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Les lanceurs d'alerte sont-ils en danger ?
Par David Servenay | Rue89 | 21/02/2009 | 22H20

Ils sont chercheur, cadre supérieur ou haut fonctionnaire. Tous écœurés par les dérives de leur institution, entreprise ou secteur industriel. Les lanceurs d'alerte (ou « whistle blowers ») prennent des risques et ils le paient : pressions, menaces de licenciements, écoutes téléphoniques… Faut-il les protéger par la loi ? Un enjeu démocratique, à l'heure où l'Assemblée nationale s'intéresse au lobbying…
Pierre Meneton est l'archétype du lanceur d'alerte. Chercheur à l'INSERM, ce spécialiste des facteurs génétiques dans le développement des maladies cardio-vasculaires a sonné la charge en 2001.
Contre le « lobby du sel », accusé de torpiller la santé publique sous des tonnes de sodium. Enjeu : six milliards d'euros pour l'industrie agro-alimentaire. (Ecouter le son)
Dès le début de ce bras de fer, le Comité des salines de France (le lobby du sel) emploie les grands moyens pour contrer les messages d'alerte du chercheur. Pressions sur sa hiérarchie, lettre d'intimidation (voir document), procédure en diffamation.
Jusqu'aux Renseignements généraux qui se voit commanditer une enquête d'environnement sur le scientifique, avec écoutes téléphoniques administratives. Ecoutes autorisées par un ministre…
Ultime charge : en 2008, le Comité des salines l'attaque en diffamation pour cette phrase :
« Le lobby des producteurs de sel et du secteur agroalimentaire industriel est très actif. Il désinforme les professionnels de la santé et les médias. »
En mars dernier, le tribunal correctionnel de Paris l'a finalement relaxé. Autant de manœuvres qui, pour Pierre Meneton, sont des techniques classiques de lobbying, quel que soit le domaine concerné. (Ecouter le son.)
Le privé n'échappe pas au phénomène…
Annick Le Page a eu le même genre de mésaventure, mais étant dans le privé, elle a subi de plein fouet l'arbitraire de son employeur. Chargée de mission de la Fédération des industries mécaniques (FIM), elle a découvert un système de stagiaires fantômes servant à financer les organismes patronaux de la métallurgie. La fameuse UIMM. (Voir la vidéo.)
Malgré plusieurs alertes à sa hiérarchie, puis aux autorités de tutelle, elle n'obtient que la fermeture du centre d'apprentissage servant à alimenter cette pompe à finances. En retour, elle affronte une série de menaces et intimidations en tout genre. En 2001, elle est licenciée économique, après un premier arrêt maladie. Commence alors une longue bataille avec sa complémentaire santé, Ionis Prévoyance, qui refuse de l'indemniser au titre de la garantie invalidité. La procédure est toujours en cours, entre les mains des avocats.
Vers un statut officiel pour les lanceurs d'alerte
Le lanceur d'alerte est-il persécuté comme un prophète de malheur ? Sans doute. C'est une des raisons qui a poussé la fondation Sciences citoyennes à réclamer une « loi de protection de l'alerte et de l'expertise » pour les protéger.
Problème : quel dispositif adopter ? Statut officiel, instance de contrôle, médiateur… L'inventeur du terme « lanceur d'alerte », le sociologue Francis Chateauraynaud, ne croit pas à l'idée d'un « statut » pour une raison simple : la plupart des lanceurs d'alerte ont déjà une fonction. (Ecouter le son)
Une opinion partagée par Pierre Meneton. Le scientifique récuse même l'appellation de « lanceur d'alerte », car il considère que sa fonction de chercheur du service public est aussi d'alerter les autorités et l'opinion sur les dangers environnementaux.
L'important, souligne Francis Chateauraynaud, c'est de « séparer le lanceur et l'alerte », de façon à en faire un « débat collectif ». Cela permet d'éviter la personnalisation abusive autour de celui qui sonne l'alarme. (Ecouter le son)
Le risque d'une reconnaissance officielle du lanceur d'alerte est aussi de le transformer en business de la dénonciation. Francis Chateauraynaud a pu le constater lors de ses recherches, les sujets « lancés » sont souvent connus de longue date :
« H5N1 a plus de dix, douze ans d'histoire… c'est pas forcément nouveau. C'est la réadaptation, le recyclage qui peut prendre une ampleur nouvelle. Et le ressurgissement de choses complètement oublié : l'amiante, les ascenseurs… »
(Ecouter le son)
Et de prévenir : les prochaines alertes porteront sur les nanotechnologies et les pesticides.
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Ailleurs sur le Web
► Le dossier de la Fondation Sciences Citoyennes sur les lanceurs d'alerte
► Le procès gagné par Pierre Meneton raconté par Libération
► La page du sociologue Francis Chateauraynaud sur le site de l'EHESS
Photos : Campagne pour la libération de Mordechai Vanunu en prison pour avoir révélé des informations sur le programme atomique israélien, septembre 1998 (David Silverman/Reuters). Pierre Meneton (DR). Francis Chateauraynaud (DR).
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De padiran
Chroniqueur mondain | 23H14 | 21/02/2009 |
L e lanceur d'alerte est indispensable pour l'équilibre et la santé de la socièté. Faut il l'institutionnaliser ? Je ne pense pas, car le cadre juridique retenu ne sera de toute façon qu'une émanation du pouvoir qu'elle qu'il soit, donc soumis aux lobbyes.
Pour prendre un exemple le nucléaire :
Les différents lanceurs d'alertes, du folklorique au scientifique en passant par Green Peace sont tous utiles en dehors de l'institution. Il n'est pas imaginable de les encadrer.
Le rêve de notre « bon Président » n'est il pas des supprimer les contres pouvoirs, or en intégrant un cadre légal, c'est exactement ce à quoi on va arriver.
Je précise qu'en tout état de cause je suis pro nucléaire, mais surtout pas pour la concentration des certitudes, d'ou qu'elles viennent
Science sans conscience n'est que ruine de l'âme.
De Dol
- | 09H25 | 22/02/2009 |
La seule solution n'est-elle pas d'imposer la transparence ?
Si elle existait ces gens ne seraient pas obligés de se battre et ne risqueraient pas leur place.
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 10H36 | 22/02/2009 |
-« L'important, souligne Francis Chateauraynaud, c'est de “séparer le lanceur et l'alerte”, de façon à en faire un “débat collectif”. Cela permet d'éviter la personnalisation abusive autour de celui qui sonne l'alarme. »
L'important, c'est aussi de ne pas laisser un boulevard aux lobbies en laissant les « lanceurs » isolés face à eux !
Le harcellement moral est utilisé dans ce domaine et il ne faut pas se placer du côté des harcelleurs en tournant en dérision les arguments des « lanceurs » !
De cMoi69
Informaticien à Dardilly | 11H26 | 22/02/2009 |
Comment traduire ce terme « lobbying » en Français, car le piège est déjà là, combien de nos compatriotes sont incapable de le faire naturellement.
Exemple google : aucune correspondance mais plusieurs : )
lobbying
1. sollicitations
2. pression
autre définition
Un lobby est un groupe de pression qui tente d'influencer les lois, les réglementations, l'établissement des normes (industrielles par exemple), les décisions…, pour favoriser ses propres intérêts, économiques en général. Un lobby peut être un regroupement plus ou moins formel d'acteurs qui partagent des intérêts communs ou qui appartiennent à un même secteur d'activité professionnelle.
On parle aussi de groupe d'intérêt ou de groupe d'influence.
Moi j'appelerai tout ceci ! ! CORRUPTION
De léo solo
13H44 | 22/02/2009 |
Les lanceurs d'alerte sont-ils en danger ?
oui
les lanceurs de chaussures aussi.