A débattre

Impôts : la demi-part des parents isolés sur la sellette

Par François Krug | Eco89 | 11/12/2008 | 18H00

Dans un bureau de vote à Montigny au second tour des législatives de juin 2002 (Philippe Wojazer/Reuters).

L'amendement du sénateur Philippe Marini provoque une violente polémique. Les familles monoparentales n'ayant plus d'enfant à charge doivent-elles encore bénéficier d'une demi-part fiscale supplémentaire, leur permettant de réduire leur impôt sur le revenu ? Pour le Sénat et le gouvernement, non. Les associations familiales, elles, s'insurgent. Eco89 décrypte les arguments des deux camps et vous donne la parole.

Dans sa version actuelle, l'article 195 du Code général des impôts prévoit que les parents ayant élevé seuls des enfants peuvent continuer, une fois que ceux-ci sont devenus majeurs ou ont quitté le foyer, à profiter d'une demi-part de quotient familial. Et plus un contribuable possède de parts, moins son impôt sur le revenu est élevé.

C'est cette disposition que le Sénat a décidé de supprimer, en adoptant l'amendement de Philippe Marini au projet de budget pour 2009. La suppression serait progressive : 10% par an à partir de 2010, et disparition définitive en 2018. La réduction serait plafonné à 855 euros en 2010, puis 570 euros en 2011, 285 en 2012… Pas de changement, en revanche, pour les familles monoparentales ayant encore des enfants à charge.

Une niche fiscale injustifiée ?

C'est le principal argument avancé par le sénateur Marini et par le gouvernement, qui approuve l'amendement. Lors de la discussion au Sénat, le ministre du Budget, Eric Woerth, a évoqué « une mesure de justice » et dénoncé « une prime au divorce » :

Les parents isolés
en chiffres


Ainsi que la rappelle la socioloque Dominique Méda, dans « Le Temps des femmes » (2008), les familles monoparentales représentent 20% des ménages avec enfants de moins de 25 ans.
Les parents isolés (pour la plupart des femmes) sont deux fois plus souvent au chômage que les autres parents et leur niveau de vie est de 25% inférieur à celui de l'ensemble des ménages. Près d'un tiers d'entre eux sont bénéficiaires des minima sociaux.

« Il est aberrant de voir qu'une personne seule, célibataire, divorcée ou veuve ayant bénéficié, dans le passé, d'une majoration de son quotient familial pour les enfants dont elle avait la charge continue de profiter de celle-ci alors qu'elle ne supporte plus aucune charge de famille, et ce sans limitation de temps.

Ainsi, des personnes qui divorcent après avoir élevé leurs enfants continuent de bénéficier de cet avantage alors même que les enfants ne font plus partie du foyer fiscal et qu'elles ne les ont jamais élevées seules. (…) Il faut essayer de combattre cette anomalie, car on pourrait presque dire qu'il s'agit là d'une prime au divorce ! »

Cette accusation fait bondir Eliane Labourlette, présidente de la Fédération syndicale des familles monoparentales. Selon elle, même si les enfants ne sont plus à charge aux yeux du fisc, ils le restent de facto : le père ou la mère qui les a élevés continue à leur venir en aide bien après leur majorité, pour faire face au chômage et à la précarité : (Ecouter le son)

Trop cher pour l'Etat ?

Philippe Marini, rapporteur général de la commission des Finances au Sénat, partage la même obsession budgétaire qu'Eric Woerth : faire des économies. Le même jour que la suppression de la demi-part, il a d'ailleurs proposé également de revenir sur des avantages accordés aux acheteurs de logements « verts ». Mais il n'évite pas les contradictions, puisqu'il a également suggéré que l'Etat défiscalise les moins-values des actionnaires victimes de la crise.

La demi-part coûterait d'autant plus cher à l'Etat qu'elle permettrait à une partie de ses bénéficiaires de passer en-dessous du seuil d'imposition des revenus. Mais au cours du débat au Sénat, le communiste Thierry Foucaud a voulu relativiser son impact sur le budget de l'Etat :

« Cette dépense fiscale déjà ancienne concerne un nombre important de ménages -plus de 4,3 millions- pour un montant relativement significatif -environ 1,7 milliard d'euros. Mais l'avantage en impôt qui découle de cette conception du quotient familial est limité à moins de 400 euros par an et par contribuable. »

Pour Eliane Labourlette, le dispositif n'est en fait pas un avantage fiscal, mais « un statut social ». Et si l'Etat tient à faire des économies, ce n'est pas là qu'il devrait les chercher : (Ecouter le son)

Le débat est loin d'être terminé. Approuvée par le Sénat, la suppression de la demi-part ne figurait pas dans la version du budget adoptée à l'Assemblée. C'est donc une commission mixte paritaire (réunissant sept sénateurs et sept députés) qui aura le dernier mot. Et vous, jugez-vous cette demi-part justifiée ou non ? L'Etat doit-il la supprimer ou la conserver ?

Photo : dans un bureau de vote à Montigny au second tour des législatives de juin 2002 (Philippe Wojazer/Reuters).

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de Keldan

De Keldan

Polytoxicomane à temps partiel | 18H44 | 11/12/2008 | Permalien

Je dirais qu'il faudrait la limiter dans le temps.
C'est juste car une fois que le mioche marche tout seul, il est normal que le capital de son parent puisse se renflouer, car il est plus amoché que celui d'un couple (un salaire de moins ou une nourrice en plus).
Mais bon, en profiter pendant 20 ans c'est un peu abusé.

Cinq ans après l'émancipation c'est largement suffisant à mon avis.

Mais bon… Il y a quand même d'autres niches fiscales bien plus coûteuses et nettement moins socialement rentables qui devraient être supprimées avant…

Portrait de Mosava

De Mosava

bibliothècaire (retraite) | 19H10 | 11/12/2008 | Permalien

Célibataire, j'ai élévé seule ma fille . J'ai pu lui faire faire des études (Bac+5) en empruntant beaucoup d'argent que je continue à rembourser. Je suis maintenant à la retraite et mon pouvoir d'achat a diminué de près de 30%. Ma fille n'a jamais trouvé que les emplois en CDD et pendant des temps très courts. à ce jour, elle doit vivre avec 350 euros par mois je continue dont à l'aider autant que je peux. Je trouve cette 1/2 part totalement justifiée.
D'ailleurs je n'arrive même pas à imaginer comment survivre si mes impots augmentent.

Portrait de jjezfm

De jjezfm

Internaute | 11H15 | 12/12/2008 | Permalien

Si l'on commence à rentrer dans le débat, c'est difficile de trouver des arguments pour défendre la 1/2 part après le départ des enfants. Evidemment que les enfants coûtent une fortune après leur majorité, mais ça, c'est pas un scoop, on le sait avant de les faire (et on en fait moins, d'ailleurs).

Mais faut-il rentrer dans ce jeu là ?
S'il y a des niches fiscales à virer, c'est peut-être pas la plus urgente ! Le fait que cet amendement viennent du député qui a eu le culot de proposer de diminuer les pertes des pôvres actionnaires qui ont joué leur argent en bourse est significatif.
Significatif aussi, le fait que cette 1/2 part rende non imposable des gens qui, donc, ne sont pas très fortunés de toute façon…

Franchement, il me paraît malvenu d'aller gratter quelques euros grâce au revenu de gens majoritairement modestes.

Portrait de Jack Sullivan

De Jack Sullivan

en boule | 13H19 | 12/12/2008 | Permalien

De plus en plus autour de moi, les parents se retrouvent obligés d'aider leurs enfants même une fois ceux-ci majeurs, diplômés, sur le marché du travail, voire mariés. Parce que la précarité est partout, elle est devenue la norme.
Et elle est encore plus terrifiante pour les parents isolés, qui bien souvent ne peuvent compter sur personne ou pas grand-monde en cas de coup dur. J'ai été une maman célibataire qui travaille, je vais me marier bientôt mais cela ne va concrètement pas changer beaucoup notre situation matérielle qui est fragile…
Quand je lis les propos d'Eric Woerth je suis affligée, cette demi-part supplémentaire n'est pas davantage une prime au divorce qu'une prime à l'assassinat de son conjoint ou un bonus décerné aux filles-mères, soyons sérieux ! Ce genre de raccourcis faciles permet de mieux cerner encore que les gens qui les manient ne font pas partie du même monde que nous.

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