Polemique

Piratage : BeeMotion réplique à Luc Besson

Par François Krug | Eco89 | 17/02/2009 | 15H05

Luc Besson à Hong-Kong le 21 mars pour la promotion de 'Arthur' (Paul Yeung/Reuters)

« Une place de cinéma à 10 euros, c'est du vol aussi » : attaqué par Luc Besson, le créateur de BeeMotion lui répond sur Eco89. Et il révèle combien lui rapporte vraiment ce site illégal de cinéma, fermé sous la pression du producteur ce week-end.

Luc Besson a frappé deux fois samedi. Sur le plateau de « L'Hebdo cinéma » sur Canal+, où il faisait la promotion de « Banlieue 13 : Ultimatum ». Puis dans une tribune dans Le Monde :

« Ces sites ne sont pas l'oeuvre d'adolescents vaguement rebelles, mais les produits d'entreprises motivées par la recherche du profit généré par la monétisation de leur audience. »

L'article a un air d'enquête policière. Le coupable ? BeeMotion, un site de « streaming » (visionnage direct, sans téléchargement). Il serait « de nationalité canadienne », donc protégé de nos juges. Ses complices ? Free, Google, la régie publicitaire Allotrafic et des annonceurs comme PriceMinister. Du beau monde.

« On n'a pas l'impression de voler »

Le coupable s'appelle en fait Romain. Cet étudiant en télécoms d'une vingtaine d'années a créé BeeMotion « pour les amis », puis l'a ouvert à tous les internautes en septembre 2008. Un succès, avec 20000 utilisateurs. Et il ne se considère pas comme un délinquant :

« On n'a pas l'impression de voler. Tout le monde n'a pas les moyens d'aller au cinéma. Ce n'est pas le streaming qui empêche le développement du cinéma (…). On a plus l'impression de rendre service aux gens. Quand on paie une place de cinéma 10 euros, c'est du vol aussi. »

Romain réfute les arguments du producteur. La « nationalité canadienne » du site ? Une simple blague : « C'est ce que nous avons dit et laissé croire à nos visiteurs, sans réel but à vrai dire. Luc Besson ne s'est tout simplement même pas renseigné sur nous. » Et la « recherche du profit », alors ?

Chiffre d'affaires : 600 à 700 euros par mois

Selon Romain, les comptes de BeeMotion sont simples. Dépenses : 300 euros par mois versés à Free, pour l'hébergement des serveurs. Recettes : 600 à 700 euros par mois reçus de deux régies publicitaires, Allotraffic et celle de Google, qui exploitent des espaces sur le site. Autant de « complices », accuse Luc Besson.

Free n'a pas tardé à réagir. Dès samedi soir, un e-mail sommait BeeMotion de fermer ses serveurs. Contacté par Eco89, le PDG du fournisseur d'accès, Xavier Niel, n'a pas souhaité commenter l'affaire. Luc Besson peut mettre en cause sa bonne foi, mais il ne peut pas lui reprocher grand-chose devant un tribunal.

Selon la Loi pour la confiance dans l'économie numérique, Free n'a pas à traquer les sites illégaux sur ses réseaux. Seulement à supprimer ceux qu'on lui signale. Même logique chez un autre « complice » de BeeMotion, Allotraffic :

« On a 5000 sites en régie. Quelques-uns posent problème et quand on en a connaissance, on les retire de notre base. On n'en est pas pour autant responsable et on respecte la loi, avec notre lien permettant de signaler les sites problématiques. »

Les espaces d'Allotraffic et Google étaient gérés de manière automatique. Selon Romain, ils accueillaient des pubs pour des sites de jeux, de rencontre et de commerce. Comme PriceMinister, accusé lui aussi de complicité par Luc Besson. « Il y avait deux intermédiaires entre nous et PriceMinister », assure-t-on pourtant chez Allotraffic.

Créer un Deezer du cinéma

Luc Besson n'aurait-il rien compris au piratage ? Pas forcément. En visant BeeMotion, il prend un peu d'avance sur le gouvernement. La loi création et Internet, déjà votée au Sénat et qui sera soumise début mars à l'Assemblée, renforcera les sanctions contre ceux qui téléchargent illégalement « Le Grand Bleu ». Elle ne pourra rien contre ceux qui le regarderont en streaming.

La solution, c'est peut-être une version légalisée de BeeMotion. Romain l'assure : l'avenir du cinéma sur Internet passe par des sites de streaming légaux, grâce à des accords avec les producteurs, et gratuits, grâce à la publicité. Comme Deezer le fait dans la musique :

« D'un côté, Luc Besson a raison. On s'est renseigné pour le faire légalement, comme Deezer. On a contacté des producteurs, mais ils nous demandaient 10000 à 15000 euros par film. »

BeeMotion ne devrait pourtant pas rouvrir de sitôt. Son forum, lui, est encore actif. Et peu tendre avec Luc Besson, comme en témoigne ce message d'un internaute :

« C'est décidé, je piraterai toutes les futures productions de Luc Besson (si elles sont regardables…), je n'irai plus jamais voir un de ses films au ciné, je n'achèterai plus aucun de ses DVD et j'encouragerai tout le monde à faire pareil ! ! ! »

Photo : Luc Besson à Hong-Kong le 21 mars pour la promotion de « Arthur » (Paul Yeung/Reuters)

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de Hulk

De Hulk

Gros con de droite | 15H57 | 17/02/2009 | Permalien

On rêve. Le mec organise le piratage « pour rendre service », il trouve ça normal, et en plus il se plaint que les gens qui vivent du cinéma ne le laissent pas faire…

Un peu comme si je remplissais tous les jours un caddie au supermarché, que je le sortais sans payer et que je distribuais le contenu aux passants pour rendre service, et qu'ensuite je m'étonnais que le magasin me poursuive pour vol…

Portrait de hedona

De hedona

retraitée | 19H49 | 17/02/2009 | Permalien

La question fondamentale est le prix d'une place de cinéma, le prix d'un CD, ou d'un DVD.
Si tout cela n'avait pas augmenté autant, les jeunes (principaux acheteurs), n'auraient pas profité autant du piratage.
C'est comme pour les livres.
J'avoue que cinéphile et lectrice, aujourd'hui, j'emprunte des livres à la biblio. de mon quartier, ou m'en fait prêter, mais je n'en achète plus. Quant aux films, je ne vais que dans des cinémas d'art et d'essais, où avec une carte de fidélité, le prix de la place reste raisonnable.

Les CDs en France ont toujours été 3 fois plus chers qu'à Londres, par exemple ? Pourquoi ?
Quant aux films : combien sont diffusés hors de l'hexagone, mais jamais distribués. Cela incite un peu à pirater non ?
Je me demande, si je ne vais pas m'y mettre finalement.

Portrait de Chamalow

De Chamalow

Etre humain | 09H25 | 18/02/2009 | Permalien

Il faudrait peut-être que le Cinéma, au lieu de s'attaquer au net, y vois une source de nouveaux revenus, un nouveau territoire. Regardez comment la presse a investi le net en mettant en ligne ces articles gratuitement tout en développant un nouveau modèle économique.

Les consommateurs de culture que nous sommes avons changé nos habitudes. Pour ma part, je n'achète presque plus de cd de musique dans des magasins, je les achète en ligne. Je ne regarde plus la télé en directe, j'enregistre ce qui m'intéresse et je zap la pub. Certains ne s'y sont pas trompé comme Allociné qui a depuis quelque temps inséré de la publicité lors de la lecture des bandes annonces.

M. Besson, j'admire votre talent et plusieurs de vos films, mais au lieu d'attaquer des initiatives intéressantes comme Beemotion, vous pourriez être vous aussi un acteur constructif du cinéma 2.0.

Disposé à en discuter avec vous.

Portrait de pierrot le ouf

De pierrot le ouf

Gros con supporter de l'OM | 15H35 | 18/02/2009 | Permalien

Chére Luc Besson, j'ai 25 ans, je télecharge : musiques, quelques jeux et des films.
Ce qui ne m'empêche pas d'en acheter ! j'ai fait le calcul, cette année j'ai acheté 5 jeux vidéos, une dizaine de DVD (ça fait bien d'avoir une DVDthêque), et une dizaine de CD, ce qui me fait un budget de : (5*45)+(10*15)+(10*15) = 525€ . Crois tu pouvoir en demander plus à ma bourse d'étudiant en alternance ? Penses- tu que je pourrais en acheter plus sans télecharger ? J'ai donc la conscience bien tranquille.

Conclusion ; je n'aime pas trop qu'on me traite de voleur, et je ne risque plus de payer quoi que ce soit pour une de tes « oeuvres » ! J'invite donc tout le monde aux boycott de tes films…. et je rejoins l'auteur du site beemotion dans sa réponse.

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