Decryptage

L'UE au secours des victimes de délocalisations en Europe

Par Peggy Corlin | Journaliste | 26/01/2009 | 16H21

'Chaque emploi a un visage', campagne anti-délocalisation des salariés de l'usine Nokia de Bochum (DR).

La Commission européenne serait-elle en train de faire son « coming-out » sur les délocalisations à l'intérieur du marché unique ? Bruxelles et le gouvernement irlandais discutent actuellement des travailleurs de Dell. Le fabricant d'ordinateurs va quitter Limerick dans le sud de l'Irlande pour la Pologne, laissant 1900 salariés sur le carreau, sans compter les milliers d'emplois de sous-traitants menacés.

Le coup est particulièrement dur pour Irlande car le fabricant d'ordinateurs a longtemps été l'un des ferments de son développement économique : installé depuis 1990, Dell pesait 5% de son PIB. Le gouvernement irlandais vient d'annoncer qu'il allait faire toutes les démarches pour obtenir une aide rapide de la Commission européenne. Une intervention européenne d'urgence en faveur de ces salariés serait une première dans l'aide de l'UE aux victimes des restructurations.

Les salariés de Dell victimes de la mondialisation

Jusqu'ici, l'UE est surtout intervenue pour la réinsertion de salariés victimes de délocalisations vers l'extérieur de l'Europe, ou d'un secteur fortement touché par des importations en provenance de pays non-européens. L'UE a ainsi débloqué en décembre dernier 35 millions pour les salariés italiens du textile, un secteur sinistré en Italie du fait des importations chinoises.

L'objectif est de protéger les travailleurs victimes des effets négatifs de la mondialisation. Mais elle n'est jamais intervenue directement pour des délocalisations au sein même du marché européen. Dans le cas irlandais, l'UE pourrait accepter d'établir un lien entre les mauvais résultats de Dell sur le marché mondial et son départ de Limerick vers la Pologne, pour mobiliser le Fonds européen d'« ajustement à la mondialisation ».

Une intervention de ce type n'était pas gagnée lorsque ce fonds spécial a été crée en 2006 pour aider les salariés touchés par des restructurations dues à la mondialisation à se réinsérer sur le marché du travail. A l'époque le silence sur les délocalisations d'un Etat membre de l'UE à l'autre a fait grincer des dents les syndicats européens. L'initiative bruxelloise n'a pas suscité non plus un grand enthousiasme du fait de la maigre enveloppe qui a été allouée -500 millions d'euros par an- et des conditions très strictes imposées pour son utilisation (le fonds n'intervient que si au moins 1000 salariés sont touchés).

Les allemands licenciés par Nokia en partance pour la Roumanie

Aujourd'hui, la Commission européenne pourrait se montrer plus flexible. Elle devrait considérer favorablement une demande qui lui sera adressée en février pour les 1900 salariés allemands licenciés par Nokia dans la Ruhr. L'entreprise part s'installer en Roumanie. Concernant Dell, les premières vagues de licenciements sont prévues pour avril et devraient se prolonger jusqu'à cet été.

Entre temps, Dublin bénéficiera sans doute d'un assouplissement des règles en vigueur. Car parallèlement au plan de relance européen présenté en décembre, la Commission a proposé d'alléger ses procédures :
- en abaissant le seuil des 1000 salariés à 500,
- en s'engageant à financer des plans de reconversion à hauteur de 75% et non plus 50% comme c'était le cas.

Le Parlement européen et les vingt-sept gouvernements de l'UE doivent encore se prononcer sur ces propositions. La crise économique et financière devrait néanmoins encourager les Vingt-Sept à valider d'ici cet été la réforme du Fonds européen d'ajustement à la mondialisation. En particulier, le Royaume-Uni, l'Allemagne, le Danemark et les Pays-Bas, réticents en 2006 à mobiliser de nouveaux financements européens.

En janvier 2007, la France a été la première à bénéficier d'une aide. C'était en faveur des sous-traitants de Peugeot et Renault touchés par les importations de voitures asiatiques. Mais en deux ans d'existence du Fonds, l'Europe a répondu favorablement à douze demandes d'aide n'utilisant que 67 millions d'euros sur les 500 millions alloués annuellement. Un « coming-out » suffira-t-il à mieux mobiliser cette manne ?

Photo : « Chaque emploi a un visage », campagne anti-délocalisation des salariés de l'usine Nokia de Bochum (DR).

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3 commentaires sélectionnés

Portrait de padiran

De padiran

Chroniqueur mondain | 19H11 | 26/01/2009 | Permalien

Impayable cette UE. D'obédience plutôt libérale, voilà maintenant qu'elle fait dans le social.
Comment peut on passer de la liberté du marché à
l'accompagnement des réorganisations économiques dûes essentiellement aux fluctuations boursières ?
La réponse se trouve dans l'article de Rue89. Dotée de 500 millions, la cagnote n'a été utilisée qu'a hauteur de 67 millions d'Euros. Il ne faut pas confondre recapitalisation des banques et plans sociaux.
En ces temps de turbulences annoncées, il vaut mieux être banquier que travailleur
Quant une banque fait des conneries, elle est aidée par l'UE
Quand une entreprise délocalise, l'Europe propose du paracétamol aux salariés licenciés.
On est revenu sur les parvis d'eglises ou les « riches » avaient leurs « pauvres »

Portrait de Peggy Corlin

De Peggy Corlin (auteur)

Journaliste | 00H25 | 27/01/2009 | Permalien

Certes la perspective d'un nouveau référendum irlandais n'est pas négligeable. Mais que dire de l'aide probable aux salariés de Nokia ? Le gouvernement allemand et la Commission préparent le dossier depuis presque un an.

Portrait de Sébastien H

De Sébastien H

Daf à Rouen | 07H32 | 27/01/2009 | Permalien

L'Irlande est certes un beau pays, qui était l'un des plus pauvres d'Europe il y a 10 ans. Leur dumping fiscal outrancier, à l'instar de la Suisse, a eu pour conséquence d'attirer un grand nombre de sociétés dont Dell et ses sous traitants.
L'économie irlandaise a alors pu croître de façon spectaculaire, avec tous les indicateurs économiques au vert.
Mais au dépend de qui en pratiquant ce dumping fiscal ? …et aujourd'hui, il faudrait aider ce pays ? …et en plus, l'année passée, alors que tout semblait aller encore bien, ils ne veulent pas d'une Europe sociale ? …
C'est un peu comme les Anglais, qu'ils assument leurs choix sociaux, économiques, et politiques. L'Europe n'est pas la dernière roue du carosse, la roue de secours qu'on sollicite quand tout va mal.
Le choix d'une économie libérale, voire très libérale permet des taux de croissance très forts quand l'économie mondiale est florissante, mais évidemment induit aussi d'être en première ligne quand la récession mondiale s'installe. C'est quand même beaucoup plus simple de fermer des usines de l'autre côté de la Manche que chez nous. Qu'ils assument leurs choix ! ! ! !

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