Question séléctionnée par Eco89

Est-ce possible qu'une entreprise cotée se retire de la Bourse ?

Question posée par az_35 | étudiant | 10/11/2008 | 18H05
La réponse de Paul CORDAN

L'aventure boursière n'est pas irréversible. Une société cotée peut envisager de sortir de la bourse pour plusieurs raisons.

D'abord, si elle se trouve mal comprise par le marché et s'estime sous-valorisée. C'est ce qu'a essayé de faire Ginger, une société d'ingénierie dont la valorisation en octobre 2008 était de 60 millions d'euros : son patron, estimant qu'elle valait au moins deux fois plus, a menacé publiquement de sortir du marché. Sans résultat à ce jour, puisque son cours a encore chuté depuis.

Deuxième cas de figure, une société possédée majoritairement par un seul groupe, et dont peu d'actions sont entre les mains de « minoritaires ». L'actionnaire majoritaire peut décider qu'il n'a pas besoin du marché pour se financer et qu'il en a assez de rendre des comptes.

Ce fut le cas par exemple de l'éditeur de logiciels groupe Sage, qui, l'an dernier, après avoir mis la main sur 70% de XRT, est sorti d'Euronext. Ce retrait de la côte suppose que l'acquéreur ait recueilli plus de 95% des titres, ce qui n'est pas toujours facile.

Une offre publique de retrait obligatoire (OPRO)

Pour procéder à cette opération, le groupe majoritaire lance donc d'abord une offre publique d'achat (OPA) avec une « prime » par rapport au cours de Bourse.

Ensuite, les titres restants sont obligatoirement apportés à une offre publique de retrait obligatoire (OPRO). Dans l'opération récente de Clarins, la prime était de 30%. Il arrive que des fonds spéculatifs tentent de s'y opposer. L'une des parades pour les dissuader est, comme chez Clarins, de couper les perspectives de dividendes (les sommes versées chaque année aux détenteurs d'action).

Les sociétés avancent parfois qu'en cas de baisse des cours, les salariés possédant des stocks- options sont démotivés, ce qui pousse aussi au retrait de la cote.

Autre cas, la société est cotée, comme Alcatel, sur plusieurs marchés, et trouve que l'un d'entre eux est devenu inutile ou inefficace faute de liquidités. Alcatel vient donc de décider de se retirer de la bourse japonaise.

Ce fut le cas de Nokia, qui se retira de la cote à Paris pour se concentrer sur la bourse d'Helsinki. Cette opération porte évidement préjudice à l'image de la société.

Quand la Bourse prend une société en grippe

Dernier cas : la société ne vaut plus rien, sa valorisation est devenue quantité négligeable. C'est ce qu'on appelle les « penny stocks » (« actions à un centime »).

Dans certains cas, les autorités estimant qu'elle ne remplit plus les conditions requises pour être cotable, la retirent de la Bourse. Les sociétés peuvent alors se retrouver sur des marchés moins régulés dits « over the counter » (OTC, « au-delà du comptoir »), qui offrent moins de contraintes et sont donc plus risqués pour les investisseurs.

La cotation en bourse n'est donc pas un long fleuve tranquille. On peut en sortir par le haut ,quand la société devient une cible attractive pour un rachat industriel. Mais on peut aussi souffrir, si la société ne marche pas, ou si la Bourse ne l'aime pas. Dans ce cas, les coûts financiers et la perte d'image peuvent avoir un impact extrêmement dangereux sur l'entreprise.

Merci à fusain, AE35, Gotch, Maxime44, fredericb, mcu37 pour leurs contributions.

8 commentaires sélectionnés

Portrait de fusain

De fusain

19H40 | 11/11/2008 | Permalien

Il me semble que la question peut être comprise comme : « Comment fait une entreprise pour se retirer de la Bourse ? »

Portrait de AE35

De AE35

19H40 | 11/11/2008 | Permalien

Ou une société à vocation internationale qui avait fait le choix de se faire coter sur une autre place que sa place d'origine, et qui par la suite, changeant de stratégie décide de se retirer de la cotation d'un place étrangère pour se recentrer sur sa place d'origine ou sur une autre place où le marché du titre lui semble plus propice.
Ce fut le cas de Nokia qui se retira de la cote à Paris pour se concentrer sur la bourse d'Helsinki.
Le porteur ayant le choix de suivre et de voir son titre transformer en valeur cotée sur une place étrangère - avec les frais correspondants sur les futurs ordres de bourse, les complexités fiscales lors du versement du dividende, la difficulté de suivre la valeur etc.
Ou, vendre ses titres avant la délocalisation pendant qu'ils sont encore cotés sur la place du porteur.
Au niveau communication financière de la société qui quitte la place, ce n'est pas très bon ; -)

Portrait de Gotch

De Gotch 15306

ancien ouvrier de la banque | 19H40 | 11/11/2008 | Permalien

Un exemple me vient immédiatement à la tête : Péchiney-Ugine-Külmann. Il y a longtemps (plusieurs dizaines d'années) qu'il n'est plus coté.

Portrait de Maxime44

De Maxime44

Etudiant en Droit et Economie, CPGE... | 19H40 | 11/11/2008 | Permalien

Pour le premier et le dernier cas exposés par Paul Cordan, on peut préciser que ces entreprises, qui doivent trouver un moyen de financement différent, ont parfois recours au LBO.

Le monde.fr illustrait les difficultés que posent ce mode financement avec la crise du système bancaire ( http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/11/08/les-entreprises-endett… ).

Portrait de Camille

De Camille

Mauvais genre | 17H14 | 12/11/2008 | Permalien

c'est quoi les XRT ? et d'accord avec la remarque de fusain, on comprend pas trop comment ça se passe après

Portrait de fredericb

De fredericb

financier | 13H01 | 12/11/2008 | Permalien

Réponse un peu plus précise et proche des textes réglementaires à mon sens :

Oui, soit par retrait pur et simple (vous devenez alors propriétaire de titres non cotés), soit parce qu'une ou plusieurs personnes auront lancé une Offre Publique de Retrait, obligatoire (OPRO) ou non (OPR).

En France une OPRO intervient lorsqu'un actionnaire détient plus de 95% des droits de vote d'un émetteur coté à la suite d'une autre offre publique. On utilise le terme « obligatoire » car les autres actionnaires n'ont d'autre choix que d'apporter leurs titres à cette nouvelle offre, au prix de cette nouvelle offre, lequel ne pourra être inférieur au prix de l'offre initiale ; l'actionnaire majoritaire n'est pas obligé, lui de lancer une OPRO s'il détient 95% des droits de vote de l'émetteur en question, et peut tout à fait décider de « cohabiter » avec ses minoritaires.
Une OPR peut soit être initiée par l'actionnaire majoritaire soit par un minoritaire (procédure de saisine de l'AMF). A la différence d'une OPRO, les actionnaires visés par une OPR ont le choix d'apporter leurs titres à l'offre ou non.

Portrait de johnGalt

De johnGalt

libre penseur | 13H01 | 12/11/2008 | Permalien

Dans le premier cas, si Ginger decidait vraiment de se retirer de la bourse, aurait-elle l'obligation legale de racheter toutes ses actions ?

Portrait de mcu37

De mcu37

salarié | 13H01 | 12/11/2008 | Permalien

Que penser d'une entreprise qui s'introduit au prix de 20€ et qui se retire quelques années plus tard en rachetant ses titres, par une OPA puis probablement OPR(retrait), à 6,7€ ?
Intéressant comme manip. non ? C'est un cas à rajouter à cet article.
Il s'agit de OBERTHUR CARD SYSTEMS (OCS)

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