Enquete sur l'industrie musicale

Musique (3/4) : des nouveaux acteurs tout terrain

Par Isabelle Hanne et Nolwenn Le Blevennec | Journalistes | 18/01/2009 | 18H00

Au Friedrichstadtpalast music hall de Berlin, le 14 janvier (Johannes Eisele/Reuters)

Logo des Inrocks. A l'occasion du 43e Midem, Rue89 et Les Inrockuptibles s'associent pour une grande enquête en quatre volets sur l'industrie musicale française. Une semaine après la promesse d'iTunes de supprimer ses DRM, le point sur la mort annoncée du CD, le combat des majors pour survivre, les nouveaux acteurs et la musique bientôt gratuite.

Un peu de Facebook, une pincée d'Itunes et un zeste de Fnac Spectacle. Les nouveaux acteurs de l'industrie musicale, présents sur le Web, jonglent avec les outils et, sans en avoir l'air, occupent de plus en plus de place sur le marché de la musique.

Les marques vendent, produisent de la musique et séduisent les fans, avec du 2.0. Dans les années à venir, les majors vont devoir composer avec ces nouveaux entrants qui se développent à grande vitesse, très bientôt incontournables. Alan Gac, du label Cinq-7 (The Do, Dominique A…), prévient :

« C'est la conquête de l'Ouest, les nouveaux acteurs (FAI, Nokia, SFR) arrivent et veulent faire tous les métiers. Il va y avoir une redistribution des cartes. »

En septembre dernier, Myspace music a été lancé aux Etats-Unis. Jusqu'à présent, sur le profil Myspace d'un artiste, les internautes ne pouvaient écouter que six morceaux en streaming. Dorénavant, aux Etats-Unis et bientôt en France (courant 2009), les internautes auront accès à tout le catalogue de l'artiste, en téléchargement payant sans DRM.

« Nous avons signé un accord avec les majors et des indépendants, on finira par avoir tout le monde », assure Olivier Hascoat, DG de Myspace France. Lucile Morin, attachée de presse, renchérit : « A terme, nous aimerions que les artistes non signés soient aussi offerts en téléchargement. »

Aussi, sur le nouveau Myspace, les fans pourront télécharger des sonneries, faire des T-shirts à l'effigie des artistes ou acheter des places de concerts. « Nous allons fournir aux artistes le moyen de monétiser leurs contenus, de créer des mini-magasins en ligne. C'est une stratégie 360° », se réjouit Olivier Hascoat.

Goom, radio révolution

Même stratégie 360 chez SFR. L'opérateur de téléphonie mobile au carré rouge est sur le point de devenir un poids lourd de l'industrie musicale. Le site, sur sa plateforme Attention musique fraîche, offre déjà des concerts en live, un service de billetterie et une plateforme jeunes talents. SFR a signé des accords avec toutes les maisons de disque et vend de la musique à la chaîne.

Sur le premier semestre 2008, la marque est passée numéro 2 français, derrière Itunes, pour le téléchargement de musique digitale. Le téléchargement sur mobile (sans DRM) explose. En 2008, SFR a enregistré 10 millions de téléchargements, dont 90% sur le mobile. L'achat de musique se réalise à l'acte ou, plus intéressant, via des forfaits de téléchargement illimité.

SFR va aussi annoncer au Marché international de l'édition musicale (Midem) son partenariat avec Goom radio, une toute nouvelle radio, 100% numérique. Un partenaire mais aussi un de ses principaux concurrents dans les années à venir.

Chez Goom, pas un seul CD sur les bureaux. C'est au bord de la Seine, au Pont de Sèvres, que la radio s'est installée. Une radio pour les moins de 25 ans, au nom cool : « Cela veut dire faire sauter le public dans le langage hip-hop », explique Roberto Ciurleo, cofondateur et ancien directeur des programmes de NRJ.

Chez Goom, l'obsolète bande FM fait doucement rigoler. Dans les couloirs, on parle normes technologiques obscures : 3G, 4G, Wifi et Wimax. La radio offre déjà un bouquet de 15 radios en format wav, « un son bien meilleur que celui du CD », accessible sur son portable, son ordinateur, sa chaîne et son poste de radio Wifi. « L'année prochaine, la radio Wifi sera le premier cadeau de Noël offert dans le monde », sourit Roberto Ciurleo.

Comme Myspace et SFR, Goom radio ne se contentera évidemment pas de faire son métier d'origine. Sur le site, les auditeurs pourront acheter les titres qu'ils aiment mais aussi des places de concert, des produits dérivés.

« Nous souhaitons également découvrir des talents. Aujourd'hui, la radio ne diffuse que 4% de la production musicale, nous voulons aller bien au-delà », confie Ciurleo.

Seule réserve de ces nouveaux acteurs à triple casquette : la production. Myspace et Goom s'accordent pour dire que c'est un métier à part. Pour Olivier Hascoat :

« Le rôle d'un producteur, c'est de sentir les tendances, d'accompagner les artistes. Un groupe comme Cocoon a longuement travaillé avec un producteur compositeur, avant de se faire connaître. C'est un vrai savoir-faire. »

Chez SFR, par contre, aucun complexe : « On y pense, on y réfléchit forcément. Nous sommes très sollicités. Pour le moment nous nous contentons d'être partenaire, co-producteur d'événements », explique Laurence Dolivet, responsable musique de SFR.

Il faut dire que le carton de Mymajorcompany, une plateforme qui permet aux fans de produire les artistes de leur choix en un clic, donne des idées. Car l'un des défis de ces sites est aussi d'impliquer, avec tous les outils qu'ils ont à disposition, de plus en plus les internautes.

Opération séduction d'internautes

Mymajorcompany permet aux internautes de miser sur des artistes, parmi une dizaine sélectionnée par le label. Quand l'artiste atteint 70 000 euros, il est produit. Le site n'a qu'un an et peut déjà se vanter d'avoir à son actif une star au box-office.

Grégoire, avec son tube entêtant « Toi + Moi », a vendu 240 000 albums. Il est n°1 des ventes digitales, depuis des semaines. « Les producteurs internautes de Grégoire ont quadruplé leur mise. Un internaute a gagné 24 000 euros, en misant sur lui », se réjouit Simon Istolainen, cofondateur du site avec Michael Goldman, le fils de Jean-Jacques.

Mymajorcompany ne compte pas s'arrêter là. Le site vient de lever trois millions d'euros, avec l'entrée dans le capital de Stéphane Courbit, ancien d'Endemol. « Avec cette augmentation de capital, en 2009, nous allons ouvrir le système », confie Istolainen.

Jusqu'à présent, le label présélectionnait les artistes produits par les internautes. D'ici quelques semaines, une seconde plateforme ouvrira en parallèle, accessible à tous les artistes. Les internautes pourront alors faire leur propre direction artistique.

« Nous avons eu cette idée afin de coller encore plus aux attentes des internautes. Ils veulent être toujours plus impliqués dans le choix des artistes », confie Simon Istolainen.

Chez Goom, même démarche : « Les internautes ont leur rôle à jouer », assure Ciurleo. Dès le mois de septembre, les auditeurs pourront créer leurs propres radios, « My Goom ». « Ils pourront choisir d'écouter l'horoscope, seulement leur signe s'ils le souhaitent, à 7h00, un flash info à 7h05 et une programmation musicale de leur choix à 7h15 », s'enthousiasme l'ancien directeur des programmes d'NRJ. Et d'ajouter : « On ne peut plus dire “écoutez-ça ! point barre'. L'internaute doit pouvoir faire ce qu'il veut.”

Dans ce nouveau paysage musical, l'offre explose. Opérateurs télécoms, fabricants de téléphones (Nokia, Sony), fournisseurs d'accès à Internet, marchands de musique (Fnac, Virgin) et radios vendent de la musique sur Internet. Dans ce contexte, la question de la recommandation musicale est probablement le prochain défi de ces acteurs Web.

“En ce qui concerne la musique, en France, aucun médium sur Internet ne déplace les foules quand il dit qu'un disque est top. Les médias prescripteurs restent les journaux papiers classiques. Il manque un site comme Pitchfork, aux USA”, analyse Michel Pampelune, directeur de Fargo Records.

La place reste à prendre.

Photo : au Friedrichstadtpalast music hall de Berlin, le 14 janvier (Johannes Eisele/Reuters)

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5 commentaires sélectionnés

Portrait de Shim

De Shim

www.njaro.org | 18H58 | 18/01/2009 | Permalien

A voir, le choix total d'une radio apporte certes une valeur ajoutée certaine, mais l'intérêt d'uen radio c'est aussi, et surtout, la découverte par le hasard de la programmation de choses qu'on ne connaissais pas.

Et je suis assez sceptique quant à l'utilisation de radio wifi en remplacement des radios actuelles : ça lie l'internaute à l'obligation d'avoir une connexion wifi en activité. D'un point de vue plus large on peut voir ça comme étant en contradiction avec la volonté du gouvernement de lutter contre le piratage : p

Portrait de Tsht

De Tsht

21H57 | 18/01/2009 | Permalien

@Shim
Je viens de tester… Pour ce que j'en ai compris, Goom est une radio dont on peut composer plus ou moins la playlist dans le genre qu'on veut, mais en aucun cas on ne choisit tout.
Si tu n'as pas été jusqu'au bout, je te donne leur explication :
http://www.goomradio.com/goomWeb/STATIC/edito/fr/faq/FAQ.htm
Ils précisent bien : « Le concept est simple.
Goom c'est une nouvelle marque de radios numériques qui permet d'écouter des stations thématiques programmées par des professionnels »

Apparemment il y a même des émissions. Donc ça ressemble bel et bien à une radio mais en un poil mieux. Faut voir la gueule des radios actuelles, je fais quoi moi si je veux du death metal ? J'ai droit à une émission sur une radio indépendante un jour de la semaine en soirée, sinon j'ai internet et ses systèmes de diffusion légaux en streaming. Là on peut peut être se permettre des choses un peu plus ciblées (et pas de la musique « FM » ou que du mainstream comme on dit ; ) ).

Pour écouter ce que l'on veut, il faut quelque chose genre Deezer, Spotify, Last.fm (qui pour le coup propose aussi des playlist permettant de découvrir des trucs).

Quant au piratage… à tous les coups effectivement ils vont se mettre à gueuler si ça marche bien parce que machin truc histoire de gros sous ; ) Pour le Wifi, faudra peut être attendre le wimax ou une connexion 3G sur sa radio, mais ça arrivera forcément un jour.

@eLlolo
Je ne suis pas tout à fait d'accord. Le CD est déjà un format dégradé, vu qu'on a échantilloné un artiste à l'enregistrement. Un son WAV permet de passer au dessus du 44,1KhZ du CD, par exemple, et au dessus du 16bits. Donc, amha, ce ne sont pas totalement des conneries.

Je tiens à préciser, je n'ai aucune action chez Goom mais je trouve le concept très intéressant : p L'article est intéressant sinon, merci Eco89.

Portrait de bastadeboludos

De bastadeboludos

commentjecomprendspas | 06H37 | 19/01/2009 | Permalien

Le débat sur le format WAv n » as pas vraiment lieu d'être et est à l'évidence purement commercial. D'une part je n'ai jamais entendu quelqu'un se plaindre de la qualité du son CD, d'autre part parce que de très nombreuses chansons sont disponibles presque exclusivement en qualités cds donc … comment les améliorer ? En remasterisant tous les bandes d'enregistrements original de chaque chansons ? J'y crois pas trop.

Il faut aussi se rendre compte que la plupart des utilisateurs n'ont pas le matériel pour avoir un bon son et quand on parle d'écouter un son meilleur qu'un cd avec son telephone portable il y a de quoi exploser de rire.

La Radio FM obsolete ? C'est marrant ça parce que tous les postes de radio récents proposent la FM et qu on ait encore loin d'imposer un autre systeme, d'autant plus que cela impliquerait que la plupart des français remplacent leur autoradio pour finallement pas grand chose.Ce qui est obsolète c est d'encore penser qu'une radio internet puisse marcher en ne diffusant que de la musique. Avec la multiplication des moyens d'écouter sa musique tant à travers les chaines musicales, les sites tels que Deezer ou les sites de clips, la force de la radio est la réactivité et l'interaction avec l'actualité : bref les infos, les commentaires des auditeurs ou des professionnels sur l'actualité…etc etc

Portrait de Denis Grognard

De Denis Grognard

employé administratif | 14H09 | 19/01/2009 | Permalien

Ca devient clair que la fin du modèle des majors et de l'imposition des goûts par des multinationales de l'industrie culturelle dont se gargarisaient certains (naïfs) chercheurs en prend un coup !

Là, on nous disait qu'il n'y aurait plus d'intermédiaire entre l'artiste et l'auditeur, qui retrouvons-nous ?
SFR, des anciens d'Endemol (Mymajor) et Rupert Murdoch (propriétaire de Myspace).

Comme le disait Snake Plisken : « Plus les choses changent et plus elles restent les mêmes ».

Portrait de mar_le

De mar_le

informaticien | 15H01 | 19/01/2009 | Permalien

En réalité et quoi de plus logique, sous le couvert de la nouveauté et de l'alternative aux majors,se développent des systèmes parallèles, concurrents, sensés bousculer les choses mais qui au final rentreront dans le rang et deviendront à leurs tours des nababs de la musique.

Quand on voit qui vient de donner du pèze à MyMajorCompany : Courbit, c'est pas vraiment le hippie idéaliste.

Goom lance un partenariat avec LiveNation et crée une webradio « Madonna » ? Dans le genre découvreur de talents, on a fait mieux.

La suite est prévisible : comme au supermarché, vous pourrez créer votre liste de chansons préférées, mais seront disponibles et mises en avant celles dont le producteur aura au préalable douillé… Ce sont les têtes de gondole version web 2.0

Chassez le naturel…. Je suis passé 5 minutes sur Goom : Découvre la radio officielle d'Anggun, reçois des cadeaux exclu ColdPlay, des tickets Chris Brown… Beuurk…Elle est où la révolution ? ?

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