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Réserves de gaz : la France est-elle à l'abri ?
Par Bureau Horizons | 10/01/2009 | 13H46

Depuis le début de la crise gazière, les gestionnaires français de l'approvisionnement en gaz naturel optent pour une communication rassurante. Qu'en est-il réellement des réserves françaises en cas de crise ?
Le bureau d'études et de conseil en écologie Horizons a mené l'enquête et la livre en exclusivité à Eco89. (Lire le document ci-contre)
Ces estimations extrapolent les observations issues des hivers précédents, les publications ministérielles sur la situation gazière n'étant disponibles que jusqu'à l'hiver 2007.
De quelles réserves de gaz dispose la France ?
La France dispose de 14 sites de stockage souterrain du gaz naturel, douze sont exploités par GDF-Suez et deux par Total. La capacité de stockage totale, 14 milliards de mètres cubes, équivaut environ au quart de la consommation nationale annuelle. Elle permet pendant la période hivernale de forte consommation de compléter les approvisionnements par importation.
Schématiquement, la France puise chaque hiver dans ses stocks, puis les remplit de nouveau chaque été. Ces stocks constituent donc des équipements de gestion saisonnière de l'approvisionnement, plus que des véritables stocks « de secours » destinés à compenser d'éventuelles ruptures d'approvisionnement.
Les publications ministérielles indiquent traditionnellement l'état des stocks au début de l'hiver (au 31 décembre) et à la fin de l'hiver (au 31 mars) : le solde observé pouvant ainsi s'apparenter à une possible réserve stratégique en cas de crise.
Quatre-vingt jours de réserves
Durant les quatre derniers hivers, de 2005 à 2008, la France a ainsi puisé entre 50% et 80% de ses réserves habituelles. Pour les hivers 2006 et 2007, on peut estimer par ailleurs quel aurait été l'impact d'un arrêt des livraisons de gaz russe sur ce stock stratégique. Les livraisons russes représentant 16% de l'approvisionnement national, la capacité de la France à s'en priver totalement aurait été respectivement de 63 jours en 2006 et de 98 jours en 2007.
Autrement dit, dans l'hypothèse où toutes les autres sources d'approvisionnement (norvégienne, hollandaise, algérienne…) seraient restées sûres, et si aucun épisode de froid exceptionnel ni aucune défaillance technique sur un quelconque équipement ne surviendrait, un arrêt des livraisons russes au début janvier 2006 aurait suffi à épuiser totalement les stocks nationaux dès le début du mois de mars, événement inédit pour la sécurité gazière française.
GDF-Suez n'a pas communiqué les données permettant de réaliser cette simulation pour l'hiver 2009, notamment la situation précise des stocks au 31 décembre 2008. Si la France dispose effectivement de 80 jours de stock, cela signifie bien que, si l'arrêt des livraisons russes se prolongeait à ce délai, les réserves stratégiques françaises se retrouveraient totalement épuisées avant la fin de la période de soutirage hivernal.
Le réseau de gaz français est-il sous tension ?
Les consommations de pointe peuvent être significativement supérieures aux moyennes hivernales pendant les courts épisodes de froid intense. GDF-Suez a indiqué que les niveaux de consommation enregistrés ces derniers jours, franchissant des records absolus, dépassaient de plus de 40% les niveaux de 2007.
Dans ces conditions, et en dépit de toutes les réserves constituées, la capacité de la France à assurer, dans des délais instantanés, un débit de livraison satisfaisant le débit de consommation de pointe, est critique. En particulier, les stockages sont actuellement soutirés à leur débit maximal, structurellement peu flexibles et inférieurs au débit équivalent des consommations moyennes hivernales.
Une marge de sécurité de 11%
Nous avons échafaudé deux scénarios, celui d'une rupture des livraisons russes et celui d'un rupture aggravée par un froid intense. Il en ressort que, au cas où les deux facteurs se cumuleraient, la marge de sécurité nationale (c'est-à-dire la différence entre le débit maximal d'alimentation du réseau et le débit des consommations de gaz), à l'échelle d'une journée, se limiterait à 11%, contre 25% dans les périodes hivernales normales. C'est un niveau de risque très élevé, qui signifie qu'aucun arrêt même momentané de l'un des points d'entrée ou de l'un des sites de stockage ne pourrait être supporté sans procéder à des coupures de livraison immédiates sur une partie des consommateurs.
Bien que relevant éminemment des intérêts stratégiques et des obligations du service public du transport du gaz, l'exploitation des stockages est de fait devenue une activité commerciale privée. A moyen et long terme, la sécurité d'approvisionnement gazier doit tenir compte du déclin, amorcé dès 2009, des capacités de production globales en Mer du Nord, compte-tenu de l'épuisement des ressources.
Photo : un employé de Gaz de France inspecte le stockage de gaz au terminal de Bergedorf près d'Hambourg en janvier 2006, après un différend entre la Russie et l'Ukraine sur l'approvisionnement européen (Christian Charisius/Reuters).
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De Pas lolo
fasciné | 15H29 | 10/01/2009 |
Si tant est que vos chiffres soient corrects, la situation est nettement plus grave que vos conclusions ne la laisse paraître.
Le BE qui a fait cette étude raisonne globalement sur la situation de l'hexagone et en déduit une marge de 11% de capacité de pointe.
J'avoue ne pas être un spécialiste des réseaux gaz, mais quid des situations locales. J'ai un sérieux doute sur la possibilité de soutenir le réseau sud-est avec des livraisons accrues à Montoire.
Par ailleurs, il faut relativiser les fameux 90 jours de réserves. Primo, il s'agit de consommation moyenne alors que la consommation hivernale est beaucoup plus élevée. Deuxio, les stockages ne servent pas uniquement de réserve pour lisser sur le long terme, mais également de tampon pour maintenir une pression constante du réseau sur des à-coups de court terme. Si l'on descend trop bas, on s'expose à des déclenchements locaux en série.
Enfin, le principal est quand même de voir qu'on s'intéresse à de vrais questions et que l'on commence à s'interroger sur l'impact des politiques de déréglementation sur les secteurs stratégiques. Là encore, comme pour la finance, il faudra probablement une bonne crise pour que l'on se mette à questionner l'intangible efficience des marchés. Et là encore, de soporifiques économistes viendront nous expliquer que l'on ne pouvait pas deviner, alors que des béotiens auront décrit dans le détail les mécanismes qui nous auront conduit au désastre.
Un excellent article des échos sur l'état des stocks de gaz naturel en Europe, entre autre, et plus généralement sur la situation générale :
http://www.lesechos.fr/info/energie/4816464.htm
Où l'on se rend compte que la France est le pays où le niveau de remplissage est le plus faible d'europe occidentale. Rien à voir avec un oubli de remplissage cet été, à une époque où le gaz était au plus haut en spot, bien évidemment.
On notera tout particulièrement : « La loi française impose à un fournisseur de gaz d'être à même de résister à une interruption de sa principale source d'approvisionnement pendant une durée de six mois », rappelle Thierry Bros, de la Société Générale.
Une entreprise qui fait quelques milliards de bénefs auraient probablement quelque mal à expliquer qu'elle s'est affranchie de la loi pour « maximiser la valeur à l'actionnaire ».
De che_6427
écolo | 17H39 | 10/01/2009 |
Pour l'instant, il est clair que la France et l'Allemagne mentent sur leur sécurité, histoire de s'impliquer au minimum dans le conflit.
Officiellement, tout va bien et l'on est pas concerné.
Officieusement, les réseaux sont en état d'alerte maximale, les vannes des stocks sont ouvertes au maximum, et on pompe en urgence tout ce qu'on peut en Norvège et en Algérie. Si ça continue comme ça, ça ne m'étonnerait pas que ces pays commencent à s'exprimer aussi.
Et là on va bien rigoler ! C'est logique que Poutine maintienne son bras de fer, il a intérêt à le faire tant que la France et l'Allemagne ne reconnaissent pas qu'elles sont aussi dans la panade. Ce sont les plus gros consommateurs de gaz en Europe.
En tout cas on voit bien que les 80 jours de mestrallet sont qu'une illusion : à tout moment pendant cette crise une pénurie peut survenir en France au moindre pépin sur le réseau…
Merci d'avoir fait le lien entre cette situation et la libéralisation grotesque de l'énergie : aujourd'hui c'est une boite privée qui s'occupe de notre sécurité énergétique. Et à quel prix s'il vous plait ?
De padiran
Chroniqueur mondain | 23H31 | 10/01/2009 |
Cette information nous redit avec force, que nous sommes tributaire dans notre approvisionnement énergétique de pays pour le moins fantasques. Confier notre avenir énergétique, c'est à dire non seulement notre chauffage, mais aussi notre quotidien industriel et économique à des pays dont l'ambition n'a pas encore atteind l'age adulte, est proprement suicidaire .
Diversité des approvisionnements, c'est une évidence, diversité des sources énergétiques, c'est un devoir.
Le gaz, le pétrole , le nucléaire doivent faire parti des énergies « de masse »
L'éolien, la biomasse, l'hydrolien doivent participer de plus en plus aux dépenses énergétiques de notre pays.
Les sources de production et de distribution doivent rester au plus près du citoyen, c'est à dire dans le giron de l'Etat.