Krach-krach : Strauss-Kahn en position délicate au FMI
Par François Krug | Eco89 | 18/10/2008 | 16H05

Un an après son arrivée au Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn risque de perdre son poste à cause d'une liaison avec une de ses collaboratrices. L'affaire, que certains jugeaient prévisible, éclate en pleine crise financière. Peut-être pas un hasard : il pourrait s'agir d'un règlement de comptes entre membres du Fonds.
L'information a été révélée ce samedi par le Wall Street Journal, pas vraiment une feuille à scandales. Voici le déroulé des faits, tel que le présente le quotidien américain.
En décembre 2007, deux mois après son arrivée à Washington, DSK commence un échange d'e-mails avec Piroska Nagy, une responsable hongroise -et mariée- du département Afrique du FMI. En janvier 2008, l'affaire prend un tour plus charnel, « lors d'une conférence en Europe », précise le Wall Street Journal. Le mari de Piroska Nagy aurait découvert certains des e-mails, et l'affaire se serait arrêtée là. On ignore la réaction de l'épouse de DSK, la journaliste Anne Sinclair.
Mais en juillet, l'affaire sort de la sphère privée. Le représentant russe au FMI l'aurait évoquée avec le plus ancien membre du conseil d'administration, l'Egyptien Shakour Shaalan. Ancien à tous les sens du terme : Shaalan siège au FMI depuis 1992, et il est âgé de 80 ans. L'Egyptien décide de prendre conseil auprès du représentant américain.
En août, le FMI charge le cabinet Morgan, Lewis & Bockius d'enquêter. Et mi-septembre, DSK reconnaît les faits et demande à son équipe de collaborer pleinement avec les enquêteurs. Dans une déclaration au Wall Street Journal, il parle d'un « incident intervenu dans ma vie privée ».
Sauf qu'aux Etats-Unis, on ne rigole pas avec les liaisons extra-conjugales des personnages publics. Et on ne rigole pas non plus avec les relations entre patrons et subordonnées. Bill Clinton en sait quelque chose. Le féroce New York Post, tabloïd détenu, comme le Wall Street Journal, par Rupert Murdoch, s'en donne donc déjà à coeur joie :
« L'économie mondiale est peut-être en train de se rafraîchir, mais l'atmosphère est très chaude au Fonds monétaire international. »
Pour Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles et auteur du blog Coulisses de Bruxelles, l'affaire DSK était largement prévisible. En juillet 2007, lorsque Nicolas Sarkozy décide de soutenir la candidature du socialiste au FMI, le journaliste brise un tabou sur son blog :
« Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). Or, le FMI est une institution internationale où les mœurs sont anglo-saxonnes. Un geste déplacé, une allusion trop précise, et c'est la curée médiatique. Après Jacques Attali et ses goûts somptuaires qui lui ont coûté la présidence de la Berd, la France ne peut pas se permettre un nouveau scandale. »
La polémique est alors violente, comme Rue89 le raconta à l'époque. Joint samedi après-midi, Jean Quatremer affirme qu'une source l'avait mis au courant de l'affaire du FMI il y a déjà plusieurs mois. Un correspondant basé à Bruxelles ne peut évidemment pas être le seul journaliste dans ce cas.
Pour le correspondant de Libération, avoir une liaison est « le droit le plus absolu » de DSK. Il assure que seul l'aspect journalistique de l'affaire l'intéresse :
« Je n'avais rien révélé du tout, j'avais juste brisé la loi du silence. Les journalistes savent mais se gardent bien de le dire. Mais en disant “On le savait, mais on ne vous l'a pas dit', on se déconsidère. Ces informations sont pertinentes car à Washington, mais aussi à Londres ou à Bruxelles, cela peut être mortel. En plus, c'est un Français, donc les Américains vont y aller. Peu importe que les deux aient été consentants. Aujourd'hui, sa position est affaiblie en pleine crise financière.”
D'autant plus affaiblie qu'au-delà de la gaudriole, les enquêteurs s'interrogent sur le favoritisme dont aurait pu faire preuve DSK. « A aucun moment je n'ai abusé de ma position de directeur général du Fonds », assure l'intéressé. Qui craint de subir le même sort que Paul Wolfowitz : celui-ci avait dû quitter la Banque mondiale après avoir avantagé une de ses collaboratrices, qui était aussi sa maîtresse.
Depuis son arrivée à Washington, le Français s'est employé à réformer le FMI, notamment en réduisant ses effectifs. Et c'est dans ce cadre que son amie aurait quitté son poste en août, pour rejoindre la Berd, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, à Londres.
Ce départ intéresse particulièrement les enquêteurs. Mais, selon les sources du Wall Street Journal, rien ne prouve pour l'instant que l'indemnité de départ de Nagy a été plus élevée que nécessaire, ni que la Hongroise a été poussée au départ.
Peu enclin à développer des théories du complot, le très sérieux quotidien s'interroge donc : le scandale a-t-il été déclenché sciemment ? Plusieurs représentants étrangers au FMI se posent la même question, selon le Wall Street Journal :
« La gestion de l'enquête provoque des critiques sévères au sein du FMI, car l'ensemble des 24 membres du conseil d'administration n'a découvert les accusations et l'enquête que vendredi, lorsque ce journal a commencé à poser des questions. Certains estiment que les membres qui avaient connaissance de l'affaire ont pu être en situation d'utiliser leurs informations pour peser sur la politique de M. Strauss-Kahn et sur des conflits concernant des financements. »
Même si l'existence d'un complot était démontrée, le Français ne serait pas sorti d'affaire. Selon le Wall Street Journal, les enquêteurs s'interrogeraient en effet sur les relations de Strauss-Kahn avec une autre femme, dont le nom n'a pas été révélé.
Voilà qui risque de compliquer un éventuel retour du socialiste sur la scène française. Pour Jean Quatremer, la « loi du silence » observée en France ne résisterait de toute façon pas aux manoeuvres de campagne :
« Imaginez que DSK ait été le candidat à la présidence de la République. Vous pensez que quelqu'un n'aurait pas sorti ces histoires ? »
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De Jaycib
Unsafe at any speed | 18H45 | 18/10/2008 |
La clé dans tout ça, c'est que ce ne sera pas dans notre intérêt, car la tradition qui veut que ce soit un Européen (surtout un Français) qui hérite du poste de directeur du FMI est contestée. J'ai bien peur qu'on ne nomme un Anglais (choix de « compromis ») à la place de DSK.
Je vois que les riverains sont bien informés des frasques extra-conjuguales de DSK, ce qui n'était pas mon cas jusqu'au présent article ! Le FMI n'étant pas une institution américaine mais internationale, il ne faut pas faire tout un plat de cette histoire, car les aventures sexuelles ne sont généralement pas un facteur déterminant pour les non-Américains. Les Américains ne nomment pas le directeur du FMI, mais celui de la Banque mondiale.
En tout cas, quelqu'un a voulu zigouiller Strauss-Kahn en pleine crise, c'est l'évidence. Dans quel but ? Se pourrait-il qu'on ait voulu torpiller une initiative re-régulatrice « de choc » de la part de DSK ?
De kribou
09H34 | 19/10/2008 |
c'est hélas un homme comme les autres ! mais avec les américains ce genre de comportement n'est pas acceptable ! c'est vrai qu'en pleine crise financière il va avoir du mal à se faire pardonner et pourtant mieux vaut le juger sur son travail mais ainsi va le monde ! DSK comme les autres est un tout avec ses qualités et ses défauts je plains plutôt Mme DSK Sinclair qui a sacrifié sa profession en épousant Monsieur.