Les dix règles non écrites de la géographie d'entreprise
Par Guillemette Faure | Eco89 | 15/10/2008 | 15H07

Proposez dans votre boite de réorganiser la disposition des bureaux et guettez la zizanie. Vous avez ouvert la cage aux frustrations. « Normal, le bureau, c'est le pouvoir ! » nous dit une consultante en organisation.
Une étude menée aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne indiquait qu'il y a deux fois plus de salariés mécontents de leur bureau que de leur boulot (23 à 12%). Pour comprendre les conflits que suscitent les déménagements internes, il faut connaître les règles de la géographie de bureau.
Il y a des bureaux dont personne ne veut
Le bureau à la sortie de l'ascenseur (« on te prend pour une hôtesse d'accueil ») ; le bureau près de la photocopieuse (« tu peux m'appeler si jamais ça bourre ? ») ; celui situé à côté des chiottes ; et enfin, le bureau « on-t'a-mis-une-petite-table-là-pour-le-stagiaire-mais-c'est-provisoire ».
Plus on a de la lumière du jour, plus on est important
Vous avez remarqué que les patrons sont rarement en sous-sol ? Si on est chef, on est en haut. C'est là qu'on a la vue, là que sont les terrasses, là que la lumière d'hiver n'est pas coupée par les bureaux d'en face. En anglais, le bureau le plus convoité, c'est « the corner office » le bureau du coin, celui qui a deux fenêtres, à tel point que l'expression « corner office » est synonyme de hiérarchie (voir le livre de management pour les femmes : « Nice Girls Don't Get The Corner Office » ou la chronique « Corner Office » du Wall Street Journal).
La course aux fenêtres est particulièrement critique après des regroupements, raconte un consultant en ressources humaines à propos d'une grande fusion de deux entreprises françaises en cours actuellement. « Le personnel des deux entreprises doivent se tasser. En attendant de récupérer leur titre, ceux de l'entreprise absorbée cherchent à retrouver le plus vite possible les symboles attachés : une fenêtre, une plaque, un bureau stratégiquement placé sur le même plateau que la DG. »
A défaut de fenêtres, bouger les meubles
A surface de bureau égale, on peut signifier son rang en mettant son bureau en travers. Un bureau perpendiculaire au mur, c'est une carrière droit dans le mur. Aux Etats-Unis, quand on fait partie de la chefferie, il faut un canapé profond et une table basse dans son bureau. On ne va quand même pas s'assoir à une table pour une réunion !
On ne parle qu'à ses voisins
L'information circule plus vite sans couloir et sans mur. Des recherches montrent que 80% des conversations de travail se produisent quand quelqu'un passe devant le bureau de quelqu'un d'autre. Des travaux du MIT indiquent que des employés ont quatre fois plus de chance de communiquer avec quelqu'un dont le bureau est à deux mètres d'eux, qu'à vingt mètres d'eux. Des gens dont les bureaux sont séparés de plus de vingt-cinq mètres ne se parlent quasiment jamais.
Un escalier, c'est un mur
Deux personnes travaillant à des étages différents d'un même bâtiment ont une chance sur cent de se rencontrer un jour donné. Normal, elles ne vont pas aux mêmes toilettes ni à la même machine à café…
Etre à l'étage du patron (c'est souvent le cas du directeur financier mais moins souvent du directeur des ressources humaines), ça vaut évidemment plus de points que d'être à celui des « services généraux ».
Rajoutez des halogènes aux femmes et des chaises à roulettes aux hommes
Une étude britannique indique que les femmes qui travaillent dans des bureaux se plaignent plus que les hommes des problèmes d'intimité, de températures, d'éclairage et de bruit, tandis que les hommes (à 62% contre 32%) se plaignent plus des meubles (ouin ! j'ai pas assez d'étagères, ouin ! ma chaise n'a pas assez de roulettes) et d'espace (56% d'insatisfaits contre 46% chez les femmes).
Les besoins de bureaux sont contagieux
Dans une entreprise où des directeurs ont leurs bureaux parmi ceux des employés, si un nouveau demande à avoir un bureau à lui, tous ceux qui étaient assis avec le peuple ont soudain besoin d'avoir le leur. « On compare son zizi au zizi du voisin », résume une consultante en organisation. Le statut est contagieux et le moindre décalage (pourquoi y a pas de table ronde dans mon bureau ? ) menace d'être interprété comme une placardisation.
On ne peut pas empêcher un employé de prendre racine
En 1993, l'agence Chiat a tenté de révolutionner ses bureaux en installant un système type campus où chacun devait prendre un ordi en arrivant et s'installer où il voulait-pouvait avec Jay Chat, le PDG de l'entreprise faisant la chasse à tous ceux qui tentaient de rester deux jours au même endroit. Fiasco complet, les gens tentaient de s'enfermer dans les salles de réunion pour les transformer en bureaux, restaient chez eux pour travailler… Même les salariés qui travaillent en « hotdesk » tentent de venir s'asseoir au même endroit (parfois, on souhaite que ces PDG qui souhaitent détacher les employés de leurs bureaux rentrent chez eux et que leurs enfants aient tous changé de chambre).
A l'inverse, une entreprise de photocopieuses connaissait un problème de productivité parce que les commerciaux n'allaient pas suffisamment chez leurs cients, « on leur a sucré leur bureau », raconte une consultante en organisation. Ils ne seraient pas tentés de rester au siège.
Les patrons qui font semblant de s'asseoir au milieu des employés mènent parfois des doubles vies
Parfois, les chefs cassent la règle qui veut qu'on mette les secrétaires au centre sans lumière et les chefs autour près des fenêtres pour venir s'asseoir au milieu du personnel pétrifié (un trip à rapprocher des patrons qui bossent en jean T-shirt depuis que les commerciaux se mettent en costards).
Dans ces cas là, ils occupent aussi souvent une salle de réunion, qu'on n'a pas le droit d'appeler leur bureau, mais dont ils sont les seuls à avoir l'usage. C'était le cas par exemple de Meg Whitman, ex-PDG d'eBay, ou du patron de Steelcase, entreprise de mobilier de bureau qui a fait rêver des milliers de cadres.
Officiellement, on ne dit pas que c'est parce que c'est bruyant et que ça manque d'intimité de travailler en open space mais on invoque le fait que les clients japonais ne prendraient pas l'entreprise au sérieux, sinon.
De toutes façons, c'est le patron qui décide
Comme nous le dit la consultante en organisation, « je n'ai jamais vu un déménagement de bureaux où le président ne finissait pas par s'en mêler et tout décider en changeant tout ce qui avait été décidé ».
L'IFOP, entreprise spécialiste des enquêtes d'opinion, a même organisé des réunions de groupes internes sur le choix de l'aménagement du bureau « pour que chacun exprime librement ses opinions et ses envies“… où Laurence Parisot, dirigeante de l'entreprise, siégeait l'air de rien au milieu des autres employés.
Et vous ? Quels sont les bureaux les plus convoités dans votre entreprise ? On attend vos témoignages.
Photo : au bureau de la police fédérale de Berne, Suisse (Stefan Wermuth/Reuters).
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De koreth
CEO of DRASTIC | 15H07 | 30/10/2008 |
Dans mon ancienne entreprise, l'une des techniques utilisée pour pousser les gens dehors était de les assigner sur un bureau où tous les collègues voient votre écran : sympas, les journées à subir les drôleries des copains qui s'étonnent que vous passiez du temps sur tel ou tel site !
De Lala
15H10 | 30/10/2008 |
La boîte où je bosse actuellement est une grosse caricature dans le genre : openspace pour les employés et petits chefs ; les petits chefs ont un mur et deux fenêtres, s'il y a un mur « de trop » ; il restera vide plutôt que d'y mettre un employé car les autres petits chefs deviendraient verts.
A partir du petit chef, droit aux accoudoirs sur la chaise (véridique) ; les cadres ont un bureau trois fenêtres avec mobilier imposé (mais coûteux) ; les hauts cadres ont un bureau 4 fenêtres avec mobilier personnalisé ; le big boss a 5 fenêtres et un salon.
De Corsaire du Peuple et de la Raison
ingénieur | 15H07 | 30/10/2008 |
Tant que mon patron ne voit pas mon écran où je passe mon temps sur Rue89, tout va bien, pour le reste, moi je m'en fous un peu, et vous ?