Décryptage

Récession : vous avez aimé 2008 ? Vous adorerez 2009

Par François Krug | Eco89 | 19/12/2008 | 13H34

Devant un kiosque parisien le 7 octobre 2008 (Charles Platiau/Reuters).

On l'a évitée de justesse cette année. Mais cette fois-ci, selon l'Insee, c'est sûr : en 2009, la France entrera en récession, pour la troisième fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Eco89 tire les leçons de l'histoire pour comprendre ce qui devrait nous attendre dans quelques mois.

Méfiance, cependant. Mi-novembre, à la veille de l'annonce des chiffres trimestriels de la croissance, économistes et journalistes avaient déjà préparé leurs diagnostics et leurs titres alarmistes. Le PIB allait enchaîner deux trimestres de baisse, soit la définition officielle de la récession. Le lendemain, déception : l'Insee avait annoncé une petite hausse de 0,1%.

Elle a désormais abandonné tout optimisme. Selon les prévisions publiées ce matin, le PIB devrait reculer de 0,8% au quatrième trimestre 2008, puis de 0,4% au premier trimestre 2009. Pire : il baisserait encore de 0,2% au deuxième trimestre, et toute l'année prochaine serait dans le rouge.

Concrètement, le taux de chômage grimperait à 8%, et la production, les investissements, les exportations et la consommation s'effondreraient. Comme lors des deux précédentes récessions, en 1975 et 1993. Eco89 a demandé à Xavier Timbeau, économiste à l'OFCE, de comparer les situations de l'époque à celle d'aujourd'hui.

1975 : le pétrole et les prix s'enflamment

« C'était à la fois un choc pétrolier et une période d'inflation élevée. Ça a commencé avant 1975 et ça a duré pratiquement dix ans, jusqu'aux années 80. La différence, c'est que le choc actuel n'est pas pétrolier, mais financier. Mais ce sont deux crises mondiales, et qui marquent la crise d'un modèle de régulation de l'économie. A l'époque, celle des politiques keynésiennes, et aujourd'hui, celle de la régulation par le marché, qui est arrivée à une contradiction : elle est incapable d'assurer la stabilité qu'elle promet. »

1993 : l'Europe à la ramasse

« Il y a eu une petite bouffée d'inflation à la fin des années 80, avec des politiques monétaires restrictives pour la juguler, ce qui a déclenché l'éclatement des bulles immobilières. Mais à partir de 1992, la croissance reprend aux Etats-Unis. L'Europe, elle, a dû gérer la réunification allemande, et la France a ancré son taux de change sur celui de l'Allemagne. Elle s'est imposée une politique anti-inflation alors qu'elle n'en avait pas besoin. Pendant ce temps, la croissance du reste du monde a continué. Mais cette fois-ci, la crise est mondiale et risque de durer, alors qu'à partir de 1995, l'Europe avait pu se rebrancher sur la croissance mondiale. »

Et si on revenait en fait à 1929 ?

« En régime normal, quand une entreprise fait faillite, c'est dans l'écologie normale de l'économie. Quand il y a des faillites en chaîne, il y a des conséquences à très long terme sur le capital industriel et sur les individus. Ça nous ramènerait au mécanisme de 1929. Cette fois-ci, on ne règlera pas la crise en investissant dans des infrastructures. Ce qu'il faut, c'est diminuer les impôts et augmenter les dépenses sociales, par exemple les allocations chômage. »

Une petite raison d'espérer : tout en annonçant la récession, l'Insee rappelle que « des aléas importants entourent cette prévision ». Ces aléas encore difficiles à évaluer, ce sont l'impact réel des plans de relance (en France, il ne se ferait pas sentir avant le deuxième trimestre 2009), le redressement des banques et la poursuite de la baisse des prix des carburants, qui pourrait soutenir la consommation.

Mais le message de l'Insee est clair : en 2009, il faudra s'accrocher.

Photo : devant un kiosque parisien le 7 octobre 2008 (Charles Platiau/Reuters).

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2 commentaires sélectionnés

Portrait de jeanF31

De jeanF31

ici | 17H33 | 19/12/2008 | Permalien

Je crois que la récession actuelle reste incomplètement expliquée tant qu'on s'obstine à la comparer avec d'autres crises économiques. Or, c'est vers un autre genre de crise qu'il faut se tourner pour en expliciter les mécanismes de manière plus précise et surtout, comprendre son extrême gravité. Il s'agit bien sûr de la fameuse crise de la vache folle, l'analogie est frappante.
En effet, d'une crise à l'autre, on retrouve, peu ou prou, les mêmes ingrédients, le même cynisme : les marchands de farines de l'époque faisant commerce de tout ce qui pouvait contenir du prion bovin ( farines animales, abats, regroupés sous le vocable de « matériaux à risque » ) exactement comme les financiers d'aujourd'hui l'ont fait avec les subprimes dits aussi « crédits à risque ». Dans les deux cas, on a recyclé de la pourriture et on a laissé diffuser le tout à la planète entière, via la mondialisation et l'absence de réglementation. Avec le Royaume Uni pour épicentre dans le cas de la vache folle, les États Unis occupant ce rôle dans celui des subprimes. Thatcher et Reagan main ( invisible du marché ) dans la main.
Avec la vache folle, la (dé)raison économique l'a emporté sur la raison sanitaire. Idem pour la crise actuelle, sauf que ça se passe à l'étage supérieur : c'est la (dé)raison financière qui s'est essuyé les pieds sur la raison économique….( A SUIVRE )

Portrait de Le Yéti

De Le Yéti

yetiblog.org | 08H23 | 20/12/2008 | Permalien

LES ŒILLÈRES DE l'INSEE

Ce qui est symptomatique avec les dernières projections INSEE pour le premier semestre 2009, c'est qu'elles allient manifestement une analyse d'une situation économique assez catastrophique (difficile de faire autrement sans se décrédibiliser ! ) avec une volonté manifeste d'essayer de nier les conséquences les plus graves de cette situation catastrophique en les minimisant.

Là en l'occurrence, l'INSEE essaie de contenir la crise au seul premier semestre 2009 en la limitant de surcroît à une simple récession, loin des meurtrières déflation et, pire, dépression.

Le problème, c'est que cette méthode Coué, cette négation pseudo « volontariste » de ce que pourrait être la réalité, ne tient pas à l'épreuve des faits, notamment si l'on examine les précédentes prévisions INSEE pour 2008, systématiquement fausses !

Ne rappelons par charité que ses ultimes prévisions d'octobre 2008 où la noble institution se refusait encore à parler de récession et tablait sur une décroissance limitée à 0,1% au troisième et quatrième trimestre de l'année. Prévisions immédiatement pulvérisées puisque rien qu'en ce dernier trimestre, le PIB français a toutes les chances de se contracter de plus de 0,8%.

L'économie libérale repose sur deux piliers fondamentaux : l'un réel, la croissance ; l'autre, d'un ressort plus psychologique, la confiance. La croissance étant depuis déjà un bail aux abonnées absentes, essayons de nous accrocher vaille que vaille aux derniers rideaux en charpie de la confiance. La ministre Lagarde est passée reine dans cette discipline acrobatique qui finit par toucher au comique. Après avoir mangé son chapeau tout au long de 2008, ne vient-elle pas de nous claironner une prévision de croissance pour 2009 située entre 0,2 et 0,9%. On peut toujours rêver…

Le problème, c'est qu'à trop rêver, on finit par se prendre la réalité encore plus durement sur le coin de la figure. À farnienter sous la couette des illusions, on en oublie de prendre les bonnes mesures qui s'imposent. Et à reculer l'échéance des bonnes décisions, on rend les catastrophes irréversibles. Nous en sommes là. Les derniers raouts du G20, les moult « plans de relance » à coups de milliards entièrement inventés pour l'occasion, ne sont qu'agitations impuissantes.

Aujourd'hui, comme imprévu hélas par l'INSEE, le système financier mondial a durablement le nez dans la poussière. Les entreprises petites, moyennes et même grandes sont au bord de la rupture. En témoigne « le moral des industriels », à son plus bas en décembre. Et quelques amis banquiers, le nez sur des compteurs bien réels, ceux-là, m'expliquaient que seules les échéances de paiement, leurs reports conjoncturels reculaient encore l'heure de cette rupture. Mais que celle-ci ne pourrait vraisemblablement être contenue au-delà du premier trimestre 2009.

La simple récession annoncée par l'INSEE pour « éponger les surplus de stock » a toutes les chances de se muer alors en déflation (baisse de l'indice des prix observée sur une période suffisamment longue, précisément parce que les stocks végètent). Et, faute de mesures énergiques prises à temps, étranglés par l'explosion du chômage et ses conséquences boules-de-neige (effondrement de la consommation et des rentrées fiscales), nous entrerons dans une extrêmement dangereuse période de dépression (diminution importante et durable de la production et de la consommation).

Celle-ci, on sait quand elle commence (fin du premier semestre 2009 à mon sens), mais on ne sait pas quand elle finit, ni surtout COMMENT elle finit. Je ne suis pas persuadé qu'à ce moment-là, Mme Lagarde et l'INSEE chanteront encore dans les rideaux.

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