Decryptage

Travail le dimanche : la fausse concession de Bertrand

Par François Krug | Eco89 | 08/12/2008 | 12H17

Le ministre annonce un assouplissement significatif de la future loi sur le travail dominical : les salariés pourront refuser, sans craindre de sanctions. Une annonce reprise par tous les médias et qui fait enrager le Medef. Sauf que la mesure est prévue depuis le départ dans le texte. Trop occupé par son arrivée à la tête de l'UMP, Xavier Bertrand a-t-il oublié de réviser ses dossiers ?

Le ministre du Travail a proposé cet assouplissement dimanche, dans une interview au Parisien :

« Il y aura un droit au refus du travail le dimanche, et ce dès l'an prochain. C'est un des nouveaux verrous que nous avons souhaité apporter. Ce sera écrit dans la loi. Dès la signature du contrat de travail, le salarié pourra refuser de travailler le dimanche. Sinon, l'employeur sera sanctionné. Et si rien n'est prévu dans le contrat de travail, le droit au refus s'applique aussi. »

Bien joué : les médias suivent, et l'annonce de ce « droit de refus » est perçue comme un tournant majeur. Le patronat doit évidemment contre-attaquer. La présidente du Medef, Laurence Parisot, s'en charge ce lundi matin sur Europe 1 :

« Il s'agissait de favoriser le commerce dans certaines zones à forte densité de population ou à forte attractivité touristique. Que de cette tentation de créer un petit peu plus d'activité commerciale, tout d'un coup on débouche sur une rigidité de plus dans le droit du travail, ça serait tout à fait malheureux. »

D'un côté, donc, le « gentil » Xavier Bertrand, à l'écoute des salariés. Et de l'autre, la « méchante » Laurence Parisot, motivée uniquement par les intérêts du patronat. Un joli scénario. Dommage qu'il soit entièrement faux.

Ce « nouveau verrou » était prévu dès le départ par l'auteur de la proposition de loi, Richard Mallié, député UMP des Bouches-du-Rhône. Celui-ci l'avait d'ailleurs évoqué dès octobre dans une tribune sur Rue89 : « Afin de sécuriser le volontariat du salarié, le droit de refus doit être inscrit dans la loi. »

Et le député a bien « inscrit » ce droit dans sa proposition de loi, déposée fin novembre à l'Assemblée nationale. Il précise d'ailleurs dès l'introduction :

« Il nous faut assurer une sécurité juridique aux employés qui ne souhaitent pas travailler le dimanche. C'est pourquoi, le texte propose également l'inscription du droit de refus. Cela permettra au salarié qui ne souhaite pas travailler le dimanche d'exercer son droit de refus, aucune sanction ne pouvant lui être imposée. Ce sera ainsi à la représentation syndicale de veiller au volontariat du salarié, c'est à dire de le défendre. »

Or, le texte prévoyait déjà, fin novembre, d'ajouter au Code du travail cette précision :

« Le refus de travailler le dimanche pour un salarié d'une entreprise bénéficiaire d'une telle autorisation ne constitue pas une faute ou un motif de licenciement. »

Difficile de croire que le ministre du Travail ignorait l'existence de ce « droit de refus », élément central du projet. On saluera donc son habileté médiatique. Tout en se demandant s'il saura répondre aussi efficacement aux critiques des lecteurs d'Eco89. A commencer par celle de ZonZon la MouChe :

« Je veux bien qu'on autorise le travail le dimanche, à condition qu'on l'interdise les autres jours. »

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de Homer555

De Homer555

travailleur plus qui à gagné moins | 13H13 | 08/12/2008 | Permalien

« Ce sera ainsi à la représentation syndicale de veiller au volontariat du salarié, c'est à dire de le défendre. »

Que je comprenne bien :

Le salarié pourra notifier son refus sans sanctions. Et bien sur le patron en bon samaritain va approuver et comprendre. Bien sur il n'y aura aucun harcèlement, mise au placard, horaires pontés soudains… et autres joyeusetés. Bien sur l'avancement du salarié poursuivra son cours dans ce secteur où on en demande toujours plus.

Enfin, dans le cas très improbable de problèmes, les syndicats soutiendrons les employés. Tout en sachant que le commerce est un des secteurs les moins syndiqués (peut être 5%) et où afficher son appartenance à un syndicat reviens à affronter les même joyeusetés que lorsque on refuse le travail du dimanche.

Décidément il y a de la fumette au gouvernement.

Portrait de kkadim

De kkadim

service public rhone alpes | 15H21 | 08/12/2008 | Permalien

il n'y que les imbéciles pour croire qu'un salarié puisse refusé d'obeir à son patron sans aucunes conséquences. même moi qui pourtant n'a pas trop peur de se permettre de l'ouvrir et dire non, je suis obligé parfois ( et de plus en plus souvent ) « d'accepter » des « demandes » de mon chef de service. oh certes je peux théoriquement refusé, mais on me fait comprendre entre les lignes que l'on sait ce que l'on perd, pas ce que l'on trouvera…..

Portrait de Commandant Bubulle

De Commandant Bubulle

17H46 | 08/12/2008 | Permalien

Le fait que le Gouvernement veuille qe les magasins ouvrent le dimanche est très compréhensible. En effet, le 06 mai 2007, le Président du pouvoir d'achat a été élu. Or notre pouvoir d'achat a dû tellement augmenter depuis qu'il est au pouvoir qu'il faut bien que les magasins ouvrent un jour de plus par semaine pour que nous puissions dépenser toutes les richesses que nous avons accumulées.

Portrait de nimportequoi

De nimportequoi

formateur | 18H45 | 08/12/2008 | Permalien

« Le refus de travailler le dimanche pour un salarié d'une entreprise bénéficiaire d'une telle autorisation ne constitue pas une faute ou un motif de licenciement. »

Effectivement pour un salarié travaillant déja dans l'entreprise.
Mais pour les nouvelles embauches le recruteur demandera voulez vous travaillez le dimanche ; si la réponse est non pensez vous que la personne sera embauchée ! ! ! ?

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