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La faim, l'autre crise mondiale à ne pas oublier
Par Michel Barnier | ministre de l'Agriculture et de la ... | 26/01/2009 | 15H29
Lundi et mardi, 95 pays se retrouvent à Madrid, pour concrétiser les engagements pris lors du sommet de la FAO, en juin 2008 à Rome, afin de lutter contre la crise alimentaire. A cette occasion, le ministre français de l'Agriculture, nous a adressé ce point de vue.
Une crise ne doit pas en cacher une autre. Une crise peut aggraver l'autre. Passée ces derniers mois dans l'ombre, installée dans les faits, la faim est cette autre crise mondiale que nous ne devons pas oublier. 923 millions de personnes en souffrent aujourd'hui. Le chiffre ne diminue plus, et s'ajoute à d'autres. Plus de 100 millions d'enfants sont frappés de malnutrition, six millions en sont morts l'année passée. L'insécurité alimentaire est la triste réalité de ce siècle commençant. Et doit rester inscrite au plus haut de l'agenda politique.
Ces vingt dernières années, le marché et son libre-cours ont pris le pas sur les politiques et leurs règles. En matière agricole, comme ailleurs, cela se traduit par une course au moins-disant, une plus grande exposition à l'insécurité et aux risques. L'équilibre alimentaire mondial ne s'opère pas par automatisme, il se construit.
Je veux être optimiste. Une démarche concertée, cohérente et structurée est à l'œuvre. En juin, les chefs d'Etats et de gouvernements se sont réunis au siège de la FAO à Rome. Nicolas Sarkozy a appelé à un partenariat mondial pour l'agriculture et la sécurité alimentaire, une proposition reprise à tous les niveaux depuis : Conseil européen, G8, Union Africaine, Nations unies. Ainsi Ban Ki Moon a demandé aux responsables de toutes les institutions qui ont une responsabilité sur la sécurité alimentaire d'y travailler ensemble.
Plus de moyens, mais surtout une meilleure coordination de l'aide
Et ce n'est pas vrai que rien n'a été fait. Des engagements ont été pris, et tenus. La France a doublé son aide alimentaire en 2008, et va consacrer un milliard d'euros à l'agriculture africaine dans les cinq prochaines années. L'Union européenne a dégagé une capacité additionnelle d'investissement d'un milliard d'euros sur trois ans pour les partenaires en développement. La reconstitution du Fonds International pour le Développement Agricole (FIDA) a permis de lever 70% de crédits supplémentaires.
Ce ne sont que des exemples. Mais à ceux qui disent qu'il faut davantage de moyens, j'affirme que c'est aussi et d'abord une question de coordination, de suivi et d'efficacité d'une aide aux politiques de soutien aux agricultures locales. Pour être efficace dans la durée, cette remobilisation financière doit être portée, pilotée et évaluée par une gouvernance nouvelle, associant tous les acteurs. Regardons le monde qui nous entoure, prenons la « ruée vers la terre », qui conduit aujourd'hui des pays à amasser des terres arables des pays pauvres afin de conforter leur propre sécurité alimentaire. C'est bien de règles dont le monde a besoin.
A Madrid, nous devons réaffirmer des objectifs politiques clairs
Les pays les plus vulnérables n'ont pas les instruments de régulation capables de protéger, d'organiser et de développer leurs agricultures locales et vivrières. Ce que nous avons fait en Europe peut être fait dans d'autres régions du monde, en particulier dans les grandes régions d'Afrique. Que les pays voisins mutualisent leur production, leur stockage, leur gestion de l'eau, des risques naturels et climatiques. Au niveau mondial, les politiques commerciales, agricoles, énergétiques, environnementales et d'aide au développement, jouent trop souvent les unes contre les autres et doivent être davantage coordonnées.
Alors que faut-il attendre de la Conférence de Madrid sur la sécurité alimentaire pour tous ? A Madrid, j'attends que les objectifs politiques du partenariat mondial soient clairement réaffirmés par l'ensemble des pays présents. Je souhaite une mobilisation des Nations-unies et notamment de la FAO dans la complémentarité et l'ouverture. Je pense en particulier aux pays du Sud qui doivent se prononcer et s'engager. J'attends qu'un calendrier et une méthode soient définis pour le lancement du partenariat mondial d'ici la fin de l'année. Un premier pas certes, mais décisif et concret vers cette nouvelle gouvernance.
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De r_v
15H48 | 26/01/2009 |
Re-affirmer des objectifs, mettre en place une meilleure coordination…tout ça c'est très bien mais ce ne sont que des paroles d'États qui, pas besoin de le démontrer je crois, ne pèsent pas bien lourds…et pendant ce temps, la faim continue de tuer.
Personnellement, je crois que le problème est celui de la volonté des pays a stopper la faim, parce que l'argent existe (on trouve bien des milliers de milliards pour renflouer les banques), la coordination est tout a fait dans nos cordes (on arrive bien a nourrir des milliers de soldats dans un pays en guerre, a les approvisionner en pétrole, en cigarettes…) ; non je vous le dis, le problème c'est que tout le monde s'en fout…ou préféré faire autre chose de plus bénéfique pour les prochaines élections.
De EulChe
Humaniste hère | 16H27 | 26/01/2009 |
Tout à fait d'accord.
D'ailleurs quand le ministre écrit « c'est aussi et d'abord une question de coordination, de suivi et d'efficacité d'une aide aux politiques de soutien aux agricultures locales. Pour être efficace dans la durée, cette remobilisation financière doit être portée, pilotée et évaluée par une gouvernance nouvelle, associant tous les acteurs » ; il s'agit, au delà du blabla politicien, d'une grave méconnaissance (ou mépris) de ce qui existe sur le terrain.
En effet, il y a un peu plus de 60 ans a été créé un « machin » (qui est attaqué de toute part par notamment les amis du ministre) qui est en charge de cette coordination de terrain. Concernant l'alimentation, deux agences onusiennes sont en charge : le FAO et le PAM pour l'alimentation d'urgence.
Or un des problèmes principaux des Nations Unies sur le terrain sont les freins mis au niveau du politique par l'acharnement de certains pays pour défendre ses intérêts propres au détriment de l'intérêt global (Concernant l'agriculture - et de facto l'alimentation - la France n'est pas en reste…). Il suffit de voir comment sont nommés les personnes à la tête de ces agences pour comprendre tout l'intérêt des grands pays.
Plutôt que de belles paroles, il est plus que temps d'avoir le courage des actes, même si cela doit se faire au détriment de la FNSEA…
Quant à quoi faire : (re)lisez Jean Ziegler…
De Sexus Empiricus
17H15 | 26/01/2009 |
C'est une excellente idée, Monsieur le ministre, que de publier ici, sur Eco89, une tribune sur la fin de la faim dans le monde, car à l'heure où le mot « crise » a repris une inflation galopante dans le discours, on ne manque ni de déclarations, ni de déclamations, toutes plus vertueuses les unes que les autres, contre elle - « la crise ».
Cette heure sonne juste, d'ailleurs, non pas depuis l'année dernière, mais depuis plus de trente ans, si bien qu'on connaît la formule par coeur, et son mot de passe : partout. Crise il y a, crise partout, elle est mondiale, Nord, Sud, partout, tout le temps. Nous voilà avertis : ce terme de « crise » est mûr pour voir sa côte s'effrondrer bientôt sur les places publiques, ou plutôt dans la rue.
Or, pendant ce temps… des populations entières crèvent la bouche ouverte, sous-alimentées ou alimentées de travers ; et lorsque des bouches affamées se résignent à devoir quitter le pays pour se rendre plus au Nord, dans l'espoir de se mettre un bout du gros gâteau de nos richesses sous la dent, gagner une place sous le soleil de nos « parts de marché », - là non ! Halte-là ! Retour à la case départ, pas possible : les riches nations ne peuvent pas accueillir toute la misère du monde.
Très bien. Ensemble, hier, tout était possible, mais maintenant vous comprenez, il y a « la crise » - ce perpétuel présent.
Dans ces conditions, votre harangue vise sans doute, M. Barnier, à mobiliser les troupes sous l'étandard d'une nouvelle gestion des produits de la terre et de la mer. Approche gestionnaire en effet (c'est, dites-vous, une question de coordination, de suivi et d'efficacité d'une aide aux politiques de soutien aux agricultures locales), qu'il est convenu d'appeler « méthode » dans les discours.
Mais pour prendre un seul exemple méthodologique ou pragmatique (peu importe, prenez le mot qui vous parle le plus), quelle est votre position politique vis-à-vis de l'agriculture OGM : êtes-vous de ceux qui croient que les produits OGM sont de nature à résorber la faim dans le monde ?
Et question subsidiaire : la France prêche-t-elle par l'exemple ?