Chut, la dette explose, mais le gouvernement l'ignore
Par David Servenay | Rue89 | 05/11/2008 | 18H45

La scène se déroule mardi 4 novembre à l'Assemblée, dans la salle réservée aux débats de la commission des finances. Comme chaque année, les députés examinent le projet de budget. A l'ordre du jour : les annexes sur les « engagements financiers de l'Etat », présentés par un député (PS) du Nord.
Le sujet ne passionne pas les foules : Dominique Baert présente son rapport (voir le document ci-contre, ainsi que le tableau, plus bas, représentant dix ans de financement de l'Etat) devant trois collègues (Alain Cacheux, Thierry Carcenac et Michel Vergnier), sans compter les rapporteurs, alors que la commission des finances rassemble 73 députés.
Le besoin de financement de l'Etat sur les marchés : à 164 milliards d'euros en 2009
Dommage, les absents ont raté un joli scoop : d'après les calculs faits par cet expert en finances publiques (directeur à la Banque de France), la dette de l'Etat va sérieusement déraper. Et ce, malgré les discours rassurant du gouvernement.
En 2009, explique Dominique Baert, la dette pourra être contenue grâce à un tassement de l'inflation, mais après… il faut s'attendre à un dérapage incontrôlé :
« Le besoin de financement de l'Etat en 2009 sera de 164 milliards d'euros sur les marchés, contre 104 milliards d'euros en 2007. » (Ecouter le son)
Evidemment, à Bercy, le ministre du Budget peut avancer un budget contrôlé pour 2008. L'explication est simple, contre-argumente Dominique Baert, l'Etat a fait les fonds de tiroirs avec :
- trois milliards d'euros prélevés sur les crédits de la COFACE ;
- des prévisions économiques optimistes, parfaitement irréalistes au regard de la crise financière actuelle ;
- et une petite dette cachée d'un milliard d'euros, contractée auprès du… Crédit foncier de France, autrement dit une banque !
En langage de rapporteur, voici le détail :
« En 2008, il faut s'attendre à nouveau à un sensible accroissement des dettes de l'Etat vis-à-vis du Crédit foncier de France, faute de crédits suffisants pour honorer le paiement des primes versées lors des clôtures, massives depuis la fin 2005, de plans épargne logement (PEL). Si aucun moyen supplémentaire n'est accordé dans le collectif budgétaire de fin d'année, le cumul des reports de charges résultant des exercices 2006 à 2008 n'atteindra pas moins d'un milliard d'euros. C'est une inacceptable “dette latente” de l'Etat. »
Question : la dette publique est-elle encore maîtrisable ?
Et le vaillant député-comptable de décrire un sombre paysage à l'horizon 2012… Pour mémoire, rappelons que sous l'impulsion du preux chevalier de la dette François Bayrou, les candidats à la présidentielle avaient rivalisé d'arguments pour promettre une lutte sans merci contre le dérapage des finances publiques.
Nicolas Sarkozy n'était pas le dernier. Tout comme un certain Eric Woerth, alors trésorier de l'UMP, qui répondait aux questions du blogueur Loïc Lemeur. (Voir la vidéo)
Bien sûr, tout cela appartient aujourd'hui à l'archéologie politique. D'après Dominique Baert, ce n'est pas quatre points de moins en 2012 auquel il faut s'attendre, mais plutôt dix points de plus. La dette française représenterait alors 70% du produit intérieur brut (PIB), bien au-dessus du critère européen des 60%. (Ecouter le son)
Tout cela attendra sans doute le 15 novembre, date retenue pour la grande réunion du G20 à Washington, où le monde doit tirer les leçons de la crise.
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De admirateur
18H58 | 05/11/2008 |
excellente contribution à une deuxième exception près : le PS est il au courant ou a t il décidé de ne pas nous en parler pour ne pas chagriné nicolas qui a déjà beaucoup de soucis comme cela
ah le charme de l'union nationale…
De affreuxjojo
20H27 | 05/11/2008 |
Sarko va tenter de tirer avantage de l'explosion de la dette. D'une part la crise financière lui permettra de se dégager de toute responsabilité bien que cette dette se soit creusé en 20 mois de sa présidence (en plus de celle creusée par les gouvernements précédents dont il a fait partie). Son action patinait avant la crise financière, mais l'ampleur des déficits de tout ordres (budget, dette, santé, retraites, commerce extérieur) lui ouvre un boulevard pour sa politique néo-libérale. Les coupes dans les budgets sociaux vont s'accélérer, ainsi que les privatisations. Toute la difficulté pour lui étant de faire se succéder les réformes sur un rythme suffisamment rapides pour prendre en permanence les oppositions de vitesse. En dressant les catégories de Français les uns contre les autres il peut également espérer éviter la coalition des oppositions. Ce type de scénario est à peu près certain. L'inconnue étant la capacité des Français a s'organiser rapidement et à surpasser les tactiques de divisions.
De drecman
A 2 ans de la retraite (-1) | 20H47 | 05/11/2008 |
Ce qu'ils savent parfaitement, c'est qu'une dette d'état n'est pas comparable à la dette d'un ménage, et que l'état français est endetté depuis des lustres ce qui ne l'a pas empêché de continuer à vivre et à prospérer. A droite comme à gauche. Le seul problème qu'ils ont maintenant, c'est d'avouer que la dette n'est pas un problème (vu les tous les € Mds qu'ils ont recemment balancé….).
Et c'est pas moi qui le dit, mais JP Fitoussi de l'OFCE, dont voici un extrait de la « lettre de l'OFCE N° 271 » :
« Certains dénoncent les charges d'intérêt comme une dépense particulièrement anti-redistributive puisque les intérêts sont versés aux plus riches. Nous avons déjà vu que leur poids effectif est faible, sauf si on se donne comme objectif de réduire le niveau de la dette. De plus, cet objectif peut être atteint de deux façons. Soit les arbitrages budgétaires sont défavorables aux dépenses sociales, qui sont réduites pour diminuer le déficit public ; soit l'effort porte sur les ménages disposant des revenus et des patrimoines les plus élevés, qui détiennent la dette, qui reçoivent les intérêts, et à qui l'État peut demander collectivement de rembourser la dette, en particulier par l'impôt sur le revenu et l'impôt sur la fortune. L'effet anti-redistributif disparaît alors.
Le pouvoir d'influence des différents groupes sociaux est donc au coeur de l'arbitrage politique et social qui apparaît si l'État se donne comme objectif d'aboutir à une dette nulle. Mais l'État n'est pas un ménage. Immortel, il peut avoir une dette en permanence, il n'a pas à la rembourser. »
Pour lire en entier cette excellente analyse, passer par le site suivant et cliquer sur le lien correspondant et tous les autres par la même occasion. Vous apprendrez, entre autre, qu'un enfant naît en réalité riche de 166 000 €, la dette comptabilisée par Maastrich ne prenant pas en compte les richesses produites par cette dette. Seuls les banquiers ont peur qu'un état trop endetté ne puisse rembourser en temps et en heure (à mon avis).
http://www.chomage-et-monnaie.org/Penseurs.html
De pascal kanibal
21H05 | 05/11/2008 |
La dette française c'est le modèle social français. Un état qui dépense 54% du PIB/an ne peut qu'aller à la ruine. Le pays des droits en tous genres va devenir le pays des factures et de l'évasion fiscale de ceux qui peuvent partir. De plus, il y aura toujours l'inégalité entre les fonctionnaires protégés qui profitent des prélèvements et les gens du privé qui financent l'état par le fruit de leurs efforts et qui restent sous la menace du chômage. Le système socialiste égalitariste et hyper-fonctionnarisé français s'auto-détruit et c'est logique car quand tout le monde veut vivre aux dépens de tout le monde, plus personne n'a rien.
De marie 75 3563
22H42 | 05/11/2008 |
vous devriez suivre les questions au Gvt les mardi et mercredi sur LCP (ou la 3), vous y apprendriez que le Ps et toute l'opposition posent de nombreuses questions et propose … mais ne sont jamais écoutés.
L'UMP répond toujours à côté avec une assurance délirante.
Donc :
Pas d'union nationale ! ! !
Allez assister aux séances et - ensuite - et ensuite seulement, vous pourrez dire que l'opposition ne tente pas tout ce qu'elle peut.
Je regarde - toutes les semaines - les débats et n'ai jamais vu une telle dialectique de non-réponse.
L'UMP procède par le pouvoir absolu.
Ca tiendra… tant que ca tiendra… mais ca finira très mal !
De Un futur morceau de soleil vert
etudiant | 04H22 | 06/11/2008 |
« Le seul problème qu'ils ont maintenant, c'est d'avouer que la dette n'est pas un problème »
« Mais l'État n'est pas un ménage. Immortel, il peut avoir une dette en permanence, il n'a pas à la rembourser »
Je suis pafaitement d'accord avec vous (et Mr Fitoussi).
Cela dit, ca amene a se poser une question : quelles seraient les conditions pour que cette affirmation ( » l'État peut avoir une dette en permanence, il n'a pas à la rembourser « ) devienne fausse ?
Et la seule reponse qui me vient n'est pas assurante :
Cette affirmation serait fausse si les banques pouvait disposer d'armee privee pour faire valoir leur droit.
Science fiction me direz-vous ! … Certes, mais de moins en moins.
- Rappelez vous que Poutine a ouvert la Boite de Pendore en autorisant Gazprom a se doter de sa propre armee pour proteger ses activites.
- Et quelques think-tank, dans leur delire ultra liberale, arrive a nous pondre ce genre d'idee sans le moindre complexe :
http://www.ifrap.org/La-privatisation-de-la-violence-armee,0139.html
Veuillez m'excuser d'avoir un peu diverge » du sujet original, mais je pense qu'il est important de se rendre compte que le neo-liberalisme tend a la maitrise d'absolument tous les pans de la vie par le marche'. Y compris la guerre et les raisons qui peuvent la justifier.