VOTRE PORTE-MONNAIE AU RAYON X

Pascale, blogueuse, 1500 euros de revenus… et de frais

Par Renée Greusard | Etudiante en journalisme | 03/03/2009 | 23H13

Peut-on vivre d'un blog de cuisine ? « Ce n'est pas un conte de fées », répond Pascale Weeks, célèbre blogueuse de « C'est moi qui l'ai fait ». Eco89 a passé ses revenus au rayon X.

La blogueuse culinaire Pascale Weeks (DR).

L'histoire de Pascale Weeks, c'est celle d'une cadre d'IBM, qui, lassée de son travail après dix-sept ans, prend une année sabbatique « pour cuisiner comme une folle ». Après avoir découvert les blogs culinaires, elle décide de ne jamais mettre fin à son congé. Son blog a fêté ses cinq ans le 1er mars.

Dépenses en nourriture : 1500 euros par mois dont deux tiers pour son activité d'écriture culinaire

Pour faire un jus d'ugli ou un ouassous à la nage, il faut bien acheter de l'ugli et des ouassous. Pascale estime qu'elle a un « budget nourriture très important » : 1 500 euros par mois. Un tiers de cette somme relève du domaine purement familial. Les 1 000 euros restant sont entièrement consacrés aux « journées tests » de la blogueuse, où elle réalise entre trois et quatre nouvelles recettes.

« Comme je n'aime pas gâcher, le soir, on mange ce que j'ai fait. C'est sûr qu'on mange plus de dessert que la moyenne ! Mais ça me permet de tester les recettes sur quatre personnes. J'ai encore un peu de perte, mais pas trop. »

Revenus mensuels du blog : environ 1500 euros

Il y a peu, Pascale a perdu un gros contrat. L'un des sites auquels elle fournissait des recettes a été racheté par un grand groupe américain. « Pour cause de crise » la blogueuse a été remerciée, alors qu'elle commençait enfin à vivre de son activité avec 2 000 à 2 500 euros par mois de revenus, a vu ses recettes tomber à 1 500 euros.

« Pour les sites de cuisine, on fonctionne sur devis et facturation, mais il n'y aucun tarif officiel. Le prix, en gros, c'est 50 euros la recette, mais ça peut être avec ou sans photo, ce qui change tout. Comme j'ai démarré parmi les premières, je renseigne souvent d'autres blogueuses, au coup par coup, par mail.

Mais comme “blog cuisine”, ça fait femme au foyer qui veut de l'argent de poche, il y a des arnaques et certaines ont vendu à des prix très bas. Un jour, on m'a fait une proposition d'achat pour mes 500 recettes à un euro pièce ! »

Sur ses devis, Pascale précise « recette exclusive ». Au rythme de trois par jour, elle pourrait en élaborer une soixantaine chaque mois. « Mais je n'ai jamais travaillé “à plein régime”, je n'ai pas assez de contrats. »

L'ancienne informaticienne vend aussi ses recettes à la pige à des sites Web ou des agences de communication. Quand elle écrit pour la presse, Pascale bénéficie du tarif officiel. Ses livres ne lui rapportent presque rien. Quant aux « Google ads » affichées sur son blog (publicités contextualisées de Google), elles lui font gagner 300 euros par mois.

Ajouter à cela 300 à 400 euros de charges par mois, les cotisations à l'Urssaf… Pascale le reconnaît, son activité « n'est pas rentable » et son mari, cadre chez IBM, assume la prise en charge de toutes les dépenses (prêt immobilier de la maison, enfants…), sauf la nourriture, que Pascale paie elle-même :

« Si mon mari n'avait pas de boulot fixe, on ne s'en sortirait pas. Mais je n'aurais jamais pu changer de métier si je n'avais pas eu mon blog, qui est ma passion, ma drogue. Et un formidable CV en ligne car tous les contacts que j'ai eus jusqu'à présent se sont établis grâce à lui, que ce soit avec mon éditeur, les journalistes ou les sites de cuisine… »

Bénéfices : (presque) aucun

La blogueuse ne croit pas qu'il soit possible de gagner beaucoup d'argent en cuisinant pour le Net.

« Cuisiner, c'est long. A un moment donné, on est forcément coincé par le temps. On ne peut pas devenir milliardaire… à moins de bosser sept jours sur sept, et encore. »

Si son activité ne lui permet pas de gagner d'argent, Pascale juge qu'elle est autrement bénéfique. Notamment parce qu'elle a la chance de travailler chez elle. Elle juge donc que l'un des plus grands bénéfices reste « d'apporter un équilibre familial » :

« Avec mes enfants, je n'ai aucun frais de garde, je n'ai pas non plus de frais d'essence ou de transport. Et en plus, je n'ai pas besoin d'acheter des tailleurs pour aller au travail. »

A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89


Café gourmand : quand le dessert s'avance masqué

« Un dîner presque parfait »… et très lucratif pour M6

Tous les porte-monnaie au rayon X

Ailleurs sur le Web

Le blog de Pascale Weeks

Une interview filmée de Pascale Weeks, sur le site Onlady.fr

Blog appétit, l'actualité des blogs de cuisine Photo : la blogueuse culinaire Pascale Weeks (DR).

17 votes

34217 visites  |  26 réactions

4 commentaires sélectionnés

Portrait de abfaboune

De abfaboune

08H31 | 04/03/2009 | Permalien

Bosser de chez soi, c'est vrai que c'est vraiment sympa.

Mais là, quand on fait le compte entre les dépenses, les revenus (surtout avec la perte du contrat évoquée), les cotisations, ben il ne reste pas grand chose…

C'est la crise ! ! !

Portrait de lud

De lud

dans l'air culinaire | 09H34 | 04/03/2009 | Permalien

Sur le net la recette de cuisine est dominée par marmiton avec ses 250 000 visites quotidienne, la quantité (et j'ai pas dit la qualité, sans parler des photos) fait le revenu. Tant mieux pour eux, dommage pour ceux qui essayent de faire dans l'original.
http://www.ideemag.com

Portrait de kurii

De kurii

11H34 | 04/03/2009 | Permalien

Je suis etonnee, parce que moi, je gagne ma vie avec une activite comparable. C'est dans un autre pays, mais quand meme sur la meme planete.
Et il me semblait aussi qu'une entreprise rentable se cachait derriere « C'est moi qui l'ai fait. ».

Si Madame Weeks souhaite rester chez elle en tenue de sport avec ses enfants et ne garder que l'aspect dinette-amusante de l'activite, c'est un choix tout a fait respectable. Mais c'est le choix de rester amateur.
Quelque part, si c'est vraiment votre but, Pascale, faites attention, car votre blog a perdu de sa fraicheur a cause de publicites… qui visiblement n'en valent pas la peine.

La situation decrite n'est pas representative du metier. On est beaucoup a en vivre du *culinaire*, mais ca ne resume pas a tenir un blog cool. Il ne sert que de vitrine, ou de tremplin de depart.
Apres, pour manger a sa faim, il faut faire des interventions sur le terrain, organiser des ateliers. Cela demande beaucoup de deplacements, de reunions en tailleurs, de preparations. On travaille souvent en fin d'apres-midi, les week-ends et les jours sans ecole. Ce n'est pas l'emploi du temps reve de la Maman au foyer. Pendant qu'on bosse au loin, la famille se nourrit souvent de rechauffe.

Je ne connais aucun collegue qui facture a la recette. Je traite les sites webs qui en demandent comme de la PR pour mon affaire : je leur donne recettes et photos en cadeau en echange de ma publicite.
Beaucoup d'organismes remunerent les heures de prestation en public, et donnent eventuellement un forfait ingredient/shopping/logistique si l'animateur doit s'en charger.
Si on co-organise l'evenement, on accepte de renoncer a la remuneration horaire en echange d'un partage des benefices ou des pertes.
J'organise tout de A a Z, c'est un business, je passe 20% du temps en cuisine, mais bien plus au telephone et a aller serrer des paluches de clients potentiels. Il faut aimer cet aspect du metier.

Certaines personnes (plutot des *diplomes* en cuisine) sont salariees d'une marque ou d'un organisme de formation.

Les amateurs acceptent souvent la remuneration au % des ventes et le systeme des affiliates, mais ceux qui doivent en vivre se mefient de ce genre de ce genre de plans. C'est un revenu accessoire, a moins que l'interessement ne soit serieux (20 a 30 % du prix de vente) ou qu'il y ait un fixe consequent + % ventes/clics. Et on s'oriente vers un metier de vente de produits (webshop, etc) plus que de cuisine.

Bien sur, on peut se dire redactrice culinaire, mais l'ecriture de recettes reste une petite partie du metier. Une amie vit de ce travail, et elle est loin de ne faire que de la cuisine. Elle est d'abord redactrice en chef, elle dirige une equipe, gere un budget, envoie des equipes couvrir des evenements pas toujours tres funs, etc. C'est au moins 15 jours par mois. Ensuite, elle passe plus de temps a editer et faire refaire les recettes des autres (chefs connus, professeurs d'ecoles hotelieres, auteurs de livres, bloggeuse amatrice du mois) qu'a creer les siennes.
Une connaissance s'est specialisee en photo culinaire, mais cela veut dire qu'il faut aussi bien accepter de faire les photos pour la pub de la superette du coin que celles des nobles *creations*.
Il ne faut pas confondre l » occasionnel (la pige) et le gros du travail.

Pour conclure, comme le tarif de la prestation depend de votre qualification, de votre notoriete et de votre charisme, les grandes *stars* demandent plusieurs miliers d'euros de l'heure de prestation, meme pour des recettes de confiture aux fraises ultra-classique ou de 4/4 tous betes.

Pascale Weeks qui a une petite notoriete ne pourrait pas pretendre a autant, mais tout meme au-dela de 50 euros. Je suis persuadee qu'elle pourrait tres largement en vivre.
Quelque soit la voie choisie, bon courage pour la suite.

Portrait de caiuspupus

De caiuspupus

Extrême centre | 14H29 | 04/03/2009 | Permalien

Personnellement, je suis un fan de son blog…Pascale a toujours de bonnes idées, très originales, et ses recettes sont un délice.

En passant, je me demande combien rapporte le site Marmiton, et par qui il est géré.

Caiuspupus
http://non-a-la-depression.blogspot.com/

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code