, le monde était entré en récession à cause de la hausse du coût des matières premières.
Ces perspectives de récession ont réduit quelque peu les tensions sur le prix des matières premières mais l'inflation et la hausse du prix du crédit qui en a résulté à provoqué l'insolvabilité de nombre de débiteurs. La réactualisation des actifs des banques ne pouvait que se traduire par des refinancements et à la crise de confiance que nous connaissons.
Vous constaterez que si la bourse a retrouvé des couleurs, le prix du pétrole est aussi reparti à la hausse.
Nous sommes donc dans une situation fort intéressante ou les possibilité d'effacer la dette des banques est subordonnée à une croissance bridée par la rareté des matières premières (et aux difficultés d'inventer du jour au lendemain une économie moins dépendante des matières premières).
Une catastrophe immédiate serait lourde de conséquences pour tous, il est sensé que les Etats se donnent les moyens de l'éviter. Mais les problèmes de fonds posés par notre économie restent entiers et reviendront nous interpeller plus vite que nous le croyons.
De le persan
FINANCIER | 22H34 | 13/10/2008 |
Pour un débat citoyen informé !
Sans vouloir influencer votre opinion définitive sur ce plan – la démocratie n'existe que tant qu'on peut défendre le point de vue qu'on souhaite sans se faire vouer aux gémonies ! - , il est cependant utile d'apporter quelques éclairages techniques sur deux points pour la qualité du débat citoyen puisque la presse dans son ensemble ne l'a pas fait.
1 - D'abord le plan de garantie du crédit interbancaire. Généreusement informés, vous avez tous compris en quoi il consiste. Exemple : la BNP a besoin d'emprunter pour 3 jours 5 milliards d'€ et la Deutsche Bank (le marché interbancaire est européen) est prête à lui prêter cette somme mais assortie d'une garantie publique française ; la Direction du Trésor française accordera sa garantie à la BNP moyennant le dépôt en garantie pendant les 3 jours de 5 milliards d'€ de titres financiers qu'elle possède. Si la BNP au cours de cette période enregistre un sinistre d'1, 5 milliards € sur ces titres, l'Etat prendra à sa charge cette perte et versera le 1,5 milliards € à la BNP pour qu'elle rembourse la Deutsche Bank. Soit dit en passant, la garantie de l'Etat n'est pas payante contrairement à ce qui a été dit : elle est comme d'habitude gagée sur un « collatéral », exactement comme le demande la BCE pour prêter à court terme aux banques. Le coût effectif du plan pour l'Etat ne portera que sur les sinistres dans la limite d'un engagement total de 320 milliards €. En moyenne, les fonds de garantie montés pour des produits financiers ou des crédits de qualité enregistrent 3 à 5 % de sinistres : l'addition pourrait donc coûter en théorie entre 10 et 15 milliards. Pourquoi fait-on ça ? Parce que la BCE reçoit en garantie des Banques depuis plusieurs semaines du papier de qualité de plus en plus dégradée (des « actifs pourris ») et que son bilan est plombé, comme celui de la FED. Elle demande donc aux Etats de prendre le relais puisque ce sont eux les garants en dernier ressort de tout le système financier. En somme, le plan européen revient sans le dire à faire la même chose que le plan Paulson : les Etats vont reprendre les actifs pourris détenus par les Banques. Les sinistres à charge de l'Etat dépasseront probablement les 5 %. L'Etat n'a pas le sou, il va donc emprunter sur les marchés financiers et comme tous les pays européens empruntent et le Trésor américain aussi, il faudra servir des intérêts beaucoup plus élevés qu'aujourd'hui pour appâter le client. Le payeur final de la dette, c'est bien évidemment nous tous, et en premier lieu ceux dont l'impôt n'est pas plafonné à 50% de leurs revenus. On ne peut certes pas laisser mettre en faillite les Banques, on a laissé faire en 1929 avec les résultats que l'on sait. Ceci étant, le dispositif de garantie du passif interbancaire ne met rien à la charge des actionnaires. Il n'y a qu'en cas de nationalisation partielle que ceux-ci perdaient une bonne partie de leur mise.
2 – Le crédit aux entreprises et à la consommation ne sera pas relancé. Les Banques ont pris beaucoup de risques sur des opérations insolvables et de plus aujourd'hui elles ne peuvent plus titriser leur portefeuille de prêt ( comme ce fut fait avec les subprimes). Donc les conditions de crédit se sont déjà durcies et vont se durcir encore : blocage des crédits de trésorerie pour les PME, critères drastiques pour les prêts immobiliers, raréfaction du crédit consommation. Nos Banques vont restaurer leur bilan sans trop de casse et de pertes pour les actionnaires. Mais nous paierons collectivement la facture sous forme d'une grosse dépression.