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Concilier travail et paternité, une question de générations
Par Augustin Scalbert | Rue89 | 13/01/2009 | 14H43

Jeune père et jeune « cadre dynamique ». Heureux papa tout neuf et commerçant débordé. Les hommes aussi cherchent à mieux concilier leurs vies professionnelle et familiale. Avec l'arrivée des « nouveaux pères », un clivage se creuse, autour de 45 ans, entre eux et les pères « à l'ancienne ». Pour l'instant, ce sont encore ces derniers qui ont le dessus, puisque la structure des entreprises les avantage.
Quasiment aucune étude n'existe sur la paternité au travail. La société de conseil spécialisée dans l'articulation des temps personnel et professionnel Equilibres en a réalisé une en 2008, intitulée « Pères managers ».
Afin de dégager une tendance pertinente, le cabinet s'est focalisé sur une population ciblée -en l'occurrence, les cadres-, en interrogeant plusieurs dizaines d'entre eux, et en commandant un sondage auprès de 400 jeunes pères âgés de 28 à 40 ans. Dans ses conclusions, on peut lire que 52% regrettent de ne pas avoir plus de temps pour s'occuper de leurs enfants, et que 20% seraient prêts à changer d'entreprise pour le faire.
Plus présents à la crèche qu'aux réunions de parents
C'est ce qu'a fait Cédric, 37 ans. Bijoutier-gemmologue de formation, il a dirigé les départements bijouterie de deux groupes de grande distribution. Depuis deux ans, il a cofondé une bijouterie en ligne, Carat et Moi, dont il dirige le marketing. « Le fait d'avoir monté ma boîte me permet de mieux gérer mon temps, et d'en avoir plus pour ma fille de 19 mois, dit-il. Quand j'étais dans la grande distribution, j'aurais certainement eu plus de pression sur les horaires. Avant, je privilégiais ma carrière. Maintenant, je suis plus orienté famille. »
Cédric voit un net clivage avec la génération qui le précède :
« On dirait qu'au-dessus de 45 ans, ils ont plus envie de travailler que de s'occuper de leur famille. »
Lancelot, 33 ans, consultant dans les télécoms et père de deux enfants de six mois et trois ans, constate la même chose :
« Mais pour moi, c'est un clivage hiérarchique plus que générationnel. Arrivés à un certain niveau de responsabilité, les pères ne s'occupent plus de leurs enfants. La différence, c'est que les “nouveaux pères” ont des femmes actives qui ont aussi des contraintes professionnelles. »
Avec leurs femmes, ces deux jeunes pères s'impliquent dans l'emploi du temps de leur progéniture. Par exemple, ce sont eux qui emmènent leurs enfants à la crèche tous les matins. « De temps en temps, ma femme m'appelle à 18h parce qu'elle est retenue à son travail, et je quitte le mien pour m'en occuper », raconte Lancelot. A la crèche, il croise environ un tiers de papas :
« Aux réunions de parents d'élèves, qui sont généralement à 18h30, il y a toujours neuf dizièmes des mamans, mais un tiers d'entre elles sont accompagnées de leur homme, ce qui est nouveau. »
« Le monde du travail est encore calé sur un modèle à l'ancienne »
Pour Marlies Gaillard, directrice des projets du cabinet Equilibres et coréalisatrice de l'étude « Pères managers », le clivage entre les plus et les moins de 45 ans est « culturel » :
« Leurs visions de l'articulation entre le travail et la vie de famille sont nettement différentes. »
Chargée de mission à l'Observatoire de la parentalité en entreprise lancé en 2008 par le gouvernement, Agnès Pla relève que ces deux sortes de pères « n'ont pas la même éducation. Les plus âgés sont encore calés sur des modèles familiaux plus traditionnels ». Selon elle, le fait que « les mesures de conciliation soient plus destinées aux femmes n'arrange pas les choses. Le congé paternité de 14 jours revient à replacer la femme dans ces modèles plus traditionnels ».
La journaliste indépendante Isabelle Germain -collaboratrice de Rue89-, qui publie ces jours-ci « Si elles avaient le pouvoir… » (Larousse, collection « A dire vrai »), estime aussi que :
« Le monde du travail n'est pas du tout adapté aux hommes qui veulent élever leurs enfants. Aux femmes non plus, d'ailleurs. Ces dernières décennies, elles ont fait un pas vers la sphère professionnelle, alors que les hommes n'ont pas fait complètement un pas vers la sphère familiale. Les structures du monde du travail, qui sont encore calées sur un modèle à l'ancienne, y sont pour beaucoup. »
Un homme au foyer : « Des gens croyaient que j'étais veuf. »
Les mentalités sont donc en train d'évoluer par le bas de la pyramide d'âge. Pour ceux qui sont en avance ou décident de carrément arrêter de travailler, c'est difficile… Jean-Luc, 54 ans, a choisi en 1984 d'être père au foyer, alors qu'il était enseignant dans le primaire :
« Ma femme ne tenait pas du tout à arrêter, et moi ça m'intéressait de le faire. »
Il a donc consacré ses journées à élever leur fille, ce qui lui a permis de rassembler nombre d'anecdotes édifiantes. Particulièrement quand elle était bébé :
« J'ai tout entendu. Des gens qui croyaient que j'étais veuf, d'autres qui me traitaient de gigolo. Un jour, alors que je la changeais dans un jardin public, trois femmes se sont jetées sur moi en disant : “Laissez-nous le faire, les hommes ne savent pas faire ! ”. Dans la bousculade, j'ai cru que ma fille allait tomber. »
Pour lui, « plus les gens sont âgés et dans des professions lucratives, et plus ils sont fermés à mon choix ». Maintenant que sa fille est grande, Jean-Luc tire une conclusion de son expérience :
« ça me révolte qu'on considère normal qu'une femme choisisse d'être au foyer, alors que quand c'est un homme, c'est soit horrible, soit héroïque. Je ne comprends pas cette mentalité. »
Et vous messieurs, quel que soit votre âge, êtes-vous plutôt boulot ou biberon ? Peut-être les deux ?
► A lire aussi : l'étude d'Equilibres sur les « Pères managers ».
Photo : Barack Obama et ses filles (Kevin Lamarque/Reuters).
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De deecurl
| 19H08 | 13/01/2009 |
je suis indirectement concernée, car femme active ; )
merci à rue89 d'aborder ce sujet.
le clivage dont vous parlez est tout à fait visible dans l'entreprise où je bosse, entre quinquas surbookés dont la femme s'occupe des enfants et trentenaires qui se barrent à 17h pour chercher le bébé à la crèche.
je dois préciser que dans mon entreprise, dirigée par une femme, il y a une politique d'égalité professionnelle assez concrète : elle passe par la prise en considération des pères avec la promotion du temps partiel masculin et du congé paternité, au lieu classiquement de mettre l'accent avant tout sur le temps partiel féminin.
les résultats sont probants et les pères se sentent encouragés et soutenus, et n'hésitent pas à prendre du temps pour leurs gamins, faisant passer pour des dinosaures les plus réfractaires.
De C. Creseveur
D'actualité | 19H07 | 13/01/2009 |
Moi je suis les deux. C'est vrai que ce n'est pas facile tout les jours de concilier le boulot et les gamins. Ca demande surtout beaucoup d'organisation, mais on n'est pas les premiers : c'était, et c'est souvent de nos jours la vie des femmes.
Concrètement ça revient tout de même à se rendre moins disponible pour sa vie professionnelle, et avec le temps ça se transforme en un réel handicap parce que le CV ne se remplit plus.
En revanche, et c'est toute la compensation, je vois mes enfants grandir. Ca c'est un bonheur pur, qui me rend au moins sûr d'une chose : quand je suis avec mes marmousets je ne perd jamais mon temps.
Ca vaut le sacrifice du boulot.
De Diegoka
| 19H06 | 13/01/2009 |
« Et vous messieurs, quel que soit votre âge, êtes-vous plutôt boulot ou biberon ? Peut-être les deux ? »
Bon moi, je serais plutôt aucun des deux ! !