Question séléctionnée par Eco89
A partir de quel revenu est-on riche ?
La richesse reste un concept très flou : contrairement à la pauvreté, elle n'a pas de définition officielle. Pour la mesurer, il faut combiner un ensemble d'indicateurs plus ou moins précis. Où vous situez-vous sur l'échelle des revenus et des patrimoines en France ? Vous avez été nombreux à participer à l'élaboration de cette réponse. Sachant que payer ou non l'impôt sur la fortune et satisfaire toutes ses envies ne suffisent pas à définir la richesse.
La richesse débute-t-elle à 880 euros par mois ?
Il existe un seuil officiel pour la pauvreté, mais pas pour la richesse. Une première méthode serait donc de définir la richesse par son contraire. En estimant que plus on s'éloigne du seuil de pauvreté, plus on est riche.
L'Insee calcule ce seuil de pauvreté en comparant les niveaux de vie des ménages. Le niveau de vie dépend lui-même du total des revenus d'un ménage (salaires, patrimoine, retraites…), mais aussi du nombre de membres du foyer et de leurs situations personnelles. Car, comme le rappelle dans sa contribution Jérémy_Courel, « un revenu de 30 000 euros annuels n'a pas le même impact si la personne vit seule ou si elle a un mari (j'inverse le cliché) et des enfants à charge sur ce seul revenu ».
Dernière précision méthodologique : l'Insee ne prend pas en compte le niveau de vie moyen, mais médian, c'est-à-dire niveau en-dessous duquel se trouve la moitié de la population. Une simple moyenne ne permettrait pas de mettre en évidence les inégalités entre les plus pauvres et les plus riches.
Le seuil de pauvreté correspond ensuite à 50% de ce niveau médian, selon les normes traditionnelles de l'Insee, ou à 60%, selon les nouvelles normes européennes.
Résultat : si votre niveau de vie est inférieur à 733 euros par mois, selon la norme française, ou 880 euros, selon la méthode européenne, vous êtes officiellement pauvre. C'est le cas de 7% ou 13% des Français, selon le système de calcul adopté.
Mais au-dessus de ce seuil, que se passe-t-il ? L'Insee découpe les niveaux de vie par déciles, des tranches de 10%. On peut donc estimer que les riches, les vrais, sont les 10% de Français se trouvant au plus haut niveau de l'échelle, avec un niveau de vie annuel supérieur à 33 190 euros.
En tout cas, comme le rappelle Jérémy Courel, certains éléments plus subtils ne doivent pas être oubliés, comme les transferts de richesses d'un foyer à l'autre :
« Exemple : un foyer A gagne 60 000 euros annuels, mais aide ses ascendants pour un montant qui avoisine les 15 000 euros annuels et a souscrit un prêt sans apport pour acheter son logement. Un foyer B gagne 45 000 euros annuels mais bénéficie de l'aide de ses ascendants pour 5 000 euros annuels, et a pu souscrire un prêt avec un apport de ces mêmes ascendants pour acheter son logement.
Le foyer B gagne moins mais, par le biais des transferts annuels, a finalement un revenu plus important que A et, pour un logement équivalent, remboursera des mensualités inférieures grâce à un transfert de ressources passé (l'apport pour le prêt). Bref, évaluer les ressources de quelqu'un sans tenir compte du contexte, familial notamment, c'est risquer de passer à côté de choses importantes. »
Riche au Burkina Faso, pauvre à Paris
Les statistiques brutes ne peuvent pas non plus rendre compte d'un autre aspect de la question : la richesse ne dépend pas seulement de l'argent dont on dispose, mais de la façon dont on l'utilise. Comme en témoigne Keldan :
« Je passe mon temps à me sentir fauché, pourtant j'ai un revenu supérieur à 70% de la population. Mais je suis dépensier, et en choses éphémères (les sorties), je ne possède aucun bien immobilier et quasiment aucun mobilier (si ce n'est un bel ordinateur et une grosse collection de livres).
Un de mes amis, lui, se sent riche, car il ne sort quasiment pas, mange pour trois fois rien. C'est un vrai écureuil qui épargne à fond, s'achète une maison, etc., ce qui fait que sa provision d'argent est conséquente. Disons que je me sens riche quand je repense à tout ce que j'ai claqué, et lui se sent riche en contemplant tout ce qu'il a accumulé. »
Dans certains pays, les statisticiens préfèrent d'ailleurs s'intéresser à un seuil de pauvreté « absolue », et non « relative », comme celui de l'Insee : on ne compare pas les niveaux de vie, mais les pouvoirs d'achat, en mesurant la capacité des ménages à acquérir un panier de biens retenus par les chercheurs.
Mais d'autres critères, géographiques par exemple, doivent aussi être pris en compte. La définition de la richesse est toute relative, comme l'illustre Camille :
« Exemple : avec 30 centimes d'euros, je peux manger un plat de riz en sauce au Burkina Fasso, je peux éventuellement trouver une demi-baguette dans certains coins de France et je peux manger un bonbon à Paris (où la demi-baguette est plutôt autour de 60 centimes ! ). Résultat : avec 30 centimes, je suis riche au Burkina et pauvre à Paris. »
Le« syndrome de l'île de Ré », ou les riches malgré eux
Le fisc nous fournit un autre indicateur. Si vous êtes assujetti à l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), cette fois-ci, le doute n'est plus permis : vous êtes riche. Pour être soumis à l'ISF, il faut disposer d'un patrimoine supérieur à 770 000 euros. En 2007, c'était le cas de 528 000 contribuables français.
Cet indicateur fiscal réduit considérablement le nombre de riches. Et il est loin d'être parfait, comme le juge rocheclaire :
« On ne peut pas se fier à l'ISF, puisque le bouclier fiscal en a fait sortir quelques uns ! »
L'ISF aurait d'ailleurs fait apparaître une catégorie originale : les riches malgré eux. C'est ce qu'on a appelé le « syndrome de l'île de Ré » : la flambée des prix des terrains aurait fait grimper d'autant le patrimoine de petits propriétaires locaux, et les aurait donc fait passer au-dessus du seuil de l'ISF. Même si le fisc était visiblement le seul à les considérer comme riches.
Jean-Benoît résume ainsi les limites de l'indicateur fiscal :
« Certes, les impôts sont à prendre en compte dans la catégorisation d'autrui dans la case “pauvre” ou “riche”, mais ce n'est pas combien je paye qui est déterminant, c'est combien il me reste. »
« On peut toujours rêver à mieux »
Malgré les efforts de l'Insee et du fisc, la définition de la richesse est donc surtout subjective. Voici celle de Hoshiko :
« Je me suis considérée comme riche le jour où je n'ai plus eu à compter pour vivre. C'est-à-dire le jour où mon salaire m'a permis de m'acheter ce que je voulais (mais je ne suis ni dépensière ni acheteuse compulsive) sans me demander si j'ai assez et où j'ai pu mettre de l'argent de côté. Ça ne veut pas dire que je suis réellement riche, ça veut juste dire que je suis à l'abri des problèmes financiers, s'il m'arrive un pépin de santé par exemple. »
Et pour jjezfm, la richesse commence avec le sentiment de liberté :
« Je dirais qu'on est “riche” dès lors que l'on peut faire des choix. Avec 2 000 euros pour deux, je ne pars peut-être jamais en vacances, je ne vais jamais au resto, mais une fois payé le loyer, les courses, les charges, je peux m'acheter un livre par mois, un jouet et un vêtement pour mon enfant, et aller une fois au ciné. Donc, je me considère comme riche, car en partie libre.
Quand les revenus sont inférieurs aux dépenses vitales (logement, nourriture, énergie, transport, et je passe sur la santé…), alors on est pauvre. Au-delà, on peut toujours rêver à mieux, mais selon moi c'est déjà le début d'une certaine richesse. »
Merci à Jérémy_Courel, Keldan, Camille, Rocheclaire, Jean-Benoît, Hoshiko et Jjezfm pour leurs contributions
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De Camille
Mauvais genre | 11H17 | 27/11/2008 |
Je propose de relier la perception de sa richesse au pouvoir d'achats, aux besoins, et au lieu de vie.
Exemple, avec 30 centimes d'euros, je peux manger un plat de riz en sauce au Burkina Fasso, je peux éventuellement trouver une demi-baguette dans certains coins de France et je peux manger un bonbon à Paris (où la demi baguette est plutôt autour de 60 centimes ! ).
Résultat : avec 30 centimes, je suis riche au Burkina et pauvre à Paris.
Autre exemple, je suis très malade, là j'ai pas le choix, ça me coûtera moins cher à Paris qu'au Burkina… et même en étant « riche » dans le sens où je pouvais satisfaire à mes besoins alimentaires, je ne le serai peut être plus…
De Jean-Benoît
pleuw89 | 11H17 | 27/11/2008 |
Attention, l'ISF n'est pas un facteur déterminant de « richesse ». En effet, il faut garder en tête le syndrome de l'Ile de Ré ou encore les familles subissant l'ISF pour ne pas perdre le patrimoine familial suite à un héritage.
Certes les impôts sont à prendre en compte dans la catégorisation d'autrui dans la case « pauvre » ou « riche », mais ce n'est pas combien je paye qui est déterminant, c'est combien il me reste.
De rocheclaire
retraitée | 11H17 | 27/11/2008 |
ON NE PEUT pas se fier à ISF, puisque le bouclier fiscal en a fait sortir quelques uns !
Pour ma part j'ai 680€ de retraite par mois ! Je me considère pas vraiment comme pauvre parce que je bénéficie d'une solidarité familiale et amoureuse et que mon esprit est riche de pensées, de réflexions, de créativité…
La vraie pauvreté outre les revenus est celle qui vous laisse seul avec vos problèmes ! Et celle là est difficilement comptabilisable
De jjezfm
Internaute | 11H18 | 27/11/2008 |
je dirai qu'on est « riche » dès lors que l'on peut faire des choix.
avec 2000 euros pour deux, je ne pars peut-être jamais en vacances, je ne vais jamais au resto, MAIS une fois payé le loyer, les courses, les charges, je PEUX m'acheter un livre par mois, un jouet et un vêtement pour mon enfant, et aller une fois au ciné.
donc, je me considère comme riche, car en partie libre.
quand on a moins de revenu que ce qu'on a de dépenses vitales (logement, nourriture, énergie, transport, et je passe sur la santé…), alors on est pauvre.
au-delà, on peut toujours rêver à mieux, mais selon moi c'est déjà le début d'une certaine richesse
De Di
mère déchlorurée (papotable) | 11H18 | 27/11/2008 |
Je ne risque pas de payer l'ISF, loin s'en faut, mais je me sens « riche » quand j'arrive à la fin du mois et qu'il reste encore quelques euros sur le compte. Je fais tout pour éviter les découverts (trop chers) et JAMAIS de crédits à la consommation. Si j'ai besoin de quelque chose (pas d'une bague comme celle de Dati, bien sûr, mais d'un nouvel aspirateur ou d'une nouvelle machine à laver par exemple) j'économise jusqu'à ce que je puisse payer cash. Ça fait un peu « pequenaude', il paraît, mais je m'en fous, je ne me sens libre que comme ça. Je crois qu'aujourd'hui, on est “riche” (par rapport à la majorité de la population) lorsqu'on n'a pas de dettes et qu'on arrive à vivre à peu près convenablement, même sans faire de folies et sans avoir un gros patrimoine. Bon, faut dire aussi que malgré que je me sente “riche” par rappport à tant de personnes qui ont moins que moi, je m'appauvris aussi, compte tenu du coût de la vie, puisque je n'ai plus ma propre voiture, comme avant. Deux assurances etc., ça faisait trop dans le budget. Pas grave, comme ça, je me dis que je pollue moins la planète ! : D
Alors effectivement… tout est relatif !
De hoshiko
11H18 | 27/11/2008 |
Perso, je me suis considérée comme riche le jour où je n'ai plus eu à compter pour vivre. C'est-à-dire le jour où mon salaire m'a permis de m'acheter ce que je voulais (mais je ne suis ni dépensière ni acheteuse compulsive) sans me demander si j'ai assez et où j'ai pu mettre de l'argent de côté.
Ca ne veut pas dire que je sois réellement riche, ça veut juste dire que je suis à l'abri des problèmes financiers si il m'arrive un pépin de santé par exemple.
La richesse dépend non seulement de votre ressenti mais aussi de où et comment vous vivez : avec le même revenu, on a plus de frais fixes (donc moins d'argent dispo) à Paris qu'en province, a fortiori à la campagne. Et si vous êtes casanier, vous avez plus d'argent dispo que si vous sortez tous les soirs au resto, etc…
De Jérémy_Courel
13H44 | 27/11/2008 |
Quelques éléments à prendre en compte :
- Un revenu individuel ne présente guère d'intérêt, il faut raisonner à l'échelle du ménage et tenir compte du nombre de personnes dans celui-ci. Utiliser les UC (unité de consommation de l'INSEE) par exemple. Un revenu de 30000 euros annuels n'a pas le même impact si la personne vit seule qui si elle a un mari (j'inverse le cliché) et des enfants à charge sur ce seul revenu. Evident.
- Il faut tenir compte des transferts de richesses. Que ce soit des revenus supplémentaires (aide familiale) par exemple ou des dépenses supplémentaires (aide familiale aussi). Et pas uniquement des transferts sur une année donnée mais également de l'ensemble des transferts passés. Exemple pour me faire comprendre. Un foyer A gagne 60000 euros annuels mais aide ses ascendants pour un montant qui avoisine les 15000 euros annuels et a souscrit un prêt sans apport pour acheter son logement. Un foyer B gagne 45000 euros annuels mais bénéficie de l'aide de ses ascendants pour 5000 euros annuels et a pu souscrire un prêt avec un apport de ces mêmes ascendants pour acheter son logement. Le foyer B gagne moins mais, par le biais des transferts annuels, a finalement un revenu plus important que A et, pour un logement équivalent, remboursera des mensualités inférieures grâce à un transfert de ressource passé (l'apport pour le prêt). Bref évaluer les ressources de quelqu'un sans tenir compte du contexte, familial notamment, c'est risquer de passer complètement à coté de choses importantes.
Il y a d'autres facteurs importants mais il me semble que ces deux là sont indispensables à une étude non biaisée. Le second ayant, de plus, tendance à renforcer fortement les inégalités.
De Keldan 5164
Polytoxicomane à temps partiel | 19H42 | 27/11/2008 |
C'est aussi relatif à l'épargne je pense.
Je passe mon temps à me sentir fauché, pourtant j'ai un revenu supérieur à 70% de la population, mais je suis dépensier, et en choses éphémères (disons diplomatiquement, les sorties), je ne possède aucun bien immobilier et quasiment aucun mobilier (si ce n'est un bel ordinateur et une grosse collection de livres).
Un de mes amis lui se sent riche, car il ne sort quasiment pas, mange pour trois fois rien et est un vrai écureuil qui épargne à fond, s'achète une maison, etc. ce qui fait que sa provision d'argent est conséquente.
Disons que je me sens riche quand je repense à tout ce que j'ai claqué, et lui se sent riche en contemplant tout ce qu'il a accumulé.
De pastous
assistant | 11H26 | 01/12/2008 |
Le lien revenu - richesse dénote une approche assez restrictive de la richesse. Point n'est ici l'objet de décliner une quelconque théorie sur la richesse intérieure, mais d'appréhender dans toute sa complexité cette question.
Prenons l'exemple d'un trader gagnant 20 000€ par mois en septembre, licencié en octobre mais sans attache, ni famille. Il peut tout à fait se retrouver après quelques mois d'errance sur un marché du travail très tendu, forcé par Christine Boutin de dormir dans un foyer d'urgence si l'hiver est un peu rude et la rue moins accueillante. Par contre celui qui bénéficie d'un réseau d'amis, familial dense et solide pourra se retourner vers eux en cas de nécessité.
A priori un peu niaise, cette approche richesse - lien social me semble néanmoins indispensable dans une France de plus en plus précaire et injuste. Comme le travailleur pauvre, assistons nous à l'émergence de la notion de riche précaire ?
De Palamède
citoyen français | 11H27 | 01/12/2008 |
Le revenu médian n'est pas non plus un indicateur idéal : dans le cas (très hypothétique) d'égalité générale des revenus, personne ne serait pauvre.