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Petits entrepreneurs, méfiez-vous des grands groupes !
Par Jeremie Berrebi | Entrepreneur | 25/02/2009 | 13H19

Plusieurs grands groupes que je ne citerai pas ici pour des raisons évidentes se font un malin plaisir d'inviter des entrepreneurs à leur présenter leurs projets. Ils parlent de partenariats stratégiques, alliances, collaborations, tests grandeur nature…
Quoi de plus intéressant pour un entrepreneur que de voir un groupe pesant certaines fois plusieurs milliards s'intéresser à son projet ?
Quoi de mieux qu'un gros partenariat pour faire exploser son chiffre d'affaire et assurer un succès à son entreprise ? On peut même imaginer une acquisition future… Le rêve, non ?
Malheureusement, la réalité est toute autre. Il est extrêmement rare pour une startup de signer un accord avec un grand groupe. Au sein de Zlio, par exemple, nous avions eu affaire, il y a un an, avec l'un des plus gros fournisseur d'accès Internet d'Europe.
Après s'être mis d'accord sur l'ensemble de notre partenariat à l'oral (plusieurs « conference calls » et rendez-vous), nous recevons un contrat :
- n'ayant rien à voir avec ce dont nous avions parlé
- avec un cahier des charges associé
Il fallait que nous modifions une grosse partie de nos interfaces et passions des semaines de développement afin de pouvoir s'adapter aux besoins de ce partenaire. Evidemment, le partenaire en face ne pouvait s'engager sur aucun résultat, aucune promotion spécifique du service. Ils disaient être les numéro un dans leur pays (d'ailleurs vrai) et qu'ils allaient faire « de leur mieux » pour promouvoir le service.
Si je n'étais pas un habitué de ces grands groupes, j'aurais plongé tête baissée. Malgré le temps investi, nous avons décidé d'abandonner ce projet, qui revenait, de fait, à faire de la prestation de service gratuite pour ce partenaire.
Nous leur donnons des infos sur notre « business model »
En septembre, nous nous faisons contacter par la direction de l'innovation d'un célèbre grand groupe français. Celui-ci nous demande des informations sur le nouveau Zlio en préparation à cette époque, et nous propose une rencontre. Bien que perplexe, je me disais qu'il n'y avait rien à perdre d'y assister.
La rencontre se passe fabuleusement bien. Toutes les parties autour de la table s'entendent pour dire qu'il faut démarrer une collaboration-test ensemble. Nous prévoyons de nous revoir deux ou trois semaines plus tard. En attendant, l'entreprise nous demande de signer un NDA (« Non Disclosure Agreement », qui prévoit de garder toutes les discussions confidentielles).
Là encore, par optimisme, j'accepte de signer, sachant pourtant qu'il y a toujours plus à craindre à dévoiler des informations à la personne avec qui on le signe que de craindre que les infos fuient à l'extérieur.
Nous donnons suite à leur demande d'accès à nos interfaces, et leur fournissons des infos sur notre business model. On nous demande de travailler sur des maquettes, des idées de collaboration… tout ce qui peut nous passer par la tête. L'un de mes interlocuteurs me dit que le travail que nous investirons pourra même être potentiellement rémunéré. Même si je n'y crois pas trop, je trouve l'idée potentiellement intéressante.
A cause d'un problème d'agenda, le rendez-vous est reporté et se déroule fin novembre. Une dizaine de personnes du groupe assistent à la réunion. Nous présentons le projet et essayons d'avancer… Mais non, quelque chose coince…
Décembre, aucune nouvelle. Janvier, aucune nouvelle.
Notre interlocutrice commence alors à nous parler d'un autre projet (un peu comme si vous demandiez à un fabricant de voiture de fabriquer des vélos), et nous demande si nous pouvons le lancer avec eux.
Je réponds clairement que ce n'est pas notre métier et que nous ne sommes pas une SSII [société de services informatiques, ndlr]. De plus, il existe d'autres start-ups dans le secteur plus adaptées que nous. Je reviens au sujet initial et demande comment avancer…
Réponse embarrasée : « Euh… Nous devons travailler sur les “specs” (les détails du projet)… Cela va prendre quelque semaines et on se reparle à ce moment là… » Décembre, aucune nouvelle. Janvier, aucune nouvelle, malgré des relances. Fin janvier, un e-mail nous apprend que le groupe n'a pas trouvé de piste de collaboration à court-terme.
En gros, après avoir bien étudié 100% de notre modèle, fait travailler, on nous affirme que finalement, on ne voit pas pourquoi on travaillerait ensemble.
Un grand groupe a très peu d'intérêt à vous aider à grossir
Je suis étonné par la malhonnêteté de la méthode, le fait de prendre les entrepreneurs pour des sociétés de conseils gratuites à qui l'on peut demander ce que l'on veut, sans risquer de recevoir une facture.
Cette même entreprise sévit encore, continue à vouloir faire signer des NDA à des start-ups, organise des réunions… toujours sans objectif précis, et en faisant miroiter à l'entrepreneur en face de fabuleux projets. J'ai appris aujourd'hui qu'elle proposait même d'auditer techniquement ces start-ups afin de voir « comment c'est fait », sans s'engager sur la moindre collaboration potentielle.
Ce message est un avertissement pour vous tous. Ne participez à aucun rendez-vous avec un grand groupe, surtout si c'est à leur demande. Il y a peu de chances pour que cela débouche sur quoi que ce soit. Un grand groupe a très peu d'intérêt à vous aider à grossir, peu d'intérêt à vous racheter.. mais beaucoup d'intérêt à vous pomper !
Photo : Marina Cast/Flickr.
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De dalun
13H57 | 25/02/2009 |
Curieux comme ce témoignage fait penser aux méthodes des banques face à un dépositaire de compte courant .
Services ( tu parles ! ! ! ) payants , même méthode !
Là , il s'agit d » un autre VILAIN modèle d'arnaque .
De Lemmy_Nothor
En cavale | 14H04 | 25/02/2009 |
Il y a une expression aux Etats Unis qui dit ceci : Put your money where your mouth is.
Ce que vous dénoncez, existe depuis très longtemps. De nombreux amis qui ont des petites entreprises m'ont souvent raconté le même scénario.
Eux ont agit très differemment. Lorsqu'ils ont été contactés, ils ont tout de suite fait comprendre combien couterai les divers meeting. Je m'explique….une grosse boite vous téléphone pour organiser un rendez vous ? Vous leur dites tout de suite que le rendez-vous leur coutera du fric, et vous doublez tout de suite le tarif. S'ils n'étaient pas sérieux, ils ne vous rappelleront pas. Si oui, ils payent. A partir du moment ou vous êtes prêt à venir pour rien, ils abuseront de vous.
La prochaine fois que quelqu'un vous contacte, donnez moi un coup de fil…ça me fera plaisir de leur parler.
Je suis freelance depuis 40 ans, quand on me demande de venir pour negocier mon salaire, je leur fais tout de suite savoir que si je dois aller les voir pour discuter pognon, ça va leur couter du blé. J'élimine les nazes et les branleurs tout de suite.
à Lemmy_Nothor
De shillom
12H02 | 26/02/2009 |
Ca semble évident mais apparemment ça ne l'est pas pour tout le monde.
Le mec qui a créé sa startup n'attend que ce type de propositions, et sera souvent aveuglé par la perspective de collaboration.
Il faut en toute circonstance garder du recul, c'est un fait !
De funkystefffff
Citoyen Grolandais du côté de ma mè... | 14H15 | 25/02/2009 |
« Quoi de plus intéressant pour un entrepreneur que de voir un groupe pesant certaines fois plusieurs milliards s'intéresser à son projet ? »
… Bah, non… je pense qu'il doit y avoir plus intéressant. C'est sur que si on est émerveillé par le clinquant, le bling-bling et les Rolex, ça impressionne, mais bon il n'y a pas que les milliards dans la vie… même dans la vie d'une entreprise.
Vive Les SCOP ! ! ! !
à funkystefffff
De jberrebi
Chef d'entreprise - Père de Famille | 09H35 | 26/02/2009 |
Funkysteff, il est évident que l'argent ne suffit pas et il faut aussi que le projet soit passionnant, intéressant, agréable.
Toutefois, le succès d'une entreprise ne passe que par sa réussite financière. Si une société n'arrive pas à générer assez de revenus pour payer les salaires à la fin du mois, ce sont plusieurs emplois, dizaines, centaines…qui peuvent être perdus. C'est triste mais c'est comme ça.
Vouloir monter une entreprise qui réussit n'a rien à voir avec le fait de pouvoir s'acheter une Rolex ou autre… Le but est de pouvoir avoir assez de revenus pour financer son foyer, avoir une certaine liberté d'action et pouvoir faire des choix stratégiques sans attendre une autorisation d'une hiérarchie.
Je suis chef d'entreprise depuis que j'ai 19 ans. (j'en ai 30 aujourd'hui) Je n'ai pas de Rolex…Ma montre vaut 30 euros et elle donne la même heure que la Rolex…je n'ai pas de télé chez moi, pas d'objets inutiles, pas d'oeuvres d'arts. J'ai un Iphone (on me l'a offert)….mais oui, j'espère que mon entreprise connaisse un grand succès financier afin qu'elle ne soit jamais en danger de disparition.
PS : Séguéla est un grand malade et il ne faut vraiment pas croire que les entrepreneurs de la nouvelle génération ait le moindre rapport avec ce genre de mentalité débile.
De Lector
Observateur | 16H34 | 25/02/2009 |
Je vais vous donner un secret pour qu'elle signe avec vous : Donnez (j'ai bien dit DONNEZ) 90% de vos parts sociales à la femme du chef du grand groupe apte à signer.
Vous aurez votre contract.
De egide
Littéral | 17H59 | 25/02/2009 |
Je voudrais savoir ce que signifie intelligence économique.
Ça existe ?
à egide
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 18H29 | 25/02/2009 |
L'intelligence économique se distingue de l'espionnage économique car elle se développe ouvertement et utilise principalement des moyens légaux. Elle se conçoit dans un esprit d'éthique par rapport à des structures d'autorité, en premier lieu celles des États (souveraineté) et celles des entreprises.
La plupart des spécialistes français résument l'intelligence économique par une trilogie : veille (acquérir l'information stratégique pertinente), plus protection du patrimoine informationnel (ne pas laisser connaître ses secrets) plus influence (propager une information ou des normes de comportement et d'interprétation qui favorisent sa stratégie).
© Wikipédia (Intelligence économique )
C'est long et un peu indigeste, mais assez complet.
à Keldan
De jberrebi
Chef d'entreprise - Père de Famille | 09H37 | 26/02/2009 |
Dans le cas présent, ce n'est pas de l'intelligence économique car il n'y a aucune éthique à organiser des rendez vous et faire des promesses pour rien.
L'intelligence économique (métier de ma première entreprise) consiste à utiliser des outils qui peuvent analyser et trouver des contenus qui se trouvent dans le domaine public (articles de presse, communiqués etc…). C'est un élément très important pour la survie d'une entreprise.
De Eliott
18H21 | 25/02/2009 |
C'est tout le problème des gros groupes qui font miroiter des financements, mais qui sont simplement là pour piquer les projets.
Passer par OSEO, et très rapidement vous vous ferez piquer tous les projets rentables.
Quelques conseils :
- toujours faire des démarches qui amènent des preuves. Courrier RAR.
- ne jamais commencer une démarche, sans s'engager dans une demande pouvant protéger la propriété intellectuelle (Brevet, copyright…).
- ne pas perdre de vue sa demande initiale qui est souvent le besoin de fond
- souvent s'assurer de la crédibilité de l'interlocuteur, il arrive qu'on a des personnes qui sont simplement des lampistes et qui sont là uniquement pour piquer les idées, et ensuite de faire croire au sein de leur groupe que cela vient d'eux.
- ne pas hésiter à faire payer le travail fait, et surtout ne pas tomber dans le rôle de consulting gratuit ou de donneur d'idée.
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 18H22 | 25/02/2009 |
Ça me rappelle de bons souvenirs ça.
C'est ce qui est arrivé à ma première boite, acheté par son client majoritaire qui était à peine plus gros mais avait des rêves de grandeurs, lui même rachetés par une holding américaine, pour qu'au final, une fois le logiciel près, ce soit une filiale d'Intel qui rafle tout, foute tout le monde dehors et ramasse les bénéfices.
Je vais pas pleurer, il y a eu du fric qui a coulé à flots, on s'est gavé avec les meetings mensuels chez Mercure et les repas de Noël au Lutetia, et comme licenciement économique on fait pire que partir avec un chèque à cinq chiffres…
Mais si les larbins que nous étions s'en foutait un peu, c'était vraiment triste pour les patrons et fondateurs des diverses sociétés de cet amalgame, à chaque fusion/digestion, certains avaient l'air aussi déprimé que s'ils avaient enterré leur gosse…
Mais ça a eu un avantage de taille, d'appliquer le darwinisme au monde de l'entreprise. En entretien d'embauche, il faut toujours demander depuis quand existe la société sous sa forme actuelle. Si elle existait avant 2000, c'est que le patron n'a pas fait n'importe quoi et du coup c'est pas un gros naze qui rêve éveillé.
Et quitte à se méfier de l'espionnage industriel, il existe aussi deux autres méthodes : le démonstration (surtout en preview) à un client qui n'achètera rien mais refilera les infos à un concurrent (contre une ristourne, un gueuleton ou par affinité), et le concurrent qui propose à un employé de la concurrence de passer un entretien d'embauche très alléchant qui ne débouchera sur aucune proposition et ne sert qu'à faire cracher des infos.
Ca parait tordu, mais le deuxième cas est ce qui m'est arrivé, je me suis fait cuisiné pendant deux heures. Sauf que je n'ai lâché que le strict minimum pour mettre en appétit avant d'avoir signé le contrat d'embauche… mais maintenant je suis la reine des balances : D
Mais il arrive qu'on reçoive un CV d'un développeur de la concurrence et c'est bien souvent qu'ils lâchent des infos pour se faire bien voir…
Quant au premier cas, c'est arrivé il y a à peine deux mois, sauf qu'ayant gardé des contacts dans mon ancienne boite, j'ai pu apprendre cette histoire.
De toutes façons, une fois au bistrot on ne peut pas s'empêcher de raconter ce qu'on va faire, et du coup ça arrive souvent qu'une idée se retrouve comme par magie dans le camp adverse : D
De Corsaire du Peuple et de la Raison
ingénieur | 04H13 | 26/02/2009 |
Vous êtes un peu en retard sur ce coup là ! Désormais le but des jeunes entrepreneurs qui sortent d'une grande école de commerce (HEC, EM…), c'est justement de se faire récupérer !
Quant à savoir si c'est une bonne chose, c'est une autre question…
à Corsaire du Peuple et de la Raison
De shillom
12H04 | 26/02/2009 |
La question est de quelle manière…