pourquoi ça marche

Risotto au Coca-Cola : le carton des livres d'anticuisine

Par Renée Greusard | Etudiante en journalisme | 26/02/2009 | 14H03

Tarte au Carambar, soupe à la fraise Tagada, roulé au Nutella. C'est une des dernières tendances de l'édition : les livres de recettes de cuisine garanties sans produits frais et 100% junk food. Plus d'une dizaine de titres sont déjà parus. Cuisine au bonbons, aux conserves, à la Vache qui rit, à la pâte à tartiner, au ketchup : tout le placard y passe.

Chez Minerva, « Mes recettes Haribo » fait ainsi concurrence au « Bonbons forever » des éditions Marabout. Rien que sur le Nutella, trois livres sont parus, dont deux la même année, en 2005.

La tendance n'est pas inconnue des accrocs à l'Internet. Dans « Mange mon geek », l'émission culte de la chaîne Nolife, Monsieur Poulpe n'hésitait pas, par exemple, à se lancer dans la préparation d'un poulet à l'Orangimba. (Voir la vidéo)



Mais il y a loin de la vidéo virale potache aux tables des librairies. Dominique Auzel, directeur de publication chez Milan Editions, n'a pourtant pas hésité à se lancer. Selon lui, « il y a un vrai marché ». Il est ainsi très satisfait des chiffres réalisés avec Passion Nutella (sur le marché à environ 15 euros).

« Il s'est vendu depuis son lancement à plus de 10 000 exemplaires, et il continue à bien se vendre. »

Idem chez Hachette Pratique, la maison d'édition de Seymourina Cruse et Steve Ware, pour leur livre « Les Recettes inavouables », dans lequel on peut découvrir par exemple un fondant à la Danette ou un riz-cola (sorte de risotto au Coca-Cola).

« La fraise Tagada, nouvelle madeleine de Proust »

La glace Danette vanille et Nutella dans 'Les Recettes inavouables' (Francesca Mantovani, Ilan Waiche)Le livre s'est si bien vendu que son couple d'auteurs a publié ensuite « Les Nouvelles Recettes inavouables ». Seymourina estime les ventes totales des deux ouvrages à 50 000 exemplaires.

Dans « Ne mâchons pas nos maux » Isabelle Saporta, journaliste à Marianne, s'est penchée sur le succès de ces livres qu'elle dit d'« anti cuisine ».

« C'est un créneau ludique. Ce genre de livres s'adresse typiquement à ma génération, celle des trentenaires qui n'a pas eu cette culture de la bonne bouffe, et pour qui la madeleine de Proust c'est la fraise Tagada, ou le Nutella »

Pour la journaliste, les maisons d'éditions draguent à travers ses livres de recettes une génération peu coutumière des fourneaux. Elle raconte l'anecdote qui l'a amenée à ce sujet : lorsque le grand chef Jacques Thorel lui a dit s'être lancé dans un de ces livres (« Trop bons les surgelés ») après avoir découvert que son neveu ne pouvait pas cuisiner de produits frais. (Ecouter le son)

Côté auteurs, on défend au contraire l'aspect ludique et décontracté de ces recettes.

« Une recette avec un produit peu gastronomique, voire tabou »

Le soufflé au Nutella dans 'Les Recettes inavouables' (Francesca Mantovani, Ilan Waiche)Et on reconnaît clairement jouer avec des tabous culinaires. Dans l'introduction, on découvre ainsi la définition d'une recette inavouable.

« Qu'est-ce qu'une recette inavouable ? Une recette très (très) facile à réaliser, très bon marché, qui met en scène un produit agroalimentaire considéré (à tort) peu gastronomique, voire carrément tabou. »

Et pour les éditeurs, c'est justement ce tabou qui est porteur. Explorer l'interdit représente pour eux une grande opportunité :

« La cuisine ça se vend beaucoup, mais du coup il faut aussi toujours trouver des nouvelles choses, qui sortent des sentiers battus. Des idées originales »

Appelé à « jouer avec la nourriture », le lecteur se retrouve clairement légitimé dans son rôle de sale gosse. Celui qui ne veut pas manger de légumes, qui veut du Danette, des bonbons et de la couleur. Seymourina Cruse assume :

« En France, on est à fond sur la gastronomie du terroir, des légumes bio et de la nourriture diététique. Je crois que les gens ont envie qu'on arrête de se prendre la tête »

Secret de grand-mère : du Boursin dans la soupe au courgettes

L'idée de faire un livre constitué de recettes basées sur des produits manufacturées lui est venue au fil des rencontres. Une hôte qui lui avoue un peu honteuse le secret d'une sauce à « tomber par terre » : un sachet de soupe Knorr mélangé à du fromage blanc. Une tante qui livre du bout des lèvres le secret de sa recette de soupe aux courgettes : du Boursin. Alors Seymourina Cruse inviste à se décomplexer.

« Il ne faut pas oublier que les gens cuisinent trois fois par jour ! Tout le monde a déjà fait une recette de nos livres au moins une fois »

Le phénomène demeure tout de même assez urbain. Pierre-Jean Furet est directeur éditorial d'Hachette Pratique qui édite « les Recettes inavouables » :

« Il y a un vrai marché, mais c'est un marché de niche. On le voit, ces livres fonctionnent surtout très bien dans les grandes librairies de centre ville. »

Et les marques dans tout ça ? Au service communication de Ferrero, on explique que les livres parus sur le Nutella sont des « initiatives spontanées des auteurs ». Information confirmée par les maisons d'éditions.

Seul « Sensations Nutella » a été édité chez Agnès Vienot, dans le cadre d'une campagne de communication. Pour ses quarante ans la marque avait mandaté l'entreprise Euro RSCG pour l'organisation de l'« événement ». C'est donc Euro RSCG qui a décidé de l'édition de ce livre.

Isabelle Saporta précise d'ailleurs :

« Il y a un intérêt marketing, et en même temps les marques ne courent pas forcément après ces livres. Par exemple, La Vache qui rit ne voulait pas que son nom apparaisse dans un livre de cuisine. Les marques considèrent qu'elles n'ont pas besoin de ça pour vivre. »

Photos : la glace Danette vanille et Nutella et le soufflé au Nutella dans « Les Recettes inavouables » (Francesca Mantovani, Ilan Waiche)

Rectifié le 27/2 à 16h27. Passage sur « Sensations Nutella » (merci à Réagissons pour son lien).

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Une recette de risotto au Coca-Cola
Une recette de tarte au Carambar sur Marmiton.org
Une recette de fondant à la Danette
Les vidéos de « Mange mon geek » sur Dailymotion

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de Xtophe

De Xtophe

15H36 | 26/02/2009 | Permalien

« La cuisine ça se vend beaucoup, mais du coup il faut aussi toujours trouver des nouvelles choses, qui sortent des sentiers battus. Des idées originales »… C'est ça le problème, les éditeurs se tirent tellement la bourre que c'est une pêche constante à la nouveauté, tout de suite reprise par les autres et ça multiplie à l'infini les livres de cuisine… on ne sait plus où les mettre (je suis libraire)… c'est une succession de tendances (la verrine, les cuillères…) aussi éphémère que les livres… mais cette segmentation est un bon plan, au lieu d'un livre général à 40 € (le bon vieux livre de nos grands mères comme on dit), une multiplication de livres pointus entre 7 et 10 euros… avec de bien belles images travaillées qui font rêver…

Portrait de Np237

De Np237

Visionneur malsain | 15H41 | 26/02/2009 | Permalien

Ça fait plaisir de voir qu'il y a encore en ce monde des gens engagés pour des causes justes et fondamentales, pour des utopies libertaires, pour le bonheur de tous et la fraternité.

Par exemple, insulter les gens qui mangent du nutella.

Dites-moi, cher militant engagé, pour ceux qui aiment les légumes bio ET le nutella, le pâté du terroir ET le big mac, vous préconisez quoi ? Un reconditionnement ?

Portrait de Mougik

De Mougik

Loser imperturbable | 15H58 | 26/02/2009 | Permalien

Peut-être est-ce de la parano de ma part, mais même si le coté « je brise les tabous » est forcement agréable, c'est tout de même étrange que ce soit systématiquement des marques réputées pour leur produits mauvais pour la santé, qui se retrouvent tout d'un coup avec une nouvelle façade toute fraiche et ou est gommé toute critique sur la qualité du produit.
Vraiment aucune com » la dedans de la part de ces entreprises ? Mouai…

Pour se lancer dans des essais culinaire inhabituels, faut il vraiment prendre des marques ?
Vouloir mélanger du chocolat avec des mets salés nécessite vraiment d'acheter un pot de Nuthela ? Ça ne fonctionne pas avec du chocolat fondu ?
Le fait d'utiliser des produits chimiques ou déjà conditionnés ne me dérange absolument pas.
C'est l'aspect uniquement orienté sur ces marques (qui font déjà tellement de pub), tout en ne parlant que de liberté culinaire, de tabous brisé, de nouveauté et du coté « rebelle » sans jamais aborder des points plus contestables (compositions de ces même produits par ex.) qui me gène. Pourquoi est-ce basé QUE sur des marques ?

C'est vraiment absent de toute com » ?
Parce que ça m'a tout l'air d'être de la pub déguisée.
Parano ?

Portrait de réagissons

De réagissons

com | 20H45 | 26/02/2009 | Permalien

« Au service communication de Ferrero, on explique que les livres parus sur le Nutella sont des “initiatives spontanées des auteurs”. Information confirmée par les maisons d'éditions. »

une petite recherche sur internet me permet de trouver une interview du chef Philippe Conticini (« Sensations Nutella » paru en 2005)
« Comment êtes-vous arrivé sur ce projet “sensations Nutella” ?
Philippe Conticini C'est tout simplement la société Ferrero (qui produit le Nutella, ndlr), qui m'a contacté il y a environ 3 mois pour voir si j'étais intéressé. Ils connaissaient déjà mon travail, et notamment mon précédent ouvrage “Tentations” dans lequel j'avais déjà utilisé du Nutella. “

Sources :
http://www.linternaute.com/femmes/cuisine/magazine/itvw/it_conticini.sht…

CQFD

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