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Face aux chômeurs, « nous faisons de l'abattage »
Par Matteo Rozzano | . | 26/12/2008 | 11H55
Ni fleurs, ni couronne et silence médiatique. C'est dans ce contexte que, réunis pour un premier Conseil le 19 décembre dernier, les administrateurs de Pôle Emploi ont proclamé la naissance de cette institution, officialisant ainsi la mort de l'ANPE et de l'Assedic.
Pôle emploi est un nom composé des mots pôle et emploi. Un pôle est un centre d'activité, d'intérêt. Un emploi est l'action, la manière d'employer une chose, sa destination. C'est l'occupation de quelqu'un, ce à quoi s'applique son activité rétribuée. Pôle emploi, c'est le lieu où convergent, se rencontrent, les offres et les demandes d'emploi. Un nom simple, immédiat, facilement mémorisable, puisqu'il recourt à un champ lexical partagé par tous, acteurs de l'emploi, mais aussi grand public et monde de l'entreprise.
Ne riez surtout pas ! L'Etat a donné 135 000 euros à une agence de communication pour le nom Pôle Emploi, et pour cette exégèse qui transcende les limites de la pensée humaine. Il y a bien sûr une réalité derrière la vacuité de ce pompeux verbiage. Elle est faite de contrainte et d'urgence, de mal être, de pression et surtout de contradiction entre la mission de traiter le chômage et la seule exigence du politique qui veut des chiffres comme unique preuve de résultat. C'est tellement facile à atteindre un objectif statistique dématérialisé qui ne prend sa réalité que par la magie de la saisie informatique.
Reçus par groupes de vingt
L'état des lieux au jour de la naissance de Pôle Emploi est consternant. On navigue à vue, dans un épais brouillard. La réglementation impose de recevoir dans les cinq jours toute personne ayant fait une inscription par téléphone ou internet. Depuis novembre, nous sommes en moyenne à trois semaines de délais pour rendre ce service. Quelles sont les priorités dans ce contexte ? Il s'agit de régler au plus tôt les situations financières, surtout en cette période de fin d'année. Les salariés font donc de l'abattage.
Un exemple à l'Assedic. On ne reçoit plus les gens individuellement. On les reçoit par paquets de 20 au détriment de la qualité du service. Souvent très irrités, les usagers acceptent en majorité ce mode de traitement quand on leur dit que c'est la seule solution pour qu'ils aient rapidement un déblocage de leur allocation.
En majorité, car cela ne se fait pas sans tension. Une collègue de l'Assedic d'Ile-de-France a récemment terminé sa journée de travail à l'hôpital suite à une agression physique d'une rare violence. Les autorités, qui craignent d'évidence un chaos social, ont demandé que les 100 000 dossiers d'allocation non étudiés depuis novembre le soient avant Noël.
Des moyens d'urgence ont été mis en place pour y arriver : fermeture ponctuelle des antennes au public. Fermeture de l'accueil téléphonique afin de gérer les dossiers en attente. Des CDD ont été prolongés et l'Unedic va en recruter 400 autres qui travailleront jusqu'à fin mars.
De la gestion de crise
Les problèmes sont donc réglés ? Nullement. C'est de la gestion de crise, de la fuite en avant. Tous ces gens qui ne sont pas accueillis, tous ceux qui ne sont pas pris au téléphone restent avec leur problème qu'il faudra bien traiter alors que les inscriptions sont en augmentation constante, autant que le nombre d'offres d'emploi subit une dégringolade inversement proportionnelle.
Fallait-il, dans ce contexte dégradé, accélérer la fusion de l'Assedic et de l'ANPE ? C'est une décision éminemment politique dans une perspective d'effet d'annonce. Il s'agit d'associer l'ANPE, qui n'a pas les moyens de ses missions, avec l'Assedic, qui souffre du même problème.
On les associe en mélangeant des métiers sans former réellement les agents. On va mixer les équipes et les sites de travail alors qu'il faudrait rassurer les usagers en renforçant l'existant pour gérer la crise. Les chômeurs vont donc souffrir autant que ceux qui doivent les accompagner dans leurs démarches car la création de Pôle Emploi n'intègre pas les données de la situation économique actuelle et la montée du chômage.
Nombre d'ex-agents de l'Assedic et de l'ANPE, maintenant salariés de Pôle Emploi, ont donc une requête à formuler à leur nouvelle direction. Vous avez beaucoup dépensé pour le nom et le logo de Pôle Emploi. Mettez maintenant l'argent au service des chômeurs et des entreprises. Et ne dépensez rien pour créer une devise, elle est déjà trouvée : « Pôle emploi : droits bafoués et droit dans le mur ».
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De La dope
Un chomeur de plus ! | 03H46 | 27/12/2008 |
J'adore ce genre de texte : )
C'est l'anpe qui vous transmet un copier coller ?
Comme si ils se souciaient de leurs « clients » !
Que ce soit « pôle emploi » ou « Assédic » ça change strictement rien pour les chômeurs si ce n'est l'accentuation de leurs obligation a rendre des comptes réguliers au risque de se voir sucrer ses allocations !
ANPE et ASSEDIC n'ont qu'une seule vocation : faire baisser les chiffres coûte que coûte …
Je leur souhaite vraiment pas et je suis sincère mais on verra si ces gens ayant travaillé dans la communication et le soi disant « social » accepteront un travail de femme de ménage payé au minimum le jour ou ils se feront virer !
Pour ma part j'ai refusé (oui on a le droit : 2 fois) une offre qui me demander d'aller casser du béton à coup de marteau piqueur alors que j'ai fais plus de 10 ans … dans la logistique … mais pour ma conseillère ce fut une offre très « convenable » que je ne « pouvais refuser » sous prétexte de ma condition de chômeur ! Merci !
Bonne continuation au « pôle emploi » !
De fâché.com
perdu | 01H34 | 28/12/2008 |
Nouveau terme de la novlangue, celui de « client » pour désigner le chômeur demandeur de prestation à son conseiller, façon peu subtile de masquer le rapport de domination de l'administration sur le chômeur.
Mais ce terme de client est aussi une façon plus maligne, voire chafouine, de lier le conseiller ou le prestataire à des objectifs de « rentabilité » très spécifiques :
- Faire du chiffre à tout prix, c'est à dire faire disparaître littéralement les demandeurs des listes DE (demandeurs d'emploi) pour ne pas gêner la communication présidentielle aux couches aisées de la population.
- Pour ce faire, il ne faudra pas que le conseillerb hésite à radier sous le moindre prétexte les demandeurs d'emploi devenus clients indésirables dès qu'ils refusent une offre peu engageante.
- La sous-traitance sera mise à contribution (agences d'intérim, opérateurs divers privés, etc..), quitte à faire baisser les critères d'éthique, à être en porte à faux avec le simple droit du travail, à créer une rivalité malsaine entre prestataires et le Pôle Emploi .
- Le Pôle Emploi, comme les prestataires, devront ensemble ramer pour rassembler des offres d'emploi dignes de ce nom. Eviter les offres d'emploi esclavagistes et farfelues deviendra donc de plus en plus difficile.
Nul doute que cette facette de ce vrai projet de société déjà bien entamé provoquera des grincements et des réactions imprévisibles.
De Captain Gregg
Fantôme | 09H15 | 28/12/2008 |
« Une collègue de l'Assedic d'Ile-de-France a récemment terminé sa journée de travail à l'hôpital suite à une agression physique d'une rare violence »…
A Manosque, dernièrement, une fonctionnaire du CCAS chargée de notifier à un RMIste la fin de ses droits s'est vue jeter en pleine face un seau rempli de déjections animales.
No more comment.