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Claire : « Il couvre l'emprunt, mon bed & breakfast »
Par Zineb Dryef | Rue89 | 10/02/2009 | 22H29

Parce que la campagne, c'est vert et calme et parce que recevoir régulièrement des visiteurs fait ressembler n'importe quelle vie à des grandes vacances, nombreux sont les citadins lassés du bitume qui rêvent de quitter la ville et d'ouvrir une maison d'hôtes. Bon plan ou projet à risques ? Eco89 vous emmène chez Claire, 41 ans, qui a ouvert un « bed & breakfast » dans une ferme, à Arnouville (Eure-et-Loir).
Elle n'a rien d'une néorurale. Depuis vingt ans, Claire vit dans cette grande ferme, la Basse-Cour, avec son mari Pascal. Lui est agriculteur. Après des études d'architecture, elle a fait des travaux de décoration en entreprise avant d'arrêter de travailler en 2001. Copropriétaires des lieux -avec d'autres membres de la famille- Claire et Pascal ont décidé de se lancer en 2005 dans l'accueil hôtelier avec comme premier but la réhabilitation d'une dépendance laissée à l'abandon.

« On a tout refait. On a réalisé pas mal de travaux nous-même », explique Claire. Comme son mari, elle est surtout satisfaite d'avoir sauvé le bâtiment, objectif premier de leur projet de chambres d'hôtes. L'ex-architecte a dessiné des plans conformes aux exigences de l'organisme Gites de France :
« On peut tout à fait proposer des chambres sans y être affiliés mais c'est un bon moyen de se faire connaître. »
Pour financer les travaux d'un coût de 140 000 euros, Claire a utilisé ses économies et a contracté un emprunt bancaire de 56 000 euros remboursable sur dix ans :
« On rembourse 5600 euros par an facilement. »

- Crédit bancaire : 5600 euros
- Fioul (chauffage, eau chaude) : 1500 euros
- Edf + eau + achats petit déjeuner (café, lait, beurre) : 630 euros
- Boulangerie (pain) : 740 euros
- Produits d'entretien (détartrant, alcool de vinaigre) : 360 euros
- Taxe habitation : 270 euros
- Assurance pour l'accueil du public : 150 euros
- Cotisation à Gîtes de France : 172 euros
- TVA sur l'hébergement et le petit déjeuner : 710 euros
Claire et Pascal s'occupent seuls du bed & breakfast : « Un stagiaire ou un salarié n'aurait rien à faire ici… »

La ferme de la Basse-Cour dispose de trois duplex, d'une capacité d'accueil de cinq personnes chacun. La chambre coûte 45 euros (petit déjeuner compris). 11 euros sont demandés par personne supplémentaire.
Claire refuse de faire table d'hôte :
« Il faut une grande disponibilité, c'est la raison pour laquelle des kitchenettes sont mises à disposition des clients. Il n'y a pas de restaurant dans le coin… Il m'est arrivé exceptionnellement de cuisiner des repas. Une dizaine de fois en quatre ans. »
Chaque année, Claire accueille près de 450 personnes et se dit « très satisfaite ». La haute saison débute après les vacances de Pâques et s'étale jusqu'en septembre.
En juillet 2006, Claire et Pascal ont réalisé leur meilleur chiffre : 2500 euros. Au mois de février, le plus creux, les gains ne dépassent pas les 200-300 euros.

La plupart des hôtes, touristes ou noceurs invités à un mariage dans l'un des châteaux de la région, ne passent qu'une nuit à la Basse-Cour. Une autre catégorie de clients a surpris Claire :
« Les professionnels qui travaillent sur des chantiers du coin viennent passer une semaine ici. Parfois davantage. Un Belge, employé sur un chantier d'éoliennes, est resté trois mois. »
Le bénéfice mensuel du couple s'élève à 160 euros par mois :
« Ça changera quand on aura remboursé l'emprunt bancaire. Là, on vit des revenus d'agriculteur de mon mari et ces chambres d'hôtes n'ont donc pas changé notre train de vie. On en tire surtout une énorme satisfaction. On a sauvé le bâtiment et valorisé notre ferme. »
Claire et Pascal admettent toutefois qu'à moins de tenir des chambres d'hôtes dans un lieu exceptionnel ou très touristique, vivre uniquement d'un bed & breakfast est illusoire. Cette activité ne peut souvent s'exercer qu'en complément d'une source de revenus plus stable.

Claire a ses petits trucs pour ne pas alourdir les charges annuelles. Si les frais consacrés au petit déjeuner semblent si économiques, c'est parce qu'une partie des produits provient de la ferme :
« On n'achète jamais d'œufs, on a des poules. Je fais toutes mes confitures. Environ 200 pots par an dont une centaine vendus à ceux qui les goûtent le matin. Ils veulent généralement en rapporter chez eux. Pascal fabrique les yaourts lui-même. Un litre de lait suffit à en faire huit. Les clients adorent. La carte nostalgie fonctionne… »
Le bâtiment même a été conçu pour que l'entretien soit rapide et ne nécessite pas d'aide extérieure. A eux deux, Pascal et Claire nettoient les duplex en un rien de temps :
« Le sol est en béton, il n'y a ni moquettes, ni tapis. Il suffit d'un peu de vinaigre d'alcool et de détartrant pour tout nettoyer. »
La recette doit fonctionner ; les chambres sont impeccables.
C'est en dépiautant ses comptes pour Eco89 que Claire s'est rendue compte que les bénéfices étaient de 160 euros par mois : « Agriculteur, c'est très difficile. Mon mari travaille seul et peut passer une semaine sans croiser qui que ce soit. Avec le bed & breakfast, c'est génial d'être en contact avec les autres. »
Claire est la sœur de Guillemette Faure, responsable du site Eco89.

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Photos : à la ferme de la Basse-Cour, Bed & Breakfast dans l'Eure-et-Loir (Audrey Cerdan/Rue89). Vue extérieure (DR).
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De Corsaire du Peuple et de la Raison
ingénieur | 03H10 | 11/02/2009 |
Bref ça ne parait pas super facile !
De bonbon rose
à croquer | 09H11 | 11/02/2009 |
Article intéressant qui démontrera à certains qu'il est illusoire de vouloir tout quitter en pensant vivre du bénéfice généré par des chambres d'hôtes.
De thierry 07
ardéchois | 09H32 | 11/02/2009 |
ça m'a l'air bien sympa ; claire a bien de la chance que sa soeur bosse dans la rue ; bonne pub. j'aurai bien besoin aussi d'un coup de pouce. www.cartara.fr
De azerty69
ExecutieveBranleur | 10H19 | 11/02/2009 |
Bravo. J'étais lassé de la mode du ruralisme et de tous les gogos naifs partis en campagne avec la certitude de vivre d'un gite. Cela relayé par les médias compatissants…
Comme très bien expliqué ici, un gite permet d'entretenir un bâtiment au frais des « touristes », à peine plus. Ce n'est pas un métier (au sens où il ne permet pas d'en vivre) mais si on s'en sort bien, un revenu complémentaire.
Je crois que la moitié de la motivation vient dans le contact humain et l'autre dans l'aide financière que cela apporte.
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 18H11 | 11/02/2009 |
Bien souvent, créer un gîte ou des chambres d'hôtes est un bon moyen pour rentabiliser un bâtiment dont on a pas l'utilité mais qu'on possède car on l'a reçu en héritage ou acheté avec les terres alentours qu'on voulait acquérir.
J'ai un pote qui s'est lui aussi lancé dans la gestion d'un gîte. Il connaissait un paysan qui n'avait que faire d'un bâtiment au milieu de ses pâtures et qui lui a cédé pour une bouchée de pain. Après une petite année d'effort à tout retaper, il a ouvert son gîte.
Mais à la différence de l'exemple de l'article, il s'agit d'un moyen d'en vivre, car il a l'avantage d'un paysage impressionnant au pied des puys d'Auvergne et il y a accolé la thématique de la randonnée (pas en amateur, c'est un réel guide de montagne). Les touristes viennent pour crapahuter dans la montagne, à pieds, en raquette ou en vélo, et utilise le gîte comme hébergement. Ce qui fait qu'ils payent beaucoup plus cher qu'un simple toit.
Et sa femme assure l'entretien et la cuisine rustique (du terroir bio simple mais qui plait au touriste cherchant le retour aux sources), mais elle a l'avantage d'avoir travaillé dans les cuisines de divers restos et brasseries parisiennes, ce qui lui donne l'expérience et surtout elle peut trouver son actuel bien plus tranquille qu'avant.
Évidemment, ça fait d'eux des gens qu'on ne voit jamais le weekend ni pendant l'été, comme tant d'autres dans cette bande de cafetiers et de musiciens : D