L'amour au boulot, pas toujours un bon plan

Par Augustin Scalbert | Rue89 | 25/11/2008 | 18H34

Nicolas et Angela se sont rencontrés sur leur lieu de travail (Philippe Wojazer/Reuters).

Le fait sociologique est bien connu : au travail, on rencontre des gens qui nous ressemblent. Les « atomes crochus » qu'on se découvre débouchent quelquefois sur un doux sentiment. Souvent, ça commence comme un conte de fées secret. Parfois, ça se termine en psychodrame et met toute une équipe dans l'embarras.

Rachid et Juliette (les prénoms ont été changés) sont journalistes dans la même rédaction, mais pas dans le même service. A force de se croiser dans les couloirs et dans les pots après le boulot, ils se plaisent puis se fréquentent. Discrètement d'abord, officiellement ensuite. Aujourd'hui, ils ont un bébé, « labellisé » au nom de la boite, dont la direction se vante presque d'être le « vrai parent ».

Pour l'entreprise, c'est très valorisant : la formation de ce couple est la preuve que l'ambiance y est bonne. Pour le couple, c'est très pratique : le fait de travailler au même endroit facilite grandement l'organisation de leur vie de famille, ils peuvent alterner les veilles tardives au bureau et se relayer à la sortie de la crèche.

Quand les relations finissent en divorces, la publicité des couples est plus gênante. Ainsi pour François, commercial dans l'industrie du luxe, qui a longtemps partagé un bureau avec Delphine, également commerciale, avant d'en tomber amoureux, malgré la présence dans le même bureau de leurs deux assistantes. Chacun d'eux était marié, avec des enfants, c'était là le seul problème, comme l'explique François :

« Au début de notre relation, on voulait que ça reste secret. Parce qu'on était marié et que ça aurait donné une mauvaise image de nous, mais pas seulement : il y avait l'excitation d'avoir notre jardin secret, et aussi la volonté de séparer la vie privée de la vie professionnelle et de ne pas partager ce que l'on vivait avec des gens qui ne faisaient pas partie de nos amis ou de notre famille. A la fin, on a commencé à le dire à quelques personnes. Il commençait à y avoir des soupçons, à cause de nos notes de portable et de nos fréquents déjeuners ensemble. Une des assistantes, qui voulait en avoir le cœur net, a même été lire nos mails en notre absence ! »

Aujourd'hui, ils ont clairement fait la séparation entre boulot et vie perso, puisqu'ils ont quitté l'entreprise où ils se sont rencontrés. Mais outre la préservation de leur intimité, personne n'a eu à leur reprocher une quelconque répercussion de cette relation dans leur travail.

Gare aux conflits d'intérêt

Là où les relations amoureuses peuvent poser problème, c'est quand elles interfèrent sur la vie d'un service. Cadre dans un grand groupe français, Stéphanie travaille au service marketing, composé d'une quinzaine de cadres, tous trentenaires.

En chiffres


L'Institut national d'études démographiques ne s'est pas penché depuis vingt ans sur le phénomène de la formation des couples au travail. En 1988 donc, une enquête de l'Ined montrait que 12% des couples s'étaient rencontrés sur leur lieu de travail. Les commerçants (21,9%), les cadres du privé ou du public et les professeurs étaient les plus amoureux de leurs collègues (19,2%). A l'autre bout de l'échelle, les agriculteurs (de 4,6% à 6,8% selon la taille de l'exploitation).

Elle vit une brève histoire avec un collègue, puis le quitte pour un autre avec qui elle reste un peu plus longtemps. Lui aussi est remplacé par un troisième. Au total, trois relations en un an. A chaque fois, un peu plus d'aigreur s'installe parmi les ex, qui partagent leur frustration avec certains de leurs collègues. L'ambiance se détériore dans le service. Un an après la fin de sa dernière relation, Stéphanie est mutée dans un autre service.

Quand les deux conjoints se trouvent dans la même chaîne hiérarchique, la relation peut facilement plomber l'atmosphère d'un service, a fortiori quand elle tourne au vinaigre. C'est encore plus vrai s'il s'agit d'évolution de carrière et que des soupçons de promotion canapé apparaissent.

Reprenons la même rédaction parisienne qu'au début. Lorsque Cécile, 29 ans, à la tête d'un service de quatre journalistes, est promue à l'échelon supérieur, la direction se pose la question de recruter à l'extérieur ou de faire de la promotion interne. Les ressources humaines plaident pour la solution interne, afin d'envoyer un message positif et motivant à l'ensemble des salariés.

Seulement voilà, parmi les deux candidats pour occuper le poste de Cécile, l'un est son compagnon. Très gênée, elle refuse de se mêler au recrutement, craignant d'avoir à répondre ensuite à des accusations de favoritisme. La direction nomme son compagnon à sa place, et celui-ci se retrouve sous les ordres de la femme avec qui il vit. Pire, le candidat repoussé ignorait que ses deux collègues vivaient ensemble. A la déception de ne pas avoir été promu s'ajoute le sentiment de tromperie. Il se met en arrêt maladie et va jusqu'à démissionner de la société.

Ce départ a laissé des traces chez les collègues, l'impression qu'un employé a été sacrifié à l'aune de la préservation d'un couple. Un de leurs collègues fait remarquer :

« Ailleurs, l'un des deux aurait demandé à changer de service. En tous cas, il n'aurait pas fallu postuler en sachant qu'il y avait un tel déséquilibre face à l'autre candidat. Et après ? Imaginons qu'ils se séparent, ils étaleront sur la place publique leurs divergences ? Comment la direction a-t-elle pu prendre une décision aussi risquée ? »

Les DRH font le dos rond

Dans ces deux dernier cas, le travail de l'équipe tout entière est affecté par les relations amoureuses de certains de ses membres. Si les directions des ressources humaines n'interviennent pas, c'est qu'elles jugent que ces histoires concernent la vie privée des salariés, et qu'il serait discriminant de décider d'en muter un d'office. Il arrive que cela débouche sur la démission d'un ou des deux membres du couple, désireux d'aller vivre leur amour ailleurs. Est-ce une bonne solution ? Faut-il à un moment sacrifier son avancement au profit de sa vie privée ? Ou privilégier son avancement en masquant sa vie privée, quitte à ce que cela se retourne contre vous ?

Chaque relation amoureuse au travail est unique, et les cas cités ici ne sont pas plus représentatifs que d'autres. Il reste néanmoins une constante : secrète ou harmonieuse, une telle relation participe à la bonne ambiance du groupe ; désastreuse, elle peut aller jusqu'à détruire une équipe. Quant aux principaux protagonistes, ils doivent parfois se méfier : « Il faut être sûr que ça ne compromettra pas le poste de l'un des deux », indique François :

« Le fait d'afficher sa relation peut aussi donner à la direction un argument du type “il travaille moins à cause de ça”. C'est pour cette raison que la plupart des couples restent cachés. »

Photo : Nicolas et Angela se sont rencontrés sur leur lieu de travail (Philippe Wojazer/Reuters).

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6 commentaires sélectionnés

Portrait de Sophie Verney-Caillat

De Sophie Verney-Caillat 50753

Rue89 | 16H22 | 27/11/2008 | Permalien

zrtgz

Portrait de Keldan

De Keldan 5164

Polytoxicomane à temps partiel | 21H15 | 27/11/2008 | Permalien

Un coup d'un soir avec une collègue, sans histoire ni problème je ne dis pas non. De même que fréquenter des collègues en dehors du travail.
Mais surtout pas de relations, ou alors dans des boites suffisamment grosses pour qu'on ne travaille jamais ensemble.

J'ai fait la connerie deux fois, la première s'est passé moyennement et la relation postérieure était froide mais ne gênait pas le travail, mais la seconde était catastrophique et le boulot en pâtissait (heureusement elle s'est vite faite licencier : D).
J'ai aussi eu le droit à la collègue qu'on drague, qui m'avait bien dit qu'elle avait un mec, mais bon vu que c'était purement sexuel je m'en foutais… sauf que son mec était un collègue !

Donc maintenant je ne drague jamais mes collègues, verbotten !
C'est fini ce temps là. Un peu de gringue pour se distraire, et ça ne fait pas de mal aux relations professionnelles, au pire je pose clairement les limites avant la partie de jambes en l'air.
Mais je préfère nettement que mes histoires de cul reste en dehors du boulot, ça ne perturbe pas le travail et ça évitera de choquer les âmes sensibles : D

De toutes manières, je trouve ça un peu craignos de draguer au bureau, ça me donne l'impression que j'ai pas de vie en dehors du travail…

Portrait de Dans ta bulle

De Dans ta bulle

intenable | 21H15 | 27/11/2008 | Permalien

on couche avec qui on veut, la vie privée est à mes yeux bien plus importante que le taf. Je veux bien détruire l'ambiance au boulot, si c'est pour réussir ma vie personnelle, je ne reculerais devant rien pour être heureuse, et le DRH, le Boss, le maire ou le président n'y pourront rien dire.
C'est comme ca, c'est la vie, et il n'y a même pas de question à se poser.

Portrait de EntreprendreKESSDONK

De EntreprendreKESSDONK

Veilleur de Jours Meilleurs | 21H18 | 27/11/2008 | Permalien

L'amour au boulot est aussi parfois la continuation à l'extrême de management qui encouragent les comportements paranoïaques que cultivent à souhait certains managements.
(Paranoïaque pas au sens du petit « parano » qui a peur mais au sens Psychiatrique de l'incapacité à vivre sereinement toute différence ou contrariété).
On resserre les coudes les gars les filles, allez le monde est contre nous mais on serra les plus fort. Vive l'entreprise TRUCMCHE INC qui vous assure la sécurité dans ce monde de concurrence acharnée… Allez regroupez vous soyez fort entre vous.
Un séminaire de teambuilding ici, un programme management à haut potentiel là.
Voyez on est bien entre nous et si votre conjoint à la maison vous exprime son ras le bol du stress que vous lui déversez chaque soir sur votre boulot boulot eh ben il faut en changer et allez voyez le gentil ou la gentille collègue qui ne demande qu'à forniquer entre stressés du même monde …
et puis et puis … ce sera plus dur pour le DRH de virer l'un si l'autre est dans la boite !

Portrait de jexiste

De jexiste

si, si | 21H20 | 27/11/2008 | Permalien

Ah oui, je me sens concernée, vu qu'on m'a inventé des tas de liaisons qui n'ont jamais existé dans le seul but de masquer bien autre chose. Mais des pères cachés aussi, j'en ai eu plusieurs, et tous plus célèbres les uns que les autres - rien que des bêtes !

Penchez-vous sur la question des fantasmes et des rumeurs diverses et variées que certains font circuler - parfois, voire très souvent, à dessein - sur le vie privée de leurs salariés ou de leurs collègues, c'est bien plus hallucinant que tout ce qui peut être vrai en la matière. Et révélateur de problèmes d'une tout autre ampleur.

Portrait de JulietteGoutt

De JulietteGoutt

Intern | 12H25 | 28/11/2008 | Permalien

chaque relation amoureuse au travail est sinon unique, au moins « hors du temps »

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