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BTP : les gros patrons refusent de faire de la place aux petits
Par David Servenay | Rue89 | 27/01/2009 | 20H59
Michel Petit est un artisan retraité du BTP et un riverain agacé. En guise de voeux, il a reçu cette année un étonnant courrier de la Fédération française du bâtiment (FFB).
Une lettre adressée à toutes les entreprises adhérentes de moins de dix salariés, car celles-ci vont devoir payer, dès ce mois de janvier, une nouvelle taxe de 0,15% de la masse salariale, baptisée « contribution au dialogue social ». Un cadeau de Xavier Bertrand, nouveau patron de l'UMP, juste avant qu'il ne quitte le ministère du Travail
Haro sur l'ennemi : bataille entre fédérations du BTP !
« Un nouveau prélèvement de 12 millions d'euros sur les artisans du bâtiment ! » Ton virulent, ironie lapidaire et légère dose de mauvaise foi : signé Pierre Tountevich, président du conseil de l'artisanat, la lettre de la FFB présente toutes les caractéristiques du tract syndical. Un registre inhabituel au sein du patronat.
Surprise : la cible de cette lettre n'est pas tant l'ennemi héréditaire (les syndicats de salariés) que les concurrents de l'Union professionnelle artisanale (UPA) et de la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb).
Motif ? La nouvelle taxe, qui ne concerne que les entreprises de moins de 10 salariés. A raison d'environ 30 euros par employé et par an, cette taxe devrait rapporter près de 12 millions d'euros. A partager à égalité entre les organisations patronales et les syndicats. « Scandaleuse contribution », fustige la FFB :
« A qui fera-t-on croire que 12 millions d'euros par an sont nécessaires pour faire avancer le dialogue social dans l'artisanat ? »
Sept ans de procédure et un ministre du Travail qui finit par céder
En réalité, cette bataille remonte à décembre 2001. Au moment où un accord sur le « développement du dialogue social dans l'artisanat » est signé par les syndicats de salariés et l'UPA. Plusieurs branches professionnelles décident de l'appliquer : la boucherie, la charcuterie, la patisserie, la poissonnerie… cela leur permet, notamment, de dégager des heures de délégations syndicales.
Dans les services et le bâtiment, le Medef et l'UIMM vont mener une guerre juridique de sept ans pour retarder le plus possible l'application du texte. Justice administrative, justice pénale jusqu'à la Cour de cassation, qui tranche en décembre 2007, en faveur des artisans. Juste avant de quitter ses fonctions, Xavier Bertrand signe un arrêté ministériel légalisant la création de cette « contribution ».
« La FFB voit d'un très mauvais oeil les petits s'organiser… »
Derrière les débats juridiques, l'enjeu est à la fois financier et politique. Pierre Burban, secrétaire général de l'UPA, ne mâche pas ses mots :
« Pourquoi tant d'acharnement ? La volonté du Medef est de conserver le monopole de la représentation patronale. Or, dans le bâtiment, 50% du chiffre d'affaires est réalisé par les artisans. Les grands groupes ne représentent que 30% et les entreprises moyennes 20%. En fait, la FFB voit d'un très mauvais oeil les petits s'organiser… »
L'affaire de l'UIMM a ouvert de vieilles lignes de fracture au sein du patronat.
- D'un côté, les tenants du paritarisme classique, interprofessionnel, défendue par la métallurgie et sa puissante union.
- De l'autre, les tenants d'une défense des intérêts de branche, où les économies d'échelle ne sont pas les mêmes.
A l'heure où l'ensemble des règles de droit font l'objet de renégociation, les « petits » se sentent mal représentés par les gros. Comme l'analyse Pierre Burban, cela s'est joué « lobby contre lobby » :
« Les gouvernements, à part celui-là, n'ont pas voulu déplaire au Medef. On ne peut pas dire “on fait du dialogue social” et ne pas s'en donner les moyens. »
Un financement très opaque via caisses de congés payés
Il faut dire que cette contribution est attirante : estimée à 12 millions d'euros, elle devrait constituer un puissant levier de la reconfiguration du paysage patronale. Un simple coup d'oeil au budget des protagonistes suffit à se faire une idée des rapports de force :
- Avec les recettes de l'EPIM (créée en 1972) et des mandats paritaires qu'elle assume, l'UIMM a toujours fait figure de vache à lait du patronat. Ses ressources sont assurées par une réserve de 580 millions d'euros.
- Juste derrière, la FFB est l'autre grande pourvoyeuse des fonds du Medef. Pour le moment, impossible d'obtenir le moindre chiffre de son budget annuel.
- Le Medef, nouvelle formule, émarge quant à lui à 36 millions d'euros de budget en 2006, en grande partie grâce à l'aide de l'UIMM (11% du budget, 19% si l'on compte toutes les branches de la métallurgie) et de la FFB.
- Avec 4,5 millions d'euros par an, l'UPA fait figure de petit poucet, tout comme sa composante bâtiment qu'est la Capeb.
En criant au loup, la FFB risque donc de s'attirer les récriminations de ses adhérents, mécontents de l'absence quasi-totale de transparence sur ses ressources. Comme l'avait démontré notre enquête sur les Caisses de congés payés du BTP (voir le document), la FFB prélève une contribution de 0,7% de la masse salariale de toutes les entreprises.

Contribution rendue de facto obligatoire et qu'aucun ministre du Travail, pas même Xavier Bertrand, n'a jamais osé remettre en cause. Scandaleux ? Un certain nombre d'artisans le pensent.
A lire aussi sur Rue89
► les congés des ouvriers du BTP financent le Medef
► Les articles de Rue89 sur l'affaire de l'UIMM
► Les articles de Rue89 sur les caisses de congés payés du BTP
Ailleurs sur le Web
► Le site de la Fédération française du bâtiment (FFB)
► l'Union professionnelle artisanale (UPA)
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De EntreprendreKESSDONK
Veilleur de Jours Meilleurs | 21H23 | 27/01/2009 |
Héritage de la pensée marxiste qui voulait que tout ce qui est collectif et étatique est forcément meilleur que ce qui est entre les mains des salauds de petits patrons exploiteurs on voit a quoi tout cela mène …
Les journalistes se réveillent avec la crises en se rendant compte que le petit patron n'est pas forcément le salaud qu'il faut pendre (après les avoir décapité.) les syndicats devraient bien suivre au lieu de bloquer le pays pour se faire croire qu'ils existent encore.
A force de tout focaliser sur les grosses boites, les aides , les bons articles l'omniprésence médiatique on oublie de dire que dans la grande majorité des petites boites il n'y a pas de travail au noir organisée comme chez « chut … », que le patron, pas toujours commode c'est vrai, est soucieux de son personnel et se prive parfois pour sauver sa boite plutôt que se prendre une prime parachute.
L'humanité va ainsi : moins on a confiance en elle et en soi plus on va chercher la protection des grands et plus ils en profitent pour vous exploiter.
Vive l'entreprise à taille humaine.
CQFD
De domino78
22H15 | 27/01/2009 |
Je suis dans la même situation que cet artisan du batiment mais en informatique.
Figurez vous que dans le milieu de l'informatique et des ingénieurs conseils, la même chose existe depuis 2000. Son nom : l'Adesatt (Association d'Etude et de Suivi de l'Aménagement du temps de travail).
Ses fondateurs sont les deux fédérations patronales, SYNTEC et CICF, et les deux organisations de salariés signataires de l'accord de branche, CFDT et CGC, rejointes en 2001 par la CFTC.
Son rôle (ne riez pas) est de discuter de l'aménagement du temps de travail suite au passage aux 35 heures et cela depuis 9 ans (ils nous prennent vraiment pour des imbéciles).
La cotisation est de 0.02 % de la masse brute salariale.
Le président de cette association (loi 1901) est un ancien énarque également directeur général adjoint d'Ipsos, un « brillant » institut de sondage.
L'appel à cotisations indique « quelque soit le nombre de salariés et les modalités d'application (ou de non application) de la réduction légale du temps de travail, la contribution Adesatt est due dès que le code NAF (le cade APE) entre dans le champ d'application de la convention collective.
Là, c'est plus fort : pas besoin d'être adhérent à un syndicat professionnel, et même si on travaille seul (ce qui est mon cas, imaginez les grandes discussions que j'ai avec moi-même pour gérer mes RTT ; -)), dans tous les cas, on paie.
Tous les moyens sont bons pour taxer le travail et à engraisser, ce que j'appelle des parasites.
De jpbarastier
demandeur d'emploi | 14H41 | 28/01/2009 |
Où est le fond du problème ?
On n'en parle jamais car le nombre d'intervenants impliqués est énorme,
qu'est-ce qui fait que l'on va favoriser les grandes surfaces au détriment des petits commerçant qui font pourtant vivre bien plus de monde ?
Tout ceci en poussant le vice jusqu'à nous faire croire que le consommateur va s'y retrouver, il n'y a qu'à étudier le phénomène WALLMART pour s'en convaincre, le but du jeu est d'arriver à pressuriser suffisamment les fournisseurs divers qui y voient un client en or pour tirer des prix défiant l'entendement, ces fournisseurs sont obligés pour y arriver de payer leurs employés à coup de lance-pierre, ces employés voyant leur pouvoir d'achat dégringoler n'ont plus qu'à aller enrichir ces enseignes qui deviennent les seules accessibles à ces petites bourses et la boucle se referme, l'esclave entretient la machine qui le broie.
Délirant, inhumain me direz vous ?
Et bien sachez que tout cela n'est possible qu'en arrosant grassement les pouvoirs politiques en place et forcement, ceux qui peuvent arroser ont plus de 10 employés.
De noufaro
Profession liberale | 20H19 | 28/01/2009 |
Bravo ! Excellent article. Il est étrange que les médias ne parlent pas de ce qui se trame dans le BTP il est pourtant notoire que la concurrence est quasiment nulle et que les « grands » de partagent le gâteau, souvent aux frais du contribuable, en empêchant les petits à travailler sinon comme sous-traitants payés au lance pierre. Il est aussi notoire que les « grands » sont plus spécialisés dans la finance et les réclamations que dans les travaux.
Incompétence et malfaçons sont couverts par un jeu des complicités et dilution des responsabilités entre grandes entreprises, services publiques et politiques. La situation est nuisible à l'emploi (les grands usent et abusent de l » intérim), à la qualité et au coût des travaux, à la sécurité et aux conditions de travail qui sont de plus en plus exécrables..
Le modèle allemand qui fonctionne avec des petites entreprises est bien plus rentable, humain et transparent. Mais c'est peut-être ce qu'il fait tenir le système français : le manque de transparence doit profiter à beaucoup des grands et pas seulement à ceux du BTP.