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La rupture entre les cadres et leur entreprise est-elle consommée ?
Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 27/01/2009 | 14H28

Ce n'est pas encore la panique mais les indicateurs se multiplient. L'état d'esprit des cadres inquiète les directions des ressources humaines, selon Sandra Enlart, directrice générale d'Entreprise et personnel, association de DRH des 150 plus grosses entreprises françaises : « si on assistait à des refus de promotion en masse, c'est toute la machine de progression de l'entreprise qui serait remise en cause et donc la machine elle-même. »
Dans « Quand les cadres se rebellent » paru l'an dernier, les sociologues David Courpasson et Jean-Claude Thoenig pointaient le déphasage entre ces managers, âgés de 30 ou 40 ans, et leur hiérarchie. Refus d'appliquer les directives sans se les être appropriées, d'une intrusion de plus en plus grande dans la vie privée, refus qui ne vont pas jusqu'au mouvement social mais se traduisent par des pétages de plomb individuels.
Une exigence grandissante d'équilibre entre vie professionnelle et vie privée
La dernière note d'orientation d'Entreprise et Personnel (réalisée tous les trois ans) rend compte pour la première fois de « refus de promotion ». Sandra Enlart précise : « Ces refus sont le symptôme de quelque chose de plus profond. Ces managers opérationnels, qui ont entre cinq et vingt-cinq personnes sous leurs ordres, sont confrontés à une double question :
- on leur en demande de plus en plus, ils doivent rendre compte de tout, être présents sur tous les projets transversaux, être polycompétents.
- de leur part, l'exigence d'équilibre vie professionnelle/vie privée ne cesse de s'affirmer. Du coup, ils pèsent le pour et le contre et se disent que ça ne vaut peut-être pas le coup et que la vie est ailleurs.
A lire l'enquête du cabinet de conseil Booz & Compagnie (lire le document ci-contre) qui a interviewé en décembre plus de 800 managers, “40% des cadres dirigeants avouent avoir des doutes quant à la crédibilité des stratégies mises en place dans leur entreprise pour traverser la crise. Et 46% se montrent sceptiques en ce qui concerne la capacité de leur direction à les mettre en œuvre.” Selon les auteurs de l'étude, ce manque de confiance “n'est pas lié aux compétences des managers mais au fait que la crise est arrivée de façon très violente”.
Dans son cabinet de coach où elle reçoit des managers à leur prise de poste, Elisabeth Galton est frappée par le développement d'une culture du plaisir :
“Ils cherchent à se faire du bien, misent plus sur les loisirs pour y arriver que sur le travail, comme s'il n'y avait plus moyen d'avoir du plaisir dans le travail. Très rares sont ceux qui vont jusqu'à demander des changements de fonction, mais les responsabilités font moins envie.”
Profiter des plan sociaux pour lancer enfin son projet personnel ?
Il est encore trop tôt pour dire ce que la crise va changer. La montée du chômage, y compris chez les cadres, limitera le nombre de démissions, bien que certains profitent déjà des plans sociaux et des primes au départ pour partir et réaliser un projet personnel.
Olivier Cousin, sociologue et spécialiste des cadres, n'a pas encore vu de cas allant jusqu'à la démission, mais remarque que “plus on est haut dans le management, plus on peut l'ouvrir, soit en refusant explicitement de se plier, soit en trainant des pieds, soit en menaçant : si vous faites ça, on va au casse-pipe.”
Cette affirmation du “droit d'expertise”, que l'on voit notamment chez les ingénieurs, croit avec la place dans la hiérarchie. A l'observatoire des cadres de la CFDT, on commence à se pencher sur le sujet à travers un séminaire “Comment anticiper les restructurations”, où l'on cherche à aider les cadres à mieux faire face à la crise. Mais ce centre de ressource n'arrive pas à faire remonter de témoignages sur le sujet. La parole est à vous.
Photo : à l'aéroport de Pékin en février 2008 (David Gray/Reuters).
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De Cadre modele
Consultant RH | 16H39 | 28/01/2009 |
La crise permet juste de montrer que l'entreprise n'a pas les bons outils.
A investir dans des logiciels d'évaluation du recrutement au management, les cadres s'aperçoivent des limites du système et de ses effets pervers.
Que fais-tu cadre de proximité derrière ton PC ?
La proximité c'est avec l'homme, pas la machine et ses logiciels ; )
Travailler plus pour :
- Plus d'argent ? c'est fait
- Plus de confort ? c'est fait
- Plus de plaisir ? C'est quoi ?
Où sont les logiciels d'évaluation du plaisir pour plus de résultats ?
Bienvenue dans le real World ; )
De XavXav
16H39 | 28/01/2009 |
ça fait longtemps qu'un cadre n'a plus de responsabilité sur quiconque !
Dans mon expérience, sont cadres tous les petits jeunes à peine embauchés à statut ingé qui n'encadreront jamais personne mais produiront eux-même avec leurs petites mains une étude ou un doc technique quelconque.
Les techniciens sont encadrés, n'ont pas d'initiatives, et sont petit à petit éliminés vers la sous-traitance et l'intérim
les ingé sont cadres (y'a pas d'horaire, c'est plus pratique pour la boite), font des boulots qui auraient été confiés à des techniciens il y a 20 ans, et deviennent -dans les services- les nouveaux agents de production.
Restent quelque part les cadres sup, qui encadrent tout ce petit monde, et décident (parfois) de l'avenir de la boite.
De guyfawks
Etudiant | 12H50 | 30/01/2009 |
Je suis encore étudiant mais déjà dans la vie active à temps partiel avec le statut de cadre. Cet article me laisse sceptique. J'aime mon boulot et je met du coeur à l'ouvrage. Plus j'en fait, plus on m'en demande et de projet en projet, je me débrouille pour monter en responsabilité. C'est plutôt flatteur. c'est surtout normal.
Il se trouve que j'ai des études à côté, que je fais beaucoup de théâtre aussi. Mon entreprise le sait. Elle se plie à mes exigences : je choisis mes dossiers, je bosse comme je l'entends, je décide des jours où je viens, de mes vacances etc… Je ne suis pas dans une entreprise humaniste, mais je fais du bon boulot et ma boite veut me garder, crise ou pas.
C'est un rapport de force. Tant que je suis attractif je peux poser des conditions. Cela me paraît sain, très sain. Mais il faut laisser les sentiments de côté. C'est du calcul. Personnellement, je n'envisage pas de ne pas prendre mon pied au boulot : je vais y passer une bonne partie de ma vie, je refuse de bosser pour 5 semaines de congés payés et quelques RTT. Ca aussi ma boite le sait. Elle ne l'a pas deviné, je l'ai dit à mes supérieurs.
Je ne suis pas sûr que le cadre sup ait commencé à ouvrir sa gueule en arrivant à son poste de dirigeant. Les gens qui réussissent autour de moi sont justement ceux qui savent ce qu'ils veulent, le disent et prennent leurs responsabilités. Certainement pas ceux qui restent dans les rangs et prennent sur eux en baissant la tête.
Le probleme ne vient peut-être pas des entreprises mais des cadres eux-mêmes, de la peur du changement qui pousse à subir une situation inconfortable plutôt que de prendre le risque de tout perdre (ou tout gagner…)
De zikpoltech
cadre | 17H15 | 30/01/2009 |
Etant cadre en informatique dans une entreprise privée de service public, je n'encadre personne et je réalise des tâches qu'un technicien pourrait faire très bien.
Je n'ai pas beaucoup de responsabilités mais quand même à mon petit niveau j'en ai et ça ne me plait pas du tout parce que je n'ai aucune reconnaissance pour ça. C'est normal, pense-t-on, que je fasse ça.
Alors non, je n'ai pas envie d'avoir plus de responsabilité. En plus, comme je ne suis pas très habile négociateur, je pourrais trop me faire avoir en me faisant refiler un paquet de grosses responsabilités sans être payé en conséquence.
Le problème est vraiment un problème de fond : en 20 ans, 9,3% du PIB a glissé des salaires vers le capital !
Tous les employés sont toujours trop chers, et les cadres n'échappent pas à la règle. Eux aussi sont remplaçables et corvéables, en plus sans pointeuse…
Au fait, aujourd'hui, je fais grève !
http://zikpoltech.blog.free.fr
De aslan
Autre | 14H44 | 07/02/2009 |
Clair que la rupture est consommée entre les cadres moyens et sups, et le groupe des sups lui même se fragmente. Ça colle assez bien avec l'analyse d'Emmanuel Todd sur les évolutions en cours (« Aprés la démocratie »). Bonne nouvelle car les conditions de conflits sociaux victorieux se réunissent.
De Sound of Single
Travailleur | 09H40 | 08/04/2009 |
J'ai longtemps travaillé pour la filiale française d'un groupe Allemand, et maintenant je travaille en France, pour une société Italienne.
Alors je ne peux m'empêcher de comparer et les différences sont quand même très nombreuses.
Le premier point, c'est la pointeuse…..cette spécificité française du travail « au forfait » des cadres est choquante pour nos voisins. De plus, à part le manque à gagner pour le salarié, la société française a tout intérêt de multiplier le statut cadre, qui de fait,ne correspond plus vraiment à sa définition initiale.
La dessus, et dans être caricatural, on observe depuis une quinzaine d'années une dévalorisation de nos diplomes, c'est la raison pour laquelle on trouve de plus en plus d'ingénieurs qui font un boulot de technicien. Ils sont donc cadres, ont un diplôme mais un job qui ne correspond pas vraiment à leur qualification.
Dans ma société allemande, il y avait 6 ingés pour 240 salariés, dans ma société Italienne, le responsable du Bureau d'études, le directeur technique, le responsable de production et le Boss sont ingés, en France, surtout dans les grosses structures, le moindre technicien méthodes a diplôme d'ingé.
Je pense que c'est le manque de repères qui posent autant de problèmes, problèmes de motivation, d'identification, de lisibilité.
Les sociétés en tirent un certain profit à court terme, et le long terme lui est envisagés dans des pays plus jeunes, plus dynamiques et donc plus propices au développement.