Question séléctionnée par Eco89

Le temps partiel choisi est-il une solution à la crise ?

Question posée par Hedoniste | Agitateur social | 18/01/2009 | 14H42
La réponse de Mafeco

Le temps partiel « choisi », solution à la crise sociale ? Partiellement peut-être, car une généralisation du temps partiel (déjà relativement important en France, à 17,2% de la population active occupée) permettrait éventuellement de répartir sur davantage de têtes le nombre d'emplois total qui se restreint, et ainsi d'éviter au maximum de personnes possible la stigmatisation du chômage.

En revanche, le temps partiel ne peut pas être considéré comme un remède à la crise économique. D'abord parce que l'emploi n'est à moyen et long terme pas un « gâteau » que l'on partage : il existe de nombreux cas historiques où une hausse brutale de la population active ne s'est pas traduite par une hausse durable (plus d'un an) du chômage, par exemple le retour des « Pieds-Noirs » d'Algérie. Et l'inverse est vrai également.

Une mesure défavorable au pouvoir d'achat

Ensuite, qui dit temps partiel dit salaire partiel, et donc baisse automatique des revenus. Dans une perspective de relance « keynésienne », l'idée est au contraire de maintenir autant que possible le pouvoir d'achat des ménages afin que leur consommation ne faiblisse pas : a priori, un chômeur touchant son assurance chômage (soit pour simplifier 60% de son ancien salaire – ce statut lui donne en outre droit à quelques aides) et un travailleur à temps plein consommeront plus que deux travailleurs à temps partiel.
En effet, le chômage comme le temps partiel touchent davantage des personnes occupant des emplois peu qualifiés ou peu rémunérés, et qui ont tendance à consommer une part très importante de leur revenu. A court terme, une substitution du travail à temps partiel au travail à temps plein tendrait plutôt à déprimer la demande.

Peu de candidats ces temps-ci

De plus, on ne peut décider unilatéralement que le temps partiel deviendrait tout à coup un choix. D'abord parce que à l'heure actuelle il est majoritairement subi : il existe davantage de personnes travaillant à temps partiel et souhaitant passer à temps plein que de personnes employées à temps plein et souhaitant réduire leurs horaires (les emplois à temps partiel sont occupés à 80% par les femmes qui se retrouvent sévèrement pénalisées en termes de carrière et de retraite. Ensuite parce que les ménages sont actuellement inquiets et cherchent au contraire à ne pas se priver de sources de revenus complémentaires : du fait de la rigidité du marché de l'emploi, il est difficile quand on passe à un temps partiel d'être sûr qu'on pourra repasser à temps complet si cela s'avère nécessaire (licenciement du conjoint, problèmes familiaux…). En outre de nombreuses entreprises, notamment petites et moyennes, traversent en ce moment une passe assez difficile et il semble inopportun de leur imposer des réorganisations industrielles brutales.

La crise appelle une réponse contraire

Et pour répondre aux préoccupations « décroissantes » d'Hedoniste et de jpp64, on pourrait envisager une généralisation d'une réduction du temps de travail, un passage à 32 heures par exemple, comme le défend le socialiste Pierre Larrouturou depuis 1993. (sorte de « temps partiel généralisé »). Cette baisse générale du temps de travail, qui serait concomitante à un (re)développement de l'autoproduction et/ou à une baisse de la consommation globale, est un mouvement de société à long terme. S'il a ses partisans, il n'est pas sûr qu'il fasse envie à beaucoup de Français et ne semble pas une façon de surmonter rapidement une crise qui appelle plutôt une réponse contraire.

Merci à red sky, Hedoniste,
comptecourant
les chats et
jpp64 pour leurs contributions
.

7 commentaires sélectionnés

Portrait de Hedoniste

De Hedoniste

Agitateur social | 16H59 | 13/01/2009 | Permalien

Merci pour cette réponse à laquelle je souhaite apporter ma contribution car je l'ai appliqué à moi-même en passant à 9/10ème avec perte de salaire équivalente.
En effet, d'un point de vue macro économique, il faut relancer la consommation alors que, personnellement, je m'inscris dans la décroissance en faisant baisser ma consommation.
Pourquoi rester persuadé que la solution de la crise consistera à relancer la consommation et réitérer les erreurs du passé qui nous ont, justement, conduit à cette crise ?

L'objectif est-il de sauver le système et de survivre ou, peut-être, de repenser le sens que nous donnons à notre organisation sociale, à nos vies et à la place de la consommation dans celles-ci ?

Au passage, cela permettrait certainement de partager le travail avec celles et ceux que l'on a mis en temps partiel forcé ou qui n'ont pas d'emploi du tout et qui souhaiteraient consommer au moins le minimum pour survivre …

Portrait de jpp64

De jpp64

11H55 | 16/01/2009 | Permalien

Je suis bien plus proche de la solution d'Hédoniste que de Mafeco et je réfléchis aussi à cette solution.

Il y en a ras le bol de ce paradigme de la croissance éternelle basée sur une consommation toujours plus forte.
Et je ne suis pas sûr qu'un employé à temps plein et un chomeur consomme plus que deux employés partiels, on pourrait aussi comparer à un employé à temps plein et un RMIste.
Pour moi une décroissance choisie et non subie est une solution, et un RMI n'est pas autre chose qu'une décroissance forcée. On sacrifie certaines personnes pour permettre à d'autres de continuer à vivre normalement.

Je suis persuadé que le passage au 35h aurait du être un passage au 32h avec partage de l'effort entre le patronnat et les salariés, on serait arrivé trés prêt du plein emploi.
Au PS il y a des gens comme Pierre Larouturou qui défendent encore la semaine des 4 jours.

Portrait de Les Chats

De Les Chats

En grève du zèle contre le nettoyeu... | 11H11 | 14/01/2009 | Permalien

Et pour augmenter le travail, pourquoi ne donne t-on pas la retraite plus tôt aux femmes ?
Certains crieront au scandale, égalité …. mais l'égalité n'existe pas, les femmes sont toujours moins payées que les hommes et plus elles avancent en âge, c'est à dire vers la retraite et plus la différence est grande entre le salaire des hommes et celui des femmes.

Les différences de salaires augmentent avec l'âge :

La différence de salaires entre les femmes et les hommes s'accroît fortement avec l'âge : de 6 % pour les cadres de moins de 30 ans à 38 % pour les cadres de 55 ans et plus.
Du côté des femmes, la croissance du salaire présente un net ralentissement à partir de 35-39 ans.

Chez les hommes au contraire, le salaire évolue de façon continue avec l'âge.

À noter également que l »écart entre les salaires des femmes et des hommes se creuse encore plus à partir de 50 ans.

http://www.juritravail.com/salaire/actualites/homme-femme-travail-egal-s…

Et combien de familles monoparentales en France ?

Au boulot les socialistes creusez-vous un peu pour nous donner une étude complète et des chiffres, c'est ce que devrait faire ce gouvernement s'il voulait vraiment trouver une solution.

Portrait de Mafeco

De Mafeco (auteur)

Blogueurs | 11H11 | 14/01/2009 | Permalien

Désolés Hédoniste, mais nous avons traité la question posée, qui portait sur le temps partiel, alors que visiblement vous aviez en tête « la décroissance peut-elle nous sauver de la crise ? »…

Portrait de Suppriméàlademandeduriverain17.02.09

De Suppriméàlademandeduriverain17.02.09

11H11 | 14/01/2009 | Permalien

Le temps partiel n'intéresse pas que les femmes même si elles semblent plus nombreuses à opter pour ce mode de répartition du travail. Contrairement aux idées reçues, la très grande majorité des salariés à temps partiel ont choisi cette formule. Mais elle a un coût aussi bien pour le salarié que pour les déficits.

Beaucoup d'hommes travaillent à temps partiel, dans tous les secteurs d'activité économique, tant du service public que du secteur privé et marchand.

L'inconvénient du temps partiel est identifié, il paye moins. En outre, il a le désavantage de léser le travailleur au moment de la liquidation de sa pension, sans compter le manque à gagner pour les organismes de solidarité (Sécu, Caf, retraites complémentaires, etc).

Pour autant, il est une véritable solution que les employeurs ne veulent pas se donner la peine d'exploiter. Je travaille à temps partiel et j'ai un mal de chien à trouver des opportunités pour continuer à travailler de cette manière. Les recruteurs me regardent d'un air hébété lorsque je leur propose un temps réduit en arguant des heures volatiles dans une journée de 7 ou 8 heures. Pire que la crainte du conflit social, il y a le non-dit du temps perdu dans la journée de temps plein.

A de rares exceptions, le temps partiel est correctement rémuné, dans les grandes entreprises je peux percevoir pour 20 h de travail l'équivalent d'un Smic brut, dans d'autres le calcul est moins favorable. Je dirais que le problème majeur du temps partiel c'est qu'on en trouve peu pour les emplois à quelque valeur ajouté ou au niveau de la petite maîtrise d'entreprise. Le changement des mentalités dans le monde de l'entreprise française n'est pas pour demain. Il faut grignoter petit à petit les préjugés pour imposer une manière de travailler efficace et rationnelle.

Portrait de Hedoniste

De Hedoniste

Agitateur social | 11H57 | 16/01/2009 | Permalien

Maféco, pour moi, il n'y a pas de malentendu dans la réponse apportée car le sujet n'est pas la décroissance.

En effet, ma question porte sur une action concrête face à la crise. Il se trouve que ma motivation personnelle est la décroissance car, derrière, il y a la question de savoir si c'est le système que l'on vetu sauver ou les gens qui le composent.

Mon titillement volontaire a pour objectif de tenter de prendre du recul et de se rendre compte, décroissance ou pas, que chaque individu peut infléchir le présent et surtout le futur, à sa manière …

Portrait de Red-Sky

De Red-Sky

The "think different" boy | 12H24 | 15/01/2009 | Permalien

Il ne faut pas avoir une vision arithmétique sur ce sujet, mais dynamique, cybernétique.
A temps partiel, on ne gagne vraiment pas grand chose (et on perd quand même sa journée, dans les transports etc). Moins d'argent, donc moins de dépenses, donc moins d'emploi… C'est la spirale négative. Le système ne peut être intéressant que dans une optique « décroissante » avec une forte part d'auto-production : cuisine, jardinage, bricolage, auto-construction, donc difficilement envisageable dans des grandes métropoles où vivent la majorité des gens.

Le système d'emploi le plus intéressant est un marché de l'emploi fluide où chacun peut choisir à la carte sa formule (travailler plus quand on est jeune et pauvre, moins quand on est âgé). Où l'on peut passer du public au privé et inversement, être jugé sur ses aptitudes et non sur des préjugés de recrutement, se former régulièrement, maîtriser ses objectifs plutôt que subir un management tyrannique etc… C'est donc plus un problème qualitatif que quantitatif. Mais pour avoir le qualitatif, il faut avoir une quantité minimale d'emploi disponible sur un marché fluide ; c'est la pénurie d'emploi qui entraîne la détérioration des qualités des emplois en favorisant les abus des employeurs, ou leur manque d'intérêt pour la qualité des conditions de travail.
Inversement, des mauvaises conditions qualitatives de travail induisent des productions de biens et de services de mauvaises qualités et des pertes de clientèles et donc d'emploi.
Tout se teint, et c'est tout le système français, très archaïque qui est à revoir. Ce n'est quand même pas par hasard, ni sans raisons, que les français sont les champions du chômage depuis de nombreuses années. ( en raisonnant sur les VRAIS chiffres du chômage…).

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