enquête

Crise automobile : les victimes de l'effet domino

Par Zineb Dryef | Rue89 | 09/11/2008 | 13H02

Installation au Salon de l'automobile de Francfort en septembre 2007 (Wolfgang Rattay/Reuters).

Rue89 vous raconte la crise à travers les témoignages de quatre salariés de l'industrie automobile, secteur de plus en plus fragile pour lequel travaillent 2,5 millions de personnes. Car par un effet boule de neige prévisible, les usines rencontrent des difficultés les unes après les autres dans toutes les régions de France alors que les deux principaux constructeurs de l'Hexagone, Renault et Peugeot, ont annoncé des mesures de chômage partiel et que leurs fournisseurs suivent cette voie.

Frédéric, vendeur de voitures : « Les salaires baissent »

Salarié d'une concession qui emploie 22 personnes à Pau, Frédéric vend des voitures d'occasion. Même là, la crise est perceptible :

« On préfère faire durer sa voiture maintenant. Et quand les client achètent, ils privilégient les petits budgets. Même pour le bas de gamme (5000-6000 euros), ils se montrent exigeants. »

Les ventes de voitures neuves ont baissé de plus de 7% au mois d'octobre. Le phénomène n'est pas spécifique à la France, relativement épargnée par rapport à l'Allemagne (-8%) ou à la dégringolade espagnole (-40%).

La baisse des ventes s'explique en partie par des réserves immédiates -les dépenses liées à l'achat d'une voitures restent élevées- et par la morosité ambiante (crainte de perdre son emploi, de faire un achat superflu, etc.) Le resserrement du crédit n'arrange rien. Frédéric note que les banques se font de plus en plus frileuses :

« On prend des dossiers de clients, on les soumet et le plus souvent, la banque refuse ou exige énormément de garanties. C'est assez décourageant. »

Le vendeur se dit plutôt serein concernant son emploi :

« Si je perds mon travail, je vais en retrouver dans le secteur. J'ai quinze ans d'expérience et peu de gens sont candidats… C'est mal payé et il faut travailler toute la journée, six jours sur sept. »

Les vendeurs de voitures ont une rémunération mensuelle allant de 800 à 1200 euros, complétée par des commissions à la vente (variables selon la voiture, le lieu de vente etc). Depuis quelques mois, leurs revenus sont en baisse :

« Si je vends une Corsa, il reste trois fois rien pour le concessionnaire et moi je touche 8% de trois fois rien. Mais il faut savoir que le marché de l'auto varie d'une semaine à l'autre. On va dire que la situation ne peut que s'améliorer… »



Emmanuel, Renault : « Moins 400 euros par mois »

Pour réduire ses stocks, le constructeur français a décidé de fermer temporairement plusieurs de ses usines (le calendrier varie d'un site à l'autre). 14 000 personnes sont donc concernées par ces journées non travaillées. Une mesure qui s'ajoute au plan de 4000 départs volontaires, dont 1000 à Sandouville (Normandie).

Emmanuel Couvreur, délégué central CFDT, dénonce une situation périlleuse pour les salariés de Sandouville, en chômage technique :

« On risque de dépasser les cinquante journées de chômage cette année. Un salarié gagne 1500 euros par mois. En travaillant une semaine sur deux, comme c'est le cas en ce moment, il perd 300 à 400 euros et sacrifie des dépenses d'alimentation, de santé ou de loisirs. C'est une vie au régime minimum, là. »

En cas de chômage technique, des systèmes d'indemnisation sont prévus par l'employeur et par l'Etat. Les salariés de Sandouville ont obtenu le principe d'une ouverture de négociations sur le complément de financement de leur chômage partiel (aujourd'hui, 60% de leur salaire leur est versé).

Ailleurs en Europe, 2000 emplois vont être supprimés par Renault. « On se coupe les bras au moment où on a besoin d'être offensifs », déplore Emmanuel Couvreur, délégué central CFDT, « c'est justement le marché européen qu'on doit reconquérir. »

Marc, Arcelor-Mittal : « Mauvaise nouvelle pour les retraités et les intérimaires »

Quelques semaines seulement après l'annonce des fermeture d'usines automobiles, Arcelor Mittal a annoncé une réduction de 30% de sa production au niveau mondiale et la fermeture temporaire d'une dizaine de sites en Europe. La propagation de la crise a été rapide puisque la baisse des commandes d'acier provient directement de la baisse de la production automobile.

En France, les salariés de Dunkerque (Nord), Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et Florange (Moselle) doivent solder leurs congés. Marc Barthel travaille à Florange :

« Je travaille dans la sidérurgie depuis 35 ans et la dernière fois qu'on a fermé des usines aussi longtemps, c'était en 76-79. »

Délégué national à la CGT, il tonne contre le groupe qui fait d'« énormes bénéfices » et qui oblige les salariés à des vacances forcées :

« Ceux qui sont proches de la retraites ne sont pas satisfaits, ça veut dire qu'ils doivent rester plus longtemps. Ils ne veulent pas défaire ces journées de leurs compteurs. »

La plupart des salariés sont d'accord pour piocher dans leurs RTT et congés mais craignent une prolongation de la mise en sommeil des usines. « La direction va être embêtée à l'aube de 2009 », avertit Marc Barthel, « on ne va pas se faire voler nos congés et RTT. »

Quant aux 350 intérimaires, leurs contrats ne seront pas renouvelés. L'issue de cette réduction d'activité reste également incertaine pour les centaines de sous-traitants d'Arcelor-Mittal.

Pierre, Société bretonne de fonderie et de mécanique : « Peur de perdre notre travail »

Les équipementiers trinquent lourdement. Un peu partout en France, des usines ferment temporairement pour faire face à la baisse des commandes.

A Caudan (Bretagne), la SBFM traverse une crise difficile. L'entreprise dépend à 84% des commandes de Renault et PSA Peugeot Citroën et connait une baisse de production importante. L'usine ferme ses portes durant sept semaines. Les salariés seront au chômage partiel durant quatre semaines, et en congés ou RTT les trois autres.

Les salariés, craignant un plan social déguisé, ont bloqué l'usine durant une semaine après avoir entendu dire que la SBFM allait supprimer 250 emplois. La direction a démenti, le blocage a cessé mais l'inquiétude demeure chez les 550 salariés. Pierre, salarié de l'entreprise, explique :

« Ils ont mis fin à la mission de 150 intérimaires en juillet, nous aussi on a peur. On est en sursis à cause de la crise mais pas seulement : nos actionnaires, italiens, sont très opaques. Les plans industriels se résument à des effets d'annonce. Même si on avait aujourd'hui un volume de commandes important, on ne pourrait pas y faire face. »

Les difficultés de l'équipementier ne seront pas sans conséquences sur la région. Le président de la communauté d'agglomération Cap l'Orient, Norbert Métairie a fait part de son inquiétude dans une lettre, rendue publique par le Télégramme :

« Avec près de 600 salariés, la SBFM représente un acteur économique majeur au pays de Lorient (…) La SBFM génère en effet une activité importante pour de nombreuses entreprises locales. »

Partout en France, des dizaines de fournisseurs automobiles ont réduit leur activité. Par ricochet, d'autres secteurs (transporteurs…) seront également contraint de réduire leur activité.

Photo : installation au Salon de l'automobile de Francfort en septembre 2007 (Wolfgang Rattay/Reuters).

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Portrait de dulconte

De dulconte

Mordu par un fachogarou | 13H37 | 09/11/2008 | Permalien

petites questions, sur le sujet automobile, y a t'il dans les tuyaux un articles d'analyse des conséquences d'une faillite d'un des 3 grands constructeurs américains (emploie, retraite, couverture de santé etc.) ? ? ?

et une mise en regard avec une catastrophe du même genre en europe ?

Portrait de TARPON

à dulconte Portrait de dulconte De TARPON

14H45 | 09/11/2008 | Permalien

c'est un sujet traité par tous les consultants sans illusion,la faillitte de Ford et de GM entrainerait une cascade de fermetures qui se chifferait au dessus de trois millions d'emplois ; Une solution à la British Leyland est dans les cartons ,avec le resultat que l'on sait ,helas.
ghosn,qui s'etait interessé à la reprise de GM en a deja payé le prix par son manque de vision à court terme.

Portrait de dulconte

à TARPON Portrait de TARPON De dulconte

Mordu par un fachogarou | 14H59 | 09/11/2008 | Permalien

Ce sont les conséquences au delà des pertes d'emplois, quid des retraites, des couvertures santés etc…

Je ne parle même pas de l'impact psychologique.

Portrait de pablico

De pablico

13H51 | 09/11/2008 | Permalien

ne vous en faites pas pour les voitures.
On est en train de casser la SNCF.

On fait un tapage médiatique, sur cette sorte de terrorisme « local'.
Tous les trous duc on maintenant un objectif bien défini… on leur donne même la méthode..

ont-ils apprit un peu de psychologie humaine, ceux qui font toute cette pub ?

est-ce fait exprès pour relancer la vente automobile ?

Portrait de Lemmy_Nothor

à pablico Portrait de pablico De Lemmy_Nothor

Pssssssstttt...t'as pas une brique ... | 15H09 | 09/11/2008 | Permalien

A propos de ton : est-ce fait exprès pour relancer la vente automobile ?

Ça déjà était fait, en Californie entre autre. Tout les réseaux privés de trains, et d'autobus qui servaient les villes californiennes furent rachetées par les trois grand constructeurs avant et après la deuxième guerre mondiale, et bien sur, ils les ont laissés partir en couille…..lorsque le public ne put plus vraiment se fier au service de transport, il s'achète une bagnole…

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De compte-supprimé

Haggard | 15H45 | 09/11/2008 | Permalien

Dernier avatar d-un système économique en bout de course : 2 voitures pour le prix d'une ! ! !
En Angleterre il me semble !

Portrait de daniel_57

De daniel_57

technicien | 17H22 | 09/11/2008 | Permalien

J'ai pas beaucoup entendu, le rôle des 35H et des RTT ! !
Il est presque normal que les ventes de voitures baissent, le marché est saturé, il faut vendre ailleurs (donc polluer davantage…), elles seront construite ailleurs, certainement dans les pays de l'est, la il y a encore de la place …

Portrait de lesuperdidou

De lesuperdidou

Saltimbanque | 19H38 | 09/11/2008 | Permalien

Il me semble que les critiques envers le RMI vont s'atténuer.

Portrait de gribouillemoqueur

De gribouillemoqueur

20H55 | 09/11/2008 | Permalien

Je remarque que quand les intérimaires ne suffisent pas à absorber le choc économique, les CDI commencent à monter au créneau. C'est vrai qu'un intérimaire, ou un CDD ne fait pas à proprement parlé du personnel.
En clair, s'ils n'y avaient que les titulaires de contrats temporaires menacés, croyez-vous qu'ils verseraient des larmes de crocodile comme ils le font aujourd'hui ?

Les CDD, les intérimaires sont là pour ça après tout, assumer la flexiibilité, le risque économique que d'autres ne veulent pas assumer.

C'était simplement un coup de gueule de ma part.

Portrait de papy55

De papy55

prof. en province | 20H56 | 09/11/2008 | Permalien

Cette « débandade » dans l'industrie automobile n'a rien à voir avec la crise financière.

Cette crise financière n'a été, en fait, que l'argument des patrons de cette industrie pour déclencher le début de ces vagues de suppressions de postes et de chômage partiel, en masquant toutes les erreurs stratégiques qui ont été commises !

Les objectifs ne doivent plus être le profit maximum pour produire des solutions de transport dévoreuses d'énergie et polluantes, mais des investissements massifs avec des retours financiers moins importants et plus tardifs dans des solutions durables qui permettront des « bénéfices » en énergie et en matière de pollution.

Pourquoi aujourd'hui, les solutions « pétrole » sont les solutions encore développées, c'est tout simplement qu'elles permettent des bénéfices astronomiques et rapides d'autant plus que l'on agite la fin toute proche des réserves. Et une des alternatives envisagées est celle des biocarburants, solution dans laquelle certains lobbies voient toute la manne financière possible, mais une solution qui va conduire à l'épuisement rapide des sols au détriment de l'alimentation !

Il y a donc des solutions, la crise devrait être une aubaine !

Portrait de nemo3637

De nemo3637

Déchoukeur | 03H26 | 10/11/2008 | Permalien

Le marché des voitures est saturé. Comme la plupart des autres marchés d'ailleurs. Ce qui ne veut pas dire que tout le monde est nanti. Mais cela correspond aux données du marché. Pour vendre encore plus d'automobiles, on cherche à faire baisser les prix en les faisant fabriquer là où la main d'oeuvre est la moins chère. Mais d'un autre côté, la nécessité d'une recherche implacable de profit a amenuisé les revenus des salariés qui se retrouvent sans pouvoir d'achât. Bizarrement personne ne se pose la question de l'absence de la proposition d'une relance dudit pouvoir d'achât. Si l'on desserait le crédit pour les pauvres ou si l'on augmentait simplement leurs salaires, ne relancerait-on pas ainsi la consommation et donc l'économie ? Excellente idée… déjà mise en place aux Etats-Unis dans l'immobilier, où chacun devait ainsi avoir sa maison…
Les revenus baissent - cela ne date pas de la crise financière qui n'est qu'une conséquence, un symptome, de la crise économique beaucoup plus profonde - et il est impossible d'augmenter les salaires alors que la concurrence fait rage et que les profits ont tendance à diminuer. Non seulement les revenus n'augmentent pas, mais la moindre occasion - crise financière - est bonne pour délocaliser là où les salaires sont quatre fois inférieurs à ce qu'ils sont en France, comme en Slovaquie.
La crise économique atteindra un paroxysme quand une grande entreprise automobile comme General Motors fera faillite. Ce sera le symbole de la fin du système.
Quand à la Chine et ses consommateurs, espoir de nos néo-keynésiens, la voilà :
« 200 000 ouvrières fabriquent les Ipod [Baladeurs numériques] de la marque Apple. Elles travaillent au rythme de 15 heures par jour pour 40 euros par mois. Elles dorment sur place dans des dortoirs d'une centaine de lits, certaines devant même payer leur logement. »
D'après La Décroissance n°35, décembre 2006.

« Les ouvriers chinois travaillent entre 8 et 12 heures par jours, avec un seul jour de repos par mois, sans sécurité sociale, pour un salaire de 80 à 100 euros mensuels. 5% des ouvriers ont entre 13 et 16 ans, soit 6 millions d'ouvriers environ. »
Émission Là-bas si j'y suis, France Inter, 11/06/08

Les usines, qui fonctionnent presque exclusivement pour l'exportation, ferment. Et le (maigre ) pouvoir d'achat de l'embryon de classe moyenne est menacé. Ce ne sont pas les 585 milliards de dollars du gouvernement chinois et ses abjurations qui y changeront quelquechose.
Quant à la « régulation des marchés » dans une économie basée aujourd'hui sur la spéculation financière, elle revient à demander aux loups d'adopter le végétarisme.

« Les choses ne vont pas changer du jour au lendemain. On a mis deux ans à préparer Bretton Woods. Beaucoup de gens parlent d'un Bretton Woods II. Ca sonne bien mais nous n'allons pas créer un nouveau traité international »
« J'ai entendu des choses contradictoires à ce sujet“- mise en place d'un système pour prévenir le futures crises économiques mondiales préconisée par le Premier ministre britannique, Gordon Brown, notamment -
‘Je ne pense pas qu'on puisse avoir un système mécanique avec des lumières rouges et des lumières vertes et que parfois, pays par pays, les lumières passeraient du vert au rouge’,
Dominique Strauss-Kahn.Interview publiée samedi 08/11/2008 par le quotidien britannique Financial Times.

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