Droit de suite

Dette de Lille : « Tous les produits spéculatifs ne sont pas toxiques »

Par David Servenay | Rue89 | 09/11/2008 | 18H22

Dominique Baert est un élu sur le grill. Responsable des finances de la communauté urbaine de Lille métropole (CULM) et député (PS) du Nord, il ne cesse d'être interpellé depuis la publication de notre enquête sur les mécanismes de la dette toxique des collectivités locales.

La raison ? Quelques lignes trompeuses d'une délibération adoptée le 1er octobre dernier :

« Au 31 décembre 2007, le portefeuille d'instruments de couverture comprenait 48 contrats représentant un montant notionnel de 955 068 669,46 euros, soit 57,40% du stock de dette. »

Et qui nous faisait écrire :

En clair, sur les 1,7 milliard d'euros de dette, 57% sont adossés à des produits spéculatifs.

Un pourcentage qui a fait grimper au rideau plus d'un contribuable. Or, ces 57% comprennent à la fois des produits dits « structurés », donc adossés à des variations d'indices non plafonnées, mais aussi des taux variables capés, avec une limite à la hausse. Il n'est donc pas faux de parler de « produits spéculatifs », mais tous ne sont pas toxiques.

Le député Dominique Baert (DR).Dominique Baert a voulu s'en expliquer, reconnaissant que la délibération n'est pas claire :

Au passage, battons aussi notre coulpe : nous aurions dû contacter Dominique Baert au cours de notre enquête. Ecrivons-le une bonne fois pour toute : la part toxique de la CULM est donc, aujourd'hui, de 13%, avec (57 moins 13) 44% de dette « swapée » et 43% de dette à taux fixe.

Ce qui reste une vraie prise de risque par rapport aux évolutions des marchés financiers. Toutefois, depuis quelques années, à la communauté urbaine comme à la ville de Lille, la tendance est plutôt de réduire la part de dette toxique.

Manque de transparence et absence de législation

Ex-conseiller à la Banque de France, spécialiste des finances publiques, Dominique Baert défend la « gestion active de la dette » car elle permet de substantielles économies : sur trois ans, il avance un gain de 33 millions d'euros. Autant d'argent qu'il est possible d'investir dans des équipements nécessaires au développement de l'agglomération.

En réunissant les représentants des collectivités locales et des banques, lundi 3 novembre, le gouvernement a voulu à la fois rassurer et minimiser le phénomène. Comme le détaille alors Michèle Alliot-Marie :

« Nous avons constaté que si certaines collectivités pouvaient avoir des difficultés, il n'y a pas de risque majeur. (…) Même s'il y a des produits dits à risque, ils ne représentent en général qu'une petite part de l'endettement. »

Et la ministre de l'Intérieur de s'engager, pour être sûre de maîtriser le dossier, à « faire remonter l'ensemble des informations ». L'occupante de la place Beauvau oublie de préciser que la direction générale des collectivités locales (DGCL) détient normalement toutes les informations nécessaires pour savoir si une ville, un département ou une région est bien géré.

Mais, le gouvernement se heurte aussi en la matière à un manque de transparence et à l'impossibilité, en l'état actuel de la législation, d'intervenir en amont dans la gestion de la dette des collectivités. Là aussi, la raison est simple et porte un nom depuis les lois sur la décentralisation : autonomie de gestion. Que faire ? … Dominique Baert préconise au moins deux pistes de réflexion : la transparence et le contrôle de l'Etat.

Le gouvernement doit-il aller plus loin en limitant le recours aux produits toxiques à 15% de la dette ? Tant qu'aucune collectivité ne se retrouve en « faillite », l'urgence est ailleurs.

Articles suivis : Un plan de sauvetage pour les villes spéculatrices
Finances des collectivités : Alliot-Marie et les oublis de Sarkozy

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1 commentaires sélectionnés

Portrait de pontalis

De pontalis

économiste | 00H23 | 10/11/2008 | Permalien

Plus de 200 millions d'euros en produit hautement spéculatif, certains pouvant atteindre les 8% d'intérêt cela fait quand même un surcoût possible de 10 millions d'euros par an.. si on ajoute les prêts swappés à taux variables, même capés sur 44% de la dette on obtient un autre surcoût potentiel de 10 millions d'euros par an.. la gestion active de la dette se traduit donc par une économie de 11 millions d'euros à court terme (avant les élections) pour un surcoût probable de 20 millions les années suivantes..
Le montant important des dettes des collectivités locales, hypothèquent les marges pour l'avenir .Ainsi à la LMCU on atteint les 1,7 milliards soit près de 1700 euros par habitant. (Sans tenir compte des dettes des municipalités, de la région , du conseil général ou de l'état). Ce qui n'a pas empêché l « assemblée de voter la construction d'un nouveau grand stade pour un coût de prés de 600 millions d'euros… sous la forme d'un PPP sur 31 ans, ce qui augmente ce coût mais permet de ne pas faire apparaître ce montant dans les dettes.. (sauf consolidation).. Tout est géré à court terme, nos enfants se débrouillerons bien avec nos dettes.

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