Décryptage

Le prix du blé baisse, mais les pâtes coûtent plus de blé

Par Julie Banos | Etudiante en journalisme | 13/02/2009 | 20H20

Un véritable mystère de la nature. Alors que les prix des matières premières agricoles baissent depuis mars 2008, les prix en magasin continuent d'augmenter pour les consommateurs. +10,8% pour les pâtes, +11,2% pour le riz entre janvier 2008 et janvier 2009. En moyenne, tous les produits de grande consommation ont augmenté de 2% depuis janvier 2008, selon une étude du cabinet Nielsen.

Le gouvernement était pourtant censé s'attaquer à ce problème avec deux mesures : la loi de modernisation de l'économie (LME) et la création de l'observatoire des prix et des marges. Mais les résultats se font attendre.

Les fluctuations du prix du blé

Le cours des matières premières agricoles n'a pas une conséquence directe sur le prix des denrées alimentaires. Il y a forcément un décalage dans le temps. Si le blé baisse, les pâtes ne baissent pas le lendemain. Mais au-delà de cette logique, il y a un risque. Les grandes marques peuvent profiter de la hausse passée des céréales pour se constituer des marges durables. Selon Olivier Andrault de l'UFC Que Choisir :

« Cela fait six mois que les prix ne baissent plus. Nous comprenons que les grandes marques soient obligées de répercuter les hausses de prix sur leurs stocks déjà acquis. Mais que va-t-il se passer dans deux ou trois mois ? Les prix vont-ils rester bloqués ? Nous restons vigilants. »

La FCD, la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution, le promet, « les prix vont baisser dans les mois à venir ».

La loi de modernisation de l'économie en question

Pour ralentir cette hausse continue des prix alimentaires, la loi de modernisation de l'économie a été mise en place le 1er janvier. Sur une trentaine de mesures, trois ont été imaginées pour donner un coup de pouce à la baisse des prix.

Permettre plus de négociabilité des tarifs entre distributeurs et fournisseurs, augmenter le nombre de supermarchés pour améliorer la concurrence et enfin modifier l'autorité de la concurrence. Mais les mesures démarrent au ralenti, pour Edouard Barreiro, de l'UFC Que Choisir :

« La loi est en vigueur depuis peu, il n'y a pas d'effet miracle. Reste qu'elle est tout de même insuffisante. »

La loi prévoit un secteur libre, sans besoin d'autorisation, pour des magasins inférieurs à 1000 m2. Le seuil était jusque-là de 300 m2. De quoi favoriser l'implantation de nouveaux magasins. Pour Edouard Barreiro, il faut une « vraie réforme de l'urbanisme social ». Même si la donne a changé, reconnaît-il.

En effet, avec la crise, l'essence a augmenté, les clients ont déserté les hypermarchés pour choisir les commerces de proximité. Les grandes marques ont donc multiplié les petits magasins dans les centres urbains. C'est désormais en ville que les marques vont se faire concurrence et plus dans des hypermarchés.

Les enseignes craignent, en prime, l'arrivée galopante du hard discount. Nous vous en parlions déjà dans Eco 89. Mais cette nouvelle configuration est trop récente pour apporter des changements visibles.

Conclusion : les prix pourraient baisser même sans que la loi LME n'y soit -pour l'instant- pour rien.

Fournisseurs et distributeurs en discussion

De son côté, la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution a commencé les tractations avec ses fournisseurs. C'est l'un des objectifs de la LME :

« Nous allons négocier jusqu'à la fin du mois. Il n'y a pas de raison qu'il y ait encore des augmentations. »

Pour Michel Edouard Leclerc, la baisse des prix est garantie, comme il le confie à Eco89 :

« Nous sommes en train de négocier avec les fournisseurs jusqu'à fin février. Après une inflation de 6% dans les grandes surfaces en 2008, nous prévoyons moins de 3% à la fin de 2009. Les prix vont véritablement diminuer, nous n'allons pas nous contenter de faire des promotions. »

Qui surveille les prix ?

Dernier élément : l'observatoire des prix et des marges. Créé par Nicolas Sarkozy le 21 mars 2008, l'observatoire est prévu pour fournir d'autres chiffres sur la consommation que l'Insee ou les organismes de statistiques.

Il ne remplit pas vraiment sa mission à l'heure actuelle. Chargé d'observer les prix et surtout les marges, il se contente de publier l'évolution de ces marges en pourcentage, sans donner les montants en valeur absolue.

Il oublie surtout sa mission principale : l'alerte sur les prix. En tant qu'observateur privilégié, il est bien placé pour informer sur les augmentations des prix non justifiées.

Le gouvernement s'est pourtant engagé à faire baisser les prix. Même si le prix des pâtes continuent à en désoler plus d'un, les baisses devraient devenir effectives. A court ou à long terme ?

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6 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Ciencien

De Ciencien

Prolo étudiant en pharmacie | 21H56 | 13/02/2009 | Permalien

Je voudrais savoir quand on arretera de nous sortir cet argument du « Nous comprenons que les grandes marques soient obligées de répercuter les hausses de prix sur leurs stocks déjà acquis ».

Si la baisse est différée, alors pourquoi la hausse ne l'est pas ?

Portrait de pablico

à Ciencien Portrait de Ciencien De pablico

23H07 | 13/02/2009 | Permalien

c'est l'effet « cliquet'. Cela monte, mais le cliquet empêche de descendre..
tout bête…
mais ils ont oublié de mettre l'effet cliquet sur le blé….

c'est cela qui fait désordre.

(ironie)

Portrait de padiran

De padiran

Chroniqueur mondain | 00H41 | 14/02/2009 | Permalien

Nous sommes tous des DOM et des TOM
A grands renforts de marketing et de communication, il est prouvé, courbes à l'appui, que le prix des produits n'avance pas plus vite que la moyenne pondérée par l'écart type des dernières années, compte tenue du lissage moyen retenu par la profession au vu des moyennes constatées sur l'ensemble des pays de l'OCDE (excepté Malte et Andorre).
Si vous accepté les explications de LSA (Actualité de la distribution et de la grande consommation), vous pouvez toujours demander votre remboursement en pack de Kronembourg.
Consommateurs dormez bien, la grande distribution veille sur vous.

Portrait de DBL8

à padiran Portrait de padiran De DBL8

Retraité | 08H23 | 14/02/2009 | Permalien

« la grande distribution veille sur vous »

Ne serait-ce pas plutôt sur notre porte-monnaies ?
Pas trop vite vide, juste assez pour que nous puissions revenir dépenser le peu qu'ils ont laissé dedans.

Au sujet de l'effet « cliquet », je t'en ferai un « d'effet cliquet » à grandes tartes à 5 doigts ! !
Et qu'ils ne nous disent pas que les salaires ont augmentés, du moins pas ceux des employés !

Portrait de jyeden

De jyeden

khmer vert ( age des caverne, bougi... | 12H27 | 14/02/2009 | Permalien

c'est vrai que c'est un peu lassant tou ça ce sentiment d'etre exploité en plus de son travail
en plus en regardant les prix des nouilles, il y a de tels ecarts que l'on se doute bien que quelqu'un se sucre
serait la grande distribution ?
on ne peut tout de meme pas faire plusieurs magasins non plus

une cooperative qui proposerait des produits de base à des prix records ça marcherait peut etre

parceque oui, dans le prix des nouilles il y aussi les dividends des actionnaires de la grande distribution

à force de se faire baiser les consommateurs vont finir par regarder le prix de la vaseline

Portrait de envert94

De envert94

Le ras le bol de la grande distribu... | 16H23 | 16/02/2009 | Permalien

http://anti.grande.surfaces.over-blog.com/

Pour Michel Edouard Leclerc, la baisse des prix est garantie, comme il le confie à Eco89 :

« Nous sommes en train de négocier avec les fournisseurs jusqu'à fin février. Après une inflation de 6% dans les grandes surfaces en 2008, nous prévoyons moins de 3% à la fin de 2009. Les prix vont véritablement diminuer, nous n'allons pas nous contenter de faire des promotions. »

Comment faites vous pour encore interviewer Michel Edouard Leclerc ?
Vous n'avez toujours pas compris ?
Il est (très) grassement payé par ses adhérents pour tenir le même discours populiste depuis 30 ans…
Les fournisseurs sont les méchants, les concurrents sont tous plus cher que les magasins Leclerc et heureusement que nous sommes là pour défendre le pouvoir d'achat des Français…

Les prix devaient baisser avec la loi Chatel ? Avant même d'être appliquée, la grande distribution avait déjà contournée cette loi…
Dans les négociations commerciales avec les différentes enseignes pour 2009, il était évident que le consommateur ne verrait pas de baisse sur son ticket de caisse.

Comment un patron, un directeur de magasin, un responsable des achats qui est habitué à gagner de l'argent à la fois quand le client achète le produit et également gagner de l'argent avec les marges arrières (qui peuvent s'élever à…70% en brosserie par exemple…) et on lui retire les marges arrières pour baisser le tarif ?
Ou est son intérêt de répercuter la baisse de tarif sur le prix final ?

Aucun, absolument aucun…

La grande distribution s'est habituée à des marges très élevées et elle n'est pas près de perdre cette habitude…

Donc ne rêvez pas, vous n'êtes pas près de voir baisser votre ticket de caisse dans votre magasin…

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