Le jackpot du livret A sous le nez du logement social
Par François Krug | Eco89 | 30/12/2008 | 13H56

Les banquiers attendaient ce moment avec impatience : jeudi, La Poste et la Caisse d'épargne perdront le monopole du Livret A. Leurs concurrentes misent sur ce placement très populaire pour se refaire une santé : alors que les fonds étaient jusqu'ici destinés intégralement au logement social, elles pourront en garder une partie dans leurs coffres.
Le pactole avait de quoi faire des envieux. Sous l'effet de la crise, les épargnants plébiscitent le Livret A, un placement sans risques et rémunérateur même lorsque la Bourse s'effondre. Selon les chiffres de la Banque de France, fin octobre, 132,8 milliards d'euros y étaient déposés, 14% de plus qu'un an auparavant. (Voir le document.)
Aujourd'hui, le circuit suivi par ces économies est simple. La Caisse d'épargne et la Banque postale collectent les fonds, mais les transmettent intégralement à la Caisse des dépôts. Celle-ci les répartit ensuite auprès des acteurs du logement social et de la politique de la ville. Sous la forme de prêts à très long terme -jusqu'à 60 ans- aux organismes HLM, mais aussi en finançant des hôpitaux ou des réseaux de transport en commun.
Plus que 70% des fonds destinés aux HLM
Mais le 1er janvier, le circuit va se compliquer. Sous la pression de la Commission européenne, qui dénonçait une distorsion de concurrence, la loi de modernisation de l'économie votée cet été autorise toutes les banques à proposer des Livrets A. Pour les épargnants, c'est le seul changement visible.
Mais pour les banquiers, la réforme ne s'arrête pas là. La Caisse des dépôts ne conservera en effet plus que 70% des sommes déposées sur les livrets, selon un décret du gouvernement. Que deviendront les 30% restants ?
L'Etat a tout prévu, dans un second décret. L'essentiel du pactole devra être réinjecté dans l'économie « réelle » ou utilisé à des fins écologiques : 80% seront prêtés aux PME, et une autre partie (5% en 2009, 10% en 2010) financera des travaux d'économie d'énergie dans les bâtiments anciens.
Mais les banques pourront donc utiliser comme bon leur semble 15% des sommes qui ne seront pas remises à la Caisse des dépôts l'an prochain, puis 10% les années suivantes. Sans oublier la commission de 0,6% que leur versera la Caisse, en contrepartie de la collecte des fonds. Pour elles, l'ouverture du marché, prévue avant l'effondrement des marchés financiers, tombe au bon moment.
Des épargnants moins bien rémunérés
Directement concernés, les professionnels du logement social se veulent optimistes. En tout cas, à moyen terme. L'ouverture du marché pourrait multiplier le nombre de livrets, ce qui compenserait la baisse du pourcentage accordé à la Caisse des dépôts. Et surtout, celle-ci devrait bientôt réduire le taux des prêts qu'elle accorde aux organismes HLM.
Le coût de ces prêts est en effet lié au taux de rémunération du Livret A, qui diminuera en février, passant de 4% à probablement moins de 3%. Une baisse purement conjoncturelle. La fin du monopole n'y est pour rien, mais les livrets ouverts le 1er janvier se révèleront beaucoup moins rémunérateurs que prévu.
► Rectifié le 31/12/2008 à 15h30, après le commentaire d'un internaute sur le pourcentage effectivement conservé par les banques.
A lire aussi :
► Pourquoi le taux du Livret A va-t-il baisser ?
► Quel est le rôle de la Caisse des dépôts ?
Photo : Le Livret A (Charles Platiau/Reuters).
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De slave1802
Technicien telecom | 17H05 | 30/12/2008 |
Mon banquier me tanne pour ouvrir un livret A chez lui. Je lui ai dis non.
Ça ne lui a pas plu du tout…
On s'amuse comme on peut en temps de crise !
De Philou18
ancien typographe | 09H10 | 31/12/2008 |
notre banquier nous a déjà harcelé, et quel plaisir de lui dire que tout ça restera entre les mains de la Banque Postale.
De kkadim
service public rhone alpes | 10H01 | 31/12/2008 |
les banques vont elles vouloir tous les détenteurs du livret a. pas sur : dans mon quartier, une petite ZUS, 90% des livrets font le yoyo chaque mois : à peine les salaries, allocations entrés, ils ressortent pour payer loyer, gaz, électrécité, téléphone…. si bien que l'avoir moyen de ces livrets avoisinent les 1 euros. le livret est utilisé comme un compte courant, certes sans chéquier ni carte de paiement, mais totalement gratuit et avec la garantie que vous ne pouvez dépenser plus que vous ne gagner ( le découvert est interdit sur un livret ). je doute que ce genre de personne passionne nos amis banquiers. généralement les livrets bien garnis appartiennent à des personnes agées, trés agées même, qui refusent tout autre placement. par contre le livret est un bon produit d'appel : on peut l'ouvrir dés la naissance du gamin ( contrairement à un compte bancaire ), et accaparer ainsi la future clientéle, la « fixer ». on pourra aussi, et c'est le principal danger pour l'épargne destinée au logement social, détourner cet argent « vers des placements plus rentables », mais hors livret.
en fait je crains fort de voir d'ici peu des appels à une meilleur gestion des logements sociaux, passant par une privatisation de leur financement. et qui prêtera alors ? ? ? Nos amis les banquiers qui gagneront sur tous les tableaux.