A DEBATTRE

L'économie, la plaie du président Obama

Par Laurent Mauriac | Rue89 | 05/11/2008 | 10H25

Obama visite l'usine General Motors à Janesville le 14 octobre 2008 (John Gress/Reuters).

L'économie fut la chance d'Obama. Dès le début de la crise financière, ses courbes de sondage grimpèrent au fur et à mesure que Wall Street plongeait. Mais après avoir été la chance du candidat, l'économie pourrait devenir la malchance du nouveau président.

En début de semaine, General Motors annonçait un plongeon de 45% de ses ventes en octobre par rapport à la même période en 2007, Ford de 30%. Un dirigeant du premier constructeur américain évoqua « le pire mois depuis la Seconde guerre mondiale ». Les perspectives pour les mois à venir sont à peine meilleures : l'entrée en fonction d'Obama en janvier risque de coïncider avec une brutale récession.

Dans ces conditions, le programme du candidat, fondé sur une couverture santé rendue accessible à l'ensemble de la population et des réductions d'impôts censées bénéficier à « 95% de la population » est-il encore d'actualité ? En août dernier, Obama a relativisé l'importance de la lutte contre le déficit budgétaire.

Interrogé par le New York Times Magazine pour une enquête sur sa vision de l'économie, il estimait que le déficit était seulement l'un des problèmes urgents, parmi d'autres. Il semblait plus inquiet du réchauffement climatique, de la santé et de la crise économique qui suivrait l'éclatement de la bulle immobilière (c'était avant l'effondrement boursier). Il était même allé jusqu'à confier qu'il n'aurait « probablement pas été aussi obsédé par la réduction du déficit » que Bill Clinton en 1993.

Un plan pour l'assurance santé

S'il décide de laisser encore filer le déficit et de creuser la dette, Obama pourra envisager de tenir ses promesses de campagne. Il s'attaquera d'abord à l'immense problème de l'assurance santé. Près de 50 millions d'Américains, sans emploi ou travaillant dans des petites entreprises, en sont dépourvus. Concrètement, soit ils estiment qu'ils n'ont « pas le droit » de tomber malade, soit ils laissent des ardoises aux hôpitaux et sont souvent poursuivis en justice pour payer leurs dettes. Obama veut mettre fin à cette situation, en proposant une couverture santé « abordable », mais ne va pas jusqu'à garantir une couverture universelle.

Son plan ne remet pas fondamentalement en cause le système actuel, basé sur des assurances privées. Il espère diminuer le coût global de la santé en investissant dans les nouvelles technologies et dans la prévention. Il prévoit également la mise en place de crédits d'impôts aux plus démunis et aux petites entreprises pour leur permettre de s'offrir une assurance.

Baisses et crédits d'impôts

L'autre volet majeur du programme d'Obama est un programme de réductions d'impôts pour « les familles qui travaillent » et l'instauration d'un crédit d'impôt, jusqu'à 500 dollars par travailleur américain et 1000 dollars par famille.

Mais la crise risque de changer l'ordre de priorités et d'ajouter des dépenses à celles qui figurent dans son programme. Dès les prochains jours, sont attendues l'annonce de la nomination d'un futur Secrétaire au Trésor et celle de mesures d'urgence visant à soutenir l'économie. Avec la récession qui s'annonce, l'addition entre ces mesures et celles de son programme économique pourrait s'avérer difficilement tenable.

Photo : Obama visite l'usine General Motors à Janesville le 14 octobre 2008 (John Gress/Reuters).

7 votes

2590 visites  |  9 réactions

4 commentaires sélectionnés

Portrait de Peureux anonyme

De Peureux anonyme

12H37 | 05/11/2008 | Permalien

Les prophéties électorales n'engagent que ceux qui les écoutent.

Portrait de vero87

De vero87

14H23 | 05/11/2008 | Permalien

l'économie c'est pas seulement la plaie du nouveau président : ce pays a mis à genou l'économie mondiale et maintenant ils ont une belle diversion pour faire oublier le désastre ….. cette économie est aussi ma plaie à moi , à vous et à nous tous ne vous en déplaise …
alors arrêtons de faire passer Obama pour le sauveur ; il ne remettra rien à flot mais quelque mesures en faveur des défavorisés auront raison de la mémoire trop courte des peuples manipulés……..

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 15H08 | 05/11/2008 | Permalien

Obama, comme n'importe qui d'autre, devra dépenser de l'argent. C'eut été pareil (en pire) si McCain avait gagné.

En matière de fiscalité, il serait utile de savoir combien de fonds seront mis à disposition du gouvernement fédéral en cas d'application du programme de redistribution des revenus qu'Obama a défendu pendant sa campagne. Si ces fonds sont suffisants, il pourra toujours commencer par élargir les protections accordées à l'heure actuelle par le programme fédéral Medicare d'assurance maladie (qui couvre actuellement les plus de 65 ans et les gens souffrant d'un certain nombre d'ALD). Ou créer une extension spécifique de Medicare applicable aux enfants (sa priorité absolue). Une réforme audacieuse devrait être facilitée par la domination démocrate au Congrès (dans les deux chambres).

Pour le reste, il devra puiser des fonds là où il peut en trouver. Laisser filer le déficit est une vraie possibilité POLITIQUE tant les Américains s'y sont habitués au fil des décennies (depuis Reagan, avec une pause à la fin de l'administration Clinton), mais ce n'est pas une solution comptable rationnelle à terme.

Quant à relancer l'économie générale, c'est une autre affaire ! Il est permis d'envisager une politique d'innovation technologique environnementalement compatible, et ce tous azimuts. Obama pourrait pour ce faire lancer un emprunt fédéral exceptionnel auprès des citoyens qui peuvent se permettre d'avancer des fonds à l'état fédéral (un peu comme dans le cas des « war bonds » créés par Roosevelt à la fin de son deuxième mandat). Obama pourrait arguer de manière convaincante que la crise est aussi grave (sinon plus) que dans les années 30 et que la fin justifie les moyens.

Pour ce qui est de la stimulation du secteur privé, je n'entrevois guère de solution à court terme, sauf incitation à la participation de fonds souverains étrangers déjà très impliqués dans l'économie américaine. Reste à savoir si les fonds souverains massivement financés par la manne du pétrole n'auront pas laissé beaucoup de plumes du fait de la chute des cours ces derniers temps.

Portrait de Laurent Mauriac

De Laurent Mauriac (auteur)

Rue89 | 16H09 | 05/11/2008 | Permalien

On peut en effet imaginer que l'augmentation du déficit soit justifiée par la gravité de la crise. Mais c'est aussi l'immense espoir de changement qu'Obama a fait naître qui est en jeu avec cette crise. Beaucoup d'Américains, les pauvres, les classes moyennes, s'attendent à des changements concrets dans leur vie. Et le contexte n'y aide pas vraiment.

J'ai la chance d'être à New York en ce moment. Nous étions avec Guillemette à Harlem après l'officialisation des résultats. Dans la foule, à peu près autant de Noirs que de Blancs. La ferveur était immense. On sentait chez chacun que c'était comme si une partie d'eux-mêmes était désormais à la Maison Blanche.

Obama a eu raison, dans son discours, d'insister sur le temps nécessaire, précisant qu'un mandat ne suffirait pas. Mais l'absence de résultats concrets sera un risque énorme pour le maintien de la confiance, peut-être démesurée, qu'il a fait naître.

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code