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Vos questions sur la crise à Paul Jorion, en tchat lundi
Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 01/11/2008 | 20H50
Eco89 accueille Paul Jorion pour un tchat vidéo lundi à 16 heures. Cet anthropologue et sociologue belge vous répondra de l'université de UCLA, à Los Angeles, d'où il observe d'un œil sévère le cataclysme financier.
Ce lundi parait chez Fayard son livre « La Crise. Des subprimes au séisme financier planétaire », dernier d'une série de trois ouvrages sur ce thème. Visionnaire, il annonçait dès 2007, « Vers la crise du capitalisme américain ? » (La Découverte) ce qui s'est produit à partir de l'année suivante, où il publia « L'Implosion » (Fayard).
Ce dernier opus, dont quelques bonnes feuilles sont en ligne sur son blog, revient sur la question la plus posée ces dernières semaines : « Le capitalisme surmontera-t-il cette crise ? ». Voici quelques points forts de son livre, que vous pouvez prolonger en posant à vos questions à Paul Jorion dans les commentaires, soit en vidéo en utilisant le module de notre partenaire Seesmic, soit par écrit.
Paul Jorion explique comment les Etats-Unis ont perverti la logique du prêt productif -où l'argent concédé fructifie par le travail- avec le prêt à la consommation, qui n'est pas investi mais dépensé en biens de consommation. Pour ce qui est des prêts immobiliers, les Américains se sont brûlés les ailes en pensant que la valeur de leurs biens ne ferait que croître, et ont cru ceux qui leur ont dit « pourquoi ne bénéficieriez vous pas de manière anticipée de cet argent que vous gagnerez certainement un jour ? » :
« On permit aux ménages américains dont les salaires déclinaient en dollars réels au fil des ans, de substituer du crédit facile à l'argent qui faisait défaut. C'est la Chine qui alimenta la pompe. Quand la source se tarit, l'édifice s'écroula. »
« Les Etats-Unis avaient délibérément créé une situation explosive en laissant patrons et actionnaires mettre KO les salariés, alors que la tâche qui demeurait assignée à ceux-ci était de continuer à consommer au même niveau que celui que la prospérité exceptionnelle des années 50 avait déterminé. »
La Chine, par sa demande insatiable en bons du Trésor américains et en obligations adossées à des prêts subprimes, contribua à entretenir cette demande et à faire baisser les taux américains… ce qui encouragea les ménages à emprunter.
« On ne peut que s'étonner que des économistes pourtant formés à bonne école puissent envisager que l'économie soit constituée d'éléments aux comportements autonomes, sans articulation entre eux, et que l'on ait pu ainsi affirmer que tout s'arrangeait pour la finance, alors que la crise de l'immobilier résidentiel américain continuait de s'aggraver.
S'agissait-il là de naïveté, d'une bonne part de méthode Coué, ou bien de cynisme ? »
Preuve du cynisme des responsables au plus haut niveau, Paul Jorion cite la solution d'Alan Greenspan, ancien président de la Federal Reserve, la banque centrale américaine : celui-ci préconise d'entretenir la hausse sans fin des prix de l'immobilier par la venue d'immigrants (mais attention, seulement de la main d'œuvre qualifiée ! ) qui combleraient l'excès d'offre de logements sur le marché.
Etendre le quota d'immigrés pour liquider le stock de maisons invendues… dans le seul but de ne pas casser la spirale sur laquelle reposait le système.
En sauvant la banque Bear Stearns, en mars 2008, la Fed a insinué aux autres banques qui n'allaient pas tarder d'être à leur tour menacées de faillite l'idée qu'elle ne manquerait pas d'intervenir de la même manière.
Or, « le système financier américain saignant de mille plaies », la Réserve fédérale ne pourrait sortir assez de milliards pour sauver tout le monde. Lehman Brothers le comprit assez vite et l'une des plus anciennes banques d'affaires de Wall Street fut mise en redressement judiciaire le 15 septembre.
« Les comptes des établissements financiers sont truqués avec la bénédiction tacite des régulateurs », affirme sans ambages Paul Jorion. Il en a fait l'expérience, lui qui a travaillé plusieurs années dans des banques américaines, et a été licencié pour avoir trop bien compris comment fonctionnait le système.
Citant John Kenneth Galbraith économiste qui analysa la crise de 1929, il rappelle que « dans les périodes fastes où tout le monde fait de l'argent, certains veulent curieusement en faire encore davantage et c'est là que les opérations non autorisées fleurissent ».
Un Jérôme Kerviel qui n'aurait pris que des positions gagnantes ne se serait jamais rien vu reprocher, il n'aurait que brillamment fait son métier. Mais quand les choses tournent mal, « il est tentant de s'en prendre au trader plutôt qu'au marché », fait remarquer Jorion.
Pourtant, la spéculation dont a été victime la Société Générale et ses actionnaires n'est autre que « l'instrument de prédilection du capitalisme ».
La finance « permet davantage que d'autres secteurs une distribution de bénéfices qui n'existent encore que sur le papier ». Ainsi, les patrons des banques se débrouillent pour ne jamais subir de pertes même en cas de catastrophe et pour encaisser des montants quoi qu'il arrive mirobolants et toujours croissants.
Démontant un à un tous les outils de la spéculation, Paul Jorion livre un utile glossaire des « asset-backed securities », « collateralized debt obligations » et autres « credit default swap »… il montre que l'imagination des banquiers n'a pas de limite, et qu'ils sont toujours prêts à inventer de nouveaux outils pour se prémunir des risques.
Le plus grave est qu'aucun régulateur ne soit venu demander plus de transparence sur les marchés.
Il doit se transformer s'il ne veut disparaître, selon l'auteur. En conclusion de son livre, Paul Jorion revient sur sa thèse qu'il faut une « constitution pour l'économie » :
« Tant que l'économie et la finance n'auront pas connu une révolution comparable à celle que constitua pour le politique l'avènement de la démocratie, ni les comportements ordinaires, ni les décisions rationnelles qui leurs sont liées ne seront automatiquement moraux. »
A l'origine, nous vivions une crise de la finance, qui, amplifiée est devenue une crise économique globale, et nous sommes désormais dans une « crise de civilisation ».
N'en disons pas plus, à vous de l'interroger sur ses analyses et ses propositions.
Photo : Paul Jorion (DR).
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De lancienz
libre penseur | 07H28 | 02/11/2008 |
Que nombre d'économistes s'en prennent à Paul Jorion semble naturel,. Une grande partie de ceux-là ne sont que staticiens et fondent leurs analyses sur un existant d'hier. La pro-activité est loin d'être leur credo, d'autant qu'ils sont souvent inféodés aux groupes financiers.
Ma question à Paul Jorion est la suivante :
Comment moraliser l'immoralité, connaissant l'idéologie qui sous-tend celle-ci ?
De Jana
bretonne en Normandie | 13H40 | 02/11/2008 |
Bonjour et merci de cette mise à jour que vous proposez sur vos recherches.
Vous soulignez : (octobre 2008 -un mois de gros temps)
« Une surprenante incapacité du milieu des affaires à poursuivre la recherche de son intérêt bien compris et qui aurait dû l'encourager à la modération et à se policer lui-même. “
Dans ce qui est évoqué en tant que ‘crise de civilisation’, je pense qu'il y a à tous les échelons une interrogation sur le rapport à l'argent.
vous proposeriez une ‘constitution pour l'économie’
Concrètement, comment pourraient s'y inscrire les ‘ comportements ordinaires’ qui seraient adossés à des ‘décisions rationnelles
ceci allant depuis le plus modeste client de banques, jusqu'aux états, passant par les villes, entreprises.
De BOURGEOIS
19H49 | 02/11/2008 |
Ma question à Paul JORION.
Pourquoi les fonds débloqués n'ont ils pas été utilisés à « laver » de leurs dettes les ménages américains. Ils s'en seraient ainsi retourné habiter dans leur maison plus tôt que de se la voir brader et d'en être expulsés. Les banques auraient retrouver l'argent qu'elles avaient prêtés et ainsi pu continuer à vivre comme avant sans provoquer une crise mondiale avec tous les effets pervers que celà peut avoir sur l'économie. Lors de cette crise personne n'a parlé des 30% de l'économie mondiale alimentée par des circuits mafieux pourquoi ? Ces circuits mafieux pourraient ils être à l'origine de cette crise. Car ceux à qui profitent la crise aujourd'hui sont bien ceux qui ont du cash et non pas des actions.
De Houvaton nouveau compte
10H16 | 03/11/2008 |
En plus de l'être en économie Paul Jorion est spécialisé dans les sciences cognitives. Sciences également étudiées par Noam Chomsky. Les critiques de ce dernier portent notamment sur la politique étrangère de certains pays, surtout celle des États-Unis d'Amérique, et le fonctionnement des médias.
Que pense donc Jorion de la politique étrangère des USA et du fonctionnement des medias ?
(Selon Eugene Garfield, Chomsky fait partie des dix auteurs les plus cités dans le monde au XXe siècle entre 1976 et 1983. Plusieurs documentaires lui ont été consacrés, notamment : Chomsky, les médias et les illusions nécessaires (Manufacturing Consent) et Noam Chomsky : pouvoir et terreur. Entretiens après le 11 septembre, réalisé par John Junkerman et sorti en 2003.)
De Benoît Granger
Chercheur en microfinance | 11H19 | 03/11/2008 |
Ma question porte sur la cécité et l'auto-censure des économistes : encore une preuve dans le NY Time d'hier. Schiller explique
http://www.nytimes.com/2008/11/02/business/02view.html ? _r=2&pagewanted=1…
que les économistes « maintream » ont auto-entretenu une croyance dans « la solidité » des marchés, alors qu'ils auraient dû prendre en compte des signes objectifs de construction d'une bulle.
N'y a-t-il pas une sorte de handicap culturel des économistes, trop enfermés dans leur « Science » pour accorder de l'importance à des phénomènes divergents ? En d « autres termes, sont-il capables de tenir compte de “la science des passions” qu'est l'économie ?
(je remarque qu'en gros, seules des personnalités qui ne sont pas de purs économistes ont eu des intuitions et même des affirmations qui collaient mieux à la réalité ! )
De marie 75 3563
11H27 | 03/11/2008 |
Quelles sont les infos - réelles et non frenchies gouvernementales - à propos de la solidité du système bancaire français ? .
Qu'en est-il des actifs pourris que - de fait - elle possèdent ?
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 11H34 | 03/11/2008 |
Questions pour Paul Jorion :
1) Est-il légitime de proposer un retour à un système monétaire proche de celui de Bretton Woods ?
Michel Rocard (Le Monde, 02/11/2008) prône un système d'étalonnage basé sur un « panier » des principales monnaies du monde (le yuan chinois, l'euro, le dollar US, le rouble russe, éventuellement le yen japonais) afin d'assurer la stabilité des échanges et de progresser vers une sorte de monnaie unique mondiale.
2) Cette solution, si tant est qu'elle soit l'une des réponses appropriées à la crise actuelle, vous paraît-elle politiquement réalisable ? Quel serait l'impact d'une telle « orthodoxie » monétaire sur les excès spéculatifs des banques comme ceux que nous avons observés depuis deux ou trois décennies ?
Merci à Rue89 de transmettre.
De Le Yéti
yetiblog.org | 13H58 | 03/11/2008 |
« Une constitution pour un capitalisme plus moral »
Cher Monsieur Jorion,
Cette conclusion que vous apportez à votre (excellente) analyse me semble presque un constat d'impuissance.
L'économie et la finance étant mondialisée, cette constitution ne pourrait être que mondiale, c'est-à-dire associer l'ensemble des puissances, et surtout ceux qui détiennent les rênes du pouvoir. Et qui précisément nous ont conduits là où nous sommes et continuent leur fuite en avant suicidaire en accordant encore davantage de crédits à un système bancaire qui n'en a plus.
Pensez-vous vraiment qu'une telle constitution puisse voir le jour, je veux dire dans des conditions « démocratiques », et non à la suite de déflagrations sociales (émeutes, migrations massives des populations sinistrées), ou pire militaires (conflits armés) ?
(Question subsidiaire : le capitalisme, basé sur la conquête des marchés, donc au détriment de l'autre, peut-il être moral ? )
De JeanHK
* | 12H21 | 03/11/2008 |
Cher Monsieur Jorion,
1- pensez-vous que nous allons assister a un retour d'une tres importante inflation, apres la periode de deflation que observons en ce moment. Si oui, quand sera aura-t-il lieu et par quels mecanismes l'explique-t-on ?
2- Pensez-vous que l'on assistera prochainement a un « bank run » mondial ?
Merci