Entretien

« Les soldes n'intéressent pas les cas pathologiques »

Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 06/01/2009 | 19H58

A Strasbourg mardi 6 janvier (Vincent Kessler/Reuters)

C'est parti ce mercredi et jusqu'au 10 février : les soldes d'hiver, tant attendus par les commerçants impatients d'écouler leurs stocks et par les consommateurs qui font la chasse aux bonnes affaires. A cette occasion, Eco89 a interrogé Laurent Karila, psychiatre et spécialiste des addictions (auteur des « Idées reçues sur les addictions », éditions Cavalier bleu).

A lire Le Monde, « la crise pourrait renforcer l'engouement pour les soldes », car « pour bon nombre d'enseignes, il s'agit d'une ultime chance pour rattraper une saison désastreuse ». Dans cette foule d'acheteurs fiévreux, on croisera quelques malades des achats, mais pas tant que ça. Explication de Laurent Karila :

« Un acheteur pathologique est un sujet qui va perdre contrôle de soi, qui va répéter l'acte d'achat malgré la connaissance des conséquences négatives de ses actes, les dépenses induites par tous ses achats. »

Son profil-type : une femme de 39 ans en moyenne qui se fait des cadeaux à elle-même, en priorité des biens à forte valeur sociale. Ce qui compte le plus dans ces actes, ce ne sont pas les biens acquis mais l'acte d'achat, et de ce point de vue, « la crise influe peu sur leurs comportements, ces personnes s'adaptent, par exemple en se repliant sur des petits achats ».

Le médecin distingue les femmes « qui ont une prédilection pour les objets de luxe, les vêtements, les chaussures, les bijoux », et les hommes « qui penchent pour le matériel vidéo, l'informatique, le matériel automobile et maintenant un peu les vêtements et les produits de beauté ». (Ecouter le son)


« Shopping boulimiques »

Le médecin se souvient d'un cas clinique, resté dans les annales des psychiatres : une femme qui avait dépensé une somme astronomique dans des objets de luxe et avait fini par se prostituer pour éponger ses dettes.

Les soldes, ces malades dans leur majorité « n'aiment pas trop ça, ils préfèrent l'achat solitaire, comme dans un cocon ». En revanche, vous croiserez en faisant les soldes des « shopping boulimiques », « plus impulsifs ». (Ecouter le son)


Le web est un lieu extraordinaire pour ces acheteurs pathologiques, explique Laurent Karila :

« Là ils préparent à l'avance, par exemple ils remplissent les paniers à fond, le clic sur la carte de crédit comme s'ils dégainaient un pistolet. Par exemple, une patiente qui est agoraphobe peut s'y éclater et prendre le même plaisir, même s'il est court.

“La crise ne les gêne pas, il y a eu des patients qui s'endettaient considérablement. Quand on est malade, ce n'est pas la crise qui vous arrête.”

Photo : à Strasbourg mardi 6 janvier (Vincent Kessler/Reuters)

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de pablico

De pablico

00H24 | 07/01/2009 | Permalien

les soldes sont normalement un moyen commercial pour vider les stocks invendus, afin de faire entrer une nouvelle collection.

mais devant l'immensité des ventes on peut se demander :

si ils achètent trop de stocks (comme de mauvais commerçants),

si ils préparent leur coup juste pour profiter de cette nouvelle fête laïque du porte-monnaie.

si ils nous prennent pour des gogos, qui doivent craquer devant des baisses soit disant spectaculaires. (le vieux coup de la bonne affaire)

Comment après ce genre de manifestation faire confiance à des commerçants, à la justesse et à l'honnêteté de leurs prix (hors soldes) ?

Ils cassent leur métier par avidité.

Portrait de Hervé Gibet

De LFH

La Fabrique Hexagonale | 14H54 | 07/01/2009 | Permalien

Faire en sorte que les soldes soient utiles
Vive les soldes ! On va enfin pouvoir acheter deux fois plus de bimbeloterie pour le même prix, et au final on aura quand même payé trois ou quatre fois la vraie valeur de la camelote achetée. Bravo, super…
Les soldes ne sont intéressants que s'ils permettent d'acquérir des produits de qualité que l'on a pas les moyens de s'offrir en temps normal et dont on a besoin. S'ils sont l'occasion d'acheter des produits fabriqués en France, par exemple, puisqu'on leur reproche d'être trop cher d'ordinaire. Ça fera du bien à l'emploi, du bien au commerce extérieur, du bien à l'environnement, etc. Bref, si le shopping pendant les soldes devenait intelligent et non plus seulement consumériste, ça serait déjà pas si mal.

http://lafabriquehexagonalefr.hautetfort.com/

Portrait de einna

De einna

21H06 | 07/01/2009 | Permalien

je viens de lire les réactions et j'ai plus l'impression que l'article met l'accent sur l'acheteur compulsif plus que sur les soldes. La période des soldes fait prétexte à la question- me semble-t-il ?

La question de l'achat compulsif, de la boulimie est parfois traitée comme une addiction, ce n'est pas l'objet qui prime c'est l'acte, l'achat comme un moment de plaisir, de jouissance de l'acheteur. après tout pourquoi acheter une cinquième paire de bottes ou une cinquième petite robe noire ? pourquoi s'acheter un bijou, un parfum, est-ce vraiment utile ? allons plus loin la surconsommation est presque socialement indécente en ces temps de précarité et de chomage ;

tant que le sujet ne rentre pas dans un processus d'endettement, quel mal y a t il à se faire un petit plaisir, à se faire un cadeau quand la société ne nous en fait pas ? quand celà devient-il pathologique ?

notre comportement en tant qu'acheteur révèle un peu de ce que nous sommes, de ce que nous cherchons à montrer aux autres. entre celui qui aura toujours l'objet high tech ou le vêtement à la mode, celui qui aura un look décalé style « la société rien à faire » ou « je ne suis pas comme les autres ».. bref il y aurait bien des choses à écrire sur la manière dont nous consommons soldes ou pas ; c'est toujours en fonction de ce que nous sommes.

Portrait de solstice

De solstice

pigiste | 16H42 | 09/01/2009 | Permalien

Les soldes sont surtout devenues un mode de consommation pour ceux qui font attention, et ils sont légion ces deniers temps, non ?

Autrefois (cela me semble très loin) j'achetais en solde un petit bonus dont je n'avais pas vraiment besoin. Aujourd'hui j'attends les soldes pour acheter une grosse pièce qui manque absolument (genre remplacer un manteau en fin de vie). C'est un choix de vie et ce n'est pas catastrophique, mais cela peut l'être… C'est alors la pauvreté qui devient pathologique.

Quant aux soldes bidons, elles existent depuis longtemps : vous y trouvez des articles bas de gamme achetés pour faire du chiffre plus que de vrais invendus.

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