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Affaire UIMM : « Laurence Parisot savait »
Par David Servenay | Rue89 | 18/01/2009 | 18H55
Dans une enquête décapante et fouillée, Guillaume Delacroix, journaliste aux Echos, dévoile les manoeuvres qui ont entouré le scandale de la caisse noire de l'Union des industries et métiers de la métallurgie. Où l'on découvre que les saints ne sont pas forcément ceux que l'on imagine. La présidente du Medef, Laurence Parisot, y perd son auréole de réformatrice en chef des moeurs du patronat. Entretien et explications.

Pour l'honneur, ils ont choisi de se retrouver ce lundi à la barre de la XVIIe chambre du TGI de Paris, celle qui juge les affaires de presse. Laurence Parisot attaque en « diffamation » Daniel Dewavrin, ancien président de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM). Au printemps dernier, ce pilier de l'UIMM, ainsi que deux autres anciens de l'organisation (Denis Gautier-Sauvagnac et Arnaud Leenhardt) ont affirmé que l'actuelle présidente du Medef était parfaitement au courant des usages occultes des maîtres de forges.
En clair, Parisot aurait su qu'une caisse noire alimentait à la fois les syndicats, certains politiques, journalistes, chercheurs. Tout ce qui sert à « fluidifier le dialogue social », pour reprendre l'expression de DGS. L'enquête de Guillaume Delacroix confirme cette analyse : « Oui, Laurence Parisot était au courant du système dans son principe », affirme-t-il témoignages à l'appui, « sans connaître les modalités pratiques ».(Voir la vidéo)
Exemple : en janvier 2006, Laurence Parisot s'interroge, lors de réunions patronales au Medef, sur les liens financiers entre l'UIMM et Force Ouvrière, après que le syndicat ait refusé de signer un accord sur l'Unedic. Interrogée par le juge Roger Le Loire, chargé de l'instruction, Laurence Parisot défend une version bien différente :
« J'ai eu connaissance de l'Epim [Entraide pour les industries de la métallurgie, ndlr] au fur et à mesure de l'affaire. Denis Gautier-Sauvagnac en a parlé une première fois au bureau du Medef du 8 octobre 2007 […]. Je ne savais même pas que ce genre de mécanisme pouvait exister. »
S'il n'est pas prévu que la présidente du Medef se présente au tribunal, Denis Gautier-Sauvagnac y sera. L'ancien président de l'UIMM aura alors la possibilité de répéter ce qu'il a déjà expliqué au juge Le Loire et aux enquêteurs de la brigade financière.
« Ce n'est pas de blanchiment dont il s'agit, mais plutôt de noircissement des fonds de l'Epim », détaille Guillaume Delacroix. Une pratique au moins aussi vieille que l'UIMM (apparue en 1901), mais qui s'était étendue à de nombreux bénéficiaires au fil des ans.(Voir la vidéo)
L'enquête apporte des compléments d'information, notamment sur l'épineuse question des amendements estampillés UIMM et défendus avec vigueur par certains députés. Le cas de Roselyne Bachelot a déjà été évoqué : en 1995, la députée défend un amendement sur la formation professionnelle qui sauve les finances de l'organisation patronale.
D'autres cas, moins connus, sont cités. Avec d'autres ministres en exercice : Hervé Morin, Hervé Novelli. Ou encore les parlementaires Dominique Tian, Jean-Michel Fourgous, Olivier Dassault, Pierre Morange… Difficile d'apporter des preuves, mais les policiers ont observé sur la période incriminée (2001-2007) des pics de retraits d'argent liquide, juste avant les échéances électorales de 2002 (présidentielle et législatives) et 2007 (présidentielle et législatives).(Voir la vidéo)
Derrière les péripéties judiciaires -aucun des protagonistes ne risque vraiment de passer par la case prison-, l'enjeu de cette lutte à mort est aussi l'avenir du patronat. De ce point de vue, « Enquête sur le patronat » est un modèle de décryptage des ambitions personnelles et des lignes de fracture des entrepreneurs français.
En mettant fin à de tenaces clichés : autant l'UIMM apparaît politiquement très conservatrice, alors qu'elle est socialement bien plus progressiste que le Medef ou l'Association française des entreprises privées (Afep). Quant aux hommes, ils sont déjà quelques-uns à afficher leurs ambitions pour succéder à Laurence Parisot, dont le mandat arrive à terme en 2010. Quoique discret, le premier d'entre eux est un certain… Denis Kessler.(Voir la vidéo)
Dernier point : le journaliste des Echos, chargé de suivre les affaires patronales depuis cinq ans pour son journal, est désormais black-listé par la présidente du Medef. Le jour où Laurence Parisot apprit que Guillaume Delacroix préparait un livre, elle entra dans une colère froide.

Photo : Laurence Parisot à l'Université d'été du Medef, le 27 août 2008 à Palaiseau (Audrey Cerdan/Rue89)
Dessin : Hervé Fell
A lire aussi :
► Enquête sur le patronat, dans les coulisses du scandale Medef/UIMM de Guillaume Delacroix, (Plon, 2009, 331 pp., 21,90 €)
► Les articles de Rue89 sur l'affaire de l'UIMM
► Les procès-verbaux de l'affaire publiés par les Echos
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De padiran
Chroniqueur mondain | 19H26 | 18/01/2009 |
Savoir que l'UIMM a largement arrosé certaines personnalités politiques pour « fluidifier » le droit des affaires n'est certainement pas un scoop. La suppression des juges d'instruction vient après la proposition de N..S de dépénaliser le droit des affaires. Il faut beaucoup de « lubrifiant » pour trouver la majorité parlementaire nécessaire pour faire aboutir ces propositions, abracadabrantesques en ces temps de crise.
Dans n'importes quelles démocraties du nord de l'Europe ou Anglo-saxonnes, savoir qu'un responsable politique ou patronnal ment sur des affaires en cour vaudrait démission de sa part. La France est un pays « à part » ou l'opinion ne pèse pas sur ce genre de fraude par omission.
Sommes nous encore en démocratie ?
De Le Yéti
yetiblog.org | 20H13 | 18/01/2009 |
GANGSTÉRISME
Trouvez-moi UN SEUL patron du CAC 40 qui se soit comporté ces cinq dernières années autrement que comme un chef de bande sans scrupule, soucieux d'autre chose que des intérêts jaloux de sa bande, sans être regardant sur les manières de les protéger et de les faire fructifier à son exclusif profit .
Trouvez-moi UN SEUL patron du CAC 40 qui ait eu ne serait-ce qu'une velléité de considérations sociales pour ses salariés. Qui ait réinvesti dans une amélioration de ces relations sociales le moindre kopeck de ses faramineux profits.
Trouvez-moi, dans les quinze dernières années, UN SEUL plan social un tant soit peu positif pour les salariés, UN SEUL plan de restructuration qui n'ait pas été accompagné de suppressions de postes.
« Laurence Parisot savait », dites-vous ? Bien sûr qu'elle savait. Ils savaient TOUS !
Et le pire est que la plupart d'entre savions, ou pouvions savoir. Tout ça était tellement gros !
C'était juste que nous ne voulions pas savoir.
Maintenant nous pleurons.
De nemo3637
Déchoukeur | 21H49 | 18/01/2009 |
Ouais. On se doutait bien que le « je-vais-vous-faire-de-gros-yeux » à l'intention de l'UIMM était plutôt pour la galerie.
Dommages collatéraux - c'est d'ailleurs pour ça que personne n'aime parler de ce genre de sujet - du côté des syndicats dont la corruption apparait en filigrame