A debattre

Musique : Apple fait sauter les verrous et grimper les prix

Par François Krug | Eco89 | 07/01/2009 | 22H53

Un utilisateur d'iTunes Music Store dans un magasin Apple de Tokyo (Kiyoshi Ota/Reuters)

Apple et l'industrie de la musique sont enfin tombés d'accord. La plate-forme iTunes va supprimer les DRM, ces verrous anti-piratage qui restreignent l'utilisation des MP3. En contrepartie, le prix unique de 99 centimes va aussi disparaître. Vous pourrez écouter vos morceaux comme vous le voulez, mais ils risquent de vous coûter plus cher.

Le tournant semblait inéluctable. Les DRM, ou « Digital Rights Management », devaient mettre fin au piratage, en limitant la copie des MP3 achetés et leur transfert vers d'autres ordinateurs ou baladeurs. Un échec complet. Ces contraintes ont refroidi les internautes respectueux de la loi, et encouragé les autres à trouver des parades.

La situation est devenue franchement ridicule en février 2007, lorsque le patron d'Apple s'est prononcé en faveur d'une suppression des DRM, attribuant leur échec aux maisons de disques. Apple n'avait pourtant rien fait pour faciliter la vie du mélomane. Faute d'accord entre constructeurs sur un format commun de DRM, il était difficile d'écouter un morceau acheté sur iTunes ailleurs que sur un Mac ou un iPod.

Les concurrents d'iTunes vont suivre

Les deux camps se sont donc réconciliés. Selon le communiqué d'Apple, huit des dix millions de morceaux disponibles sur iTunes ont déjà été débarrassés de leurs protections. Les autres le seront d'ici fin mars.

Changement radical, également, dans la politique commerciale. Profitant de sa position de leader incontournable, Apple avait imposé ses conditions aux maisons de disques : un prix de 99 centimes pour tous les MP3. Désormais, les fichiers seront vendus 69 centimes, 99 centimes ou 1,29 euro.

Sans surprise, Apple assure que « beaucoup plus de chansons » seront proposés à 69 centimes qu'à 1,29 euro. Sans doute parce que les vieilleries, par définition plus nombreuses que les nouveautés, pourront être bradées. En revanche, rien n'empêchera le prix des tubes de grimper.

En France, deux concurrents d'iTunes, Fnac Music et Virgin Mega, avaient réussi une jolie opération de communication en 2007, en annonçant l'abandon des DRM sur la moitié de leurs catalogues. Sauf que ces accords, conclus avec des labels indépendants et la major EMI, n'engageaient qu'une petite partie de l'industrie musicale.

Aujourd'hui, d'autres majors sont prêtes à suivre. Chez Fnac Music, on annonce un accord avec Warner Music, et on en prévoit d'autres avec Sony BMG et Universal Music « d'ici la fin du premier trimestre ». Virgin Mega promet, lui, la disparition totale des DRM « d'ici quelques jours ».

Les maisons de disques face à leurs engagements

Thierry Chassagne, patron de la major Warner Music en France (Christophe Mae, Johnny Hallyday, Madonna…) estime que c'est « un bon timing » pour faire sauter les verrous numériques. Car d'autres verrous, législatifs cette fois-ci, devraient bientôt apparaître : la loi anti-piratage, adoptée l'automne dernier au Sénat, doit être présentée dans quelques semaines à l'Assemblée nationale.

La suppression des DRM « ne marchera que si c'est couplé avec une loi », estime Thierry Chassagne :

« Il faut être “friendly” avec les gens qui achètent de la musique, et pas laxistes avec ceux qui la volent. Il y aura toujours des gens qui pirateront, mais il faut que les proportions soient acceptables. Aujourd'hui, sur la musique digitale, c'est à 95% du piratage et à 5% du payant. »

La décision d'Apple ne va en fait qu'accélérer les choses. En contrepartie de la loi anti-piratage qu'ils réclamaient, les professionnels de la musique s'étaient engagés à abandonner les DRM. Puis ils avaient justifié leur lenteur à tenir cet engagement… par une mauvaise volonté d'Apple et des autres marchands de musique en ligne, trop attachés à leurs verrous.

La bataille entre les plates-formes va maintenant se jouer sur les prix. Chez Fnac Music et Virgin Mega, on refuse pour l'instant d'évoquer l'abandon du prix unique de 99 centimes. Thierry Cassagne, lui, voit d'un bon oeil le choix d'Apple : « Quand on fait du commerce, c'est toujours sain d'avoir de la souplesse dans les prix. »

Les internautes qui téléchargeaient déjà légalement, eux, en seront pour leurs frais. Que faire des morceaux déjà achetés, protégés par des DRM ? Les clients d'iTunes pourront les convertir au nouveau format, mais au prix fort : 30 centimes pour un morceau et, pour un album, 30% du prix d'achat.

Photo : un utilisateur d'iTunes Music Store dans un magasin Apple de Tokyo (Kiyoshi Ota/Reuters).

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5 commentaires sélectionnés

Portrait de louisderennes

De louisderennes

juriste | 23H52 | 07/01/2009 | Permalien

Vous commettez une erreur en déclarant qu'apple ne fait qu'accélérer les choses en mettant fin au DRM. En effet l'engagement qui avait été pris par les « majors » se réduisait à une simple déclaration d'intention, n'ayant aucune force contraignante, à laquelle ils n'avaient d'ailleurs pas du tout l'intention de donner suite.

En réalité Apple ne fait que DEVANCER ce que la loi leur imposera dans un délai très court dès son adoption à l'Assemblée nationale.

Il aura fallu l'insistance des sénateurs, et un amendement (Dieu bénisse ce sénateur), pour que le projet de loi « création et internet » impose de mettre fin au DRM dans un délai légal. Cet amendement a été adopté contre l'avis de la ministre de la culture qui estimait que la simple déclaration d'intention était suffisante ! Les mêmes sénateurs ont permis de limiter la casse en apportant deux limites non prévus par le projet initial ;

- Ramener le délai de suspension d'accès à internet de 3 mois à 1 mois
-Limiter la suspension par le FAI à la seule connexion internet, alors que les offres triple play sont légions. (Très difficile en pratique).

http://www.publicsenat.fr/cms/video-a-la-demande/vod.html ? idE=60250

Portrait de personne

De personne

00H06 | 08/01/2009 | Permalien

Un article bourré d'approximations.

« en limitant la copie des MP3 »

Vous confondez le contenant et format, le mp3 est une norme de compression, contenu dans des fichiers wav qui ne supporte par la gestion des DRM. C'est pour ça que iTunes utilisent le format AAC dans des fichiers m4p et Microsoft le format WMA dans des fichiers… WMA. Chacun son codage, chacun son format de fichier, chacun ses DRM ou pas.

Dans le doute parlez de fichiers musicaux, mais évitez l'excuse bateau du « ouimèleaimpétroatoulemondkompren ».

« Les concurrents d'iTunes vont suivre »

Sauf que non, c'est iTunes qui suit le mouvement instauré par Amazon et WallMart. Pour ne parler que de ceux qui ont un poids réel. La faute à iTunes qui a trainé à laisser filer les prix sur la musique, parce que son vrai business model repose sur la vente de matériel iPod.

« “Quand on fait du commerce, c'est toujours sain d'avoir de la souplesse dans les prix.” »

On peut créer autant de plateformes légales qu'on veut, tant qu'il n'y a que 3 majors qui se partagent 80% du marché on reste en situation de monopole.

Portrait de mtlchris

De mtlchris

Réfugié politique au Canada | 00H40 | 08/01/2009 | Permalien

Ce qui est tout a fait étonnant, c'est que au fur et à mesure que l'industrie de la musique comprend que les DRM favorisent le piratage plutôt que de le prévenir, l'industrie de la video et du film imagine chaque jour de nouveaux moyens de verrouiller le contenu (DRM Windows Media et FairPlay, HDMI, Blue-ray, etc…). N'ont-ils donc rien compris ?

Portrait de siko

De siko 38962

étudiant | 02H03 | 08/01/2009 | Permalien

Je vais peut-être vous choquer, mais franchement, j'ai pas besoin de musique pour vivre. Le silence me va très bien, pourtant je dois avoir quelques 20000 MP3 qu'ils m'arrivent d'écouter de temps en temps (genre une heure/sem). Comme si j'allais payer cette musique …. si c'était pas gratos, peut-être que j'aurais quelques K7 enregistré de la radio, mais bon, je paierai jamais un balle pour un enregistrement. Par contre, ça ne me dérange pas du tout de payer pour aller voir un concert (attention, pas plus de 20€), les artistes sont capables de vivre avec ça.

Portrait de François Krug

De François Krug (auteur)

Eco89 | 13H32 | 08/01/2009 | Permalien

Merci pour cette précision, louisderennes. Reste à savoir si l'amendement adopté au Sénat, effectivement contre l'avis de la ministre, survivra à l'examen du texte à l'Assemblée…

Ce sénateur que Dieu devrait selon vous bénir est une sénatrice centriste, Catherine Morin-Desailly. Son amendement est devenu l'article 9 de la loi. Effectivement, il donne aux professionnels, une fois la loi adoptée par l'Assemblée, un délai de six mois pour se mettre d'accord.

Le plus dur reste à faire : d'abord, faire adopter la loi (et cet amendement) par les députés, et ensuite, parvenir à ce fameux accord. Les négociations entre professionnels s'annonçaient difficiles, mais la décision d'Apple pourrait un peu les faciliter…

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