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Les éboueurs de Paris, champions de l'absentéisme
Par Rodolphe Helderlé | Miroir social | 25/11/2008 | 10H30


Un audit interne de la mairie de Paris révèle un fort taux d'absentéisme dans les services de la propreté, avec des pics à 26% dans certains arrondissements. Sous-effectif, erreurs de management et pénibilité du travail expliquent cette situation, qui donne des arguments aux partisans d'une privatisation de la collecte des ordures.
« Une tendance récente confirme une certaine détérioration de la présence au travail » dans les services de la Ville, indique la note de Bertrand Delanoë commandant l'audit à l'Inspection générale de la mairie de Paris. C'était le 27 mai dernier. Le rapport final vient d'être remis au maire. « La situation à la direction de la propreté et de l'eau a fait l'objet d'une attention toute particulière. Tout comme les services à la famille et à la petite enfance », explique Antoine Chines, directeur de cabinet de Maïté Errecart, l'adjointe au maire en charge des ressources humaines.
Le rapport constate que l'absentéisme concerne essentiellement les agents de catégorie C (le premier échelon), sur des métiers pénibles et peu valorisants. Et les éboueurs en sont les champions, loin devant les autres services. A la direction de la propreté et de l'eau, le taux d'absentéisme (le nombre de jours d'absence sur le nombre de jours de travail) est en moyenne de 12,4% avec des pointes à 26% dans les XXe, XIXe, XVIe ou XIIe arrondissements. Alors que l'objectif de l'équipe municipale est un taux de 7%.
Des arrêts maladie en guise de repos compensateur
Le sous-effectif des services de propreté est avancé comme l'une des principales causes de cet absentéisme, alors que le tri sélectif a augmenté la charge de travail. Pascal Richard-Masson, 46 ans, ancien éboueur reclassé dans les bureaux après l'écrasement de deux vertèbres, témoigne :
« Quand un agent se voit refuser deux fois de suite la possibilité de prendre ses repos compensateurs quand il le veut, et bien la troisième fois, il ne demande rien à personne pour se mettre une semaine en arrêt maladie. »
Et des « éboueurs de bureaux », il y en a beaucoup à la mairie de Paris. L'Inspection générale a d'ailleurs été chargée de conduire un second audit, sur le reclassement des agents en fonction de la pénibilité des métiers exercés. Paul Legal, secrétaire général de la CFTC de la municipalité parisienne explique :
« Il n'y a pas vraiment de gestion prévisionnelle des emplois pénibles. On s'y prend encore beaucoup trop tard pour reclasser les personnes qui sont usées. »
A charge aussi pour les encadrants de se montrer capables d'orchestrer la polyvalence des tâches, afin d'éviter des usures prématurées.
Des jeunes moins dociles
Le rapport avance une autre explication à ces taux explosifs d'absentéisme : une faiblesse du management. Selon Patrick Casrouge, ancien agent de maîtrise à la direction de la propreté, « nous sommes confrontés à une jeunesse qui n'accepte pas le style autoritaire, voire un peu dictatorial, de certains chefs d'équipe » :
La direction reconnaît le besoin de renforcer sérieusement les formations au management, pour s'adapter à ces moins de 30 ans que l'on étiquette désormais « génération Y ». Des jeunes qui connaissent souvent autant, sinon mieux, les textes réglementaires que l'encadrement, et qui n'hésitent pas à lâcher du « t'es pas mon père ».
Ces tensions s'expliqueraient aussi par le sur-encadrement, comme le souligne Jean-Christian Valentin, ancien éboueur :
« Il peut y avoir six encadrants dans un service de vingt personnes. Cela se traduit par des ordres parfois divergents en fonction de l'interprétation des textes. Le patron de l'atelier n'est plus le chef direct. »
La féminisation des métiers techniques contribuerait aussi, avec les congés maternité, à augmenter le taux d'absentéisme. Mais dans une mesure bien moindre que les sous-effectifs, l'incompétence managériale ou le sur-encadrement.
Privatisation progressive de la collecte
Le sujet devient particulièrement sensible dans un contexte de privatisation de la collecte des déchets. Huit arrondissements ont d'ores et déjà délégué la collecte au privé (Ier, IVe, VIIe, Xe, XIe, XIIIe, XVe et XVIIIe arrondissements). Des négociations sont en cours pour privatiser dans les IXe et XVIe, et c'est comme par hasard là que l'on retrouve les pics d'absentéisme les plus élevés.
Un audit interne rendant compte d'un taux d'absentéisme préoccupant peut constituer un levier de plus en faveur des partisans de la privatisation. Au niveau de la collecte, mais aussi des services d'entretien, par exemple. Car l'absentéisme coûte cher. Mais selon la direction, pas question de détourner ce rapport pour développer la privatisation.
En attendant une meilleure gestion prévisionnelle des reconversions professionnelles et une amélioration du management, la municipalité charge une société spécialisée de contrôler au domicile des agents de la Ville la justification de leurs arrêts. Sur les 800 visites de contrôle effectuées en 2007 et 2008, 170 ont concerné le service technique de la propreté.
Photo : un éboueur de la ville de Paris, en mai 2007 (Denis Bourges/Tendance Floue).
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De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 13H45 | 25/11/2008 |
L'absentéisme serait donc un phénomène de société ? On aimerait avoir le détail des raisons invoquées pour une absence. Des contacts répétés avec la listeria ou d'autres agents contaminants me paraissent à vue de nez être un cause d'absence plus plausible que le refus de l'autorité des jeunes générations…
De Rodolphe Helderlé (auteur)
Miroir social | 14H59 | 25/11/2008 |
Jaycib & Lohiel > Impasse sur les motifs des absences. C'est un fait. Peut-être qu'ils seront au menu de l'audit qui devrait être prochainement rendu public ? Perso, je ne l'ai pas eu. En attendant, j'ai zappé de poser la question. Spontanément, les personnes qui témoignent n'ont pas parlé de « listeria et autres agents contaminants » même si les risques d'exposition existent bien.
Maintenant, est-ce que « la listeria ou autres agents contaminants » préfèrent à ce point le XVI arrondissement ?
Ce sont des métiers pénibles qui usent où l'on ne vieillit pas bien. Et là dessus, pas d'impasse. La direction le reconnait avec son audit sur le reclassement.
Sinon ce n'est pas le refus de l'autorité dont il s'agit mais du refus de l'autorité confiée à des incompétents.
De Gimp
15H57 | 25/11/2008 |
Votre article est intéressant mais comme le remarquent beaucoup de commentateurs, vous n'abordez pas la question fondamentale de ce problème de société, qu'est le nivellement par le bas des droits des travailleurs :
Le métier sera-t-il moins pénible et y vieillira-t-on mieux si la collecte est privatisée ? Et est ce qu'il sera plus efficace parce que les employés n'auront plus (ou moins) l'occasion de se plaindre de leurs conditions de travail, ou parce que le management (que vous mettez principalement en cause) sera plus efficace (ou les deux) ? Ne peut-il pas y avoir de management efficace des fonctionnaires ?
Vous ne pouvez pas bien sûr prédire l'avenir, mais il me semble que cela ne changera vraisemblablement pas la nature du travail, mais seulement la possibilité de refuser de le faire dans des conditions trop dures.
Plus généralement, je trouve que sur un sujet pareil, on aurait pu attendre une perspective critique ou une problématique et pas seulement un constat.
De Wiecha
19H50 | 25/11/2008 |
Dans n'importe quel secteur, on utilise les mêmes méthodes pour faire passer des mesures préjudiciables aux salariés comme aux usagers, surtout quand on a eu à faire face à un mouvement de grève et de résistance important.
- dévaloriser les salariés en question dans l'iopinion publique : à demi mots, la Ville de Paris sous entend que les agents propreté sont des menteurs prêts à tout pour manquer le boulot.
-commander un « audit “ soi disant objectif mais financé par l'employeur, si les sociétés d'audit prenaient parti pour les ouvriers, elles auraeint peu de clients.
- faire l'impasse sur la réalité des conditions de travail et de salaire de ces salariés.
On rappelle quand même que de nombreux travailleurs de la Ville de Paris, soit sont contraints de vivre en très grande banlieue soit n'ont pas de logement. Une bonne raison de manquer le boulot, non ?
L'objectif de la Ville : privatiser d'une part pour réduire les couts avec des contrats de travail moins protecteurs. Et surtout avoir comme pour Velib” le confortable statut de donneur d'ordre. Très utile quand on se prétend de gauche, ça évite de se voir remis en cause dans ses activités politiques pour ses agissements en tant qu'employeur…Là, c'est le sous traitant en réalité dépendant directement du donneur d'ordres qui est mis en avant.
De l´axe du bien
19H53 | 25/11/2008 |
trop souvent, le « bon boulot » est rendu de facto impossible a cause des ordres contradictoires/débiles jetés par la hiérarchie qui ne connaît pas le boulot en question.
De kawouede
20H35 | 25/11/2008 |
Pas faux ; j'ajoute que le recours à une société privée pour contrôler la bonne foi des agents malades est assez lamentable.
Au total je me demande comment peut se faire efficacement le tri des déchets, avec cette pression sur les personnels ; déjà que les Parisiens ne sont pas très disciplinés pour choisir la bonne poubelle (pourtant, ils en ont moins qu'ailleurs en Europe) !
Bref je regrette que les Verts n'aient pas su mettre en avant leur bilan et leur spécificité pour prendre davantage de place dans la majorité municipale, face à Delanoë-le-bon-gestionnaire. Il paraît que le seul maire d'arrondissement Vert, Boutault (dans le 2e) résiste à la privatisation, lui…
A lire aussi : http://www.conseildeparis.lesverts.fr/article.php3 ? id_article=1216