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Ifop : comment Laurence Parisot gère son entreprise
Par David Servenay | Rue89 | 05/02/2009 | 00H39

Laurence Parisot aura 50 ans l'été prochain. L'occasion de faire le bilan : est-elle une chef d'entreprise performante ? En tout cas, la patronne du Medef se verrait bien présidente de la République.
Laurence Parisot « for President ! »
En 2010, Laurence Hélène Parisot achèvera son mandat de présidente du Medef. Avant de passer à autre chose… Depuis 1999, elle suit les hauts et les bas de la carrière politique d'Hillary Clinton, son modèle en politique, en campagne pour les sénatoriales à New York. « Cette femme, dit-elle, doit être présidente des Etats-Unis. » En 1998, la patronne du Medef avait eu l'occasion de présenter à son idole les résultats d'une étude sur la place des femmes dans la société française -le détail figure dans l'historique de l'Ifop.
Juillet 2008, siège du Medef. Laurence reçoit à déjeuner Renaud Donnedieu de Vabres, ex-ministre de la Culture et de la communication. Elle lui propose la direction générale du Medef, pour remplacer Jacques Creyssel, en cours de licenciement. Il refuse. Puis, elle se lance :
- « Je veux faire de la politique…
- Ah…
- Oui, je veux réussir en France ce qu'Hillary Clinton a échoué à faire aux Etats-Unis. »
Pour 2012 ? Ou 2017 ?
En attendant, l'Ifop s'enfonce dans la crise
« Vivement l'avenir, ready for the future » : le slogan de l'assemblée générale du Medef, qui a lieu ce jeudi à Paris, ne sera pas forcément du goût des salariés qui ont travaillé avec Laurence Parisot. A l'Ifop, son institut de sondage, on s'étonne du décalage entre le discours de la présidente du Medef et ses pratiques de chef d'entreprise.
Au mois de septembre 2008, quelques jours avant la débandade des banques anglo-saxonnes, l'actionnaire principale de l'Institut français de l'opinion publique a validé un mini plan social. En tout huit départs, sur une entreprise de 120 personnes : sept licenciements (dont trois dans la filiale Phone City) et une mise à la retraite anticipée, celle d'André Lambert, responsable du service imprimerie. Depuis, les chargés d'études photocopient eux-mêmes leur rapport.
La patronne et le droit du travail
Le 5 juillet 2005, jour de son élection à la présidence du Medef, Laurence Parisot était aussi attendue au conseil des Prud'hommes pour une « rupture abusive de contrat », dans le cadre d'un litige l'opposant à une salariée de Phone city, filiale qui effectue les enquêtes par téléphone de l'Ifop.
A l'audience, la plaignante a soudainement abandonné sa demande de dommages (20 000 euros), alors qu'elle avait travaillé comme employée de maison chez sa patronne. Laurence Parisot ne s'est jamais expliquée sur ce point. En 2008, onze CDD de la filiale ont été requalifiés en CDI par les Prud'hommes de Créteil.
La crise est là, mais Laurence Parisot paie aussi un management pléthorique. Des cadres en pagaille et une direction onéreuse : en recrutant début 2008 Stéphane Truchi, ancien DG d'Ipsos, madame sondage a voulu démontrer qu'elle pouvait se payer une star du milieu. Mais les stars coûtent cher : Truchi et l'équipe de quatre personnes qu'il emmène avec lui représentent environ un million d'euros de masse salariale. Plus la Jaguar de fonction (le DG a un 4X4 et le DRH une Audi, elles aussi de fonction), la pilule passe mal auprès des anciens du groupe.
Bilans financiers chaotiques et suppression du treizième mois
Passons aux bilans comptables. Certes, en 1990, lorsque Michel Parisot aide sa fille à racheter le petit poucet du sondage, l'Ifop est au bord du gouffre. En dix ans, Laurence Parisot développe l'activité en bonne professionnelle des études d'opinion. Elle sait recruter et surtout entraîner ses équipes dans une dynamique de groupe, comme le raconte un ancien collaborateur :
« Elle est très autoritaire, mais elle a la légitimité du fondateur et elle laisse aux salariés une vraie liberté intellectuelle pour travailler. »
Elle multiplie les effectifs par trois et en profite pour se faire un nom. Financièrement, c'est autre chose, les résultats sont erratiques :
- 2003 774 441 euros de pertes
- 2004 650 064 euros de profit
- 2005 267 100 euros de profit
- 2006 323 062 euros de pertes
- 2007 33 832 euros de profit pour 25 millions de chiffres d'affaires
Les comptes 2008 n'ont pas encore été publiés, mais ils ne seront pas bons. Un signe ? L'Ifop vient de se séparer d'une filiale qui exploitait depuis des lustres le Top 50 des disques. Une activité rentable et régulière, dont la vente ne semble se justifier que par des besoins de trésorerie. Pire : en ce début d'année 2009, la part variable des salaires (qui pouvait représenter un treizième mois les bonnes années) a été purement et simplement supprimée. Or, que disait la présidente du Medef le 21 janvier dernier sur France Info, à propos du système des bonus dans les banques ? « Vous pouvez supprimer tous les bonus, ça ne résoudra pas la crise. » Faites ce que je dis, pas ce que je fais.
Héritée de son père en 2002, Optimum est revendue en 2006
Optimum SA n'a pas eu plus de chance. Récupérée en 1999 par Michel Parisot après un conflit avec ses frères, cette PME fabrique des portes de placard. Basée à Agen, elle emploie près de 200 personnes dans un marché en pleine expansion. A la mort de son père, Laurence Parisot doit gérer l'affaire.
Plus près du CAC 40
Les PME, l'entreprise provinciale, l'esprit d'innovation… Laurence Parisot a toujours joué sur son image de jeune patron dynamique. En fait, elle ne dirige plus ses affaires aujourd'hui, de manière opérationnelle.
Par contre, elle est devenue abonnée aux jetons de présence des conseils d'administration où elle siège : Michelin depuis 2005, BNP Paribas (24 113 euros en 2007) et la Coface, après être passé par Pathé, Eurodisney, Ernst & Young et Havas.
D'après tous les témoignages, elle n'est pas souvent là. L'avis de Didier Delanis, secrétaire général de la CFDT du Lot-et-Garonne, est tranché :
« C'était une tsarine : extrêmement autoritaire, très peu présente dans l'entreprise et des représentants de la direction brutaux avec les salariés. »
Un délégué syndical (CFDT) de l'entreprise va en faire les frais. Accusé de vol, il est licencié avec fracas. Décision validée par l'inspection du travail, puis cassée par un jugement, « la matérialité des faits n'étant pas établie ». L'entreprise est obligée de le reprendre, « mais il était cassé, explique Delanis, il est finalement parti ».
Surveillance des salariés, guerre de tranchées avec la CFDT
En 2005, alors qu'elle est présidente du Medef depuis quelques mois, la PDG mandate le cabinet d'intelligence économique Kroll. Ex-gendarme reconverti dans le privé, Patrick Baptendier le raconte dans son livre « Allez-y, on vous couvre ! » :
« Une de ses collaboratrices a pris contact avec Kroll, qui me charge d'établir les antécédents police de plusieurs salariés, d'effectuer une surveillance non-stop de l'entreprise (entrées et sorties du personnel et des véhicules et certains mouvements aux abords de l'entrepôt) du 10 novembre 2005 à 20 heures au 14 novembre à 7h45. A cette occasion, nous devons identifier les immatriculations. Le tout bien sûr dans la plus grande discrétion. Personne au sein de l'entreprise ne doit être informé de notre dispositif. »
Furieuse, Laurence Parisot a attaqué Patrick Baptendier en diffamation. L'affaire n'est pas encore arrivée à l'audience. Le Point a publié un extrait des vidéos tournées lors de la mission « Enzo ». (Voir la vidéo)
En mars 2006, Laurence Parisot revend Optimum SA à un fonds luxembourgeois, pour « des raisons personnelles ». La société a presque 16 millions d'euros de dettes. Conclusion du représentant de la CFDT :
« Cette entreprise était très mal gérée. Elle aurait pu évoluer, investir sur son marché… mais plus de 70% de la production allait vers la même structure. »
Absence de vision stratégique et un « terrible manque de culture économique », souligne un de ses anciens collaborateurs du Medef. Ambitieuse, parfois capable de colère froide, Laurence Parisot a de toute façon d'autres envies que l'entreprise.
Modifié, le 05/02/09, à 14h30 : Ce n'est pas Renaud Dutreil qui déjeune avec Laurence Parisot durant l'été 2008 où il est question de politique, mais Renaud Donnedieu de Vabres. Nos excuses à l'intéressé.
Photo : Laurence Parisot à l'Elysée en mai 2007 (Philippe Wojazer/Reuters)
A lire aussi sur Rue89
► Les articles sur Laurence Parisot
► Ecoutes téléphoniques : les confessions d'un barbouze
► Affaire de l'UIMM : Laurence Parisot savait
Ailleurs sur le Web
► Le site de l'Ifop
► La fiche Wikipedia de Laurence Parisot
► La page de Laurence Parisot sur le site du Medef
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De kawouede
10H33 | 05/02/2009 |
A lire aussi l'intervention de Parisot dans la Tribune : en gros,
- elle est « consternée » par les grèves en France parce que c'est mauvais pour l'investissement étranger…
- ça ne sert à rien de manifester contre la crise car c'est « comme la tempête » (faire de la crise économique un phénomène naturel : la belle affabulation ! )
- il ne faut pas limiter les salaires des grands patrons parce que sinon on va perdre des gens de talent. Il faut continuer à leur faire confiance, d'après elle !
Même le porte-parole de l'UMP, démagogue chasseur de fonctionnaires, est plus critique à l'égard du capitalisme.
Au fait, où on est l'affaire de versement de salaire mirobolant à sa coach ?
De xcorion
de quoi je me mêle? | 13H32 | 05/02/2009 |
Artice intéressant, et à propos dans le contexte actuel :
Une personne sautant de déroutes entreprenariales en déroutes entreprenariales, se contentant d'engloutir l'avance que constitue l'héritage paternel, a telle la légitimité pour parler au nom de milliers de chefs d'entreprises, voir de critiquer un président comme barack obama, devenu président par son unique détermination et « vraiment » diplomé ?
C'est la mysthification du système économique actuel que cet article révèle : peu importe la réussite, comme Madoff, seul l'apparence importe.
De TARPON
14H05 | 05/02/2009 |
Les resultats ne sont pas si mauvais que vous dittes ,sur les cinq annees prises en compte si l'on tient compte des reports,on arrive presque à un point d'equilibre .Que madame Parisot souhaite faire payer le moins d'impots possible à sa societe parait rationnel.Je ne vois vraiment pas où est le probleme.le reste ne sont que des commentaires de personnes à charge,sans aucune credibilite.Vous parlez DE 2008,vous ne citez aucun chiffre intermediaire….c'est pas de l'Eco mais de la polemico.
De elmanol93
14H29 | 05/02/2009 |
Etonnant l'estime dont peuvent jouir ce genre de prédateur.
Je ne travaille que depuis 25 ans. Mais, étalé sur ce petit demi siècle dans une quinzaine d'entreprises, j'ai pu vivre quotidiennement une régression hallucinante des conditions de travail et une chute sans précédent des rémunérations de l'employé lambda. La disparition importante de nombreux postes d'encadrement, des systèmes de recrutement dignes du roi Ubu et une gestion du personnel toujours plus discutable que cela soit en terme humain, technique ou même comptable. Parfois du non sens total.
Il n'y a pas eu que le discours du Medef, mais une application bien réelle du discours ultra libéral en règle générale.
Or, ce concept d'organisation de société, loin de nous amener plus de libertés, nous enferme de plus en plus, et de plus en plus vite, dans un système totalitaire extrêmement brutal. Le tout pour le bien social de tous… enfin d'après les médias.
Qui aurait cru il y a peu, que ce serait des gouvernants de droite qui nous imposerait à nouveau une aire stalinienne en bonne et due forme.
Et dire que les votants Sarkosy ont si peur des communistes. Quelle ironie du sort.
De Jlauberge
?? | 15H09 | 05/02/2009 |
Ce que vous dîtes dans cet article est exact.
Mauvaise gestion, sûrement ; Surtout concernant les personnels, l'arrivée de Mr Truchi (transfuge de IPSOS) avec sa garde rapprochée fût très mal prise au sein de l'entreprise et de mauvaises directions, décisions prises il a fallu se séparer de personnes bien peu responsables des choix faits par la nv direction de l'entreprise qui, elle, n'en a subi aucun désagrément.
Mlle Parisot a hérité de l'Ifop, elle a tenu grâce à l'aide de sa famille et n'a guère les qualités de manager ni de gestuinnaire qu'elle veut bien afficher .. Nous sommes dans la communication et le politiquement correct ici (c'est l'air du temps semble t'il).
Elle a d'autres envies .. C'est certain mais, en touis cas, qu'a t'elle prouvé ?