Sur le terrain

A Douai, on attend le nouveau Scénic en sauveur

Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 04/12/2008 | 20H39

(De Douai) « Nicolas Sarkozy en sauveur ? », s'interrogeait en Une la Voix du Nord, en ce jeudi neigeux, où le président de la République avait choisi Douai pour annoncer son plan de relance.

En dehors des 1500 personnes -chefs d'entreprises et élus locaux invités- présentes à la salle Gayant Expo, en lisière de l'ancienne cité minière, bien peu de Douaisiens attendaient quoi que ce soit du « grand show médiatique », comme le dénonçaient des employés de chez Renault, dont l'usine George-Besse tourne au ralenti ce mois-ci.

Les salariés rencontrés à la bibliothèque de l'usine ce jeudi matin, juste avant le discours de Nicolas Sarkozy, attendent plus du nouveau Scénic que de la parole présidentielle et craignent de voir leur filière s'éteindre à petit feu. (Voir la vidéo)

L'industrie automobile, qui emploie 55000 personnes dans la région, donne des signes de fatigue sur de nombreux sites : que ce soit chez les constructeurs (Renault, 5400 salariés, 1 mois d'arrêt de production), les sous-traitants directs (la Française de Mécanique, 3800 salariés, 27 jours d'arrêt) ou indirects (ArcelorMittal, 4200 salariés et un plan social en plus des lignes de production à l'arrêt).

Un compte-temps négatif

Dans le bassin d'emploi de Douai, les forces vives attendent surtout beaucoup du lancement l'an prochain du nouveau modèle Scénic, dont Renault a produit jusqu'à 2100 unités par jour, contre moins de 1200 actuellement.

Des élus de gauche restent bloqués à la porte


Un groupe d'une vingtaine d'élus locaux de gauche (conseillers municipaux de l'agglomération ou conseillers généraux), furieux de n'avoir pas été conviés au « meeting », avaient décidé d'aller à la rencontre du Président aux abords de la salle. Las, ils ont été arrêtés bien avant par un cordon de CRS « plus nombreux que nous », disent-ils : « Ça veut dire que le Président n'accepte pas de discuter », lance Frédéric Chéreau, conseiller municipal PS de Douai (qui, lui, avait été invité).

Directeur d'exploitation de Derichebourg Environnement, qui recycle les chutes de tôle de Renault-Douai, Jean-Pierre Devrichy témoigne :

« La baisse de production a été progressive depuis 2006, puis brutale à la rentrée, on est passés de 10000 tonnes traitées par mois à 3000. On a créé une bourse d'heures sup » dans lesquelles les salariés piochent actuellement, ils ont même accepté d'avoir un compte-temps négatif pour faire face jusqu'à début janvier, mais après ? Il faudra recourir au chômage technique. »

Le chef de l'Etat a beau avoir « invité les partenaires sociaux à conclure un nouvel accord pour mieux indemniser le chômage partiel », en attendant, c'est le pouvoir d'achat qui fait défaut. Les mesures annoncées sont-elles susceptibles d'aider une reprise d'activité ? Jean-Pierre Devrichy en doute :

« 1000 euros d'aide pour acheter une voiture c'est des mesurettes comme les “balladurettes” et les “juppettes', mais il faudra encore débourser au bas mot 15000 euros pour s'acheter une voiture. Même s'il y a des aides au crédit, ce ne sont pas les intérimaires ni les gens au chômage technique qui se porteront candidats à l'achat.”

Le fait de conditionner cette aide à l'achat d'un véhicule émettant moins de 160 g de CO2 est par contre apprécié par les Douaisiens, puisque la plupart des véhicules produits chez Renault sont sous ce seuil. « Et puis, ceux qui s'achètent des voitures avec des gros moteurs n'ont pas besoin d'une aide de l'Etat », fait remarquer Jean-Pierre Devrichy.

Qui achèterait, même avec 1000 euros de ristourne ?

A la Française de Mécanique, filiale à 50% de PSA-Citroën et à 50% de Renault, qui produit des moteurs à Douvrin (Pas-de-Calais) et qui a eu recours au chômage partiel, les 3600 salariés subissent des amputations de salaires liées aux primes non-versées. Le secrétaire général de la CGT fait valoir que :

« La première caisse à alimenter ce serait les salaires. Ce ne sont pas les ouvriers qui perdent du pouvoir d'achat qui vont se précipiter à acheter des voitures. Les effectifs fondent chaque année, de 300 emplois par an par le non-remplacement des départs en retraite. »

Risque de concurrence entre le neuf et l'occasion

Son de cloche légèrement différent chez un concessionnaire venu de Lille pour écouter le discours. Philippe Dugardin, qui vend des Ford, Volvo, Jaguar, Mazda, Land Rover et micro-cars, ne veut « pas critiquer quelqu'un qui agit ». Le plan d'aide à la filière automobile, annoncé à hauteur de 300 millions, mais dans lequel l'Etat ne mettra que 100 millions a le mérite de « nous aligner sur les Etats-Unis », mais l'essentiel est bien de trouver « la solution environnementale ».

Avec la prime de 1000 euros pour l'achat d'un véhicule neuf, le concessionnaire craint d'avoir « encore plus d'occasions sur les bras, alors que c'est déjà notre talon d'Achille. En baissant le prix du neuf, on le rapproche du prix des occasions récentes, dont la valeur se dévalue tous les jours ».

En revanche, il compte sur un autre volet de la relance : le déplafonnement des appels d'offre :

« Je vais enfin pouvoir vendre des véhicules aux collectivités. J'avais laissé tomber de répondre aux appels d'offre publics car c'était le parcours du combattant. En élevant le plafond à partir duquel il faut lancer un appel d'offres, je vais pouvoir vendre plus directement car je pense que les élus choisiront les concessionnaires locaux. Et puis, si le bâtiment redémarre, c'est aussi le marché des véhicules professionnels qui va repartir. »

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de DBL8

De DBL8

Retraité | 09H01 | 05/12/2008 | Permalien

C'est bien gentil de donner des aides à l'achat, mais … lorsque vous n'avez pas de travail OU que vous êtes sur un siège éjectable… avez-vous envie OU les moyens de faire ce genre d'achat ?
Surement pas ! !

De plus, c'est reculer plus mieux sauter, car la fabrication de véhicules à moteurs à combustion est voué à disparaitre à moyen terme.
Les fabricants de véhicules ont cherché à produire n'importe quoi pour vendre toujours plus, et maintenant ?
Les constructeurs Français ont commencé à produire et vendre bien sûr, des 4X4 alors que la « MODE » de ceux-ci déclinait.

Qu'ont-ils à proposer comme véhicule fonctionnant avec d'autre énergies que le pétrole ?
Maintenant, pas dans 10 ou 15 ans !
Les moteurs fonctionnant à l'hydrogène sont voué à, au mieux, être des vitrines technologique, à 100 000 € le véhicule… même s'il baisse de moitié qui pourra l'acheter ? VOUS ? ? !
Ce sont les véhicules à moteurs électrique qui sont l'avenir, pas la traction hippomobile, mais voilà, il doit y avoir les pétroliers qui ne sont pas d'accord car le fric n'irait pas vers eux ! !
Faisons-leurs confiances, lorsqu'ils auront fait mains basse dans ses sociétés (tout électricité confondu) ils nous sortiront quelque chose qu'ils nous présenteront comme révolutionnaire ! !
ET beaucoup le croiront, HÉLAS ! !

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Unsafe at any speed | 11H50 | 05/12/2008 | Permalien

Excellent article de Sophie, qui met le doigt sur ce qui manque le plus dans le « plan » de Sarkozy : l'absence d'aide réelle aux salariés et consommateurs, contrairement à ce qui est annoncé dans le plan prospectif d'Obama.

Où le concessionnaire Dugardin (il vend surtout des voitures de luxe, me semble-t-il) va t-il chercher l'idée que le plan d'aide au secteur automobile « [nous aligne] sur le plan américain » ? Aux dernières nouvelles, GM, Ford et Chrysler demandent 36 milliards de dollars, ce qui est sans commune mesure avec les chiffres annoncés par Sarkozy.

Il est vrai que les Big Three sont au bord de la faillite, ce qui n'est pas (encore) le cas de PSA et Renault.

Portrait de DBL8

De DBL8

Retraité | 14H28 | 05/12/2008 | Permalien

Et la « LOGAN » n'en pourra pas être acheté, car il faut acheter un véhicule ne polluant pas plus de … (à voir) et celle-là pollue plus.

Portrait de sefero49

De sefero49

Soldat mugissant | 15H40 | 05/12/2008 | Permalien

Pendant des dizaines d'années, la « Voiture “ représentait pour les ménages français le poste d'achat auquel ils attachaient le plus d'importance (après le logement).
Maintenant, il semble que ce ne soit plus toujours le cas. L'ont remplacée les ordinateurs, les écrans TV, les portables…..etc et beaucoup d'entre nous, même si ils ont les possibilités financière de changer leur voiture, préfèrent garder leur ancienne et dépenser ‘ailleurs’.
Si je prends mon cas personnel, j'ai un ‘Scénic’ de 8 ans et plus de 100 000 kms, et je ne vois aucune raison de le changer car de toute façon, le nouveau modèle sera toujours limité à 130 Km/h sur autoroute et 90 Km sur la route ! ! !
Donc si la seule raison est d'avoir une nouvelle carrosserie autour de moi, autant garder pour autre chose mes 20 000 €.

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